RAISON. RAISON RÉELLE
<{ Rien n'est impéDétrablc au jour progressif )> de la raison^ cette révélation graduelle et (( INCESSANTE de rhumanité. »
Lamartine.
i( Si la raison est progressive^ graduelle kt « incessante, la yérité, eipression de la rai- « son, est aussi progressive, gradi;^lle et in- « cessante. Or^ en fait d'ordre social^ une (( vérité relative n'a de base possible que la « force brutale. Une raison progressive, gra- « duelle et incessante, est|(kyic ce qu'il y a «de plus anarchique pour tbiite époque de « rhumaoité. »
Colins, Commentaire.
i< La raison est le soleil de rbumaoilé :
« c'est l'iNFAILLIBLE ET PERPÉTUELLE RÉVÉLA-
(( TiON des lois divin es applicables aux sociétés.» Lamartine.
« Et quel est, en époque d'ignorance sur la « réalité du droit, le critérium social de cette
« INFAILLIBILITÉ, si CC n'cst la FORCE BRUTALE?
« Alors cette révélatioo est celle de Tenfer. » Colins, Commentaire, f( Le sentiment du vrai et du faux, du bien <( et du mal, varie selon les circonstances^ les « intérêts, les passions. »
Lamennais.
« Ce qui prouve que, jusqu'à préalCit, le so- « LEIL de la raison a été singulièrement en* « croûte. » ^*^''
Colins, Commentaire, « L'beure serait venue d'allumer le phare « DE LA RAISON et de la morale sur noë tem- <c pètes politiques, de formuler le nouveau <f symbole social que le monde commence à « pressentir... que le ciel suscite des hommes, « car notre politique fait honte à l'homme et « ftfit pleurer les anges. »
Lamartine.
« Avant que le phare de la raison puisse H être allumé, il faut que Tantropomorphisme « et le panthéisme, ces deux torches de Tignoir rance, soient scientifiquement anéanties. » Colins, Commentaire.
« Les déductions du raisonnement sont tou- « jours esscnlielleraent supérieures aux déduc- « tioDs de l'expérience. Mais, il faut que le rai- (( sonucment soit réel et non sophistique. » M. BioT. Leçon du SU uov. 4837«
— lifiCXI —
« Parfait de vérité, liais, comment dis- « tingtie-t-on , socialement, le raisonnement (f réel du raisonnement sophistique? La sen-
fC SIBILITB DU CBlElf EST RÉELLE. Est-CO là Un
(( raisonnement réel ou un raisonnement soa phistique? Et, preoei garde à la réponse! » Colins, Commentaire, tf La l'aison finira par avoir raison. » T
D'Alembert.
« Oui, quand l'anarchie aura rendu absoluce ment nécessaire son critérium incontes- « table. »
CouNs, Commentaire.
ÀvaDl d'eiaminer le mot raison, ne ferions-nous pas bien d'aller au dictionnaire? Voyons !
€ Raison, s. f. Batio. Faculté intellectuelle (de tirer des « conséquences) qui distingue rhomme de la béte.
« Raisonnement, s. m. Ratio. Faculté, action de (|i- < sonner. »
€ Raisonner, v. n. Maliocinari. Faire usage de sa raic son. Faire des raisonnements. »
Faculté intellectuelte qui distingue l'homme des bétes, dit le dictionnaire. Ainsi, les bêtes n'ont pas d'intelligence I k\lez donc dire ce(a au secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences!
La faculté de tirer des conséquences, distingue l'homme de la béte, dit encore le dictionnaire. Mai^ un chien se brûle en mettant les pattes sur les tisons, et il n'y retourne plus. Donc, le chien tire des conséquences. Allez écouter M. Geoffroy-Saint-Hilaire, faisant sa leçon sur l'orang-outang, placé dans le genre Homo par Linnée,et vous me rapporterez ce que vous aura dit M. le professeur.
D'ailleurs, s&nlir c'est penser, dit avec raison M. Cousin; et, penser c'est raisonner. Or, le dictionnaire, à l'article Animal, dit : être organisé et sensible. Donc l'animal raisonne. Comment trouvez- vous le dictionnaire?
