EXAMEN DE LA PREMIÈRE QUESTION
Faut- 11 me déwouer pour soulager le paupérisme!
Il est incontestable : que si la société actuelle , société existant depuis Torigine sociale, le paupérisme est indestructible; s'il ne fait que s'accroître sur une ligne parallèle à Taccroisse-
Et le travail y est peu dem.'mdé parce que le sol y est aliéné. Et si même le développement de l'industrie y faisait demander le travail, la masse n*eu serait pas moins misérable. Tous les ans, dit J.-B. Say, tous les ans une portion de la population doit mourir de besoin , même au sein de la nature la plus florissante, t
a II en résulte ^ continue Malthus , que les produits du sol ne « sont pas répartis de manière a faire partager l'abondance aux « classes inférieures, qui n'en peuvent jouir que par ce moyen,
<C AUSSI LONGTEMPS QU'ON n'a PAS CHA1N6É LA DIVISION DES TERKES. »
Et il n'y a pas deux manières de changer la division des terres : car il faut qu'elles appartiennent à la propriété collective ou aux propriétés individuelles. Ainsi , changer la division des terres signifie faire entrer le sol à la propriété collective.
C'est à toucher au doigt et à l'œil que Taliénation du sol est ici la seule cause matérielle de misère, et de la mort par la misère, qui empêche le développement de la population.
<x Le genre de culture employé dans ce pays, continue Malthus, « est si simple, qu'il n'exige que peu d'ouvriers. »
Et si tous les ouvriers se trouvaient occupés, ils n'eu seraient que plus misérables , car le paupérisme croit, comme la richesse, partout où le sol est aliéné. Voyez l'Angleterre, la Belgique et la France.
« En quelques endroits, continue Malthus, on se contente de « jeter le grain sur la terre, sans aucun travail préalable, etc. »
Il est évident que ceux qui meurent de faim sont ceux qui n'ont pas de sol.
Ainsi, quand le territoire est aliéné, si le sol est riche, les masses y meurent de faim ; si le sol est pauvre, les masses y meurent de faim. Si l'industrie n'y est pas développée, les masses meurent de faim, et si l'industrie s'y trouve développée, les masses meurent encore de faim.
Il est évident que si le sol appartenait à la propriété collective et se trouvait loué par divisions relatives aux demandes et aux populations, en même temps que les besoins de travailler, de consommer et de produire seraient développés par l'éducation et
rinstruction , tous les habitants d'un pareil pays seraient au comble de la richesse.
« Avec un tel système d'agriculture, continue Malthus (1), et « avec peu ou point de manufactures, la demande de travaildoit « être vite satisfaite. »
Tant que le sol reste aliéné, le travail est toujours plus offert que demandé. Allez voir en Angleterre, où les manufactures ne manquent pas.
c( Le blé, continue Malthus, doit sans doute être k bon marc( ché; mais le travail doit être à plus bas prix encore. »
C'est juste, et c'est inévitable, tant que le sol reste aliéné.
a Le fermier, continue Malthus, sera en état de faire d'am- « pies provisions pour la nourriture de ses enfants ; mais les « gages du manouvrier ne suffiront pas pour élever sa famille « avec aisance. »
Et cela doit être ainsi partout où le sol est complètement aliéné. Cherchez un pays où cela ne soit pas : fertile ou stérile, trop peuplé ou trop peu peuplé, industriel ou exclusivement agricole. C'est absolument sans exception.
Au lieu de manouvrier, c'est prolétaire qu'il fallait dire. Dès que le sol peut appartenir à la propriété collective, le prolétariat se trouve nécessairement anéanti.
« Supposons, continue Malthus, que, frappés du défaut de « population de ce riche sol, nous tentassions d'y porter remède « en donnant une prime pour les enfants naissants, et en metc( tant ainsi les manouvriers en état d'en élever un plus grand « nombre, quelle serait la suite de cette opération ? Personne ne « demanderait le travail de ces enfants surnuméraires. Quoiqu'il « ne fallût peut-être qu'un sou pour payer la nourriture d'un « homme pendant tout un jour, personne n'offrirait un denier à « ces nouveaux venus pour prix de leur journée. Le fermier fait « tout ce qu'il veut, tout ce qu'il envisage comme nécessaire à la c< culture de ses terres, au moyen de sa famille et d'un ou deux « ouvriers, qu'il est dans Tusage d'y joindre. Les nouveaux ou-
(1) C'est avec une telle organisafipni de propriété qu'il fuUait dire.
