‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 2)Chapitre 15 sur 35 · Propriété foncière · texte numérisé non relu

Propriété foncière

Ici il n'y a pas de petites capitales exceptionnelles. Il y avait cependant de la place.

« C'est par la terre, dit M. Proudhon , que l'exploitation de « l'homme a commencé ; c'est dans la terre qu'elle a posé ses « solides fondements. La terre est encore la forteresse du capi- « talisme moderne, comme elle fut la citadelle de la féodalité et a de l'antique patriciat. C'est la terre entin, qui rend à l'auto- « rite, au principe gouvernemental (1), une force toujours nou- « velle, chaque fois que l'Hercule populaire a renversé le géant. »

Bravissimo, monsieur Proudhon ! vous êtes toujours admirable quand vous êtes daus une bonne voie. Courage ! donc, il y a encore tant de publicistes osant affirmer que l'aliénation du sol est étrangère au paupérisme !

Mais, hélas! votre bonne direction ne dure pas longtemps. M. Proudhon trouve le remède dans les banques foncières. Et les procurations du bon Dieu ? Sont-ce les banques foncières qui sont chargées de les vérifier?

Après cela vient naturellement un galimatias double , auquel M. Proudhon ni ses lecteurs ne peuvent rien comprendre. Restez dans la bonne voie, monsieur Proudhon, et vous serez toujours admirable !

M. Proudhon continue ensuite sa formule de banqueroute. H. Proudhon a-t-il des terres à me louer?

(1) Il fallait dire : à l'autorité par la force;, au principe gouvernemental qui en dififo.

Puis M. Proudhon énonce d'excellentes chosej^^ur la plus^alue par le locataire. Ce que vous dites là, m9nsieur, ^t réaUt. sable dès que le sol peut entrer à la propriété collective- JusqMar, là, la force gouverne, et la justice, conjm.edit P^isçal, u'est.qu'mv mot employé par les fripons pour exploiter les niais.= .i,,

M. Proudhon parle encore de briser Iji propriété., comme eA. 89 on brûla les chartriers. C'est magnifique, cpjifi me forçai; (Aais je ne vois pas trop que ce soit magnifique comme raison. . ;,

Vous croyez peut-être que. M. Proudhon a confiance dans son remède? Allons donc! Est-ce qu'il estl nécessaire d'avoir celt^. confiance pour proposer un remède au public?

« Quant à moi, dit le publiciste, je ne crois point que dan^ J^ ce système de nos lois et l'état des propriétés (\), que pareille in^ c( novation soit praticable, et je^ doute que Tespoir. des. paysans, (( triomphe des difficultés et des complications sans nombre de. c( la matière. Je suis le premier à reconnaître la légitimité du droit « de la plus value, mais autre chose est de reconnaîtreje dwif^ « et autre chose.de faire le droit (2); et celui-ci est incompac( tible avec toutes les lois, traditipns et usages qui régissent Iq « propriété. Il ne faudrait pas moins qu'une refonte complète, « avec suppressions, additions, modiOcations, presque à chaque; (( phrase et à chaque mot des deuxième et troisième livres du Code « civil , dix-sept cent soimnte-six articles à réviser, discuter^ « approfondir, abroger, remplacer, développer, plus de travail « que n'en pourrait faire l'Assemblée nationale en dix a^s. »

En dix ans, monsieur! Je vous en donnerais dix sept, cent soixante-six^ et vous n'auriez fait que de l'eau claire, pu plutôt, infiniment trouble, si préalablement vous fi'anéantis^ez riguorance sociale $urla réalité du droit.

« Une loi, ajoute ,M. Proudhon, qui consacre. ,et qui r^gle, dans. « toutes les circonstances, le droit à la plus value et les cousié- « queuces qu'il traîne après lui, est tout simplement una loi jm-r M possible. » / . ; .

(1) C'est l'état de l'orgauiîîarum (Je Ip propriétu qu'U faUail; dire. •

(2Wa»Ve /^ firoi7 esl lirs-ioli ! . ....

Oai, monsieur, tant que rignorauce sociale sur la réalité du droit empêche l'entrée du sol à la propriété collective. Mais après, cette difficulté ressemble à celle que proposait Christophe Colomb. On évalue le sol an commencement du bail et aussi à la fin : puis c'est fini par là. Car pour votas, sans doute, la moins value est aussi sacrée que la plus value.