•^ Mais, vient me siffler un élourneau, vous nous avez dit : que, si le chien sentait, le matérialisme était une vérité.
— C*esl vrni, en cas qu'il y ail des vérités, et je le répète. Hais, je vous ai dit également : que, si le matérialisme est vérité, Il n*y a : ni vérité réelle, ni raisonnement réeL Et Tâne se trouve replacé entre les deux boisseaux.
M*allons pas trop vite, le point est essentiel ; et surtout, tâchons d'éviter les migraines.
Pour rationner, il faut un raisonneur. Cela doit être évident, même pour un dictionnaire. Et, par raisonneur, on entend un raisonneur réel, et non un raisonneur apparent^ phénoménal, comme on en voit dans un miroir. Eh bien! sous Tantropomorphisme et sous le matérialisme bravache ou poltron, il n'y a pas plus de raisonneur réel chez Thomme, qu'il n*y a de raison et de clarté dans le dictionnaire*
Quand vous formulez cette proposition, vis-è-vis d'un théologien antropomorphe ou d'un philosophe panthéiste, ils vous regardent avec des grands yeux muets; ils voudraient bien parler, mais le cauchemar du préjugé leur étouffe la voix; et s'ils parviennent h s'éveiller, ils s'écrient î Dieu qui m'a fait; la nature qui m*a fait, etc. Hélas! chers enflants! un raisonneur réel est une individualité réelle, éternelle, ou n'est rien ; et des individualités éternelles ne se font pas. Sous l'antropomorphisme comme sous le panthéisme, vous êtes des machines, ainsi que MM. les théologiens, et MM. (e^ philosophes, vous le disent avec beaucoup d'élégance.
En vérité, je suis fou de vouloir raisonner avec des gens qui prétendent raisonner, et aussi ne pouvoir raisonner t probablement pour adhérer à la proposition de M. ProudhoQ affirmant : qu'une proposition n'est vraie qu'à condition quA la proposition contraire le soit aussi. Si un maître à chanter fait solfler un élève ; et, que celui-ci, ayont l'oreille fausse, lui donne des quacks^ au lieu des tons demandés; le maitre renvoie à Midas, et ne s'en occupe plus.
Je causais, oes jour»^| avec un philosophe voUairien, lequel, pour ne l'avoir pas lu sans doute, s'imaginait que
— uaoun —
SOD maître était déiste (1). J'eus le malbeur de dire que la création était une absurdité. Là-dessus : les grands yeux muets, puis le cauchemar, puis l'argument des ruisseaux : une horloge prouve un horloger, et le monde son créateur, •*- Mais, monsieur, l'horloger fait son horloge avec des métaux; faire avec rien est absurde. — Du tout. — Alors qu'y avaitil avant qu'il n'y eût quelque chose? — Je ne sais pas. — Et c'est sur un je ne sais pas, que vous basez votre affirmation? Concevez -vous que : faire quelque chose de rien; et deux et deux font cinq; sont également absurdes? — Non, ce n'est pas de même ordre. — Je fis comme le maître de chant, je lui reconnus l'oreille fausse, et je l'envoyai à Midas. Voyons, maintenant, si tous ceux qui, depuis le commen* cément du monde, ont chanté Triste raison, ont feit des quacks, et appartiennent à l'école de Midas!
€ -^ Quelle est la vérité que le raisonnement ait laissée
€ intacte? que ne nie-t-on pas à son aide, el n'affirme*t-on
€ point?Il sert et trahit indifféremment toutes les causes; il
« ôte tour à tour, el donne l'empire à toutes les opinions.
« Chaque siècle, chaque pays, chaque homme a les siennes,
€ aussi inconstantes que les rêves du sommeil, et souvent
€ opposées entre elles. On les voit, comme de légers mé-
« téores, briller un instant, et se replonger dans une nuit
c obscure. Nous nous rions des idées de nos pères, comme
c ils s'étaient ri des pensées des leurs, et comme nos enfants
c se riront de nos opinions. Qu'est-ce donc que le vrai, et
« qu'est-ee que le faux? Cela est convaincant, dit l'un; rien
« de plus absurde répond l'autre : qui sera juge entre eux?
c S'il en est un, qu'il paraisse, et qu'il montre ses litres. »
(Lamennais.)
