‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 2)Chapitre 16 sur 35 · SIXIÈME ÉTUDE · texte numérisé non relu

SIXIÈME ÉTUDE

Organisation des forces économiques.

jQue le bon Dieu et ses saints soient loués ! Nous voilà donc arrivé à l'organisation du chaos.

a La loi de la majorité, dit M. Proudbôn, n*est pas ma loi, « c'est la loi de la force ; par conséquent le gouvernement qui en « résulte n'est pas mon gouvernement, c'est le. gouvernement de « la force. »

Bravissimo, monsieur Proudhon. Je signe ces propositions des' deux mains. Et que mettez-vous^ s'il vous plaft, à la place de la force? La raison, me direz-^vous. Toujours de mieux en mieux. Sans doute vous avez un critérium, autre que la force, «pour distioguer, socialement, la bomie' raison.de la mauvaise? Alors doimez-lje, et nous serons^ paifaitement d'accord, s'il est incontes-, tablement rationnel.

c< Pour que je reste libre, continue M. Proudhon, que je ne « subisse d'autre loi que la mieime, et que je me gouverne moi- « même, il faut renoncer à l'autorité du suffrage comme à la rec< présentation et,à la monarchie. Il faut supprimer, en un mot, « tout ce <fui reste de divin dans le gouvernement de la soie dété ))

rr m -

De mieux en mieux, mousieur; ii^i.$.iiQlre accord ii(i durera pas loDglemps. .

a Et , continuez-vous , rebâtir i' édifice sur l'idée, humàue diu a contrat. » ........

Et pourquoi pas sur l'idée emine du contrat? Dès que.leç chiens ont des idées» il faut î^s examiner. Gar> partout où il y^ idée, il y a humanité; et que Thumanité. ait quatre. pattes p]i qu'elle n'en ait que deux, qu'importe ? . , .

Je vous répète, monsieur, qu'un contrat privé de sanction n'^t bon que pçur les sots ; et qu'un contrat n'ayant de sanction qui^ la force, n'est bon que pour les forts. ^i

« En effet, continue M. Proudhou, lorsque je traite pour un « effet quelconque avec un ou plusieurs de mes concitoyens , il « est clair qu'alors c'est ma volonté seule qui est ma loi; c'est <( moi seul, qui, en remplissant mon obligation, suis mon goûte vernement. »

Erreur, monsieur Proudhon : car voire volonté, alors, est soumise à la loi ; et, en r'eniplissànt votre obligation, vous n'êtes "j^s seul gouvernement : car sî'voiis ne la remplissiez pas, la isanctioh sociale vous y forcerait. ; . '

Comment est-il possible d'être' obligé 'de dire à un homme de beaucoup de talent : quei'horsuiie règle et une sanction, il ti*Y'à de possible : qu'automatisme ; ou anai*chîe?

Voilà le principe contractuel réduit à l'absurde. ' '

« Si donc, cbntiuiilè M. PrôddhbuVl^' contrat que je fais avec « quelques-uiis,'je ^ôuviaîs Ib faire aVfeè'ïôtis; è¥ tous pouvaîélil « le renouveler entre eux; si chaque groupe lifecitoyetiis, côïfa- «mune, cantoâ, dépai4èiDent,'cot^rat{bti,^ compagnie,' etc. , « formé par un semblable contrat et conmdéfé comme personne (( morale, pouvait ensuite, et' toujours duns les mêmes termes, « traiter avec chacun d^s autres groupe^ et avec tous, ce serait

« exactement çiçiîîfloje,gim^y9lonté ^e F^P^^i^^^i^'^^^^J^v*'^;^'^^.^!? c< sûr que la loi ainsi faite. ^urjto.u^ ^spoii^ts d^ l^j|;épuj;>]^«[)}e, « sous des n^iUioijs ^'ffiiti^tives diff^r^çiU^^v^lÇ <$|i?railjagia\sp- « tre diose .flîijç.pm^.,|çji^ i^Mi,^^ l?W,vM-9ïfl^Pi!^^ ^*^^?.^^ ^M%

-1 v^^^.mmfi-m^h mi^m^m^m^f^Mmik^^ ,

Supposons, monsieur, que l'absence de loi et de sanction sociale ne soit pas absurde , en serez -vous plus avancé? Voilà h (société partagée en nn nombre infini de groupes que vous appelez personnes morales. Et comment ces personnes conserveraientelles une même volonté, étant cx)mposées de plusieurs volontés? Vous voilà revenu à la souveraineté du nombre dans chaque groupe pour conserver une seule prétendue volonté; et, avec raison , vous avez cette souveraineté en horreur. Il y a plus : le contrat hypothétique doit, selon vous-même, pouvoir être brisé, et renouvelé, et changé k chaque instant.... Lecteurs ! pardonnezmoi, si je vous force à examiner Tabsurde, mais nous sommes à une époque de choléra moral I

