FACULTÉS AFFECTIVES
GENRE I. — Besoins et Penchans.
Gall avait fait commencer la physiologie intellectuelle du cerveau à l'amour physique ou instinct de la propagation, qui est, tout à la fois, un besoin, un penchant et un sentiment , et, dans sa localisation cérébrale, il lui avait donné un siège tout-à-fait à part, une partie aussi complètement isolée que possible dans l'encéphale, le cervelet. Mais il n'était pas descendu plus bas , et il n'avait pas cru devoir regarder comme le résultat de l'exercice de facultés mentales primitives, ou celui de l'action im-
médiate du cerveau proprement dit, les besoins tout physiques, mais dont la satisfaction a lieu pourtant avec conscience , et avec plaisir ou douleur , tels cpie les besoins de la faim et de la soif, celui des exonérations, celui de larespi ration .
Pourtant ce que Gall n'avait pas jugé convenable de faire , ses successeurs l'ont commencé. Spurzheim a admis une faculté et un organe de l'alimentivité , pour représenter, parmi les facultés primordiales et les organes cérébraux, les besoins de la faim et de la soif; et , avant de mourir , il a , de même , proposé une faculté et un organe de l'amour de la vie. Des phrénologistes plus avancés parlent , depuis peu, d'une faculté respiratoire , et assurément ils ne s'en tiendront pas là. Il leur faudra descendre jusqu'au rectum et à la vessie, ne pas oublier le mouvement musculaire ; et ainsi se trouvera reproduite et complétée la classe des instincts mécaniques de Reimarus, et celle des principes mécaniques d'action de Reid.
Quoi qu'il en soit, le premier des instincts reconnus par Gall est celui de V amour physique , ou le penchant au rapprochement des sexes , | àihâtwitê de Spurzheim, qui est tout à la fois un besoin et un penchant. Il tient des besoins
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par son irrësistibilité, dans certains cas presque complète , et par sa satisfaction an moyen d'un appareil extérieur au système nerveux central, l'appareil génital , qui est, en même teins, pour lui, un moyen de stimulation , et un lieu où sont rapportées ses impressions physiques. Il a cela de commun avec les penchans , qu'il est, beaucoup plus que les besoins, soumis à l'empire de la volonté ; qu'il tient, par une fou le de points, à tous les autres penchans, à tous les autres sentimens , à toutes les facultés intellectuelles, même les plus élevées; et qu'il peut, en mettant en jeu ces dernières, en s'intellectualisant pour ainsi dire, donner lieu à des résultats psychologiques, qui ne peuvent, en aucune manière, être comparés aux résultats même les plus intellectuels de l'action des autres besoins, tels que la faim , la soif, le besoin des exonérations, de la respiration, etc..
On pourrait regarder encore l'amour de la progéniture, au moins dans les femelles ou les mères , comme un besoin , autant que comme un penchant; et cet instinct, en quelque sorte mixte, aurait, je ne dis pas pour organe, je ne dis pas pour siège, mais pour appareil extérieur, et appareil extérieur temporaire, les mamelles pendant la durée de l'allaitement. Il tiendrait
ainsi le milieu entre l'amour physique et les autres penchans de la phrénologie.
Quant à ces derniers , leurs caractères communs sont l'absence d'un appareil extérieur propre à chacun d'eux , et un certain degré de connaissance et de volonté dans leurs actes -, connaissance et volonté que Gall leur attribue, mais que Spurzheim, par une analyse plus subtile, si elle n'est pas plus exacte , rapporte aux facultés intellectuelles , les facultés affectives étant, suivant lui , tout-à-fait aveugles et irrésistibles.
Les moyens généraux d'action des penchans sont l'expression des yeux et de la physionomie, l'attitude , le geste , la voix et la parole , enfin tous les mouvemens musculaires que provoque la volonté vers le but auquel nous porte chacun d'eux.
Du reste, les penchans ou les instincts admis par Gall et par Spurzheim, facultés, comme je l'ai déjà dit , communes aux animaux et à l'homme, sont les suivans.
i°. \J instinct de la propagation , ou amativité, dont le but est la conservation de l'espèce, et qui était représenté , dans le langage ordinaire, par le besoin et la passion de l'amour,
considérés sous tous leurs aspects, dans fous leurs degrés et dans tous leurs écarts.
2°. Uamour de la progéniture ou deseufaus, ou phrlogéniture, ayant aussi pour but la conservation de l'espèce , et qui avait pour types anciens, l'amour des parens pour leurs enfans, et spécialement le sentiment , si irrésistible et si universellement reconnu , de l'amour maternel.
5°. Et suivant Spurzheim seulement , Yhabitativité, qui aurait pour but, en attacbant telle espèce animale à tel ou tel lieu , de faire que toute la terre soit habitée; dont l'amour de la patrie tirerait une partie de sa force , et qui se retrouve dans X amour du pays natal, dans la nostalgie, etc.
4". Le sens de Y attachement , de l'amitié , ou Y affeclionivité , dont le but serait le mariage , l'état social , l'esprit de patriotisme, et qui , dans l'ancienne morale , avait son type dans l'amitié et dans tous les sentimens qui en sont des modes ou des résultats.