(4) « Rien ne Tient de rien est aussi yrai que dens et deux font quatre. »
VOLTAIHI.
<x tl faut abandonner la définition que créer c'est tirer du néant. Car, « néant est une chimère; une contradiction. » Goirsiir»
Bh bien ! la création et le créateur k'év^uiouissent simultanément.
— LXxxnr —
— Yoilà un admirable musicien, ayant, en fait d'idées, l'oreille aussi juste que possible. Aussi longtemps que Tignoranee existe, il n'y a pas une note à changer dans celle magnifique composition. S'il m'était permis d'ajouter une variation à ce noble thème, je dirais : que, si même la raison réelle se présentait pour montrer ses titres, l'ignorance aveugle ne pourrait les lire : avant que ses cataractes n'aient été extirpées par l'anarchie.
« — Tjdut notre raisonnement, dit Pascal, se réduit à € céder au sentiment. Mais, la fantaisie est semblable et con- « traire au sentiment; semblable, parce qu'elle ne raisonne « point; contraire, parce qu'elle est fausse : de sorte qu'il fc est bien difficile de distinguer entre ces contraires. L'un « dit que mon sentiment est fantaisie, et que sa fantaisie est « sentiment; et j'en dis de même de mon côté. On aurait « BESOIN d'une règle. La raison s'offre, mais elle est « pliable à tous ^ps, et aussi il n'y en à point. »
{Pensée de Pascal^ citée par Lamennais.)
— Pascal a raison : en époque d'ignorance sur la réalité du droit, sur la réalité de la raison, la raison prise pour juge, et rien, c'est absolument la même chose. Pendant toute cette époque, de règle rationnelle, il n'y en a point.
€ — Ajoutez à cela, continue M. de Lamennais, i'iropuis- « sance absolue de raisonner, si l'on ne part d'un premier € principe qu'on suppose sans le démontrer, d'un axiome € que l'on convient d'appeler évident, et qui peut n'ôlre, « comme je l'ai fait voir, qu'une erreur plus ou moins in« « siirmontable pour nous. Ainsi notre logique manque de « base, elle s'appuie uniquement sur des hypothèses gra- « tuiles, aussi douteuses elles-mêmes que ces.hypolhèses; c. car, d'où tirerons-nous l'assurance qu'il existe un rapport « nécessaire, immuable entre la vérité et certaines opéra- « lions de l'esprit?»
— Je ne sais si celle divine harmonie vous donne la mi-
— liXXXT —
graine. Si je l'avais moi, elle la dissiperait M. de Lamennais est ici clair comme du crislaU Tant que Tignorante sociale, sur la réalité de la raison, n'est point anéantie, notre point de départ peut exclusivement être : rbypolhèse que la raison existe en réalité.
« — Les règles du raisonnement, continue H. de Lamen* « nais, relativement à notre nature, ne sont peut-être pas « moins fautives que les premières notions, d'où on les dé- « duit; et nous ignorons si notre logique, au lieu d'être un « instrument de vérité, n'est point une lliéorie de l'erreur. »
— C'est vrai : voye? l'antropomorpbismeet le pantliéismc,. les seules tliéories nées depuis l'origine du monde, elles sonU toutes les deux également absurdes.
« — Dire, continue M. de Lamennais, que la raison en « démontre l'infaillibilité, c'est ne rien dire; car cette dé- « monslration prétendue suppose l'infaillibilité même qu'il < s'agit de démontrer. »
— Parfait! il faut commencer par se demander : ce que doit être la raison, l'intelligence, ce qui est une seule et même chose, pour quelle ne soit point absurde. Puis, après avoir reconnu : que, ce doit être l'union d'une individualité immatérielle, éternelle, absolue, ce qui est tout un, à un organisme ayant un centre nerveux; il s'agit de savoir : si, cette individualité existe. C'^st seulement après l'avoir démontré, ce qui alors vous permet de dire infailliblement : là cette individualité existe; là elle n'existe pas; que l'infaillibilité RATIONNELLE PEUT EXISTER.
