C CRAINDRE
Vous voyez donc, monsieur, que la production n'a besoin que de bras, d'intelligence et de soi. Pourquoi donc avez-vous dit si maladroitement le contraire dans vos lettres sur l'organisation du travail? Vous imaginez-vous que les âmes du premier couple humanitaire aient apporté, sur le globe, du capital avec elles? . Tant, dites- vous, que les Américains auront V Ouest. Et s'ils ne l'avaient pas, monsieur? Ou si le globe était aussi peuplé qu'il peut Têtre, voulez-vous que nous arrivions à nous manger? Seriez-vous malthusien par hasard? Quand on fait de la science, monsieur, elle doit renfermer tout, absolument tout ; ou celte science n'est que du charlatanisme.
Je veux, monsieur, vous apprendre : à vous passer de Y Ouest ; et à reconnaître : que le monde Unirait plutôt par défaut d'habitants, que par excès de population.
Vous disiez tout à l'heure que, dans l'état actuel de notre science, il était dangereux d'apprendre à lire aux paysans et aux ouvriers : parce que la science les démoralise. Vous allez prouver maiutenant que» dans l'état actuel de notre législation, leur
apprendre à lire est également dangereux : parce que cela doit les rendre révolutionnaires. C'est très-vrai. Mais essayez donc, en présence de l'incompressibilité de l'examen, d'empêcher les paysans et les ouvriers d'apprendre à lire ! ! -' « On s'étonne, dites-vous, que l'esclave et l'homme de couleur « hbre soient, dans le sud de l'Union, soumis à une législation « beaucoup plus rigoureuse que dans les colonies qui dépendent a d'une monarchie absolue, comme l'île de Cuba, et de ce qu'il soit, a par exemple, défendu, sous peine d'amende et de réclusion, « à' apprendre à lire et à écrire à runouàVautre. Le contraire se- « rait bien plus surprenant. Si, dans un pays oii la liberté est il- « limitée pour les blancs (1), vous avez une fois reconnu Yescla- « vage, vous ne parviendrez à le maintenir que par une législa- « tion de fer ; vous serez obligé de mettre le noir dans l'impossi- « bilité de lire. Car, s'il pouvait lire vos constitutions et vos décla- « rations de droits qui commencent par ces mots : « Tous les « hommes sont de droit naturel libres et indépendants. » Com- « ment ne seraient-ilspas en conspirafionp^rmaji^wf^ contre vous. « Il est juste de dire que si, aux États-Unis, les esclaves sontdé- « gradés intellectuellement et moralement, ils sont traités avec « humanité sous le rapport matériel. Les esclaves ici sont moins « surchargés de travaux et mieux soignés que la plupart de nos c( paysans d'Europe. Leur état de bien-être est attesté par la « rapidité avec laquelle leur race pullule. » . Si j'avais été procureur du roi, lorsque vous avez écrit ce passage, et que j'eusse trouvé en moi le zèle de la maison du Seigneur, je vous aurais accusé : d'exciter les classes à la haine les unes des autres. Je vous aurais dit : Pour vous les esclaves sont les piolétaires; les blancs sont les bourgeois. Vous attaquez la liberté de l'enseignement; vous excitez le gouvernement à empêcher que le prolétaire puisse apprendre à lire ; et vous excitez celui-ci à la révolte, en lui affirmant qu'il est plus malheureux que les nègres esclaves. Je sais, monsieur, que vous auriez pris un
(i) Illimiiée est très-joli ! Croyez- vous qu'aux Étals-Unis le premier venu a la liberté de tuer le président, ou de lui prendre sa femme, sa fille ou sa bourse? lyogopiachie, pii8 logopiaeliie, et encore logomacbic.
lYOcat libéral qui aurait nié la justesse âe raceusttioii. Maisj'i rak répliqué en vous citant le passage suivant :
« Ici même (les Etats du Sud)^ où l'ouvrier dds villes et le mh « tivateur des champs, au lieu d'être^ comme ao Nord, leê $mi^ m rains du pays, ne sont que des esclaveSj il y â piQs d'âtonn dance, plus de comfort matériel, pour leâ cldss^d laborletls^ « qu'il n'y en a chez nous. Aussi la population noire j^uMé* « t-elle plus ici que né le fait chez nous la population àeè éatn^ a pagnes. Notre paysan fait autant d'enfants cftie le noif de là C2h a roline ou de la Virginie; mais cHEt îiôtis^ la Ëmt, qùè la m^ n sÈRE AMÈNE PAR LA MAiN> est ttôtive à rêpotutset dei bras ^tA « vaudraient faire concurrence à ceux de leurs pèréS, et A fêr^ « mer^ pour Toujotms, ces bouches ({ui demandent no PAfn quB «I leurs parents ne peuvent leur donner^ »
Puis, je vous accuserais d'avoir dit î « Hy a aujourd'hui deu:^ nature» ennettliès» t la nature bour^ « geoise et la nature prolétaire. » {Lettre xkVtiî;)
. J'aurais ajouté, pour que le jury n'eût pour voiià «1 pitifi ni miséricorde : que vous ne vous contentiez poiiit de fti»f»pef une seule fois sur l'enclurte révolutionnaire* ; ïnald encore qtte vouS en assourdissiez les populations ; et j'aurais jeté âtlx oi^illèS dtf jury les citations suivantes :
« Aujourd'hui, il est universellement recontiu qpe la bonfgeoi- « sie domine en France. L'aristocfatîe est re^poiissée do ponvoif € ou se tient écartée. Les artisans et les petit*) ctiltitateurs comn mencent k peine à lever la tête. Lés prôlélûlrès ne cofnpt&nt « pointé » (Lettre txxiu)
« Dans les États dti Sud (Étàts^tlnië d'Atnérlquê'), la moitié de « la population y est composée de PBOL^tAtRÉs dans toute Vod^ a c\^tion du moti c'est-àrdire d'EScLAvES. Ji
J'aurais alors insisté sur l'expfession t prolétaWes dans tôMô V acception du mot, c'est-h-dlre d'EscLAvië ; puis, j'afti*aiâ {)aàSé immédiatement à la citation snivante :
« Il suffit en France de regarder autour de soi pour reconnaî- « tre que si la bourgeoisie oisive représente en totalité i*éiémeftt a d'ordre» ce n'est qu'à l'aide et par i'intofmédiairc 4« qMlf4
« cent mille baïonnettéd, non eotnpris les MMAelM ïmf%e(Â^
« Ses Ce qui démontre dâirement que cette IxHif geoi*
« sie De conserve plos la prédominance qu'en opposant aux mâs^ n ses la force des masses elles-mômes : position critique à faire n frènir^ et qu'il est imposiibh de faite durer ^ oah toutes im
« BâiONI«ETTES COMMENGERT A tTHlS IHTELUGElfrAS. )) (Lettre XtXU«)
C'est surtout ici que j'aurais tomné de toutes les foudres de mon éloquence. J'aurais fait ?oir auit jurés : que tous excitez Tarmée à la révolte. J'aurais requis le maximum de la peine* ... Eh bien 1 monsieur, j'aurais été un sot. Le gouvernement a été plus sage que moi. Il vous a nommé conseiller d'Etat et vous a confié » en économie politique^ la première chaire du monde*
C'était vous récompenser noblement des bons conseils que tous Itti aviez donnés. Vous loi aviez dit :
c( La bourgeoisie est responsable de moitié avec le gouverne-^ c( ipent, à qui appartient Tinitlative de tous les grands projets d'ace mélioration, de l'avancement de vingt-cinq milliohs m» pholé*'
« TAIRES AGBICOIES. X> [Lettre XXXU.)
