‹ Qu'est-ce que la phrénologie?Chapitre 30 sur 56 · PARTIE UM'UOUKK DKS SYST. l)i: PSYCHOL · texte numérisé non relu

PARTIE UM'UOUKK DKS SYST. l)i: PSYCHOL

premier (rende eux , l'éducation , les piincipes opposés de l'idéalisme et du sensualisme , ou , si Ton veut , des idées innées et de la table rase , conduisent aux mêmes erreurs. Que Ton admette , en eiïèt , chez tous les hommes , les mêmes idées , les mêmes principes innés , ou bien , que 1 on suppose l'esprit de chacun deux également vide à sa naissance , il est évident que l'éducation , dans l'un et dans l'autre cas , devra être toute-puissante , et que , si elle est la même , elle devra donner les mêmes résultats ; et c'est là , en effet , ce qu'ont dit plus ou moins explicitement , bien qu'en se contredisant plus d'une fois, Platon et Descartes , aussi bien qu'Aristote et Helvétius. Rousseau , lui-même , qui était loin de partager toutes les exagérations du sensualisme , n'a pourtant appliqué à l'éducation , dans son Emile , que la philosophie des sens et de l'intérêt personnel ; il ne s'y occupe , en aucune façon , des aptitudes naturelles , et il ne saurait s'en occuper , puisqu'il n'en admet pas. Basedow avait mieux vu , quand il voulait qu'on appropriât la méthode d'enseignement au caractère général de la jeunesse sans doute , mais aussi aux capacités ou dispositions individuelles

de l'élève en particulier (i), S'il est en effet, à mes yeux , comme aux yeux , je crois , de tous ceux qui aiment à suivre le mouvement de la science et des esprits , un énoncé psychologique en contradiction manifeste avec la vérité, c'est bien celui de l'égalité morale et intellectuelle des hommes , et de la toute-puissance de l'éducation. J'ai , du reste , montré longuement, au chapitre de l'innéité des facultés , que cette erreur , loin d'avoir été générale, avait toujours été, au contraire, plus ou moins formellement repoussée par le plus grand nombre des philosophes. Mais , c'est dans le livre de Gall qu'elle a été combattue avec le plus de force et cie succès , parce qu'elle l'y a été par la logique des faits. C'est là ce qui va résulter de l'examen de son système ; le moment est venu de m'y livrer, et de répondre à la première des deux questions qui font le titre de cet ouvrage : Qu'est-ce que la Phrénologie ?

(1) Basedow. Philalethie. — Buhle , Histoire de la Philosophie Moderne , traduction de Jourdan. Paris , 1816, tome vi, p. 414.

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DE LA SIGNIFICATION ET DU LA VALEUR DU S¥STEME DE GAX.I. EIV PARTICULIER .

UÉPONSE A CETTE QUESTION :

La phrénologie , c'est le besoin de prouver que tout ce qui s'est fait , depuis deux mille ans , en anatomie , en physiologie et en pathologie cérébrale , n'a pas été complètement inutile pour les rapports à établir entre la matière et l'esprit , le corps et la pensée. C'est le désh de faire servir les dispositions anatomiques et les manifestations physiologiques de l'encé-

phale, à l'explication des faits psychologiques . C'est le dernier mot de ceux qui , après avoir inutilement creusé cette mine , se sont vus forcés de revenir au tuf, de s'en tenir à l'écorce des choses, ne pouvant en pénétrer le fond , et de substituer à un doute qui leur pesait, une croyance, non moins lourde peutêtre , mais qui mît un terme à de vaines investigations.

La phrénologie , car tout ceci n'est pas une définition , la phrénologie est une nouvelle doctrine de l'homme moral , qui croit pouvoir rendre raison , non-seulement des principales divisions de l'intelligence, mais encore de la plupart de ses détails , par les dispositions anatomiques de l'encéphale , et plus spécialement par les formes géographiques de sa surface , c'est-à-dire , par l'étendue comparative de ses circonvolutions. Elle croit que le fond de la pensée humaine , ses facultés réellement primitives et innées , ce sont ces instincts , ces peu. chans , ces aptitudes naturelles qui sont la source de nos goûts , de nos passions , et les premiers mobiles de nos déterminations et de nos actes ; penchans et aptitudes qui reçoivent leurs matériaux des sens , soit externes , soit internes , et les mettent en œuvre au moyen

de ce que la philosophie des écoles appelle les facultés intellectuelles par excellence, et qu'elle réunit, sous le titre commun d'entendement. Ces dernières ne seraient , de cette façon , que des manières d'être des vraies facultés, ou des modes de leur action ; et celles-ci , non-seulement la phrénologie pense en avoir déterminé les attributions particulières , les tendances et presque le nombre, mais elle s'imagine pouvoir assigner à chacune d'elles , dans le cerveau , un organe spécial.