5°. L1 instinct de la défense de soi-même, l'amour de la rixe , des combats , le sens du
courage, la combativité, dont le but est la conservation , la défense de l'individu , et qui était représenté , dans l'ancien domaine des passions , par celle du courage , sous quelques noms qu'elle se présentât ;
6°. \S instinct carnassier , le sens du meurtre, de la destruction , la destructUnté, dont le but est bien véritablement la destruction , mais dont l'utilité pour l'espèce est sa nourriture et sa défense, et qui avait pour types anciennement connus les impulsions aveugles aux grands crimes , le meurtre , l'assassinat , l'incendie , qu'ils fussent provoqués ou non par les passions essentiellement destructives de la colère , de la vengeance , de la haine , ou bien qu'ils fussent commis dans le but de s'approprier le bien d'autrui ;
7°. \J instinct àe la ruse, l'amour du secret, la secrétwité, dont le nom indique assez le but , les moyens et les types que pouvaient lui fournir, dans l'ancienne manière de voir, l'hypocrisie, le mensonge, la fraude, etc., etc.;
8°. \J instinct de la propriété, du vol, le sens de la coTwoitwité ou acquis hnté , faculté qui est un des pivots de l'état social , et dont le type
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se douve vi se modifie, suivant l'ancienne théorie des passions et de la volonté , dans l'égoïsme, dans l'amour de son propre avoir et la convoitise de celui des autres , dans l'avarice , la passion du jeu, etc.;
()". Le sens de la construction ou des mécaniques, la conslruciiviié, placée par Spurzheim seul parmi les penchans; dont le but est la conservation ou le mieux être de l'espèce, à qui elle donne le moyen de se construire une habitation , de la pourvoir d'instrumens et de meubles utiles ou agréables , et qui rallie à elle tout ce que , dans l'ancienne manière de parler, on rapportait au génie de la mécanique , aux arts industriels, à la fabrication, etc.
Il ne sera pas sans intérêt de remarquer l'arlilicequi a présidé à la formation de ce premier genre des facultés affectives, les penchans. Pour le composer, Gall a pris, soit chez les animaux, soit chez l'homme, des instincts , des sentimens tellement passionnés et irrésistibles , que , sous ce rapport , ce sont de vrais besoins tels sont l'amour physique et l'amour maternel ( instinct de la propagation ou amativité , amour de la progéniture ou philogéniture );
ou il a pris des sentimens , des passions qui avaient , depuis long-tems , une place et un nom dans la psychologie , tels que l'amitié , le courage , l'avarice , la ruse ( amitié ou affectionivité , rixe ou combativité , instinct de la propriété ou acquisivité , ruse ou secrétivité ) ; ou enfin il a pris certaines dispositions naturelles à commettre de grands, crimes comme le vol , le meurtre , l'incendie ( penchant au vol ou acquisivité , meurtre ou destructivité ). A ces matériaux , Spurzheim a ajouté une vertu , l'amour de la patrie , ou , au moins , du sol où l'on est né et que l'on cultive ( habitativité) , et enfin le génie de l'architecture et de tous les arts mécaniques ( constructivité ) , que Gall avait placé parmi les facultés intellectuelles, et dont lui-même , Spurzheim, a distrait quelques points de vue, pour en faire la faculté perceptive de l'étendue, et celle du poids et de la résistance. Toutes ces facultés instinctives de Gall et de Spurzheim se trouvaient donc déjà dans la psychologie , et s'y trouvaient bien étudiées dans leurs phénomènes et dans leurs résultats , sous les noms de besoins , d'instincts , d'appétits, de désirs , de sentimens , d'affections , de passions, de vertus , de vices , de crimes même , toutes impulsions naturelles , communes, dans
leur essence au moins , aux animaux et à l'homme, et dont nous avons déjà vu que lîutcheson , Reimarus , Reid et Dtigald Stewart avaient tenu grand compte dans leurs systèmes de psychologie. Toujours est-il que ces impulsions naturelles constituaient précisément les instincts et les passions les plus aveugles, les plus irrésistibles, les plus brutales, et, par cela même , les plus indispensables non-seulement à la propagation de l'espèce et à la conservation de ses produits , non-seulement à la formation et au maintien du mariage, de la famille , de la tribu , ces trois premiers degrés de l'état inévitable de l'homme, l'élat social , mais encore à la conservation même de l'individu, considéré, si cela est possible, hors de l'état de société , et dans un isolement absolu.