< — Prouver la raison par la raison, continue M. de La- « menmais, est un sophisme commun à toutes les philosopbies, « et, comme le remarque Montaigne, nul moyen d'éviter ce i cercle vicieux. »
«« — Puisque les sens, dit -il, ne peuvent arrêter notre « dispute, estant pleins eux-mêmes d'incertitude, il faut que
— LÏÏtVt —
« ce sott la raison ! aucune raison ne s'établira s\xt une autre < raison; nous voilà ft reculer Jusqu'à Tinfinl. »i»
(Essais de MoMTàIGNE.)
— Nul doute qu'il n'en soit ainsi : tant que la raison réelle n'est point distinguée de la raison illusoire ; et qu'il reste impossible de dire : là il y a raison réëne; là il n'y a que raison illusoire, phénoménale, apparente. Mais, du moment que cela est démontré, la raison réelle, dont l'expression est la vérité, s'établit sur l'erreur, raison illusoire. Prouver la raison par la raison, tant que l'ignorance sur la réalité de la raison n'est point détruite, est une folie. Mais, prouver la réalité de la raison, par la démonstration de l'immatérialité des âmes, est sagesse, et la seule sagesse possible. Or, du moment que la série continue des êtres est brisée d'une manière absolue, cette démonstration est faite.
a — Quand donc Descartes, continue M. de Lamennais, a essayant de sortir de son doute méthodique, établit cette « proposition : Je pense, donc je suis, il franchit un abîme « immense et pose au milieu des airs la première pierre de « l'édifice qu'il entreprend d'élever; car, à la rigueur, nous « ne pouvons pas dire je suis, nous ne pouvons pas dire doUc, « ou rien affirmer par droit de conséquence. »
(Essai sur l'indifférence, etc.)
-— M. de Lamennais a parfaitement raison. Hors la démonstration de la réalité des âmes, vous ne pouvez que dire: je pense, donc je suis vhè^omésale^e^t. Et encore : pour pouvoir le dire plus qu'automatiquement, êtes vous obligé de présupposer la réalité des âmes.
Voilà pourquoi les révélations ont été nécessaires depuis l'origine du monde, atin de pouvoir baser sur elles ^immortalité des âmes; et, la sanction religieuse, sur cejjj^ immortalité. Depuis que les révélations sur-rationnelles siont devenues impuissantes, il faut: que, la révélation rationnelle démontre la réalité, l'éternité des âmes ; ou, que la société périsse. Mais, une pareille étude donne la migraine à ces mes-
sieiirl. Alôrs^ attëttdoné des enf^nfÉi dont léft \êle^ M Mléti pas BHBsi faibleë !
Écoutons maintenant quëiqtlès èottl^s pfddtiitea mt la raison; et, au nom de la raison.
« — C'est au développement de la raison que la nature « a rertiis la destinée éternelle des feodété*; et la raison Seule « petit tûite des lois obligatoires et durables ; et la falêoD et « la loi seules doivent gotiverner Thomme en société. * (Mirabeau, États-Généraux, i 6 juin HM.)
— Cest avec de pareilles calembredaines, surtout quand elles sont li$û ronflantes, que Ton excite les vivat des sots, que Toti forme des partiâ, et que l'on augmente T-exploltation des masses. Si Ton avait demandé 6 M. dé Mirabéôu . comment il distinguait la raison sage de la raison folle ^ il aurait probablement répondu, 8*11 avait été sincère t que ce critérium était la foroe; et^ probablement aussi, il aurait ajouté, comme M. Cousin l'a fait depuis: que le plus fort a toujours réellement raison.
« — Nous né nous devons jamais laisser persuader, dit « Descartes, qu*ft Tévidence de tiotfe raison. Et il est A re- « marquer que je dis de notre raison, et non point de notfé « imagination, ni de nos Sens. » {Discours sur ta méthode.)