Vingt-cinq millions de prolétaires agricoles l sans compter leé prolétaires industriels! II n'y a que vous, monsieur, qui ayez osé dire cette vérité au gouvernement ; car c'est une vérité, et, quant à cela, je m'associe à vous de grand cœur : eu faisant remarquer seulement que je ne m'associe point à vous pour affirmer que ces prolétaires sont plus malheureux que des nègres esclaves. Pour dire de pareilles ohoses, il faut avoir votre autorité, et je ne l'ai pas. J'ai envers vous une telle reconnaissance pour avoir dit de pareilles choses, que, si je n'appartenais à la vile multitude, quoique officier supérieur en retraite, membre de la Légion d'honneur et domicilié à Paris depuis vingt ans, je vons donnerais ma voix pour être président de la République. Tout ce que Je puis faire, c'est de vous proposer comme candidat. On pourrait £airé un plus mauvais choix. En voici la preuve :
a Notre intelligence, dites-vous, doit courber son orgueil... »
Je vous demande pardon, monsieur, je crois que c'est vanité qu'il fallait dire. Je reprends :
« Notre intelli^oce doit courber son orgueil devant les néûes-
a sites sociales. Lorsqu'elle s'entête à nier les faits parce qu'elle ne a les comprend point, les faits s'imposent BRUTALEMENT à « elle. » (Lettre xxxni.)
Je crois comme vous, monsieur, que l'avancement de 25 millions de prolétaires agricoles, auxquels on apprend à lire, se trouve être, en présence de Tincompressibilité de Texamen, une néces^ sUé sociale. Comme vous le dites, les prolétaires doivent commencer à compter. Surtout quand on est nommé conseiller d'Etat pour avoir dit et imprimé :
« 11 y a un abîme entre le bourgeois d'une part, le paysan et « l'ouvrier de l'autre. Le bourgeois ne sent rien de commun en- « tre lui et le prolétaire. Il est convenu de regarder ce dernier <x comme une machine qu'on loue, dont on se sert, et que l'on c( paye tout juste pendant le temps qu'on en a besoin ; de même, « aux yeux d'un grand nombre de prolétaires, le bourgeois est a un ennemi dont on n'accepte la supériorité que parce qu'il est le « plus fort. » (Note 57 du tome IL)
Je vous avoue, monsieur, que, de mon chef, je ne voudrais pas imprimer de pareilles choses pour tout Tor de la Californie.
<K En dépit des lois de la morale, dans les relations de peuple i peuple, c'est le succès qui fait le droit. »
M. Michel Gheyalier.
Et croyez-vous, monsieur, que, tant que la force est le critérium du droit au sein des peuples, la force n'en est point aussi le critérium au sein de chaque peuple ?
Et croyez-vous qu'en présence de l'incompressibilité de l'examen le critérium de la force puisse se trouver anéanti, si ce n'est en présence d'une sanction religieuse, socialement acceptée comme réelle?
Et croyez-vQUç ([u'unç sanction religieuse puisse être corn-
mune à tous les individus, c'est-à-dire, socialement acceptée, en présence de l'incompressibilité de Texamen, si elle n'est la sanction religieuse réelle ?
Et croyez-vous que la sanction religieuse réelle, a supposer qu'elle existe, puisse être, en présence de Tincompressibilité de Texamen, socialement acceptée comme réelle, si préalablement elle ne peut être démontrée telle sgientifiquemeist, c'est-à-dire d'une manière rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun ?
Et croyez-vous que cette sanction, même scientifiquement démontrée réelle, puisse être socialement acceptée comme telle, si la société ne donne à tous, sans exception aucune, et avec le même soin, l'éducation relative à cette sanction, et l'instruction qui démontre la réalité de ce qui aura été inculqué par l'éducation?
Vous avez, monsieur, trop de bon sens pour nier aucune de ces propositions; et je suis aussi certain que vous les acceptez, que je suis certain de les avoir écrites.
Je suis encore complètement de votre avis lorsque vous dites :
c( Chez nous, il faudrait être fanatique du représentatif pour c( songer à en faire le pivot de notre vie sociale. »
Mais je voudrais savoir ce que vous désirez mettre en place de ce système. J'aime à croire que vous ne voudriez point changer notre borgne contre un aveugle.
Je voudrais donc savoir ce que vous voulez. Je voudrais même savoir si vous le savez vous-même. Ici, je dois justifier un doute, qui pourrait vous paraître injurieux, et qui, probablement, n'a sa source que dans mon peu d'intelligence à vous comprendre. Aussi vais-je vous prier de m'en croire. Vous le devez en conscience : car moi-même j'ai offert de vous enseigner ce que je pourrais savoir et que vous ne sauriez pas.
Par exemple, vous dites :
(( Il n'y a de droits imprescriptibles à la l^erté que pour qui « est en mesure d'en jouir avec profit pour la société et pour lui- « même. »
Très-bien, monsieur ; mais, voudriez-vous donner le critérium
— 5éi-
ponr èdvoif i qHàni un peuj^é est en meslare de jouir de lâf li^ bèrté, avec profit potir Thumamté et pour lui-même? Je aufs encore assez ignorant et assez hardi pour oser vous demander : ce qbe c'est (}ue la liberté, soit pour l'homme, soit pour la société ? Ici, je TOUS en supplie, il faudrait me répondre clairement, sans ^lifflatias double, de manière k vous comprendre yous-méme trèsclairement, et à être compris de même par les autres. Vous ajoutez :
c( L'esclavage, si odieux qu'il puisse être, est cependant une « forme d^ordre social ; il doit être conservé là où toute autre « forme meilleure serait impossible; il doit disparaître là où rîii- « férieur est mûr pour une plus favorable condition . »
(Lettre xxix.)
Mais, monsieur, le maître dira toujours que son esclave n'est pas mûr pour la liberté; et l'esclave dira toujours le contraire. Si vous ne donnez ni la mesure, ni la balance, pour mesurer ou peser la valeur des votes : ainsi que le veut le journal V Assemblée nationale^ et que l'ont voulu avant lui, et inutilement, tous leS' philosophes passés et présents : ce sera donc à la force brutale que vous livrerez la décision de la question? Mais, monsieur, la force ne peut faire que des maîtres et des esclaves. Tâchez alors de vous tirer de là !
Voyons! je vais vous étudier. Si je ne viens pas à bout de comprendre, vous aurez la bonté de m'aider.
<( La question de l'amélioration du sort des prolétaires est, (K dites-vous, essentiellement de l'ordre moral. Un remaniement IK moral de la société en est la condition préalable. »
Bravo! monsieur. Je suis fier d'être de votre avis. Mais je voii^ drais bien que vous me dissiez précisément : eu quoi consiste ce remaniement ; et, surtout, comment il est possible de remanier certainement, et non comme ces utopistes que vous avez critiqués depuis Février. Dire ce qui est mal, est très-bien. Dire ce qui est bien, et prouver incontestablement qu'on a raison, est infini^ ment mieux. Je dirai même, qu'en présence de rincompressibtiité de Texameu, c'est le seul bien possible pour avoir de l'ordre^
(« Or^ ajoute2'*tt>us^ qui dit morale j daii» le sens large dtf net^ « dit religion* »
Bravissimo» mcmsieur! Je void qae tous né pensez, iii comme Hi GuîKoty ni comme M* Cousin^ qm la sorals bst moÉFSfi-» BAiiTB DES iDtES RELi6iEusKS| et js TOUS CH ùifi iDon siflcère ciriii* pliment.
