‹ Qu'est-ce que la phrénologie?Chapitre 27 sur 56 · PARTIE APPLIQUEE DES SYST. DE PSYCHOL · texte numérisé non relu

PARTIE APPLIQUEE DES SYST. DE PSYCHOL

Or, les philosophes de la première classe, les Platon , les Descartes , les Cudworth , les Clarke , les Leibnitz , les Kant , qui ont attribué à l'homme une raison et une liberté beaucoup trop absolues , ont commis cette double erreur : d'une part , de négliger presque complètement, dans l'appréciation du libre-arbitre , c'est-à-dire des motifs de détermination , toutes les affections inférieures , soit intéressées, soit malveillantes, les passions , les appétits, les besoins; d'autre part, de ne pas voir que les affections supérieures elles-mêmes , ou les affections bienveillantes , quoique un peu plus libres que les précédentes , ne sont pourtant guère plus désintéressées , et c'est ainsi qu'ils ont confondu, sous le nom de vertu, la bienveillance générale avec la raison et la liberté. Ces philosophes ont fait pour cette partie de la morale appliquée, ce qu'ils avaient fait pour l'étude théorique des facultés ; ils n'ont envisagé que le côté tout-à-fait intellectuel , calme , indifférent de la pensée , la raison dans toute sa pureté , et ils ont déduit de cette considération incomplète des conséquences erronées , qui peuvent , il faut le reconnaître , donner lieu à des préceptes de morale dont la trop grande sublimité est le seul défaut , mais

qui , appliquées à la législation divine et humaine , condamneraient inévitablement au feu éternel ou au lacet du bourreau , les neuf dixièmes du genre humain.

Si, dans cette théorie trop élevée et trop absolue de la liberté , il n'y avait que péché d'omission , relativement à l'appréciation des motifs de nos déterminations et de nos actes , dans la théorie opposée, qui consiste à voir dans l'homme ce qu'on appelait jadis un agent nécessaire , ou plutôt nécessité , il doit y avoir le vice contraire, un vice d'exagération ; mais il y existe , en outre , ce me semble , un abus de langage. Il est hors de doute , en effet , que nous n'agissons jamais sans un motif quelconque, et cette proposition est triviale de vérité; les plus déterminés partisans de la liberté absolue n'ont jamais prétendu le contraire, et, suivant Leibnitz lui-même : « la volonté con- » séquente , finale et décisive, résulte ducon- » flit de toutes les volontés antécédentes , tant » de celles qui tendent vers le bien , que de » celles qui repoussent le mal , et c'est du » concours de toutes ces volontés particulières, » que vient la volonté totale (i). » Mais cette

(1) Leibnitz, Thèodicè.e , Paris , 1710, p. 147.

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