Privé de ces instincts, en effet, l'homme ne pourrait se conserver un instant, même comme individu ; il y a plus , on ne le concevrait pas. Je laisse de côté l'amour physique et celui de la progéniture , qui font de lui un être sociable ; je laisse de côté , encore, le sens de l'attachement qui y est étroitement lié , et sans lequel on ne comprendrait pas la société , une société de gens qui , même sans se haïr ,
seraient tout-à-fait indifférens l'un à l'autre , n'auraient ni l'esprit de nationalité , qui nous fait préférer au reste des hommes 3o ou 4° millions d'individus portant le même nom de peuple que nous, ni même l'amour de l'humanité, qui nous porte à donner du secours à un homme , plutôt qu'à l'animal le plus doux. Mais, à part même ces trois penchans , conçoiton un homme existant comme individu dans l'état même le plus sauvage, sans l'instinct qui lui fait mettre à mort des animaux plus faibles que lui , pour en faire sa nourriture ( sens du meurtre et du courage); sans celui qui le fait se défendre contre les animaux qui l'attaquent (sens du courage et du meurtre); sans celui qui lui fait employer la ruse quand il ne peut pas faire usage de la force ( sens de la ruse ) ; sans l'instinct qui lui fait s'approprier le champ où il s'est établi , qu'il a cultivé le premier, et tous les objets pour l'acquisition desquels l'instinct de la destruction n'est pas nécessaire (sens de la propriété ou du vol ) ; sans l'instinct , enfin, qui le fait s'abriter contre les ardeurs du soleil , contre la violence des tempêtes , contre les surprises nocturnes des animaux féroces, ne fût-ce que par le plus misérable ajoupa des sauvages de la Nouvelle-Hollande , ou
de ceux du détroit glacé de Magellan (sens de la construction).
Aussi presque tous les sentirnens , les passions qui représentaient, dans l'ancien langage, ces facultés primordiales instinctives , avaientils été considérés comme des sentirnens ou des passions naturelles , et l'on avait positivement appelé de ce nom l'amitié, le courage, la ruse, la convoitise , l'avarice. On ne l'avait pas dit aussi formellement pour l'instinct de la construction et l'instinct carnassier ; mais dans les animaux l'innéité , au moins , de ces deux facultés n'avait pas été mise en doute. Il y avait des familles d'animaux constructeurs , les abeilles, les fourmis, les castors; tout un ordre de mammifères, les carnassiers, était basé sur l'instinctde la destruction. Il ne s'agissait donc que de montrer , ou plutôt de formuler dans l'homme l'existence de ces deux instincts , et c'est ce que Gall a tenté et accompli.
Le sens de la construction, qui consiste à se faire une habitation pour s'abriter contre le soleil, lèvent, la pluie, la foudre , à la munir des meubles nécessaires aux premiers besoins de la vie , à se fabriquer des instrumens pour l'attaque des animaux, ou pour se défendre contre eux ou contre les autres hommes ; ce sens ,
par la nature toute matérielle de son organe , la main , par celle de ses motifs extérieurs d'action et de ses résultats , se prêtait merveilleusement à une analyse superficielle et incomplète. On pouvait ne pas aller plus loin que son instrument, et que ses causes d'entrée en exercice , et n'y voir qu'une aptitude manuelle , provoquée par l'action des objets extérieurs ; et c'est ce qui ne manqua pas d'arriver. Mais les mêmes raisons qui avaient fait regarder les autres instincts comme des facultés innées se réunissaient encore pour prouver que , dans celui de la construction , la main n'est que l'instrument dune aptitude encéphalique , et les impressions venues du dehors que des occasions d'action de ce sens ; et la psychologie comparée venait au secours des raisons que, pour l'homme, on tirait de l'inégalité d'aptitude à construire, dans le cas d'organes en apparence également parfaits. Aussi ne nia-t-on point que le talent de construire et de fabriquer ne fût dû à une aptitude innée, ou plutôt l'installation de ce penchant passa inaperçue.
Mais il n'en fut pas de même pour 1'instincf carnassier, pour le sens du meurtre ou de la destruction. Ce fut presque un concert de ma-
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lédiclions centre le philosophe <pii avait osé proposer L'admission d'une pareille Faculté dans la psychologie. Assimiler l'homme aux animaux carnassiers, au loup-cervier , au tigre, à l'hyène , en faire un meurtrier , un incendiaire ! il y avait là presque de l'immoralité. Et les opposaus, qui tenaient un pareil langage , ne s'apercevaient pas , ou ne voulaient pas s'apercevoir que tout ce qui les entoure n'est qu'une scène de carnage ou de destruction , dont ils sont eux-mêmes les principaux acteurs; (pie l'herbe des champs est dévorée par la brebis , qui est dévorée par le loup , qui est tué par l'homme , qui se détruit et se dévore luimême ; que nos festins , nos plaisirs de la chasse, du cirque, de l'amphithéâtre, notre point d'honneur, notre gloire guerrière , tout cela n'est que du sang; que nos lois en sont imprégnées, et qu'elles proclament, depuis des siècles , la nécessité du meurtre pour réprimer le meurtre, qui se reproduit toujours.. . C'était une honte que tant d'inconséquence; il fallut bien avouer qu'on n'y avait pas vu clair. L'instinct passa, et il fut bien constaté que, pour la conservation de l'espèce, comme pour celle de l'individu , ce n'est pas assez de la mon na
turelle, et que la mort violente est aussi une institution de la nature.