«c Ainsi, continue M. Proudhon, le principe contractuel, beau- « coup mieux que le principe d'autorité, fonderait l'union des « producteurs, centraliserait leurs forces, assurerait l'unité et la « solidarité de leurs intérêts. »

t£n vérité, si je ne savais que M. Proudhon est un homme sérieux, je croirais qu'il se moque de nous. Mais alors que voulezvous que je pense?

Etsavez-vousd'où proviennentcâSDouvelteserreursdeM. Proudhon? Toujours de la même source, des logomachies. Et celles qui le font errer maintenant sont relatives aux mots ; tiberté, égalité, firatermté.

M. Proudhon n'a point remarqué : que la libertés c'est le choix : eulre r<d)âssaii€e yplontaire à la raison; et l'obéissauce yoIoqtaire aux passiws.

« Je ne $m pas libre» dit M« Proudkoo» quand je reçois d'un « «ure, oet autre s'appdât-il la OMtorité ou la société, mm tn- « fail» mon salaire, la niesnie de mon droit et de mon devoir. »

Laissons le trarail et le salaire de cflté, pour ne point fiaiire rnbeher les demies et éUouir le lecteur, comme dit M. Sudre. et paorioas Mioid de drtril et de ietmrs.

La mesure de votre droit et de votre devoir* tous la recevez ■ tomaii e m e n t : enTousHoaëmes, soit de votre raison, soit de vos passiQK; et dès que tous <tes «a contact aTec dTautres êtres ca-

pables de liberté, soit de la raison sociale, soit des passions sor claies.

Et quand il n'y a pas possibilité, à cause de Tignorance, de distinguer ce qui est ordonné par la raison, de ce qui est ordonné par les passions, la mesure du droit et du devoir est nécessairement donnée par la forccy expression des passions.

Quant au travail et au salaire, ils sont nécessairement, en époque de force, déterminés en faveur d«s forts et au détriment des faibles.

a Je ne suis pas libre davantage , continue M. Proudhon , ni « dans ma souveraineté ni dans mon action, quand je suis cou- « traint de me faire rédiger ma loi par un autre, cet autre fut-il le « plus habile et le plus juste des arbitres, d

M. Proudhon a le malheur de confondre la liberté, qui est l'esclavage volontaire sous le joug de la raison, avec le caprice, qui est l'esclavage involontaire sous le joug des passions. Et il oublie, car il le sait, que toute souveraineté personnelle est caractéristique d'esclavage. Vous n'êtes plus libre, dès que vous vous rendez souverain pour résister à la raison; dès ce n^oment, vous vous rendez : l'esclave de l'erreur ; l'esclave des passions.

« Je ne suis plus libre du tout, continue M. Proudhon, quand a je suis forcé de me donner un mandataire qui me youvemet ce a mandataire iût-il le plus dévoué des serviteurs. »

Ici, nouvelle logomachie sur le mot gouverner. Vous n'êtes pas libre, si vous êtes conduit malgré vous. Mais si vous donnez les ordres à celui qui vous conduit, 4ans votre voiture à vous, vous êtes libre. Est-ce que le cocher est le maître, et le maître est-il le cocher, quand il y a une voiture, un maître et un cocher?

« Le contrat, c'est V égalité dans sa profonde et spirituelle es- « sence. »

Nouvelle logomachie sur le mot contrat, en confondant le genre et l'espèce.

Il y a contrat formulé et sanctionné par la force. Celui-ci est la liberté du fort et l'esclavage du faible : c'est l'égalité devant la force.

Il y a contrat formulé par la raison , reposant sur uue sano-

tioii autre que la force, sur une sanction Inévitable, la justice éternelle. Celui-ci est la liberté de tous : c'est Tégalité devant la justice.

