‹ Qu'est-ce que la phrénologie?Chapitre 9 sur 56 · EN DÉFINITIVE, QUE CETTE INNÉITÉ · texte numérisé non relu

EN DÉFINITIVE, QUE CETTE INNÉITÉ

Tout le monde connaît cettte phrase célèbre, communément attribuée à Aristote, mais qui paraît être de Zenon de Cittium , et qui est le code et le résumé du sensualisme : nïhil est in intellectu, quin prias fuerit in sensu (i). On la

(1) C'est là, à peu près aussi, l'opinion d'Èpicure , lorsqu'il dit que toutes les notions de l'esprit viennent des sens , soit par incidence , soit par proportion , soit par similitude , soit enfin par composition. ( Diogène Laërce , lib. x, p. 32.)

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traduisait ordinaii ement par cette assertion , que toutes nos idées nous viennent des sens, et Leibnitz, qui netait pas de cet avis, la modifia, ou plutôt la changea complètement , en disant : nihil est in intellectu quin prias Juerit in sensu t nisi intellectus ipse(i). Mais qu'est-ce que Leibnitz , et avant lui Platon et Descartes , entendaient par intellectus ? Cette question ne fut pas douteuse pour Locke ; intellectus c'étaient les idées , c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus formel et de plus distinct dans l'intelligence , ce qu'il y existe de moins primitif , de moins général , ce qui n'y est qu'un effet , qu'un produit. C'est dans ce sens que Locke combattit Descartes, dans ce sens que le monde philosophique comprit la dispute, et la victoire ne pouvait être douteuse ; aussi Locke en eût-il tous les honneurs. Ainsi il prouvait facilement aux Cartésiens (2) qu'il n'y a ni idées , ni principes innés, parce que, pour lui , comme pour eux , une idée innée était , par exemple , celle de Dieu , avec tous les at-

(1) Leibnitzii opéra omnia , 6 vol. in-4°. — Edente t. Dutens. vol. v , p. 358 , 359.

(2) Essai philosophique concernant V E nlendemcnl humain , livre i, chap. i.

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tributs que peut lui donner l'imagination d'un philosophe, parce cpje, pour lui, comme pour eux, des principes spéculatifs innés étaient des énoncés aussi formels, et j'ajouterai aussi ridicules que ceux-ci : ce qui est est. Il est impossible qu'une chose soit ci ne soit pas en même tems ; parce que , pour lui comme pour eux , des principes de pratique ou de morale innés, devaient avoir, dans le cœur humain, la même rigueur d'expression que dans le langage de la philosophie, ou de la religion ; ils devaient, par exemple, être admis dans cette forme: ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fût fait à toi-même ; et cela, par tous les hommes , à toutes les époques, chez toutes les nations , et presqu'à tous les âges , sans que la conduite pût démentir, une seule fois , l'acquiescement au précepte (i). Telles étaient les conditions de la grande victoire de Locke sur les Cartésiens ; et, dans ces termes, à coup sûr, il ne lui était pas difficile de conclure qu'il n'y a point de principes innés , soit spéculatifs , soit pratiques; et que la vertu ri est pas généralement approuvée , parce quelle est innée, mais

(l) Essai philosophique , livre i , eh. \\.

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parce quelle est utile ( 1 ) ; conclusion qui a été portée à son dernier terme par Helvétius et par le baron d'Holbach, avec les développemens que chacun sait.

Voltaire (2) a combattu avec sa raison accoutumée ces exagérations de Locke, sur ce que devraient être des principes de pratique innés ; et, il faut bien le dire, parce que c'est l'exprès sion de la vérité , le philosophe anglais , dans ses discussions sur les idées innées de Descartes, faisait un peu le Don Quichotte, et s'escrimait contre des moulins à vent. Sans doute Descartes , et avant lui Platon , et après lui Leibnitz avaient admis , et même de la manière la plus formelle , le second : que les idées sont innées, c est-à-dire quelles ont été placées immédiaiement dans l esprit par Dieu même, pour servir de principes à nos connaissances et à nos déterminations , et que la science n'est qu'une réminiscence de ce que Vâme savait avant son union avec le corps, pour lavoir puisé dans le sein même de la divinité (5) ; le

(1) Essai philosophique , liv. I, ch. n , p. 131.

(2) Le Philosophe ignorant , xxxiv et xxxv.

(3) Ces points principaux de la doctrine de Platon sur les Idées innées , les Formes ou Espèces intelligibles , se retrouvent dans presque tous ses Dialogues , mais

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