Mai^ ce n'est pas tout que de prononcer le Inot religion; il &ut nous entendre à cet égards EU comme ni TO«â ni moi ne sommes des hypocrites; que nous ne voulons pas Hotrs faire Mt* ttirer par des niais^ s'écriani : Que c^est beau ! c'est si beau que nous n*y comprenons rien ! il fkut que nous soyons clairs coiRipo
un EST UIf«
Le mot religion signifie s
Ou LIEN DES idnoixs d'ore tne à tu» Amtm}
Ou il ne signifie absolument rie»^ et n'est plus qû'dn galimatias : propre à se foire admire^ des niaise ott à se^ faire appuyer par les fripons^
Maintenant :
8i le panthéisme, matérialisme peltrofi» est une réalité; il n'y à de religion qae pour les sots : puisque ht religion réelle im*' plique des individualités réelles^ des individualités persistant après la mort; et que le panthéisme, matérialisme poltron^ ^t ia néga* tion de ces mêmes individualités.
Si l'anthropomorphisme, ou le Dieu personnel dei révélateurs, ou rÊtre des étre^ du panthéisme éclectique^ est une réalité y il n'y a, vis^à-'vis de la raison, de religion que poor les aots : puis» que la religion réelle implique des individualités réelle», des in** dividuâlités persistant après la mort ; et que l'Être dea étrea en est la négation vis*à«vis de la rais(m^ négation nécessitant raffirmation par la foi, devenue impuissante en présence de Tiocon^ pressibilité de l'exameo.
Or, car, à mon tour, je pais aussi dire : or ; or dOnc^ dis^jè^ depuis l'origine du monde, et de Faven de M. Cousin, ainsi qlie de tous les philosophes qui l'ont précédé, le monde a continuelle ment roulé dans le cercle vicieux : du panthéisme à Tanthropomo^ pbisme^ et de l'aothropemérphisHae au paatbéitime^ Defkuia l'ori*
gine du monde, et vis-à-vis de la raison, la religion a donc toujours été niée. Et c'est précisément cette négation, relative à riguorance, qui a forcé de tout soumettre à la foi> maintenant devenue impuissante en présence de l'incompressibilité de Texamen. La religion est donc désormais impossible : tant que ce cercle vicieux n'a point été brisé.
L'avez-vous brisé, monsieur? Avez-vous prouvé, prouvé d'une manière rationnellement incontestable, que le lien religieux est une réalité? Et, si vous ne l'avez pas prouvé, convenez-vous que cette preuve, en présence de l'incompressibilité de l'examen, est devenue absolument nécessaire à l'existence de Tordre ? Répondez, monsieur! Répondez à cela! clairement, sans tergiverser, comme il convient à un honnête homme! Et, par votre seule réponse, vous aurez rendu un immense service à l'humanité. . c< La philanthropie et la philosophie, continuez-vous, n'ont de a force pour agir sur la moralité humaine »
Et sur la moralité des chiens, monsieur, la philanthropie, ou la philocynie, et la philosophie, en ont-elles davantage? Tenez, monsieur, quiconque prononce l'expression : moralité humaine, présuppose qu'il y en a d'autres; et dès lors il nie toute moralité réelle, toute religion réelle. Cette expression, vis-à-vis de la raison, a toujours pour valeur : ou je ne sais ce que je dis, ou je suis un fripon.
Je reprends.
: « La philanthropie et la philosophie n'ont de force pour agir «sur. la moralité.... que celle qu'elles empruntent à la reli- « gion. »
Parfait, monsieur ; et je recommande cette citation à l'attention d'un ami qui a beaucoup d'estime pour vos doctrines, et qui n'admet point cette vérité. Mais, pour vouloir emprunter à quelqu'un, il faut croire ou savoir qu'il est. Or, socialement, il n'est plus possible de croire; et, socialement, il n'est pas encore possible de savoir. A qui, diable, voulez-vous que la philanthropie, ou la philocynie, et même la philosophie, puissent emprunter? A l'ignorance? Celle-ci ne prête qu'en fausse monnaie. i
a La philanthropie» dites-vous, est l'ombre d'une religion qui
c( s'en va; la philosophie n'est moralisante qu'autant qu*elle est « le crépuscule d'une religion qui vient ou qui renaît. »
La philanthropie» monsieur, ainsi que la philosophie, sont deux grandes sottes : tant qu'elles n'empruntent point ^ une religion prêtant en monnaie bonne, ou crue telle.
« A la religion seule, ajoutez-vous, il sera donné de toucher « assez profondément le cœur de toutes les classes, et d'illurai- « ner assez vivement les esprits, pour que le riche et le pauvre « conçoivent de nouveaux rapports entre eux et se déterminent à « les observer. »
Monsieur! Eu présence de l'incompressibilité de l'examen, tant qu'il y a des classes et des pauvres, toutes les prétendues religions, ayant leur source dans le galimatias, ne peuvent toucher que le néant, ne peuvent illuminer que l'abîme, et ne peuvent engendrer que des rapports de haine et d'anarchie.
Si vous savez mieux, monsieur, dites-le. A cet égard, je vous interpelle : sur votre honneur d'honnête homme et de professeur.
Ce que je viens de dire, monsieur, vous allez le répéter : ou plutôt c'est à vous que je l'ai emprunté.
« Quand nous aurons des routes, dites-vous; quand les écoles c< auront appris à lire à tout le monde, vous verrez, si, dès à pré- « sent, vous n'y prenez garde, l'irréligion envahir nos campagnes « et les infecter. »
Et que signifie, s'il vous plaît, ce : Si vous n'y prenez garde? Cela signifie-t-il : qu'il faut encombrer les routes et fermer les écoles? Dites donc à M. Thiers de l'essayer. Cela signifie-t-il : qu'il est absolument nécessaire que la réalité du lien religieux soit démontrée d'une manière rationnellement incontestable à tous et à chacun? Alors, monsieur, dites-le clairement.
« Nous, dites-vous encore, les apôtres de la fraternité des pence pies, nous n'avons pas encore fait pénétrer, dans les relations « de classe à classe, le principe de la fraternité des hommes. « Nous bourgeois, fils d'affranchis, nous croyons encore que les « prolétaires, fils d'esclaves, sont d'une autre nature que nous. « Nous avons encore au fond du cœur un reste de vieux levain c< païen. Nous ne professons plus, avec Arislote, qu'il y a deux
tx natures dfetinctes, là muit^ libire et la MVàfb esclave, ioâfs « nous fisJsoiw tout 4;omffî^ «i DOUs éUoiis nourtis <le eettiè doe^ l( trine. » (JfoCïfe xîax.)
Et, en effdt, monsieur, iwus le sotnttiés. Nous ne profesèonè plus qu'il y a deux natun^s, parce xjue le pâtithéîsme n'en tètotk^ m(i qu'une, ta nnftïti?, la force. Et, comme la foteè ne reconnaît qtie des forts et des feîbles, voiïs voyez que c'est tout tm. Qnatft I fe fi^terrtîlé des peuples, tant qi!i*il y a des peuples, c'est la qtiâfli^lftii^ du cerde recherchée par les iitabéciles; et, pour s'en faire l'apôtre, il faut sortir de Charenton ou de mieuk encore. Là fratWÎlSi*, ^n dehors d'une i^ligion cotnmune, est Une sottise ; et la iés^NÉÉiunauté <le religion anëaniLit les iilatioMiités.
le répète ma quefstixitt : Sàvez^-Vous ce qu^ wjûs vonlei?
