Affaires étrang^rç^. — Guerre. — Marine
M. Proudhon veut conserver les nationalités et établir la paix perpétuelle au moyeu de son baume de fler-à-bras,' le système contractuel. M. Proudhon est di^i^e d'être membre du Congrès de la paix.
Savez-vous comment la paix doit ^'établir, selon M. Proudhon? L'exposition en est divertissaqte.
« La Russie, dit-il, veut s'établir à Constautinopley comme k « Varsovie, c'est-à-dire enfermer dans son cercle le Bosphore et a le Caucase. D'abord la Révolution ue le soufltrlra pas, et, pour « sûreté, elle commencera par révolutionner la Pologne, la Tur- « quie, tout ce qu'elle pqurra de provinces russes. »
Vous voyez que c'est un excellent moyen d'être eii paix.
Et, quand la Révolution aura révolutionné le monde entier, entendez-vous par là que les individus se seront égorgés jusqu'au dernier? Alors, il est vrai;, le monde sera en paix. Elle est jolie, la paix du système contractuel I
J'ai été très-sévère sur le dernier ouvrage de M. Proudhen. J'aurais pu l'être davantage si j'avais examiné ses travaux antérieurs. Eh bien! je suis persuadé que M. Proudhon m'en saura gré. J^aime à répéter ici ^ue j'ai la plus grande estime, et pour
le talent, et pour la bonne foi de M. Prôudhon. Si, dans le cours de mon examen, et contre ma volonté, il m'était échappé quelque expression qui pût blesser la susceptibilité de M. Prôudhon, je la retire, et le prie de me la pardonner.
« L'auteur (M. Louis Blanc) annonce d'abord que l'ordre social dont ii va indiquer les bases n'est que TRANsiToiBE. Lc^point essentiel eût été pourtant de taire connaître l'état social définitif vers lequel il prétend diriger l'humanité »
M . SuDitE, Bistoire du communisme, ou réfutation historique des utopies socialistes ; ouvrage qui a obtenu, eu 1849, le grand prix Montyon.
Je choisis a dessein cette épigraphe, prise chez le plus grand ennemi du socialisme. Elle prouve : que M. Louis Blanc a eu la modestie de ne proposer qu'un système de transition, un re- . mède non radical mais provisoire, qu'il soumet à la discussion , et qu'il abandonnera dès qu'on lui présentera mieux. Savez-vous que cette modestie est rare, et qu'elle a bien son prix !
L'auteur, dit le critique, eût dû faire connaître l'état social jDÉFiNiTiF vers lequel il prétend diriger F humanité.
M, Louis Blanc, dans une brochure intitulée la République une et indivisiblCy a répondu à ce reproche, en disant :
« Le gouvernement direct du peuple par lui-même, dans la « véritable acception du terme, ne serait concevable que par la « réalisation complète de Tidéal , fort éloigné encore, quoiqu*en- « trevu par les socialistes, où tous les intérêts étant solidaires, « TOUTES LES CROYÀiNCES COMMUNES, toutes Ics votontés couvcr- « gentes, le peuple serait UN. »
Je dirai, tout à l'heure, qu'il n'y a qu'une faute dans Ténoiicé : de ce que sera l'état définitif de l'humanité ; c'est l'expreskfon croyance commune. Je suis persuadé (juc M. Louis Blanc > en l'écrivant, avait dans l'esprit science commune.
Par son titre, la RépMique une et indioisibley M.' Lcmts Blanc a-t-il compris : la République universelle? j'aime à le croire; hors cette valeur, la République une et indimible est une utopie.
Les premières lipes de l'opuscule de M. Louis Blanc sont les suivantes :
« Je commence par déclarer que M. Ledru-RoUin n'a émis a en aucune façon la théorie du gouvernement direct du peuple « par lui-même.
« Il a prononcé le mot, il n'a point proposé la chose.
« Ce qu'il a proposé , c'est tout simplement un mode d'orga- « niser le gouvernement du plus grand nombre.
a J'en ai fait autant de mon côté. »
Ainsi : ni M. Ledru-Rollin , ni M. Considérant, ni M. Rittinghausen n'ont proposé le gouvernement direct du peuple par lui' même.
Arrivons à la preuve de cette affirmation donnée par M. Louis Blanc.
c( Le gouvernement direct du peuple par lui-même , dans la « véritable acception du terme, ne serait concevable, dit-il, que <c par la réalisation complète de l'idéal, fort éloigné encore, a quoiqu'entrevu par les socialistes, où tous les intérêts étant « solidaires, toutes les croyances communes, toutes les volontés « convergentes f le peuple serait un. »
En donnant cette valeur à l'expression gouvernement direct du peuple par lui-même y il est évident : que ce gouvernement, en présence de rincompressibilité de l'examen, est devenu la nécessité sociale; et que , jusqu'à ce qu'il soit établi , il n'y a de possible qu'anarchie ou despotisme. Seulement je me permettrai de faire observer à M. Louis Blanc : que des croyances communes supposent une inquisition pour brûler les mécréants. Hors le despotisme il n'y a de possible, comme socialement commun, que la vérité démontrée ^ à tous et à chacun, d'une ma-nière rationnellement incontestable.