" Quant aux lois faites, elles ne peuvent être imposées que par la force, et constituent toujours l'esclavage de ceux qui les subissent, ménie de ceux qui les ont faites. Ils sont alors les esclaves de leurs propres passions.

c( Le contrat, continue M. Proudhoiu c'est la fraternité, puisce qu'il identifie les intérêts, ramène à Tuiiité toutes les divergea- « ces, résoud toutes les contradictions, et, par conséquent, rend « l'essor aux sentiments de bienveillance et de dévouement que « refoulait l'anarchie économique, le gouvernement des repré- « sentants, la loi étrangère. »

Je suis charmé de voir M. Proudhon parler de dévouement. Mais, encore, faut-il que ce dévouement soit basé sur une raison. Car, s'il est sans raison, ou contre la raison, il est la caractéristique des sots : à moins que la sagesse ne consiste h faire ce qui est contré la raison. Mais revenons au contrat qui est la fraternité.

Quand le'contrat, puisqu'il plaît à M. Proudhon d'appeler la loi contrat, est formulé par la raison, quand il est basé sur l'éternelle justice, le contrat est la source de la fraternité. Mais, quand le contrat est formulé par les passions et sanctionné par la force, ce contrat, dès qii'il ne peut plus être couvert du masque de la raison, est ce qu'il y a de plus anti-fraternel.

« Le contrat, enfin, continue M. Proudhon, c'est l'ordre, puis- « que c'est l'organisation des^^ forces économiques, à la place de « l'aliénation des libertés, du sacrifice des droits, de la subordi- « nation des volontés. »

* Le contrat, c'est Dieu et le Diable ; l'ordre et le désordre ; l'esclavage et la liberté; et en parler, c'est mâcher à vide, tant qu'on en' parle sans rien déterminer.

c( Donnons une idée de cet organisme, continue M. Proudhon : « Après la liquidation* la réédificatibn ; après la thèse et Tanii- « thëèè, la synthèse. »

Si la synthèse est aussi indéterminée que la thèse et l'antidi^'éVi^Ûbs 'allons hous enfoncer dahs un beau labyrinthe.

îtt?

i. Cré^t. .

« L'organisation du crédit est faite aux trois quarts par la c< liquidation des banques, privilégiées et usuraires et leur çpn- .{( version en une bauquiS nationale et de prêt à 1/2, 1/4, ou 1/8 a pour 0/0. » '

Le crédit public n'est.autre que le résultat de. la. confiance dans la stabilité de Tordre, le résultat de la confis^nce dans la stabilité de Torganisatiou sociale. Organiser l'organisation^ oaorg^iur ^^r le crédit sont des folies de même valeur.

M. Proudhon est assez économiste pour savoir que rpn. n'impose point le taux de l'intérêt au préteur. Ordonnez que ce taux sera 1/2 pour 0/0 et il montera à 50 ou à 90.

Quant à croire que Tabaissen^entide l'intérêt serait le résultat de la liquidation sociale indiquée par M. Proudhon, c'est le contraire qui est la vérité! : .;

Tant que le ^ol est aliéné aux individus, l'intérêt du capital est au maximum possible des circonstances ; et le salaire au minimum possible aussi de^ circonstances. Dès que le sol peut , par l'anéantissement de l'ignorance sociale, entrer à la propriété collective : l'intérêt du capital descend au minimum possible, des circonstances ; et le salaire s'élève aussi au maximum possible des circonstances. La première organisation de la propriété est la domination du capital; la seconde est la domination du travail. Quant à vouloir allier, concilier, le capital et le travail, c'est vo.Ut loir concilier : le Diable et le bon Dieu; l'être et le. néant; l'erreur et la raison. Ces propositions, ce n'est pa^ ici lejieu de les démontrer théoriquement. Quant à leurrdémonstratipn prs^^que, v.oyez l'histoire ;, il n'y a aucune exception à cet égard. Voyez aussi lès États-Unis où le sol se troiuy^ àj peu près comme, s'il appartenait à 1^ propriété collective, p^rja possibilité d'en obte: nir à un dollar l'acre, payable enquator?^ aus. L'intérêt s y trouve généralement :au plus bas» ^i}^ siaUire au plus haut., Il n'y a ^4 prolétaires, aux États-Unis, quelles incapables de t^avaUleri

(( Il ne reste, cont^init^. M. Proudhon, qu'ià créer, partout où

c< le besoin l'exige , des succursales de banque, et à retirer peu « à peu les espèces de la circulation, en faisant perdre à Ter et c( à l'argent le privilège de la monnaie.»

Les privilèges sont relatifs aux hommes et non pas aux choses. L'or et l'argent n'ont aucune espèce de privilège. Ils sont du travail accumulé et pas autre chose. Que Ton puisse avoir l'or avec aussi peu de travail que la boue, et, à utilité égale, la valeur àe For sera la valeur de la boue.

