CHAPITRE DEUXIÈME
Nom de la psychologie. — Vue généhale de son
domaine représenté par les facultés
qu'elle ADMET.
Le sens, l'étymologie du mot de psychologie sont trop connus pour que je m'y arrête; mais par une destinée , assez singulière pour qu'il ne soit pas hors de propos de la rappeler, ce mot, presque aussi vieux que la science qu'il représente, en est aussi, à lui seul, l'histoire abrégée, A une époque , en effet , où la métaphysique était la pneumatologie, la science des esprits , la psychologie devait être celle de l'esprit créé, c'est-à-dire de l'esprit humain, et> l'immatérialité du sujet pensant , n'étant alors mise en question par personne , était un article de foi qui donnait à la science son nom , et, en quelque sorte, son frontispice. Il en était ainsi dans ces siècles-là : mais , depuis , les choses ont bien changé de face. Aujourd'hui , au dire même des métaphysiciens les plus avancés, la psychologie est, tout simple
ment, la science des manifestations morales et intellectuelles , sans que son titre puisse rien faire préjuger sur la nature du sujet pensant (i). Au tems de Vanini, les métaphysiciens dont je parle auraient pu passer pour téméraires, et maintenant il n'est plus personne qui leur tienne compte de leur courage. La raison commune a dépassé la leur , et elle n'avait pas attendu ses décisions pour être convaincue que tout ce qui s'est dit sur la distinction à établir entre la pensée et la matière , et sur leur prétendue incompatibilité , ne repose que sur de pauvres arguties , où les plus grands philosophes n'ont eu , la plupart du tems , sur le vulgaire , que l'avantage de se tromper avec plus de suffisance et avec moins de clarté.
Puisque le mot de psychologie ne préjuge plus rien , désormais , sur la nature du sujet pensant, il est tout aussi bon qu'un autre pour représenter la science de l'Intellect, et l'on pourrait en dire autant de celui de phrénologie , s'il n'était en possession de désigner un système qui croit la distinction des organes cérébraux aussi logiquement nécessaire que celle
(1) Th. Jou.ffroy , Mélanges philosophiques , 1 vol. ;n-8», 4833. Art. Facultés de l'âme humaine.
îles facultés , et surtout que leur iiuiéité. On pourrait se servir encore de celui de science de l'entendement ou de la pensée , comme l'ont fait surtout les philosophes anglais , ces mots n'exprimant que le fait général de la science , celui qui les résume tous > entendre , peser , examiner, et pouvant, à la rigueur, s'appliquer aux manifestations morales , comme aux manifestations intellectuelles. Sous ce dernier rapport, celui d'idéologie ne saurait leur être substitué : car , non-seulement par son étymologie , mais encore par l'emploi qui en a été fait , il ne représente qu'une partie de la science , les idées , ou son côté intellectuel proprement dit. Mais en voilà assez, en voilà trop, peut-être, sur le nom de la science, cet ouvrage ayant surtout pour but, non pas de multiplier les mots , mais de rechercher , sous eux , les choses, et de les négliger quand ils ne servent d'étiquette à aucune idée.
La psychologie est donc la science des faits alléctifs et intellectuels , de faits que nous ne connaissons en nous que par le sens intime , les supposant dans les autres hommes et dans les animaux, en vertu d'une analogie fondée sur les niouvemens spontanés et volontaires que nous leur voyons exécuter. Cette analogie, nom
ne devons pourtant pas la pousser trop loin ; nous ne devons pas , fondés sur quelques faits bien connus de mouvemens provoqués dans un petit nombre de plantes , attribuer aux végétaux , comme l'a fait Darwin ( i ), non-seulement le sentiment le plus obscur, mais même des passions, de l'intelligence , un état de veille et de sommeil. Cette opinion qui est fort ancienne, puisqu'Aristote, qui la rejette, l'attribue à Empédocle et à Anaxagore (2), et que Platon la partageait (3) , fut encore condamnée , phis tard, par saint Augustin (4) comme une hérésie religieuse. Mais ce n'est qu'une hérésie scientifique que la marche sévère de la science ne permet plus de reproduire ; et les faits d'irritabilité dont elle pouvait s'étayer , ne doivent pas être comptés parmi ceux qui sont du domaine de la psychologie , et sur lesquels doit
(1) Zoonomie , t.i, section xm, De l'animation végétale.
(2) Aristote, de Plantis, lib. i, cap. i, t. u des œuvres. Edit. de Duval, in-folio. — De Anima, lib H > cap. xi.
(3) Timèe, édition des Denx-Ponts, p. 403. — Plutarque , Placit . philosoph . , cap. xxvi.
(4) De animœ quaniitate , dans le tome 1 des Œuvres in-lolio.
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s'élever l'édifice des pouvoirs qu'ils supposent, c'est-à-dire des facultés intellectuelles et morales. C'est cet édifice, en effet, qui représente, dans l'ensemble et les connexions de ses diverses parties , tous les faits de la science, leur rapports de première apparition ou d'antériorité, de succession, de dépendance, de génération réciproque, leur caractère d'impulsion ou d'indifférence à la détermination et à l'action ; et c'est pour cela qu'il est presque égal , en examinant un système de psychologie , de rechercher et de déterminer les faits sur lesquels il se fonde , ou de discuter les facultés qu'il reconnaît : c'est pour cela , plutôt , qu'il est presque impossible de ne pas faire l'un et l'autre à la fois, ainsi que cet ouvrage en offrira, à chaque instant , la preuve.