Gall avait dit que l'organe de l'orgueil n'est autre chose que celui qui fait que certains animaux établissent leur séjour constant sur les hauteurs. Cette idée , d'une simplicité un peu naïve , et qui^ dans tous les cas , ne pouvait pas dire pourquoi la majeure partie des animaux habite les plaines et les mers, fut modifiée , ou plutôt complètement changée par Spurzheim , et il institua un sens de l'habitativité , dont la cause finale serait de rendre toutes les parties de la terre habitées , et qui ferait vivre le poisson dans l'eau , l'oiseau dans l'air , telle ou telle espèce mammifère dans tel ou tel lieu du globe, et l'homme dans tous les climats , tantôt nomade , quand , chez lui , ce sens serait peu développé , tantôt agriculteur , quand c'est le contraire qui aurait lieu (i).
(1) Il y a maintenant des phrénologistes qui remplacent la faculté habitative par la concentrativitè , ou puissance de concentration, appliquée à toutes les autres, facultés. C'est là une nonveaxité phrénologique dont , peut-être , je n'aurais pas dû parler , et qui consiste, tout simplement , contrairement aux principes même de la doctrine, à placer, parmi les facultés, un de leurs
L'idée de Gall était mal élaborée , celle de Spurzheim est plus exacte ; mais il serait possible de lui donner encore plus de vérité, en la généralisant davantage , c'est-à-dire, en rapportant le sens de l'habitativité à celui de l'attachement ou de l'affectionivité. En effet , parmi nos besoins physiques, facultés non intellectuelles , forces viscérales de la moelle allongée et de la moelle épinière , parmi ces besoins ou leurs diflerens modes , se trouvent celui de respirer l'air , de telle façon , dans l'eau ou dans l'air , et dans des régions diversement élevées de l'atmosphère ; se trouvent celui de vivre de tel ou tel aliment, qui ne vient qu'en tel ou tel lieu du globe , celui de se mouvoir de telle ou telle façon , d'abord dans un but relatif à l'alimentation ou à la respiration , ensuite dans le but seul de se mouvoir; se trouvent encore d'autres besoins que je n'énumère pas, et qui sont en harmonie avec les diverses régions habitables des mers et des continens. Que l'on admette, avec M. de Lamark, que l'habitation ait pu anciennement
inodes intellectuels d'action , l'attention. (Voyez Essui sur la Constitution de V Homme , par G. Combe, traduction de P. Dumont. Paris , 183 i.)
produire les besoins, ou bien , avec Gall , que les besoins aient primitivement déterminé l'habitation , ou mieux , que ces deux choses aient toujours marché parallèlement , et dans une sorte d'harmonie préétablie, toujours est-il que , dans l'état actuel de la nature , ce sont les besoins qui nécessitent le lieu et le genre d'habitation ; et , bien que l'homme soit cosmopolite , comme il est polyphage , ce n'est qu'avec le tems que ses besoins , aussi bien que ses mœurs et ses institutions , se modifient par le climat, ainsi que le prouvent amplement l'histoire des races et celle de leurs migrations.
Eh bien, les animaux et l'homme ont, et doivent avoir, la faculté de s'attacher aux lieux, aux objets de toute nature , avec lesquels les besoins de leur organisation les obligent d'avoir des rapports constans et habituels ; et cet attachement y cette habitude n'est autre chose que le plaisir à vivre, à étendre la sphère de son existence , à s'identifier, par ses sensations et sa pensée, au plus grand nombre d'objets possible, Cette faculté, appliquée aux lieux où l'on vit , est Miabiiatwité , l'amour du sol natal , de la patrie. Prise dans son extension la plus restreinte, fortifiée par le sentiment de la bien
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veillance générale, et déterminée par quelques circonstances particulières, elle donnerait lien à Yuttachi'iiteiit , à Yajfeciionivité de Gall et de laphrénologie, à Y amitié, en un mot, qui est rarement aussi sympathique qu'on a bien voulu le dire , et qui se trompe souvent dans ses sympathies , mais qui s'augmente par le tems , par une habitude qui date des premières années de la vie , souvent même quand la manière de sentir et la portée d'esprit des amis sont loin (d'être les mêmes.
Il résulte de tout ce que je viens de dire, que tous les matériaux de la systématisation des penchans , de Gall , existaient non seulement dans la nature , mais dans la science psychologique, souvent même la plus usuelle. Mais ils y étaient épars , disséminés ; ils ne faisaient point partie du même ordre de faits ou de principes; ils n'étaient point rangés sous la même dénomination, ou sous des dénominations parallèles , dans une science pourtant où les mots sont la moitié des choses, Par exemple, l'amour proprement dit, et celui des enfans, considérés surtout chez les femelles, les mères , avaient été comme dédoublés : leur partie tout-à-fait physique faisait partie des fonctions génératrices , sous le nom de
coït, de fécondation, de gestation , d'accouchement, de lactation. Leur partie intellectuelle rentrait dans les sentimens et dans les passions , sous le nom d'amour proprement dit et d'amour maternel. C'était aux passions encore , c'est-à-dire à la morale , à la volonté , qu'appartenaient l'amitié, le courage, l'avarice. Quant à l'instinct du meurtre ou de la destruction , à celui de la propriété ou du vol , bien qu'ils ne fussent représentés , dans la science ou dans le langage usuel , par aucun nom spécifique , ils trouvaient des types nombreux dans la psychologie hors ligne des animaux et des malfaiteurs.