L'or, l'argent, etc., la monnaie, enfin, porte sa valeur en soimême. Donner à du papier, à du cuir, etc., le nom de monnaie est une folie; c'est signe de monnaie qu'il faudrait dire. La valeur du sipe est toujours relative à la confiance que Fon a en celui qui émet ce signe. Mors le signe peut valoir, à cause de l'utilité, plus que la monnaie qu'il représente. Mais, enlevez la confiance, et la représentation n'a plus que sa valeur intrinsèt^ue. Il est triste d'être obligé de dire ces choses à un homme d'autant de talent, et qui les connaît tout aussi bien que moi. c( Quant au créait personnel j... » continue M. Proudhon. Ârrêton^ous ici.

Ce mot crédit personnel est nécessairement mis comme complément du crédit social. Gela indique que M. Proudhon veut conserver le crédit social : en donnant à l'expression crédit social la valeur de pouvoir emprunter aux individus des capitaux eu leur en payant l'intérêt.

Tant que ce crédit existe, le paupérisme existe. La dette sociale n'est autre que la caisse de l'exploitation. Si M. Proudhon, au lieu de parler de crédit gratuit , avait parlé de l'anéantissement du crédit social, quant au payement d'intérêt, il aurait été dans le vrai. Sous le despotisme on l'anarchie, la société emprunte aux individus et ne donne aucune espèce d'hypothèque que sa peritonnè morale : sous la liberté , la société prête aux individus , et ne prend aucune espèce d'hypothèque que leur moralité qu'elle ft formée; et elle sait : que jamais elle n'^rouvera de faillite. Le crédit personnel, vis-à-vis de la société, n'a jamais existé, et ne peut exister que sous le règne de la liberté. «.Qiant au ctéAit personnel^ dît M. Proudhon» ce nest pas à

« la banque nationale d'en faire l'application ; c*esl dans les corn- « pagnies ouvrières et les sociétés agricoles et industrielles qu'il « doit trouver son existence. »

C'est des banques d'échange en nature qu'il est rci question. Ces banques, abstraction faite de monnaie, marchandise sociale, balance des marchandises domestiques, ces banques, dis-je, sont de véritables folies. Et dès que leur relation à la monnaie réelle n'est point enlevée, ces banques ne SQnt que des boutiques.

Quant aux sociétés ouvrières^ considérées en dehors du règne de la liberté, ce né sont que des machines anarchiques, très-utiles au point de vue de Tanarchie considérée comme nécessaire pour faire sentir socialement le besoin d'ordre, mais elles n'ont alors que cette seule utilité. Aussi , si le despotisme redevenait jamais assez fort pour les anéantir, cela serait fait aussitôt que pensé. Ces propositions, je les prouverai ailleurs. Il suffit, du reste, de les indiquer pour en faire pressentir la vérité.

■ 1 , ti'

« La propriété c'est le vol; ]» . . ..,

M. PROUDUÔN.

« La détinition de la p^ropr^étc pst.i^ieaiie^ eL lo.dliî mon ambition est de prouver que j'en aîï compris le sen^ et l'étendue. La raa»Bifiti c'est it voèlI il ne se dit pas en miliu ans deux mots commjQ celui-là. 4e n*ai d'antre bieù sur la terre que cette défmiiiou de la propriété, mais je la Viens, ^u^.prépieqae que .les millions des Rothschild, et j'oçe dire qu'elle sera Vér Ténement le plus considérable du rôgne'dc Louis -thilippe. » . .' ::..,,...

M. pRODDHON, Syst. des contrad,

c Lorsque je prêche I'égalité des fortunes , je n'a- • vance pas une 0{nuion pMs ou irioSVii' probable .''iinb utopie plus ou moins i^g^meu^e ,. uije j^l^f conçi^ dans noion cerveau par lin travail de pure îmaginatioa ; je pose DNE VÉRITÉ AHSOLUE (1) sur laquelle toute hésitation est impossible, toute formule de modestie superflue, toute expression de doute ridicule...

« Qui me l'assure?

« — Ce sont les procédés logiques et métaphysiques dont je fais usage, et dont la certitude m'est a PRIORI démontrée , c'est que je possède une méthode d'investigation et de probatiun infaillible., et que mes adversaires n'en ont pas; c'est qu'enfin, pour tout ce qui concerne la propriété et la justice,' j'ai trouvé une formule qui rend raison de toutes les variations lésfislativcs et donne la clkf de tods les problèmes. »

M. Proudhon, 2® Mémoire.

« L'essence du mysticisme est d'affirmer sans prouver. Le bonze dit : que le ciel est au bout de son nez. »

Colins, Mss,

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