— Le sens commun y compris, sans doute. Et comment distingue«'t^on la raison de l'imagination? Par /^p^n^^, donc je suis, probablement* Puis, quand on a dit d'aussi joliea choses, on est sûr d'être sculpté en marbre i et^ par-dessus le marché, d'avoir un mois portant son nom, dans le calendrier de M. Auguste Comte.
< ««» Toutes les lois sont fondées sur la première do toutes « lesloif, qui est celle de la nature, c'est-à-dire sur la proite « BAIMN. » (BossuET, Polit, tirée de V Écriture-Sainte.)
-« Cwt très-beau de la part de Bossuet; c'est la négation de toute révélation non-rationnelle, par conséquent delà
— LXXXVIll —
révélation relative à la création. Mais, quand ou a répudié les révélations, canament distingue-t-on la raison droite de la raison tortue? Par la force, sans doute! c'est bien Louis XIV.
Voulez- vous de la haute philosophie? En voici.
« — Il ne s'agit pas, dit M. Cousin, de savoir ce que « pense le sens commun, dont la croyance n*a jamais été € contestée par personne, il s^àgit de savoir si cette croyance
« est RAISONNABLE. »,
{Cours d'histoire de la philosophie morale.)
— Vous voudriez bien, n*est-il pas vrai, savoir comment il est possible de distinguer le raisonnable in déraisonnable? M. Cousin va vous satisfaire.
< — La raison, dit-il,dn'est pas tout entière dans le rai- € sonnement et toute évidence n'est pas réduite à l'évi- « dence de démonstration. Au contraire, comme Ta très* « bien vu Locke, l'évidence de démonstration n'existerait^pas € si^ préalablement, n'était donnée l'évidence d'intuition.»
{Histoire de la philosophie.)
— VouS;SaYez que l'intuition est le critérium des mystiques.
Au moyen de ce critérium, vous avez toujours raison
quand vous êtes le plus fort. H. Cousin a prouvé, par intuition, que là où est la force, là, exclusivement, se trouve la justice.
Quand vous êtes parvenu à inculquer ces belles choses dans le cœur et l'esprit de la jeunesse, vous devenez pair, ministre de l'instruction publique et grand-mattre de l'uni-*^ versité. **'
c -T La déraison est un mal incurable qui augmente en « vieillissant. » (De Lewis»)
— Cela signifie : si vous voulez enseigner que la raison existe en réalité, . ne vous adressez point aux pétrifications. Dans notre époque, malheureusement, les jeunes gens, à vingt ans, sont déjà des momies.
— Lxxnz —
< •— Il est ?rai de dire, s'écrie Bonald, que la seale autom rite, qui ait pouvoir sur Tétre raisonnable, est la raison.»
(Législation primitm.)
— Bien ! voilà le bon Dieu antropomorpBe mis à la porte. Et, comment' distingue-t-on la bonne raison de la mauvaise? la rai8(Af>DiEU de la raison Duble?
« — A la vérité, dit encore Bonald, il est beaucoup « d'hommes qui se piquent de raison, ejt même d'instruction « sur d*autres objets, qui ne veulent être ni convaincus de c certaines vérités, ni entraînés dans certaines voies, et qui « prennenMe parti, très-peu raisonnable, de nier ce qu'ils « n'osent qfprofondir. » (Jd.)
— Si l'on avait dit à Bonald : qu'il venait de renier son bon Dieu ; il se serait débattu comme un diable dans un bénitier.
Maintenant, écoutons un fort honnête homme, fort instruit, que j'ai eu le bonheur de connaître, lequel n'avait qu'un défaut : celui de croire que la philosophie avait déjà une existence réelle. Hélas ! c'était le défaut de son état : il professait la philosophie.
« — Et pourquoi, dit Laromigulère, le raisonnement ne « serait-il pas aussi rigoureux dans toutes les sciences, que « dans la science du calcul, si tout raisonnement est un
< calcul et NE PEUT ÊTRE QU'UN CAXCUL? »
(Paradoxes de Condillàc.)