Mais il s'agissait de ne pas s'arrêter aux noms; il fallait, dans toutes ces formes, dans tous ces points de vue psychologiques, remonter aussi haut que cela est possible , suivant le principe qui a présidé à l'institution de la phrénologie ; il fallait diviser autant que la nature paraîtrait l'avoir fait elle-même , et établir des forces ou des facultés d'où découlassent, tout expliqués , les divers faits affectifs qui composent le domaine des instincts ou des penchans communs aux animaux et à l'homme , instincts ou penchans qui , chez ce dernier , sont nécessaires à sa conservation comme in?
dividu et comme espèce, dans son état même le plus simple, et, si l'on peut ainsi dire, le le plus primitif, dans un état qui n'est point contre nature , parce qu'il est encore un état social, l'état de sauvagerie. Or, tout ce que j'ai dit précédemment me semble prouver que c'est là ce que Gall a fait , et qu'il l'a fait avec autant d'exactitude et de vérité qu'il est possible d'en donner à une systématisation psychologique. Le premier genre des facultés affectives, le genre des penchans , tel que l'a établi la phrénologie , pourra donc sembler fondé dans la nature , si l'on en bannit , comme je l'ai fait, le sens de l'habitativité, pour le comprendre dans celui de l'attachement ; et il renferme tous les instincts que nous pouvons concevoir comme indispensables à la propagation de l'espèce et à sa conservation.
L'amour physique fait l'espèce.
L'amour des enfans , en la protégeant , commence à la conserver.
L'instinct du courage et celui de la destruction fournissent à la défense et à l'alimentation de l'individu.
Celui de la propriété pourvoit encore à son alimentation, et, en outre, à tous les autres
besoins qui tiennent plus immédiatement à sa conservation dans l'avenir.
Celui de la ruse , qui a le même but que les trois précédens , s'y adjoint, ou les supplée.
Celui de la construction donne à l'homme un abri , des ustensiles , des meubles et les instrumens nécessaires à son alimentation et à sa défense.
Celui , enfin , de l'attachement ou de Y habitude lui fait habiter, avec bonheur, les lieux même en apparence les moins faits pour procurer cette sensation , et, en se joignant à l'amour paternel et à la bienveillance générale pour donner lieu à l'amitié et aux diverses affections de famille, il fournit à l'homme les élémens de sa sociabilité , et , par cela même , de nouveaux et de puissans moyens de conserva don individuelle ,
GENRE II. — Sentimens.
Les facultés affectives, qui composent le genre suivant, ont été nommées sentimens par Spurzheim , comme ayant un caractère plus moral et plus intellectuel que les penchans , bien qu'il ne leur suppose pas plus qu'à ces derniers la conscience cta leur action, et qu'il 1 attribue
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aux facultés intellectuelles et plus spécialement au sens des phénomènes. Ce genre , comprend douze facultés primordiales , don! les quatre premières, l'estime de soi ( orgueil, Gall ) , lapprobativité (vanité, Gall), la circonspection et la bienveillance , sont communes aux animaux et à l'homme, tandis que les huit dernières, la vénération ( théosophie , Gall), la fermeté, la conscienciosité, l'espérance, la merveillosité , l'idéalité (qui forme, avec la précédente, le talent poétique de Gall) la gaité ( causticité , Gall ) , l'imitation ( mimique, Gall), sont propres exclusivement à l'homme.
Trois de ces facultés, la merveillosité, l'espérance et la conscienciosité, n'avaient point été admises par Gall , et sont de l'invention de son collaborateur. Une de plus, la foi , et les trois vertus théologales , la foi , l'espérance et la charité ( bienveillance ) , se seraient trouvées groupées au sommet du cerveau , en compagnie de la justice , de la superstition ( merveillosité ) et de la théosophie ( vénération ). Pour parler sérieusement , la foi , le besoin de croyance, d'affirmation, me paraît, ainsi qu'à Hutcheson et à Reid, pouvoir être attribuée à une faculté tout aussi fondamentale que les autres
sentimens , ou , en d'autres termes , être une manifestation intellectuelle , que n'explique l'action d'aucun d'eux, pas même l'action simultanée de l'espérance et de la merveillosité. Ce sentiment n'est point le résultat de l'ignorance, car on voit des ignorans qui sont ou trèssceptiques , ou très indifférens sur toutes sortes de croyances ; tandis qu'au contraire , il y a des hommes très-éclairés qui ont besoin de croire, d'affirmer, d'avoir des opinions trèsarrêtées sur tous les sujets , sur ceux même qui ne tiennent , en rien , aux mystères d'une vie à venir , et à toutes ces questions insolubles où la raison humaine a toujours aimé à s'abandonner et à se perdre. Cette faculté, la foi, me paraît donc , phrénologiquement parlant , être une faculté nouvelle, qui aurait, autant que les autres sentimens , droit de bourgeoisie dans le système.