< vriers ne lui offrent rien de plus. On ne doit donc pas attendre « qu'il sortira de son indolence et fondera de nouvelles entrea prises uniquement pour les occuper ou pour leur donner gratuit a tuitement de quoi se nourrir. Dans cet état de cboses, lorsque (x la demande bornée de travail est pleinement satisfaite, que de- € viendront ceux dont lesl bras ne sont pas demandés? Ils seront, « en fait, privés aussi complètement des moyens de subsistance a que s'ils vivaient sur le sol le plus stérile. Il faut qu'ils aillent « chercher ailleurs du travail, ou QjfiLs uburiht de msâre. »
Ce passage indique d'une manière tellement claire que l'aliénation du sol est la seule cause de la misère des masses, que je croirais injurier mes lecteurs en le leur faisant remarquer.
Arrivons à Rossi. Il s'adresse aux prolétaires :
« Ce domaine, dit-il, auquel s'applique votre travail, n'est, en <x réalité, qu'une manufacture. Après avoir débattu ses conditions « avec le propriétaire qui lui loue la machine, le fermier doit d'a- « bord s'assurer qu'il pourra recouvrer ses avances et pîiyer le « fermage, et tout naturellement chercher ensuite à retirer le « plus qu'il pourra de profit net de son entreprise. Pourquoi vous a offrirait-il uû salaire élevé, si vous vous présentez en foule à sa « porte? » .
Remarquez que cette foule est inévitable tant que le sol reste aliéné.
« Qu'arrivera-t-il, continue Rossi, en cas de mauvaise récolte? « Il se peut que le fermier lui-même en souffre ; il se peut aussi a que l'élévation des prix compense pour lui la rareté des pro- « duits; cela dépend de plusieurs circonstances inutiles à énu- « mérer ici. Mais vous (prolétaires), que pouvez*vous espérer, si, a par le nombre excessifdes journaliers qui se font concurrence, «( le fermier dicte la loi du marché? »
Remarquez que cela arrive toujours, quelle que soit la population, et n'y eût-il même pas d'impôt, dès que le sol est complètement aliéné.
<c Pressés par la faim, continue Rossi, vous serez heureux de « conserver le même salaire en argent, qui sera loin de représen- <c ter le même salaire en nature, et fi, par les circonstances, les
a fermiers eox-mémes se trouvaient atteints par les effets de la « disette, vous terriez vos salaires en argent s'abaisser, car, as- <i sûrement, l'entrepreneur, sachant que vous avez plus besoin a de lui qu'il n'a besoin de vous, ne consentirait pas à vous faire « dans le partage la part du lion. »
Dès que le sol est aliéné, la part du lion appartient nécessairement au plus fort.
«( N'oubliez pas, continue Rossi, que, oars wh pats ainsi gona sTrruÉ, si la goncurbeiigk peut andoer l'offbe nu tsavad^, nxB
«t fCjOam JAMAIS LA DEMAlfDB. 9
Ce passage devrait être gravé en lettres d'or dans le sein de l'Académie des sciences morales et politiques. Tant que le sol reste aliéné, la concurrence n'anime jamais Foffre du travail* Quand le sol appartient à la propriété collective, la eoneurrencd anime toujours la demande du travail. C'est que, lorsque le sol est aliéné, la concurrence se fait au critérium de la force, et que, lorsque le sol, par les circonstances, peut appartenir à la pro* priété collective, la concurrence se fait au critérium de la raison*
La conclusion de ce passage est que, dans un pays ainsi eonr stituéy dans un pays oit le sol est aliéné, le paupérisme est iné« vitable. Est-ce clair?
« Dans ces pays, continue Rossi, si la population est exces« « sive, les jours de disette sont affreux : vous voyez des homme» a hâves, décharnés, chancelants, errer dans les campagnes et a disputer aux animaux la plus immonde nourriture. »
Et Malthus a prouvé que, dans ces pays, la population de ceux qui ne possèdent pas est nécessairement excessive relativement aux besoins de travail de ceux qui possèdent* Vous vous rappelez le passage : Au grand banquet de la vie^ etc. C'est ce qui fait dire à J.-B. Say que, chez la nation la plus prosp^e, une partie de la population doit tous les ans mourir de besoin.