Est-Hce la religion, «noniieui*, qtrè vous vouiez substîtiiiei^ aft représentatif? Il paraît que tton : car vous n'ave« ntille idée claire #!i môlfeligi<Dfi.
Est-ce le despotisme d'utt hiommeî Je suis peirstiadé que Voué ttes revettïi de celte erreur de vôtre jeunesse.
Est-ce l'aristocratie féodale que vous voulez? Voyons!
« tl est à rétnarquer, dîtes-Voûs, que la dernière des girandes « sociétés qui sont passées sur la terre... »
La dernière! ïl paraît, monsieur, que vous n'éles pas plus chrétien que moi, en prenant le mot chrétien pour croyant è la révélation. Alors, monsieur, dites-le donc sans réticence, ni gaUmalias. Le temps de se cacher est derrière nous.
« ... Cette société chrétienne, qui a été la première de l'aristor- « cratiede capacité »
Doucement, monsieur ! Il y a capacité par le sophisme» et carj^cité par le syllogisme. La première met les brigands «ur le trône, quand ils sont les plus forts; la seconde y met h raison.. Comment les distinguez-vous, et les i'aites-^-vous distinguer so<dalement^ en dehors du criiériiam de la foi^e?
a De l'aristocratie de cajpacité, dites-vous, qui se soit d^k^ée « daas toute sou ampleur..... »
Aiasi, le déploiement da la «ajpacMé d<ms toute «oo m(fk\»
«OUftiMerait à n'âvoir àt crit^i*iun) que la force. Alors la ruse Iriompliante serait le nec plus ultra de la capacité.
c< ... A été aussi celle, ajoutez-vous, ou Taristocratie de nais- « sauce a été le mieux caractérisé^ ..,. »
Puisque Taristocratie de naissance est le résultat de la capacité déployée dans toute son ampleur, vous êtes donc chrétien et paitisan de raristocràtie de naissance ? Cela n'est pas possible» et j*aurai mal interprété votre pensée.
« Le groupe des peuples issus de Japhet, continuez-vous, qui « sont venus cette fois poiisser la civilisation, et faire de leurs c( muscles ses muscles^ de leur volonté énergique sa volonté, a avaient apporté du Nord un* profond sentiment de famille... »
De^femillé! Vous plaisantez sans doute? E^t-ce qu'ils respectaient les familles des vaincus ? Dites donc un profond sentimeat éè do^iMtidn, dont la primogétiitere était lemoyeft. Il est joli, le sentim^ent de fawiille qui donne toât à Tainé et rien Mx autres! Est'-ee que tes antres n'en sont pas de la famille ? La familk ! avec le droit de prélibation, de tuissage, dé jattbage> etc., eW. Je le répète, vous plaisantez.
c( Ainsi, coAtinuez-vous, fut créée la noblesse là phiÀ iiéi^i- « tuire que Ton eût enèôre vue. '»
A la bonne heure! Mais laissez, s'il vous plaît, àe côté famour de la famille. ^
« il y avait eu jusque-là, continue rauteur, hérédité dans la c( caste ; les Germains continuèrent l'hérédité des distinctions et « des fonctions dans la famille, avec la clause précise de la primo-
« GÊNITURE. »
Alors c'était Thérédité : non dans la famille; mais dans la primogéniture.
C'était sage> très-sage, comme moyen de domination. Et remarquez qu'en époque d'ignorance sociale, en époque de force, en époque de nationalité, les peuples vaincus, anéantis, sont toujours ceux où la primogëniture est le moins fortement constituée.
« Ce qui n'avait guère élé qu'une exception en faveur àes fa*
« milles royales, continue Tauteur, ils rappliquèrent à toutes les c( familles nobles. »
Dites donc à toutes les familles : car le reste n'avait pas de famille. Aussi, disait-on, un fils de famille pour dire un fils de noble.
c( Cette organisation, continue l'auteur, subsiste encore plus « ou moins modifiée dans la plupart des États européens. Hier « encore, elle semblait aussi vigoureuse que jamais en Angle- « terre... »
' Et aujourd'hui elle est encore assez vigoureuse pour dominer l'Europe. L'Angleterre sera la dernière des nationalités.
« Il est aujourd'hui, continue M. Michel Chevalier, une réac- « tion violente contre les distinctions héréditaires et Taristocratie « de naissance.... »
C'est vrai. Et je voudrais savoir si M. Michel Chevalier, qui a tant prêché contre l'hérédité, appartient actuellement à cette réaction contre l'hérédité ou à la réaction en faveur de l'hérédité de fonction. J'aime à croire qu'il répondra, et qu'il n'oubliera point : que la royauté est une hérédité de fonction.
« Sur tous les points du territoire occupé par la civilisation oc- « cidentale, l'aristocratie d'origine féodale, continue l'auteur, est c< battue en brèche par la démocratie, là par là bourgeoisie, là x( par le pouvoir royal. »
Alors le pouvoir royal est un grand imbécile. C'est se couper le derrière pour être mieux assis.
« Dans la ligue contre elle, continue M. Michel Chevalier, l'em- « pereur de Russie donne la main à la démocratie américaine, et « la bourgeoisie française et la démocratie britannique, dans la « personne d'O'Connel, est l'alliée du roi de Prusse et de l'era- « pereur d'Autriche. »
S'il en est ainsi, c'est une preuve que le choléra moral se généralise. S'il voulait tuer l'aristocratie de la force, dont les souverainetés de droit divin et du peuple sont les résultats, il nous rendrait un bien grand service.
Dans tous les cas, j'en conclus : que M. Michel Chevalier n'est point partisan de l'aristocratie.
Mais est-il partisan de la démocratie? Pas du tout; car il nous dit:
c( On est arrivé à nier aux États-Unis qu'il y eût aucun prince cipe de justice vrai en lui-mime et par lui-même^ et à ad- « mettre que la volonté actuelle du peuple était nécessairement c( et toujours la justice; on y a posé en fait l'infaillibilité du peu- « pie à chaque instant et en toute chose; et, par là, on a ouvert a la porte à la tyrannie d'une minorité turbulente qui. se dit « peuple. »
Allons! monsieur Michel Chevalier n'est ni aristocrate, ni dé-' mocrate. Et je trouve qu'il a raison. Mais je voudrais savoir ce qu'il est. En sa qualité de professeur, j*ai le droit de le lui demander; et, en sa qualité de professeur, il a le devoir de me l'exposer clairement.
« DiFncuLTÉ DE TRANSITION : deroîcr rempaft ie ^Ja vanité, refusant de se reconnaître ignorante. »
Colins, Mss,
ce Transition. Pour aller d'un lieu à un autre, il
faut : savoir où se trouve celui où vous voulez aller ;
et pouvoir le distinguer de tout autre. Le savez-vous
et le pouvez-vous? Si vous ne le savez ni ne le pou-
Aez^ pourquoi parlez-vous de transition? )>
Colins I Mss,
« Un de mes amis, dit M. Michel Chevalier, voyageait, il y a « quelque temps, en Angleterre, et visitait, au pays de Galles, i( les vastes usines de M. Crawshay. Il fut frappé de ce qu'un « très-grand nombre de chemins de fer, destines aux charrois « entre les fonderies et les forges d'une part, les mines et les cac( nauxde Tautre, étaient tous construits d'après un vieux système, « fort imparfait, celui des ornières creuses. Il demanda pourquoi ce on ne les changeait pas pour d'autres ornières saillantes, fai-
« sant observer que réeonomie'qai en résulterait dans les frais de « traction serait suffisante pour payer les frais de reconstruction t en deux ou trois &ns au plus. » — «« Rien n'est plus juste, « répondit le ttiattre des fof|||es; cependant « nous maintenons H nos vieux chemins à ornières creuses^ et nom les maintien- «: drons indéfiîiimenty parce que, pour passer du vieux système « au nouveau 9 il faudrait du temps, deux ou trois ans peut-être, <f et, pendant l'intervalle, nos wagons ne pouvant aller à la fois jp« sur les deux systèmes, nous serions obligés d'interrompre notre « fabrication, de faire chômer nos capitaux ^ et de laisser dn- « quante mille ouvriers sans travail et sans pain. La difficulté « n'est que dans la transition; mais, jusqu'à présent, elle me « semble insurmontable. »»
L'ami de M. Michel Chevalier avait bien de la bonté de prendre des vessies pour des lanternes. La réponse de M. Crawshay, dépouillée de son galimatias, signifiait tout uniment : Rien ne m'oblige à changer; j'ai autant de profit à rester comme je suis.