Ce que je viens de dire, M. Louis Blanc va lejprouver. « Yeut-on , dit-il y un saisissant exemple de 1^ diversité des u S»
«opinions auxquelles se prête une énonciation si trompeuse? « M. CoDsidéraut et M. Ledru^olliii l'ont tous les deux em* c ployé. £h bien ! le journal de M. Considérant a dit , en par-* <c lant du système de M. Ledru-Rollin, que^ s'il triomphait, il «E ensevelirait encore une fois la liberté sous les ruines. Singulier « drapeau que celui qui flotte à la fois sur deux armées en train a de se combattre. »
G^est que le gouvernement direct du peuple par lui-môme, défini 'par M. Louis Blanc , et qui , de son aveu « n'est pas le sien, puisque, toujours de son aveu, le gouvernement qu il propose e$t un gouvernement de majorité y est désormais le seul gouvernement qui puisse être exempt et de despotisme et d'anar-* chie. Ce gouvernement est éloigné, dit M. Louis Blanc. C'est à le rapprocher que doivent tendre tous les efforts; car, je le répète, hors ce gouvernement il n'y a désormais de possible qu'anarchie ou agonie sociale : le despotisme , en présence de l'incompressibiUté de l'examen, y conduisant nécessairement.
Je passe les preuves que donne M. Louis Blanc comme démontrant que le gouvernement indiqué par M. Ledru-Rollin est essentiellement anarchique. C'est dans l'opuscule qu'il faut les lire. Elles sont évidentes de vérité. Mais le gouvernement de majorité proposé par M. Louis Blanc vaut-il mieux ? C'est lui-même qui prononcera sur ce point capital.
Écoutons M. Louis Blanc. C'est un homme d'un mérite éminefit, et d'une éminente bonne foi.
< Dans la brochure intitulée : Plus de Gmo^Dms [ je me suis , • dit-il, étudié à prouver :
c( Que ub plus grand nombre ne constitue pas le souverain , le «Mttverain étant le corps social tout entier, et non telle ou telle » pftrtie du corps social. »
Le corps social tout^ntier dans Terreur ne constituerait qu'une sevveraineté despotique. Mais laissons continuer M. Louis BbiRc.
« Qv'n EST , dit-il , DE l'essence de u souveraineté d*êtae ab« « lOLUEf .puis i)»*elle signifie lé pouvoir suprême, duquel tout
K fi^^) «Mh «pi'elie c«N9fatt dl^Mi^ lé([ifime k jour {fin t tmi»-
« formée eu uu fait écrasant, elle cesserait d'être ui^anisemsnt « reconnue juste et infaillible. »
Il m'est impossible de ne point m'arrêter ici, pour faire remarquer ce qu'il y a d'admirable et de vrai dans cet éuoncé de la souveraineté. Du moment que cette définition de la souveraineté sera socialement reconnue et acceptée , le monde sera bien près d'être sauvé.
a Qu'appeler, continue M. Louis Blanc , gouvernement direct « du peuple par lui-tnême le gouvernement direct du plus grand a nombre^ c'est fausser la notion du droit, mettre le relatif à la a place de V absolu, et la partie à la place du tout, mutiler le « souverain, donner son nom h ce qui n'est pas lui, et, en trans- « portant à la majorité *lcs attributs de Tuniversafité, sacrer la
« TYRAMIUE. »
S'il est UQ seul homme qui ose s'élever coiUre cette proposition, et se dire ami de la liberté, qu'il paraisse 1 et le bon sens du peuple en fera bientôt justice.
c( J'avais dit, continue M. Louis Blanc , que le peuple étant « l'universalité des citoyens, la formule gouvernement direct du « peuple par lui-même était inexacte et trompeuse , en tant « qu'appliquée à la société actuelle , où toute question mise aux « voix donne une o)pjorité ici, une minorité là, et ne peut consé- « quemmenl aboutir qu'au gouverneinent du plus petit nombre « par le plus grand nombre.
a  cela, qu'a-t-on répondu? rien, sinon qu'avec cette eon- « dition absolue de l'unanimité des suffrages, nul gouvernemeat « ne serait possible !
« Ce n'est pas répondre. Il ne s'agit pas de savoir jusqu'à « quel, point la condition de l'unanimité des suiïrages rend uu « gouvernement possible , mais bien si le peuple est ou n'est pas « l'universalité des citoyens, et si on est autorisé h prétendre que « le PEUPLE a parlé quand c'est seulement une fraction du peuple « qui a dit : Je ne veux pas ou je veux. »
M. Louis Blanc aurait pu établir une autre question et de* mander :
« TmuI w\xq (fouvenicwQut que celui q|ue je vtona de définir
« est-il désormais possible? et, s'il est, comme il Test en effet,
« le seul possible , il faut qu'il devienne promptement possible,
« ou queThuinanité périsse dans les convulsions de Fanaithie. »
Ce gouvernement, défini par M. Louis Blanc, j'affirme qu'il