Rappelerai-je que Gall est l'inventeur de la phrénologie , qu'il ne voulait pourtant, pas qu'on appelât de ce nom ; que Spurzheim , son disciple , son aide et son continuateur , s'il n'est pas l'auteur de la science , lui a au moins donné son titre, et y a ajouté des développemens utiles et des rectifications importantes? Dirai-je que, Gall et Spurzheim morts , il y a maintenant en Angleterre , en France , en Amérique et jusque dans l'Inde , une foule de phrénologistes, isolés, ou réunis en société comme les organes cérébraux, qui cultivent leur science chacun à sa manière , ajoutant , retranchant à l'édifice de leurs maîtres , et ne respectant pas toujours les bases immuables sur lesquelles ces deux philosophes croyaient

bien l'avoir assis? Ajouterai-je que cette science, dont Gall est bien véritablement l'inventeur , cette polysection de l'encéphale en organes affectés à des facultés primordiales et distinctes l'une de l'autre , Gall lui-même avait reconnu qu'on pouvait en trouver le germe, et même un germe fort développé , dans les ouvrages de philosophes et de médecins , fort antérieurs à son époque , et parmi lesquels il citait , en extrayant leurs opinions (i), Carpus, Grégoire de Nice , Albert-le-Grand , Mundi de Luzzi , Servetto , Pierre de Montagnana , Lo-

dovico Dolce , Willis , Vieussens , etc ; liste

déjà fort longue , mais à laquelle il serait néanmoins possible d'ajouter quelques noms aussi célèbres, tels que ceux de Galien (2) , de saint- Augustin (3) , de saint-Thomas , de Duns- Scott (4) , de Duncan (5) , etc , dont l'autorité donnerait plus de valeur à son idée, en y

(1) Gall, Ski- les fonctions du Cerveau, in-8° , t. II-, p. 350 et suiv.

(2) Galien, De oculis , partie 11, cap. 11.

(3) Saint-Augustin, De Spiritu et Anima.

(4) Vesale , De covporis hurnani fahricâ. Lib. i, cap. 1, p. 772, 773, 774.

(5) Duncan , Explication nouvelle et mécanique des actions animales , 1678, ch. xvm , xrx, xx, xxi.

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attachant, pour ainsi dire, l'assentiment ou plutôt la prévision du passé.

Il n'y a rien dans tout cela qui ne soit fort connu , et je ne veux en relever que ceci : c'est que le système de Gall se présente assurément comme le système le plus complet qu'il y ait jamais eu en psychologie, puisqu'il embrasse non-seulement tout l'ensemble des faits et des pouvoirs intellectuels et moraux , et leurs rapports de toute sorte , mais qu'il traite encore de l'organe ou de la condition matérielle de la pensée , et qu'enfin il renouvelle, quoique sur des bases bien différentes, les prétentions des physiognomonistes , celles de donner les moyens de reconnaître par l'extérieur et avant qu'elles se produisent , les manifestations intellectuelles. Il ne manquerait plus à ce système physiologico-psychologique , pour être tout-à-fait complet , que de traiter du mode d'action du cerveau dans la production des faits intellectuels et moraux , c'est-à-dire, & expliquer le mécanisme de la pensée par l'hypothèse moderne de Yélectrisation ou de Véleclro- ?nagnétisation de la masse encéphalique.

Dans les ouvrages de Gall et de Spurzheim , l'exposé de la doctrine commence ordinairement

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par celui du cerveau, considéré, comme dit Gall, en tant qu'organe de l'âme. C'est là, sans doute, une marche éminemment physiologique , mais que je ne suivrai pourtant pas, par deux raisons: la première, c'est que la psychologie de ce système est une suite immédiatement nécessaire à la première partie de ce travail dans laquelle j'ai examiné, d'une manière générale, la signification et la valeur des systèmes de psychologie; la seconde , c'est que non-seulement sous le rapport psychologique , mais même sous le rapport physiologique , il est à peu près indifférent de commencer l'exposition d'un système de physiologie intellectuelle, par l'organe ou par la fonction , attendu que , jusqu'à présent au moins , il n'y a que peu de rapports à établir entre l'un et l'autre, et que la plus grande utilité qu'il puisse y avoir à traiter du cerveau et des organes sensoriaux, avant de parler de leurs fonctions, c'est-à-dire de la psychologie , c'est de fournir à l'esprit , par le moyen des sens, des signes tout matériels, pour l'intelligence de la partie de cette science qui a trait au sentiment externe et au mouvement.

Je rapporterai donc l'examen du système de Gall ou plutôt de la Phrénologie, à deux ques-

lions fondamentales , celle des facultés > celle des organes ; questions que cette science affecte de confondre, mais qui sont essentiellement distinctes l'une de l'autre , ainsi que je le montrerai ailleurs , et ces questions , les voici :

i°. Quels sont la signification,, la valeur et le degré d'originalité de la phrénologie, considérée soit en elle-même , soit relativement aux systèmes antérieurs , à ceux surtout qui ont marché dans la même voie qu'elle?

2°. Le cerveau , en tant qu'organe général de la pensée, comprend-il et devrait- il comprendre autant d'organes particuliers qu'il y aurait de facultés primordiales démontrées ; ou bien pense-t-il de masse dans l'exercice de chacune de ses facultés ?

Je n'ai , comme je l'ai dit, à discuter ici que le premier de ces problêmes. Je renverrai le second à un ouvrage qui fera suite à celui-ci , et dans lequel j'examinerai le cerveau comme organe de la pensée , non pas seulement d'après les idées de Gall , mais d'après celles de tous les physiologistes dont les opinions ont quelque autorité en ces matières , enfin d'après mes

recherches particulières et ma propre manière de voir (i).

(1) Yoyeî déjà : F. Lélut, Observation de manie , chez un auteur de Mélodrames. ( Journal Hebdomadaire , mars 1830); — Examen anatûmique de V Encéphale des suppliciés. ( Journal des Progrès , juin 1830 , el Journal Uni" versel et Hebdomadaire , avril 1831); — Examen comparatif de la longueur et de la largeur du Crâne chez les voleurs homicides. ( Journal Universel et Hebdomadaire , janvier 1831 )î — De la Spécialité organique , considérée dans les fonctions intellectuelles du corps humain. (Gazette Médicale, novembre 1834).

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