Aussi, tant que la société actuelle ne verra point l'absolue nécessité de passer à la société nouvelle, elle n'y passera point, ^ànd même vous lui prouveriez clair comme le jour que les ornières saillantes valent mieux que les ornières creuses. Voyezvous que j'ai raison : de ne pas exposer la théorie des ornières saillantes, avant que tous les Crawshays de la vieille société ne sentent la nécessité de quitter les ornières creuses? Croyez-vous que, si un concurrent à ornière saillante était venu s'établir à côté de M. Craswhay, et l'eût forcé d'établir de pareilles ornières, sous peine de se ruiner, M. Crawshay eût continué de s'apitoyer sur le chômage de cinquante mille ouvriers, plus que sur la ruine de ses capitaux? Allons donc ! tout cela n'est que de la monnaie de singe.
« Il en est de même, dit M. Michel Chevalier, en matière so- « ciale. »
Il en est de même est très-joli ! Il parait que vous connaissez les ornières saillantes en matière sociale. Pourquoi donc, dans vos cours, n'en exposez- vous point la théorie? Quand on aura prouvé, d'une manière rationnellement incontestable, en quoi
consisC» h dociélé nouvelle ; et que la vieille société sera contdin* eue qiril faut qu'elle y passe, sous peine de mon, elle y passera sans la moindre difficulté. Tâchez de la convaincre de cette nécessité ; et je me charge de Ty faire passer plus facilement que vous n'êtes passé à l'Académie, quoiqu'en fait de science sociale vous valiez mieux que tout ce qui s'y trouve*
« Il est assez aisé, continue M. Michel Chevalier, d'apercevoir « que tel système offre sur tel autre des avantages décidés, et tf que, si Ton pouvait, d'un coup de baguette, faire sauter la c( société du premier au second, tout serait pour le mieux; mais^ d entre les deux, il y a un abfme. »
C'est vrai, monsieur, il y a l'abîme de l'ignorance sociale.
<« Comment le franchir? » continue le professeur.
Comment, monsieur? En le comblant. Puis on passe là-dessus comme avec des patins sur la glace.
c( Comment, continue M. Chevalier, rassurer les droits anciens^ a à qui rien ne semble garanti sur la rive opposée? »
Rien n'est plus facile que de garantir ces droits, et de le montrer clair comme le jour. Mais ce qui est difficile, et même impossible, c'est de faire regarder des aveugles ayant des cataractes que Tanarchie seule peut abaisser, avant que celle-ci n'ait rempli sa tâchCi Comprenez-vous, monsieur?
« Comment, continue M. Michel Chevalier, vaincre la résîs- « tance des privilégiés du présent, qui se mettent en travers? »
Ceci, monsieur, n'est ni votre affaire ni la mienne: c'est la besogne de l'anarchie. Soyez tranquille ! elle s'en acquittera parfaitement.
« Comment, continue le professeur, tempérer l'impatience de « la masse, pressée de jouir des avantages qu'elle s'attend à ren- « contrer sur l'autre bord ? »
Eh 1 monsieur ! mêlez-vous de ce qui vous regarde. Tâchez de trouver les ornières saillantes, et laissez les gouvernants tempérer à leur guise les impatiences des masses. Qui vous dit que leur manière douce et agréable de tempérer n'est point ellemême la transition? Passer de l'ignorance h la science, c'est la même chose qu'en mathématique passer du négatif au positif. En
mathématique, pour aller du négatif au positif, il faut passer par zéro. Eh bien ! en fait de science sociale, en fait d'ordre, zéro, c'est Tanarchie.
Je viens de parler d'ordre. En résumé, savez-vous ce que c'est? Si vous l'ignorez, M. Michel Chevalier va vous en instruire.
« Messieurs, dit-il, aujourd'hui je vous entretiendrai d'un a principe qui domine la science économique tout entière, qui Ta « renouvelée de fond en comble, de même qu'il a fait subir à la « politique une complète métamorphose. Je veux parler de la « LIBERTÉ. » (Discours d'ouverturCy 22 novembre 1847.)
Ainsi, prenez acte : la liberté doit dominer la science économique, et aussi la politique ; et, tant que la liberté n'existera pas, vous n'aurez qu'une fausse science économique et une fausse politique.
Mais qu'est-ce que la liberté, la vraie liberté, et comment la reconnaît-on de la tyrannie qui voudrait usurper son nom? C'est ce que vous allez demander, soit à M. Michel Chevalier, soit à moi. Vous êtes trop pressé. Laissez d'abord M. Michel Chevalier vous expliquer ce que c'est que l'ordre.
c< Je veux parler de la liberté, continue-t-il, car, c'est une rec( marque qui ne vous aura paé échappé, l'économie politique « s'appuie sur les mêmes principes que la politique. »
Et, si la politique était mauvaise, allez- vous me demander, est-ce que Téconomie politique le serait aussi? En vérité, vous êtes impatientant ; laissez donc parler M. Michel Chevalier.
« Elle dérive, comme elle, dit-il, des éternelles idées de mo- « raie et de justice; et la plus haute expression de morale et de jusce tice, c'est la liberté, la liberté dans son acception la plus large, c( non pas seulement la liberté de l'individu, qui est déjà infi- « niment respectable, mais la liberté collective de la société... »
Est-ce que M. Michel Chevalier s'imagine que, lorsque tous les individus jouissent de la liberté, la liberté collective n'existe pas, ou que, lorsque la liberté collective existe, tous les individus n'ont pas la liberté ?
« Et cette dernière, continue M. Michel Chevalier, a un
« nom qui la distingue : c'est rpRPRS. »
Ainsi, Tordre, c'est la liberté ; et la liberté, c'est Tordre.
J'en suis très-satisfait, me dites-vous; mais, enfin, puisque Tordre, c'est la liberté, ayez Textréme obligeance de m'apprendre ce que c'est que la liberté qui doit dominer et Téconomie politique et la politique.