« Les pays purement agricoles, sans commerce, sans industrie, « n'ont/dans les jours malheureux, continue Rossi, ni le secours « des grands capitaux disponibles, ni les ressources et la har* a diesse de l'esprit mercantile ; on n'y sait que souffrir et mourir; a on n'y est admirable que de silence et de résign^^tiou. »
Il y a commerce et industrie en Chine, dans Tlnde, en Angleterre, etc., et, dans les jours malheureux, on n'y sait que souffrir et mourir; on n y est admirable que de silence et de résignation.
De pareils pays sont le beau idéal de Téconomie despotique. Ce qui va suivre est le beau idéal de l'économie anarchique. 11 est à remarquer que Téconomisme, en donnant ce nom à Téconomie politique, n'a que ces deux alternatives.
c< Ce n'est cependant pas là, continue Rossi, ce que la société (( offre de plus compliqué et de plus dangereux aux classes labo- « rieuses. Portez maintenant vos regards sur les pays essentiel- « lement industriels et manufacturiers, là où l'agriculture n'est a presque qu'une occupation secondaire, là ou le capital, prenant « les formes les plus diverses, s'applique à satisfaire ici tous les a besoins généraux d'un peuple civilisé ; là tous les caprices de « la mode et les goûts raffinés de l'opulence. Suivez cette proa duction dans ses formes si diverses, dans ses phénomènes si a compliqués. Ces matières premières, si nombreuses, si variées, a c'est des quatre parties du monde qu'il faut les tirer ; ces mé- « langes ne restent jamais les mêmes ; ces dessins, on est forcé « de les renouveler chaque année. La concurrence veille sans « cesse avec son regard perçant et cupide. Malheur à celui qui <x s'arrête un instant! il est écrasé par la foule, qui le suit au pas « de course. Rejoindre celui qui vous précède^ le fouler aux « pieds Bipasser outre j cest là l'effort constant de V industrie; c( c'est sa loi et sa vie. »
Avez-vous bien remarqué cette phrase que j'ai soulignée? C'est, en effet là le résultat inévitable de la coiicurrence au critérium de la force. Et ce critérium est le seul wsociâl possible dès que le sol est aliéné. Mais la concurrence au critérium de la raison a pour résultat également inévitable le développement le plus complet du bien-être de tous et de chacun, sans jamais faire tort à qui que ce soit et en aidant tous les autres tout en se rendant Qlile à soi-même. Telle est aussi sa loi et sa vie. Et cette concurrence s' éisbMt nécessairement dès que, par l'anéantissement de l'ignorance sociale, le sol peut, sans causer l'anarchie, appartenir à ^ propriété collective.
a II y a plus, continifie Rossi, tous ceux qui ont profondément a (étudié ces grandes questions sociales vous diront que la lu^ebtê « régulièr^^t pacifique, lorsque les individus, obligés de se con- « former ^ux indications de la nature , travaillent d'accord avec ^ elle et profitent de ces forces au lieu de les contrarier, est de- « venue^querelleuse , tyfannique et désordonnée le jour où les « gouvernements ont voulu mieux faire que la Providence , et « donner au nord les industries du midi et au midi les industries a du nord. »
Rossi n'a pas remarqué que cela est inévitable tant qu'il y a des nationalités, et que les nationalités sont la conséquence nécessaire de l'ignorance humanitaire. Dès que l'ignorance sur la réalité du droit se trouve évanouie, les nationalités disparaissent nécessairement.
a La concurrence des individus, continue Rossi, est^ devenue « alors la concurrence des États, et il s'est formé, sur le domaine (c de l'industrie» un siiiguUer mélange de liberté et de servitude, n
Ce mélange n*a rien de singulier. C'est la liberté pour les forts et Veselavage pour les faibles.
« Les lois naturelles de l'économie publique, contiuMC Rossi, « se sont compliqua des lois positives de chaque nation , lois ^ variables comme les Intérêts de la politique, impitoyables <u)mme « l'intérêt personnel aux prises avec les intérêts généraux; lois « qui sont, pour la liberté, tour à tour des armes et des entravés, « qui enfantent les représailles et la contrebande, les haines naît tionales et les crises commerciales ; bref, lois de gueriie et de