— Je vais vous le dire, respectable professeur I Parce que la science du calcul se sert d'une unité hypothétique, abstraction de notre individualité considérée comme absolue. Cette unité est toujours identique à toute autre. Et alors, vous pouvez déduire^el déduire, puis encore déduire : toujours par identités. En fait de science morale vous n'avez encore aucune unité que vous puissiez considérer comme absolue. L'individualité, l'unité de l'homme est-elle identique à l'individualité, à l'unité du chien? Et ces individualités, ces unités sont-elles absolues? Vous n'en savez rien, n'est-il pas vrai?
Eh bien I II n*y a de mente de càlotily â6§ot6ti^ de faisonfie* ment, de science réelle, qu*avéc deduûitéft aMolUedôU ienues pour telles. Brisez la série continue des êtres ; dites : là il y a unité absolue, unité réelle } là il n'y a qu'unité relativei unité illusoire; et les sciences morales se trouveront basées sur des réalités, tandis que les sciences mathématiques resteront basées sur des unités abstraites.
Si je Vous ai donné la mlgi'aine, je vous en defiiaMe un milliôû de pardons. Pourquoi diable aussi, vais-jô mV dresserâ des momies?
Je reviens à notre excellent LaromIgUière, qui, lui, n*étalt pas momie, et m'aurait compris sans migraine, si, quand je le connaissais, j'avais pu lui dire ce que je voUS dis à présent.
« — Qu'est-ce donc, dit-il, que démontrer la vérité d'un© « proposition? C'est faire voir que les deux termes de cette « proposition ne renferment pas deux idées différentes ; c'est « faire voir qu'on n*a qu'une seule et môme Idée sous deut « formes diverses. » (/dl.^ ïd.)
— C'est parfait.
Prouvez, en brisant la prétendue série continue des êtres: que sensibilité réelle, et individualité réelle, absolue, immatérielle, éternelle, ce n'est qu'une seule et même idée Sôus deux formes diverses ;
Prouvez, après avoir brisé là prétendue série continue des êtres: que sensibilité apparente, et individualité illusoire, relative, matérielle, temporaire, ce n*est qu'une seule et même idée sous deux formes diverses ;
Dites^ après avoir brisé d'une manière absolue la prétendue série continue des êtres : de ce côté, il y a humanité ; de Tautre, matière. Et, la science de calcul moral sera aussi incontestable, que la science de calcul mathématique.
Mais, allez dire èela à des bourgeois, ils auront la migraine. De l'ammoniaque à ces messieurs I
Maintenant faut-il vous épeier les valeurs des expressions : Saison, eaison réelle? J'y consens.
— Mï —
Vis-à-vis de la logique supposée pouvoir exister :
Pour le vrai sceptique disant : Je ne sais si les âmes sont, oui ou non, immatérielles, la raison est hypothétique;
Pour Tantropomorphiste ou le panthéiste niant la réalité, l'éternité des âmes, la raison est purement illusoire.
Pour le savant, sachant que les âmes sont éternelles, immatérielles, la raison existe en réalitd.
Vis-à-vis des sots, ces expressions ont autant de valeurs : qu'il peut passer de lubies dans la tête d'un fou.
— xcn
vn.
REIiGION.
« Il n*y a pas deux études^ l*ime de la phi- « losopbie, Tautre de la religion : la yrale <r philosophie est la vraie religioD; et la vraie (f religion est la vraie philosophie. »
Scott Erigànb (mort en 886)^ cité par M. Cousin):
« Très-bie^! Mais qu'est-ce que la philosoa phie et qu*est-€e que la religion ? Avant d'en « parler^ ne serait-il pas utile, d'attacher^ à c( ces expressions^ des valeurs claires et ne « renfermant rien d'absurde ?
«v^Ri^is, comment distingue-t-on la vraie « philosophie et la vraie religion^ des fausses « philosophies et des fausses religions? » Colins, Commentaire.
i( Aucune religion excepte une ne peut
« SUPPORTER l'épreuve DE LA SCIENCE. »
DeMaistrb.