J'ai cherché dans tout le discours d'ouverture, et même dans le cours, pour savoir ce que c'est que cette liberté, et je ne Tai pas trouvé. Je suis persuadé qu'à cet égard M. Michel Chevalier s'est basé, pour ne rien dire, sur la certitude que ses auditeurs savaient àéjk ce qu'il avait expliqué ailleurs. Je vais donc, pour ceux qui auraient le malheur de ne pas le savoir, vous expliquer ce que c'est que la liberté selon M. Chevalier. Pour lui, la liberté n'est point ce que tant d'autres ont compris.
a Pour la démocratie, dit-il, la liberté se présente sous uu « autre aspect. La plus dure servitude, pour elle, ce n'est pas la « privation de certaines franchises politiques ; le joug qu'elle <c porte, celui dont elle est la plus impatiente de se délivrer, c'est « celui de la misère. »
Ainsi, tant que la misère, tant que le paupérisme ne sera point, non pas soulagé, mais anéanti, la liberté, qui n'est autre que Tordre, n'existera pas; et vous vivrez dans une fi^usse politique, et, qui plus est, sous une fausse économie politique. C'est M. Chevalier qui Taffirme; et, pour Tavoir affirmé, il a été nommé professeur d'économie politique à la première chaire du monde.
a L'homme qui a faim, ajoute M. Chevalier, n'est pas libre; il car, évidemment, il n'a pas la disposition de ses facultés, soit a politiques, soit Intellectuelles, soit morales. »
En logique, il me parait difficile de penser autrement.
c( Que sont, dit encore M. Chevalier, des droits électoraux ou a municipaux, pour des hommes enchaînés à la misère ! »
Il parait que, si M. Michel Chevalier était prolétaire, il ne doih nerait pas deux liard» dq pmffrgge universel, Savez-vons que;
pour 4» bomme* qui «inent b tempérer, cette dootrine est AMeij danierraii I Onh mSQi (\mii o» m moqui da luffrage uiiiveml^
e'Mt i)»'^» vpftt ivolr wiePKf v» ^9,m m\hmi\\mm
condamnera la déportation» m'assurait cependant qu'aTec Us suffrage universel on ne doit plus avoir besoin de rien.
Vous croyez peut-être que, lorsque vous aurez la liberté, qui est Tordre, vous resterez en ordre? Ta, ta, ta, ta, ta, ta. L'ordre de M. Chevalier n'est pas de Tordre du tout. Vous croyez que 'fi plaisante ? Je ne plaisante jamais.
« La liberté, qui élève notre âme, qui développe notre esprit «( et nous rend dignes de Tempire de la création, la liberté tao| <x voulue de nos pères, la liberté conquise à jamais^ il faut lô « croire, par leurs héroïques efforts, fut le fruit d'une longue et a pénible lutte. »
Gomment ! nous avons conquis la liberté, et la misère existe encore? Ah ! monsieur Chevalier ! ou vous nous avez trompés jadis, ou vous nous trompez maintenaut. Cela n'est pas bien. Il me parait, d'ailleurs, qu'une liberté conquise par la lutte, par la force, n'est qu'une liberté pour rire, ou plutôt pour pleurer. La liberté dont vous nous avez parlé, et qui est Taffrauchissemeu^ du joug de la misère, doit jaillir de la science, et non <j[u choc; des aciers.
« Ne nous abusons pas , messieurs , continue le professeur ; a il n'est pas possible de la conserver sans de continuels labeurs. « La vie de Thomme libre, on Ta dit, n'est point une tente dre&- « sée pour le sommeil. Le repos, auquel cependant nous faisons « tous profession d'aspirer, n'est point fait pour Thomme libre « sur la terre. »
Tiens! voilà M. Michel Chevalier qui nous prêche le eombat pour le paradis.
c( Il peut y avoir, continue le prédicateur, du repos dans Tes- « clavage, de même qu'il y en a dans la tombe ; il u*en est pas « dans la liberté. »
Je crois, en vérité, que M. Michel Chevalier, ne pouvant nous donner la liberté dont il nous a parlé» cherche maintenaut à nous en dégoûter.
« Cette perspective d'une lutte sans fin dans la vie de Tliomme « libre a effrayé quelques esprits, dit M. le professeur, et le& a « tellement émus, qu^ils ont tourné le dos à k libqrté* ^
Et bien ils auraient fait, s'il n'y avait de liberté que celle prêchée, en dernier lieu, par M. le professeur. Mais il n'en est rien. Dès que la liberté réelle, dès que Tordre réel existe, toute lutte sociale disparait ; il n'y a plus que les fous qui se battent, et les fous, on a pitié d*eux, tout en les empêchant de nuire.
M. Michel Chevalier oublie qu^à un autre discours d'ouverture (1841-1842) il nous a dit:
« Pour l'économie politique, l'idée de l'ordre se traduit natu- « rellement par une autre, qui actuellement s'accrédite de plus en a plus, celle d'organisation. L'organisation, c'est l'oRDtic hégu- « LiERET stable; c'ost Tordre du lendemain comme ccluidujour. )i
Je suis de l'avis de M. Michel Chevalier de 1841, contre l'avis de M. Michel Chevalier de 1847. L'ordre réel, c'est le bonheur, c'est le repos dans la liberté, dans le travail, et ce n'est pas une lutte.
<r Si Toh jette uii coup d'œil siir \é$ destinées des diverses nations, on recule d'épouvante, et l'on él&ttt alors la voix pour défendre les droits de la raison et de l'humanité. En efTét, que voit-on partout? tt tmsK-
ÊTRB DE TOUS, SACRIFIÉ NON AUX BBS0DI8, MAB AVU CAnUCBS
d'un petit NOMBRE. Partoutdeux partis en présence, Fun qui nûirche vers Tavenir pour atteindre l'tltilé, l'autre qui se Ctamponne au PAssâ pour conserver les abus. Là ou voit un despote qui opprime ; ici un élu du peuple qui bonrrompt ; Hi un peuple esclatë qui ttieuri iiMér acquérir son indépendance ; ici un peuple Ubre qui hmguii parce qu'on lui dérobe sa victoire, i
(autres dé L.-N. honnnthMé, i. I, p. 68.
En examinant , du point de vue de la situation actuelle , les œuvres de M. L.-N. Bonaparte, nous ne nous éloignerons jamais, même en critiquait, du respect toujours dû :
Soit à un prisonnier politique ; soit à un exilé ; soit au premier magistrat de la République. Et, quand nous aurons à louer, nous il'en serons empêché : ni {m les partis; ni même par la haute position actiidle dé ràiiteilr qi/e ilôtis oxaiiiiiioîis. Si, àVàfft
que ce que nous écrivons soit imprimé , il venait à descendre de cette position, nous n'effacerions pas une ligne de notre examen, nous n*y ajouterions pas un mot. Nous analysons une théorie. Ici, nous ne sommes juges : ni des faits; ni des intentions.
Nous suivi;ons, dans cet examen, Tordre suivi par l'éditeur,
« J'espérerais encore dans la justice , dit l'auteur, si l'intérêt ne du moment n'était pas la s^h morah des partis. »
Cette pensée est profonde. Mais pourquoi l'intérêt du moment est-il actuellement la seule morale des partis? Voila la demande qu'il aurait fallu se faire, et qui contient en elle toute la situation actuelle.
Je vais répondre à cette demande.
L'intérêt du moment est la seule morale possible des partis, c'est-à-dire des hommes en général, quand l'intérêt de l'avenir, relativement aux sacrifices faits pour obéir à sa conscience , n'a point de sanction crue inévitable, ou démontrée inévitable. La croyance, relative à cette sanction, n'est plus possible : en présence de l'incompressibilité de l'examen. La science, relative à cette sanction, n'est pas encore possible : à cause de l'ignorance sociale. Voilà pourquoi l'intérêt du moment est actuellement la seule morale possible des partis.
C'est donc dans le besoin scientifique de la sanction religieuse que consiste la situation actuelle. Quand l'humanité sera con« vaincue de cette vérité, elle sera bien près d'être sauvée.
Voici un passage que nous citons avec bonheur :
^ Jtfon i|om, dit l'autenr, est up symbole d'ordre, de nationar? f( lité et de gloire, et ce serait avec la plus vive douleur que je le ^ yerrs^is servir à augmenter les troubles et les déchirements de f( la patrie. Pour éviter un tel malheur, ie resterais plutôt en f( exil. Je suis prêt à tous le^ sacrifices pour le bonheur de U a Franck. » (Pt 48.)