Mais il y a encore un autre sentiment qui pourrait, ce me semble , à bon droit , revendiquer le même honneur, c'est la reconnaissance, et c'est là, comme je t'ai déjà dit, le jugement qu'en a porté encore l'école moraliste écossaise. Ce sentiment , en effet , a quelque chose de spécial qui ne me paraît pas pouvoir résulter de l'union de l'amour ou de l'estime de
soi , avec la bienveillance générale on l'attachement, onde l'union de l'amour de soi et de celui de la propriété , avec l'espérance et la circonspection; c'est plus , et c'est autre chose que cela. On n'est pas reconnaissant seulement par orgueil et pour s'acquitter sur-le-champ , ou par convoitise et pour obtenir encore , ou même pour exprimer le contentement qu'on éprouve à recevoir un service ou un bienfait, une marque d'honneur ou d'amitié. On est reconnaissant comme on est amoureux, brave, rusé, orgueilleux , par l'effet d'un sentiment spécial , et, dans tous les cas, il y a certainement bien plus loin de la reconnaissance à l'amour de soi ou à celui du prochain , combinés ensemble ou considérés à part , qu'il n'y a loin de l'estime de soi à l'amour de l'approbation , de l'attachement à la bienveillance , de la circonspection à la ruse , et peut-être même de la vénération à la merveillosité et à l'idéalité ; toutes facultés que la phrénologie considère néanmoins comme parfaitement distinctes les unes des autres.
Et d'abord, pour ce qui est de Y estime rie soi ou de l'orgueil, et de Y approbativité ou de la vanité , on pourrait très-bien ne les regarder que comme deux modes , je dirai plus , comme deux
degrés de la même faculté. Quand cette faculté est à son summum de développement, c'est l'orgueil,lajactance; l'individu, quel que soitson peu de lumières et de valeur intrinsèque , est tellement sûr de son savoir , de son mérite , que sa propre estime lui suffit , et il lui est presque indifférent de s'attirer celle des autres. Dans un degré moindre , mais dans les mêmes conditions, le vaniteux a sans doute bonne opinion de lui-même, mais , pour s'y corroborer, il lui faut encore l'approbation d'autrui, ou au moins celle de son propre entourage , et il fait quelques frais pour la mériter ; de là , ces dehors de vanité qui se rapportent surtout aux petites choses, à l'extérieur , à la décoration. De là encore cette distinction que Ion a cherché à établir entre l'orgueil , qu'on a appelé la vanité des grandes choses, ou des grands hommes, et la vanité, qu'on a regardée comme l'orgueil des petites choses, ou des sots; distinction illusoire peut-être, car l'orgueil , aussi bien que la vanité, peut s'allier à l'ignorance ou à la sottise, et ces deux sentimens peuvent, comme je le disais , être rapportés à la même faculté fondamentale, l'estime de soi.
La ruse (secrétivité)et la prudence (circonspection) pourraient être également considérées
comme des degrés de la même faculté , dont le caractère essentiel serait la prévision, la temporisation dans l'emploi des moyens d'arriver à un but , et à laquelle on pourrait donner le nom de temporisation , ou mieux conserver celui de prudence. A un faible degré de développement et d'action, cette faculté ne serait, en effet/ que de la circonspection , de la prudence , mais à un plus haut degré, ou, comme le dirait la phrénologie, combinée avec l'action de telles ou telles autres facultés , par exemple l'instinct de la propriété , celui de la destruction , et avec l'absence de tels autres sens internes, ceux de la justice, de la bienveillance , etc. , ce serait la ruse , mais la ruse de la pie , du tigre , du voleur, de l'assassin.
Je ne dis rien de la bienveillance ou de la bonté , sinon que Gall et Spurzheim ne pouvaient se dispenser d'en faire une faculté primordiale. La justice la comprend, suivant Cicéron (i) et les anciens moralistes, et l'on ne concevrait pas plus la société sans ce sentiment, que la conservation individuelle sans l'amour de soi.
(4) De Officiis , lib. i,p. 401, Paris, 1818. Ed. Fournier.
Quant à X espérance , elle n'avait pas paru à Gall être une faculté fondamentale. C'est qu'en effet , bien que ce soit un des sentimens les plus distincts, les plus permanens que nous puissions éprouver, on peut, à la rigueur, ne la considérer que comme un mode du désir , un de ses points de vue, une de ses faces; tout ce qu'on désire, on l'espère plus ou moins , souvent sans s'en rendre bien compte , ou sans oser se l'avouer à soi-même. L'espérance, est comme le désir, le commencement d'action de toute faculté. Elle est , dit-on , la plus fidèle compagne de l'homme; elle le suit tant qu'il vit, c'est-à-dire, tant qu'il désire , car , lorsqu'il ne désire plus rien , il est mort , ou sur le point de se suicider d'ennui.
