CHAPITRE PREMIER
Des Facultés en général , et de la Volonté et de l'Entendement.
LThom3IE ne vit point pour faire usage de son attention, de sa mémoire, de son jugement, de son imagination; mais il fait usage de tout cela pour vivre , c'est-à-dire pour obéir, par ses déterminations et par ses actes , aux impulsions de sa nature affective, ou, en d'autres termes , aux impulsions de ses besoins et de ses penchans, dont les désirs et les passions ne sont
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que l'expression graduée. Les hautes facultés intellectuelles ne sont non plus que des instrumens internes de ces penchans , comme les sens en sont des instrumens externes, et, dans la division psychologique des écoles , ce n'est plus l'entendement , mais la volonté qui doit marcher en première ligne , comme la morale doit devenir tout à la fois le point de départ et le but de la philosophie.
Entendement et volonté, ce sont là, en effet, les deux chefs auxquels on a rapporté , de tout tems, d'une manière plus ou moins explicite, tous les phénomènes de l'intelligence humaine, les catégories qu'on en a formées, les lois de leur production , et les facultés dont on les a regardés comme les effets. L'entendement était le domaine exclusif de la métaphysique et d'une partie de la logique. La volonté était le champ que cultivait exclusivement la morale.
Pour établir une distinction aussi tranchée entre ces deux points de vue de l'intelligence , il avait fallu que l'on fit. un emploi bien étendu et bien abusif d'une des facultés de cette même intelligence, celle d'abstraire. Les faits psychologiques, qui sont du domaine de la volonté et de l'entendement, ne sont pas isolés dans la nature, comme, pour la facilité de leur étude, on
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les a isolés dans les livres de morale et de métaphysique. On ne pense point , d'une part des sentiinens , d'autre part des idées. Mais on éprouve ou Ton crée des sentiinens j)lus ou moins vastes, plus ou moins arrêtés, des sensations plus ou moins complexes, et ces sentiinens, ces sensations, lorsqu'on les analyse par le secours de la réflexion et de l'imagination , et qu'on les fixe au moyen des signes , c'est-àdire par la parole et par l'écriture, ces sentiinens se subdivisent en idées , qui ne sont , pour ainsi dire, que leur monnaie, c'est-à-dire leurs diverses parties ou leurs diverses faces.
Si donc , pour rendre l'étude plus facile , et l'analyse plus complète , on a néanmoins maintenu cette distinction des faits intellectuels , en faits idéologiques dont le caractère général est l'état d'indifférence morale , et en faits moraux dont le type commun , au contraire , est un mode de plaisir ou de douleur, il ne faut pas oublier que les manifestations psychologiques primordiales et génératrices , ce sont ces derniers faits , c'est le sentiment, malgré tout ce qu'il a de vague et d'indéterminé ; et c'est de cette vérité qu'il faut partir pour l'établissement des facultés (pic supposent les deux ordres de faits qui for-
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ment le domaine de la psychologie , besoins , désirs et passions , sensations, idées et jugemens. Mais quelles seront ces facultés ? A quels caractères les reconnaître? Quel ressort , et , pour ainsi dire, quelle juridiction leur donner? Pour qu'une faculté soit réellement distincte et primordiale, il faut qu'elle réunisse les conditions . suivantes , que j'extrais textuellement de l'ouvrage de Spurzheim sur la phrénologie, et qui sont en harmonie avec celles que présentent les fonctions , ou plutôt les facultés de la partie plus spécialement physique de l'organisme. « i° Elle existera dans telle espèce d'animaux, et non pas dans telle autre. 'i° Elle variera dans les deux sexes de la même espèce. 3° Elle ne sera pas proportionnée aux autres facultés du même individu. 4° Elle ne se manifestera pas simultanément avec les autres facultés, c'est-à-dire qu'elle paraîtra, ou disparaîtra plus tôt ou plus tard. 5° Elle pourra ap-ir ou se reposer seule. 6*1 Elle pourra être propagée seule et d'une manière distincte , des pères aux enfans, j° Elle pourra conserver seule son état de santé , ou tomber malade. » En outre, ces facultés, telles que l'observation et l'induction les feront concevoir et établir , devront pouvoir rallier à elles, non-seulement
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tous les (kits primitifs et immédiats de l'intelligence, sensations et idées , penchons et désirs , mais ses modes affectifs complexes, les passions, les talens , les vertus, les vices , ses modes afièctifs généraux , le plaisir et la douleur , ses modes intellectuels proprement dits , l'attention , la mémoire, l'imagination, le jugement, etc...; et de leur ensemble systématique devra sortir , enfin , une théorie plus rationnelle et plus applicable des questions de philosophie pratique, telles que celles de la raison, du libre-arbitre, de l'éducation, des délits et des peines.
C'est à peu près ainsi que la phrénologie comprend l'établissement des facultés primordiales, ou la systématisation des faits et des modes divers de la pensée. Les facultés qu'elle reconnaît , désignées primitivement par Gall sous les noms variables d'instincts , de penehans, d'aptitudes, de sens même, ont enfin été classées, d'une manière plus précise, par Spui zheim, en deux ordres, dont le premier, l'ordre desjacultés affectives, communes, pour la plupart , aux animaux et à l'homme , se divise en deux genres lespençhans et les senlimens; tandis que le second ordre, celui des /acuités uitellcc-
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tuelles proprement dites, dont quelques-unes se retrouvent encore dans les animaux, comprend, dans un premier g e tire les j acuités immédiates des sens extérieurs , dans un second les facultés perceptives médiates, dans un troisième et dernier les /acuités réjlectives , qui forment l'apanage exclusif , et comme le couronnement de l'intelligence humaine.