C'est adiwiruble d'intention, Seulement, je ferai observer ; que la temps dei symbole» est relatif m temp» de eroyoneo, 9t que oe unpi ist pasié i que Tordre eiùtvenu incompatible aveo Uitih Sm 4w (i(|ti9i)«lH^i) et flHii iiiiwm\^i il «V K d» glolri fHi%
sible : qu*à savoir ce qui est bien ; et à agir conformément à son savoir.
Le passage suivant est encore digne d'admiration :
« Après trente-trois années de proscription et d'exil . dit Tau- « teur, je retrouve enfin ma patrie et tous mes droits de citoyen.
« La Répubi^ique m'a fait ce bonheur; que la République re- « çoive mon serment de reconnaissance, mon serment de dévou- « ment , et que les généreux compatriotes qui m'iont porté dans « cette enceinte soient certains que je m'efforcerai de mériter « leur suffrage en travaillant avec vous au maintien de la trance quillité, ce premier besoin du pays, et au développement des « institutions démocratiques que le peuple a droit de réclamer. x>
Je le répète, c'est admirable d'intention. Mais comment travailler au maintien, ou plutôt à l'établissement de la tranquillité, quand pas deux personnes ne sont d'accord sur les moyens d'à* voir la tranquillité? Comment développer des institutions démo^ cratiquesy quand pas deux personnes ne sont d'accord sur ce que doit signifier cette expression? Et comment chercher à donner au peuple ce qu'il a droit d'avoir, quand on ne sait pas encore, scientifiquement^ si, en réalité, il y a un autre droit que la force? Ne vaudrait-il pas mieux , dans une pareille situation sociale, commencer par engager la société à reconnaître son ignorance? Je sais que ce n'est guère le moyen de se concilier la vogue populaire. Mais aussi : fais ce que dois, advienne que poubba, est une noble devise ; et il faut savoir la porter.
« Ce qu'il lui faut surtout, dit l'auteur en parlant du pays, ce ff sont des actes ; ce qu'il lui faut, c est un gouvernement ferme, % intelligent et sage, qui pense plus à guérir les maux de la so<* c( ciété qu'à les venger. »
C'est encore parfait d'intention. Mais quels sont les actes qu'il faut ^u pays? Il y en a de bons et de mauvais. Comment les distingueft-on autrement qu^ par la force? Quant à la fermeté, un
gûDvariiemeiit en A toujourti quand il eM bdsé m U comniui nBUté d'idé»! i et il n'en a jamaii wm dtni lo m eootralra, Ori
il ii')f I ^ mmm^ AIMm poiiib)« qv» i^ir la roi n ^ttfljisr
h sGifNCE. I4 communauté d'idées n'est plus possible par la fou et ne Test pas encore par la science. Gomment voulez-vous qu'un gouvernement puisse être ferme actuellement?
Vous parlez de guérir les maux de la société. C'est très-bien. Mais quelle est la cause des maux de la société ? L'absence de communauté d'idées sur la réalité du droit. YpilSi la cause qu'il faut extirper. Hors de là, il n'y a que des palliatifs conduisant à la mort.
« Un gouvernement, ajoute l'auteur, qui se mette franchement k <( la tète des idées vraies^ pour repousser ainsi, mille fois mieux c( que par les baïonnettes, les théories qui ne sont pas fondées sur c( l'expérience et la raison. »
Toujours admirable d'intention. Mais quelles sont les idées vraies? quel en est le critérium social autre que les baïonnettes? Quant aux théories fondées sur l'expérience, ce sont celles du passé : et l'expérience ne leur est point favorable ; et l'auteur les répudie franchement. Quant aux théories dites fondées sur la raison^ elles ne valent pas mieux que les théories dites fondées» sur la folie, tant que la société n'a point de critérium autre que les baïonnettes, pour distinguer la raison de la folie.
« Si j'étais nommé président, dit l'auteur, je ne reculerais dec< vaut aucun danger, devant aucun sacrifice, pour défendre la « société, si audacieusement attaquée ; je me dévouerais tout ea* « tier, sans arrière-pensée, à l'affermissement d'une république « sage par ses lois, honnête par ses intentions, grande et forte a par ses actes. )» (P. 60.)
Toujours parfait d'intention. Mais comment distingue-t-on ceux qui attaquent la société de ceux qui la défendent? quels sont les moyens d'établir une république, sage, honnête, etc., etc.? Si pas deux personnes ne sont d'accord à cet égard, et s'il n'y a encore de critérium que les baïonnettes^ que faut-il faire?
c( Je mettrais mon honneur, continue le publiciste, à laisser, c< au bout de quatre ans, à mon successeur, le pouvoir affermi, la « liberté intacte, un progrès réel accompli. »
Personne n'a le droit de douter des intentions. Mais, dans la situation sociale actuelle, il est bieu difficile^ à qui que ce soit^ d'af-
fermir le pouvoir ; de laisser la liberté intacte ; et d'accomplir un progrès réel vers le bien.
c( Quel que soit le résultat de rélectipii» ^youte le publiciste« f(. je m'inclinerai devant la volonté du peuple, et mon concours c< est acquis d'avance à tout gouvernement juste et ferme qui ré- K tablira l'ordre dans les esprits comme dans les choses, d
Très-bien ! Mais comment établit-on l'ordre dans les esprits et dans les choses? Pas deux personnes ne sont d'accord à cet égard,
« Qui protège efficacement, ajoute l'auteur, la religion, la fait mille, la propriété, hases éternelles de tout état social.*, d
Si la religion, la famille et la propriété, sont les bases éter-nettes de tout état social, ce qui est vrai, elles n'ont pas besoin de protection. C'est ce qui est temporel qui a seul besoin de pro* tection. Tl est vrai qu'en époque d'ignorance sociale, les organisations de la religion, de la famille et de la propriété» sont temporelles, et doivent ôtre protégées par la force. Mais, en présence de l'incompressibilité de l'examen, la force, continuellemeut variable, n'est qu'une protection éphémère.
<c Qui provoque, continue le publiciste, les réformes pos-
« sibles ; calme les haines ; réconcilie les partis, et permette ainû <( à la patrie inquiète de compter sur un lendemain, d
Toujours parfait d'intention^ Mais quelles sont les réformes possibles? comment calmer les haines, comment réconcilier les partis? A cet égard, il n'y a pas deux personnes d'accords Alors quel est le moyen de les accorder toutes? les baionuettes? Ce moyen est devenu insuffisant.
« Rétablir l'ordre, dit le publiciste... m
Ah I nous arrivons au moyen. Voyons i
« C'est, dit le publiciste, ramener la confiance; pourvoir, par tt le crédit, à l'insuffisance passagère des ressources; restaurer a les finances ; ranimer le commerce. »
J'aurais cru que, rétablir l'ordre, c'était rétablir la communauté d'idées sur la réalité du droit. Mais, supposons que je me trompe, et que le publiciste ait seul raison. Quel est le moyen de ramener la confiance? quel est le moyen de pourvoir au crédit, qui n'est autre que la confiance? quel est le moyen de restaurer
les finances? quel est le moyen de ranimer le commerce? Sur ces différents points, pas deux personnes ne sont d'accord. Est-ce encore les baïonnettes qui doivent les accorder ? »
«( Protéger la religion et la famille, continue le publiciste, c'est a assurer la liberté des cultes et la liberté de renseignement. »
La liberté des cultes, c'est la négation de toute religion. La religion doit être imposée socialement ^ ou, socialement^ elle n'existe pas. Elle doit être imposée par la force, par une inqui« sition, tant que Texamen peut être comprimé. Elle doit être imposée par la raison, d'une manière incontestable, quand elle ne peut plus être imposée par la force. Et, quand la religion ne peut pas être imposée par la force, et qu'elle ne peut encore l'être par la raison ; la religion, alors, devient socialement impossible, et aussi l'ordre social.