La justice , regardée aussi par Spurzheim seul comme une faculté fondamentale , a pourtant, en effet, de tous points ce caractère. C'est la conscience des moralistes , le sens moral, le sens du devoir de l'école écossaise, faculté ou vertu sans l'existence de laquelle aucune société ne serait possible , pas même celle des sauvages , pas même celle de la famille, où un père fait part égale à ses enfans. Quelquefois cependant on a, d'une manière encore plus générale, mais trop
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peu pratique , regardé le sens de la conscience
comme le résultai du sens général de l'ordre , de L'harmonie, qui, au moral, comprendrait la justice , au physique , le sens de l'ordre des facultés intellectuelles perceptives.
Le sens de la fermeté tient certainement de bien près à ceux de l'orgueil et du courage , dont il reçoit et auxquels il donne un puissant appui ; mais enfin l'observation des animaux et des hommes chez lesquels il paraît souvent exister seul , constituant , chez les premiers , l'âne par exemple, l'entêtement, l'opiniâtreté, chez les autres, le courage civil, l'esprit de suite, peuvent faire regarder ce sens comme une faculté réellement fondamentale.
La vénération de Spurzheim me paraît aussi avoir ce caractère , et la théosophie de Gall était une faculté complexe , ainsi que je le montrerai tout à l'heure , d'après la phrénologie , et d'après ma propre manière de voir. Pour en revenir à la vénération , dont le nom indique assez le caractère essentiel , et qu'admet, sous ce même titre , l'école écossaise, elle donne lieu, en totalité, ou en partie, aux sentimens qu'on a appelés déférence , considération , respect , vénération , admiration , enthousiasme. C'est une faculté qui fait qu'on
276 PREMIÈRE SECTION. — CHAPITRE If.
s'incline, avec un sentiment de plaisir , devant le pouvoir de la fortune, du rang, du génie, de la vertu. La vénération , ainsi que Spurzheim l'a établi , n'est pas nécessairement religieuse , et la théosophie de Gall est , suivant lui , un sentiment complexe auquel concourent la vénération , l'espérance et la merveillosité. J'ai déjà dit que Gall ne considérait point l'espérance comme une faculté fondamentale; c'est Spurzheim aussi qui a fait un sens de l'amour du merveilleux. Ce sentiment, dit-il , envisage toutes choses sous le rapport merveilleux et surnaturel; il fait croire aux prestiges , aux causes surnaturelles. Mais , dirai. je à mon tour , sous quel rapport fait-il tout cela ? Sous celui de cause à effet. Et quand le fait-il? Dans l'enfance de l'âge et des nations, chez les adultes ignorans ou crédules ; et il le fait surtout quand l'imagination , l'instinct poétique donne à l'instinct de causalité, qui n'a aucuns matériaux sur lesquels il puisse s'exercer, des matériaux de sa façon. L'amour du merveilleux pourrait donc résulter de l'union de l'instinct d'imagination avec l'instinct de causalité, et être rayé, comme sens primordial , du catalogue de la phrénologie.
Je viens de parler de Y imagination comme
faculté fondamentale , et je ne vois pas en efîèt pourquoi la folle du logis serait chassée du logis ; pourquoi on la priverait de son beau nom, de son nom caractéristique , pour lui donner, avec Gai 1, celui d'instinct poétique, comme s'il n'y avait absolument que les poètes qui eussentde l'imagination , ou bien pour lui en donner, avec Spurzheim, deux ou trois autres, qui ont chacun besoin d'une page d'explication, et qui sont tout ce qu'il y a de plus barbare et de plus mal imaginé , merveillosité , idéalité , individualité. L< idéalité , dit Spurzheim , jait envisager la nature comme elle devrait être dans son état de perfection. Cette phrase n'est peut-être pas trèsphilosophique. L'état de perfection de la nature? Eh ! savons-nous ce que c'est, si ce n'est pas son état actuel , et très-certainement ce serait un état de désordre et de destruction , que celui que nous imaginerions devoir être plus parfait. Ce caractère de l'idéalité n'en est donc pas un, et ne saurait la faire connaître. L'idéalité qui , d'après Spurzheim , est essentielle aux poètes , n'est autre chose que l'imagination, qui donne à tout un corps, un esprit, un visage, qui colore et anime tout , donne une voix à tout , au grotesque, au laid, au hideux, comme au sublime, au beau, au gracieux. L'imagination, et même
l'imagination poétique , c'est Homère , c'est Raphaël, c'est Anacréon ; mais c'est Scarron , c'est Callot , c'est Han d'Islande. Quand l'imagination peint en nombres vocaux et articulés , c'est la poésie , en nombres purement mélodiques, c'est la musique; quand elle parle aux yeux sur la toile , au moyen des formes et des couleurs , c'est la peinture. Ce qu'il y a de fondamental et de commun dans tout cela, c'est la faculté de composer des images , dont la mémoire fournit les matériaux ; c'est l'imagination.
Eh bien ! que cette faculté joigne son action à celle d'un autre faculté essentiellement fondamentale encore, la causalité, celle qui cherche le pourquoi de tout , et qui est le plus grand mobile du perfectionnement possible à la race humaine; que cet instinct de causalité, en outre, s'applique à la recherche de la cause première, et il naîtra de la combinaison de leur action , je ne dis point l'instinct fondamental religieux , mais le sentiment religieux ; et plus l'ignorance des causes naturelles sera grande, plus l'imagination sera naturellement active , ou stimulée par cette ignorance même , plus aussi le sentiment de la cause première revêtira le caractère d'une image, d'une forme, d'un objet extérieur.