«Remuer de pareilles questions, dit M. Proudhon, c'est jeter a la sonde dans les abîmes, d

C'est vrai, monsieur^ dans iFabime de Tignorance. Mais cet abîme, il faut maintenant le combler ou périr.

<c Le droit à la plus value, si cher, continue Tauteur, au cœur ^ du paysan, avoué par la loyauté d'un grand nombre de proprié- (K taires, est impraticable, parce qu'il manque de généralité et «f de profondeur, en un mot , parce qu'il n'est point assez race dical. y^

Eh bien ! lâonsieur, rendez-le plus radical en permettant au sol d'entrer à la propriété collective.

« Il en est de lui, continue M. Proudhon, comme do DROIT « AU TRAVAIL, dont personne, à la Constituante, «e contesa tait la justice, mais dont la codiflcation est également impos «c sible. »

Impossible à Tigoorance et surtout à la vanité ignorante, c'est vrai, monsieur. Mais à la science! rien n'est plus facile. Sous le despotisme, le droit à la misère pour les faibles, est le seul possible. Sous Tanarchie, le droit à tout par la force, est aussi le seul possible. Sous le règne de la justice, de la raison, de la liberté, le droit au travail et au produit de son travail, est le droit de tous.

« Le droit au travail, le droit k la vie, le droit à Tamour, le ce droit au bonheur, toutes les formules capables, en un instant <c donné, de remuer les masses, sont entièrement dépourvues de <x raisons pratiques. Si elles trahissent dans le peuple un besoin « respectable, elles accusent encore plus l'incompétence de leur « auteur. >»

Ce qu'elles accusent le plus, monsieur, c'est Tignorance et la vanité de ceux qui osent nier : et leur nécessité théorique et leur possibilité d'existence pratique.

Puis néanmoins M. Proudhon ajoute :

« Avant peu, il faudra une solution ; sinon, prenez-y garde !... « Je vois venir l'expropriation universelle, sans utilité publique c( et sans indemnité préalable. »

Et au profit de qui, s'il vous plâtt?.Gar, à moins d'anéantissement de l'humanité, l'expropriation se. fait toujours au profit des forts, si ce n'est au profit de tous. Ici M. Proudhon est bien près de mâcher à vide.

M. Proudhon termine cette étude, étude sans résultat, de la manière suivante :

« Que la conire^révoltttion poursuive le cours'de ses exploits; « et, avant un an, peut-être, le prolétariat demandera aux riches, « à titre de réparation et indemnités, quart, tiers, moitié de leurs « propriétés, dans quelques années, le tout. Et le prolétariat est c< plus fort que le grand Frédéric (1). Alors, ce ne sera plus le « droit au travail ni |e. droit à. l^a plus val^e^qiijiûvoqueront les « paysans et les ouvriers, ce sera le droit de la guerre et des re- « présailles. Qu'aura-t*on à rendre? » .; ^

Quoi ? je vais vous le dire : •?

Quand les prolétaires auront tout pris^ aux propriétaires^ les prolétaires seront devenus propriétaires et les bourgeois prolétaires. Croyez-vous que les choses en iront mieux? ()è8 que l'examen est devenu incompressible : avec la force, on ne fait plus que de l'anarchie.

Si, au lieu d'emplayer sa belle intelligefice à prôner des oaleiii«^ bredaiues, M« Proudhon voulait convaincre et les propriétaires et les prolétaires que, désormais, hors la démonstration de la réa>^ lité du droit et de sou inévitable «anction^ il n'y a de possible qu'anarchie ou agonie sociale» M. ProudhoB serart no des hoUHOM les plus utiles à rhunaanité.

(1) Disant au meunier de Sans-Souci;

« Sais-tu que ua» pa]f er , je pourvaifl; biea la psendre ?»

« Je he dois pas dissimuler quis, hors de la (Jropri^é oa d^ la communauté , personne n'a conçu de. société possible. Celte erreur à jamais déplorable a fait toute la vie de la propriété. » . ••

M. PfMMiDHQii, Qv'tit'Cft qiù Utpropri&é?

« De pareilles logomachies soilt des titres à l^orgfi-^ Djsiitipn des forces écoopnii^uQs. »

Colins, Mss.

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