La liberté de l'enseignement, c'est la destruction de la famille. La liberté de l'enseignement implique que la société est encore incapable de distinguer l'erreur de la vérité. Car, si elle en était capable, elle ne permettrait pas plus d'assassiner moralement qu'elle ne permet d'assassiner physiquement. L'enseignement doit être imposé : soit par la force, soit par la raison. Et, quand il ne peut plus être imposé par la force, et qu'il ne peut pas encore être imposé par la raison ; la famille réelle, la famille donnant le bonheur, devient impossible, et aussi l'ordre social.
c< Protéger la propriété, dit le publiciste, c'est maintenir l'in- « violabilité des produits de tous les travaux; c'est garantir Tinc< dépendance et la sécurité de la possession, fondements iudispen- « sables delà liberté civile. »
Soit. Mais comment garantit-on l'indépendance et la sécurité de la possession? À cet égard, pas deux personnes ne sont d*ac^ çord. Avant 89, on disait aussi qu'il fallait garantir la possession du droit d'aînesse dans les familles. A-t-on bien ou mal fait de le violer? Cette violation a-t-ejle contribué à Tordre ou au désordre? Çt, maintenapt, fgut-il ; ou ïpftrpjjer en arrière, ou marcher ei)
avant; on m\^v eomipe \m* sQmTne»? Pap deux personnM eR«
« Quant aux réformes possibles, continue le publiciste, voici a celles qui me paraissent les plus urgentes. »
Ah ! voyons les plus urgentes :
« Admettre, dit le publiciste, toutes les économies qui, sans c( désorganiser les divers services publics, permettent la diminuc< tion des impôts les plus onéreux au peuple. »
Soit. Et quelles sont ces économies ? et quels sont ces impôts ? Pas deux personnes ne sont d'accord à cet égard. Sont-ce encore les baïonnettes qui décideront? Elles auront de la besogne.
a Encourager, continue le publiciste, les entreprises qui, en « développant les richesses de Tagriculture, peuvent, en France c( et en Algérie, donner du travail aux bras inoccupés. »
Soit. Mais quelles sont ces entreprises ? Là-dessus, pas encore, deux personnes ne sont d'accord. Du reste, voilà le droit au travail et les ateliers nationaux qui rentrent par la fenêtre du 10 décembre.
Ici, je paraîtrai bien extraordinaire, si j'affirme : que donner du travail aux bras inoccupés, c'est, tant que l'ignorance sur la réalité du droit n*est point anéantie, conduire la société vers Tabime. Mais j'ajouterai : que ne point donner du travail aux bras inoccupés, c'est, en présence de l'incompressibilité de Texamen, laisser marcher la société vers Tabime.
« Pourvoir, continue le publiciste, à la vieillesse des travailce leurs par des institutions de prévoyance. »
Et quels sont, s'il vous plait, les moyens d'établir ces institutions? A cet égard, pas encore de communauté cTidées. Est-ce aux baïonnettes qu'il faut s'adresser pour en avoir?
c( Introduire dans nos lois industrielles, continue le publiciste, a les modifications qui tendent, non à ruiner le riche au profit du <c pauvre, mais à fonder le bien-être de chacun sur la prospérité c< de tous. »
Tout le problème social est ici, et peut dispenser de ce qui précède et de ce qui suit.
J'ai rhonneur de prévenir l'auteur qu'à cet égard encore pas deux personnes ne sont d'accord. Je lui affirme, en outre, que la solution de qe problèqx^ est impossil^le ; avant quQ V'SQorance
nodale, sur la réalité du droit soit complètement nnéântie.
c( Restreindre, continue le publîciste, dans de justes limites c( le nombre des emplois qui dépendent du pouvoir, et qui sou* c< tent font d'un peuple libre un peuple de solliciteurs. »
Il est aussi impossible à un peuple de solliciteurs d'être libre, qu'il le serait à un peuple de mendiants.
« Enfin, ajoute le publîciste, préserver la liberté de la presse a des deux excès qui la compromettent toujours : Tarbitraire et c( sa propre licence. »
J'ai l'honneur d'affirmer à Fauteur : qu'en présence de Tincompressibilité de l'examen d'une part, et de l'iguoraMce sociale sur la réalité du droit d'une autre, cette entreprise est aussi chimérique : que la quadrature du cercle ; que la pierre philosophale ; que la compression absolue de la presse ; ou que sa liberté absolue.
« Avec la guerre, continue le publicîste, point de soulagement « à nos maux. La paix serait donc le plus cher de mes désirs. « La France, lors de sa première révolution, a été guerrière., c( parce qu'on l'avait forcée de Tôlre. A l'invasion, elle répondit à par la conquête. Aujourd'hui qu'elle n'est pas provoquée, elle '( peut consacrer ses ressources aux améliorations pacifiques, san^ a renoncer à une politique loyale et résolue. »
Et le critérium d'une politique loyale et résolue, c'est : ou le canon, od un excès de crachat reçu sur la figure.
« Une grande nation, continue le publîciste, doit se taire, où « ne jamais parler en vain. »
Probablement cela signifie, et avec raison : une grande nation doit se taire quand elle n'est pas la plus forte; et, quand elle est la plus forle, soit par la ruse, soit par le canon, faire le plus de mal possible aux autres nations. C'est l'avis de Montesquieu, et l'avis de l'Angleterre, et l'avis du bon sens. La paix, ou la friternité entre les nations, équivaut à la liberté limitée ou illimitée de la presse : en présence de l'incompressibilité de l'examen ; el de l'ignorance sociale sur la réalité du droit.
«t La République, dit enfin le publîciste, doit être généi^mise « et avoir fo! dans son avenir : aussi, moi qui ai connu Teiil *l « la taptivifé, j'appelle de tous mes vœux le jour dû là patfifr
« pourra, sans danger, faire cesser toutes les proscriptions, et « clfiicer les dernières traces de nos discordes civiles. »
Tout cela est magnifique. Mais voici le fait dans toute sa nudité, dans toute sa vérité :
Tant qu'il y a des patries en contact inévitable, qu'elles soient monarchies ou qu'elles soient républiques : elles doivent périr, si elles ne proscrivent pas ; et doivent encore périr, si elles proserivent.
C'est peu consolant pour les patries. Mais c'est très-consolant pour rhumanité.
ce D'ailleurs, dit l'auteur en terminant ce morceau, quand on a a l'honneur d'être à la tête du peuple français, il y a un moyen a infaillible de faire le bien, c'est de le vouloir. »
C'est encore magnifique, surtout comme péroraison. J'aurai cependant l'honneur de faire observer à l'auteur : que l'empereur était à la tête du peuple français; que, chez lui, il y avait plus de génie que chez tous ses contemporains; qu'il avait le ferme vouloir de faire le bien de la France, et de l'Europe, et du monde; et qu'il n'a fait ni l'un ni l'autre.
« Pourquoi la belle révolution de juillet a-t-cUc été flétrie par des hommes qui, reuoutakt de plahter l'arbre de la liberté, ne veulent qu'en greffer des rameaux sur un tronc que les siècles ont pourri et