Joignez a cela faction de l'instinct fondamental de la vénération , les scntiniens secondaires de l'espérance et de la crainte, et vous aurez le senliment religieux dans tout son ensemble, dans toute sa complexité.
La satisfaction d'un besoin, d'un penchant , d'une aptitude intellectuelle quelconque, donne lieu à un sentiment de bien-être qu'on a appelé contentement, plaisir , joie , degrés divers d'un même mode d'action , d'un mode d'action secondaire de toute faculté; de même que la non-satisfaction d'une de ces facultés occasionne un sentiment de malaise qu'on a appelé déboire , chagrin , tristesse , douleurs. Les pleurs sont l'apanage de ces derniers sentimens , et leur conséquence directe et naturelle , bien qu'ils puissent quelquefois se montrer dans la joie douce et calme , mais profonde , et dans le rire fou, et porté , comme on dit , jusqu'aux larmes. Le rire , au contraire , bien qu'il se montre souvent dans la gaité et dans la joie, le rire n'est point leur accompagnement nécessaire, leur expression obligée, j'ajoute même qu'il en est fondamentalement distinct. La gaité , la joie parlent haut , crient , gesticulent, folâtrent, mais elles ne lient point; le rire a une autre origine. 11 est l'expression
d'une passion , ou plutôt d'une faculté fondamentale, qui existe en nous pour contrebalancer notre orgueil ou notre vanité , ou pour humilier ceux des autres, en en saississant le côté plaisant et ridicule, en abaissant une passion dont le propre estde seguinder sur des échasses. Le rire est, comme on l'a dit , l'arme des faibles contre les forts, et la faculté dont il est l'expression est la moquerie, la causticité , Y esprit de saillie , comme l'avait fort bien vu Gall, et non point la gaité ou la joie , comme Spurzheim a voulu l'établir à tort. Lorsqu'on rit dans le contentement ou dans la joie qui naît de la satisfaction de certains désirs , de certaines passions , c'est-à-dire de certaines aptitudes primordiales , c'est que ces sentimens gais ont éveillé, par affinité de nature , la faculté ou la passion du rire ou de la moquerie ; et de là , dans le contentement et dans une joie quelconque , ces saillies , ces boutades plus ou moins spirituelles , mais dans lesquelles on retrouvera toujours le caractère essentiel du "vrai rire , c'est-à-dire , des attaques malignes et joyeuses , soit à l 'amour-propre général , soit à l'amour -propre de celui qu'on attaque.
Le dernier des sentimens est l'instinct d'imitation , moins bien nommé mimique par
Gall , et s'il, est un instinct (|iii puisse se dire primordial , c'est à coup sur celui-là. Depuis Arislole, qui appelait l'homme un animal essentiellement iniitateur(1 ), iln'y a pas de philosophe qui n'ait proclamé cette vérité ; c'est que, pour la reconnaître , il ne faut qu'ouvrir les yeux. Toute la nature , en eflét , est une imitation des mêmes objets ou des mêmes actes , et il n'est aucun des gestes de l'homme auquel ne vienne en aide l'instinct d'imitation. Sensations, idées , aptitudes, passions, vertus, vices, il comprend tout , ou au moins influe sur tout. Il est un des pivots de l'éducation , de la transmission des sciences , des arts , des coutumes , et nonseulement il domine en maître la psychologie et toute la physiologie de l'homme, mais il a, sur la production de ses maladies , une influence extraordinaire, et qui ne me parait pas avoir été appréciée à sa juste valeur.
De la revue analytique que je viens de faire des sentimens, ou du second genre des facultés affectives admises par la phrénologie , il résulte qu'on pourrait réduire le nombre de ces facultés , en ne considérant que comme deux degrés ou deux modes de l'amour-propre , l'estime
(1) MiftïiTix&TXTor £«», Lib. De Poetica , cap. iv.
de soi et l'amour de l'approbation ; en ralliant la ruse à la circonspection ; en supprimant l'espérance, qui ne serait alors qu'une face du désir , la merveillosité ou l'amour du merveilleux , qui résulte de l'action composée du sens de l'imagination et de celui de la causalité; en regardant l'idéalité comme la faculté de tout convertir en images , et l'appelant imagination ; en nommant sens du rire , de la causticité ou de la moquerie , le sens de la gaîté , dont l'appellation est défectueuse ; en ajoutant enfin à ces facultés la foi ou la crédulité, et la reconnaissance.
Ainsi, amour-propre, crédulité, vénération, fermeté, bienveillance, justice, reconnaissance , imagination , causticité , imitation , dix facultés en tout : tels seraient les sentimens que pourrait proposer un innovateur en phrénologie, et cela , ce me semble, sur des raisons tout aussi bonnes que celles qui en font admettre neuf par Gall , mais un peu différentes , et douze par Spurzheim.
SS FACULTÉS PRIMORDIALES EN PARTICULIER. *28tt