« Et cette religion est exclusivement : la et religion réelle, la religion rationnellement in- « contestable ; la religion scientifique enfin.» Colins, Commentaire,
Voyons, si ceux qui ont parlé de religion : ont attaché, h cette expression, des valeurs identiques, claires, déterniinées, ne renfermant rien d'absurde; et, s'ils ont donné les moyens de distinguer : la religion vraie des religions fausses!
€ — Si la démocratie, dit M. P. Leroux, n'est pas une « RELIGION) toute révolution démocratique est un crime, « et toute tentative en ce genre est un essai de crime. Car, ce où est la RELIGION, là est le dHoit. Si donc la démo- M cratie n'a pas en elle de quoi devenir pc religion, toute
< tentative pour la faire triompher n'est qu'une destruction « plus complète de la religion, et par conséquent un crime. »
.' {Discoun aux politiques.)
M. P. Leroux est démocrate, et il veut que la démocratie soit une religion. Un aristocrate en dira autant de Taristocratie; un monarchiste de la monarchie. Rossini en dira autant de la musique, Lamartine de la poésie, et Robert- Oudin de la prestidigitation. Si, dans tout cela, vous trouvez une valeur claire, déterminée et ne renfermant rien, d'absurde, du mot religion, je vous en fais mon compliment.
Dernièrement, un homme fort distingué par sa naissance, sa fortune héréditaire, son éducation, son instruction, sa position sociale, et par-dessus tout par son excellent cœur, disait en parlant do moi : M. Colins me reproche d'être sans religion. C'est une erreur. Je croisa l'âme universelle; je crois à une autre vie; après' la mort, nous devenons choux, natcels, carottes, etc. Et ne croyez pas qu'il raillait. Hélas!- Qon. Il était aussi sincère, en affirmant sa religion, que M. de Girardin, en niant toutes les religions. Que voulezvous faire avec des expressions aussi bien déterminées?
M. Pierre Leroux est panthéiste, peut-être sans le savoir; le Monsieur dont je viens de vous parler, est aussi panthéiste, peut-être aussi sans le savoir. Écoutons le prince du panthéisme parlant de religion. Car, tout le monde à présent veut se dire religieux ; et, les matérialistes bravaches deviennent tous les jours plus rares.
< — Le précédent régime, dit M. Aug. Comte, ne m'avait
< jamais permis qu'une indicqj^pn indirecte et limitée, finale- « ment insuffisante quoique provisoirement utile, delà nou-
'^ velle philosophie, comme simple préambule du cours public c d'astronomie, que je professai gratuitement pendant dix- € sept ans. Au contraire, dès 1849, j!ai pu exécuter ouver- € temcnt, chaque année, dans un local officiel du Palais- € Cardinal, uneexposition libre et complète du positivisme, « sous le titre de cours philosophique sur l'histoire générale
< de rbumanité. Ce nouveau pas est dû surtout au noble « patronage de M, Vieillard, qui depuis vingt-cinq ans, a « toujours suivi, aveo une sollicitude vraiment civique, Té- « volulion d'une philosophie qu'il regarda, dès son début, « comme seule capable cle surmonter l'anarchie moderne (1 ). «'Les prolétaires, encore trop occupés d*utopies... »
^^ Depuis, M. Auguste Comte, leur a recommandé : de rester attachés au communisme.
« — ... Occupés d'utopies, n^ont point assez profité de « cette libérale autorisation pour s'élever enfin au point de « vue historique, sans lequel leur socialisme restera insuffl- « sant, et même perturbateur, faute de sentir convena- € blement la continuité humaine. Néanmoins un digne « auditoire des deux sexes, soutenu par l'importance et l'op- « portunité du sujet, suivit scrupuleusement celte longue « série de séances de quatre ou cinq heures, qui ont natu- « rellement anticipé sur toutes les parties du traité actuel. De « telles sympathies me poussèrent, en 1847, à développer « spécialement, et même à perfectionner essentiellement, LA