LES RELIGIONS SONT APPELÉES À RÉSOUDRE
{Histoire de la Civilisation en Europe.)
— Ce passage est admirable! Mais^ ^il s'y trouve une tache d'huile qui gâte le tout : c'est de dire : les religions, au lieu de dire : là religion. Mais, qu'est-ce que la religion, s'il vous plaît? La religion vraie, unique? car, si elles sont deux réellement différentes, il y en a une fausse. Si, par (exemple, les religions sont la croyance en l'absurde : comment voulez-vous qu'elles se fassent accepter librement, volontairement? Alors, je recommence et je dis : Quest-ce QUE LÀ RELIGION? Si elle veut se faire accepter librement, il faut au moins qu'elle se présente sans être couverte d'un Biasque d'absurde.
Voilà le flambeau de la civilisation qui ne nous a pas éclairés du tout. Voyons si le flambeau de la philosophie nous éclairera davantage.
c — Partout, dit M. Cousin, la religion paraît avec les < sociétés naissantes ; et partout, à mesure que les sociétés « se développent, de la religion sort la philosophie. »
{Histoire de la Philosophie^ etc.)
i^ Cela me fait beaucoup déplaisir. Cependant, rffi^totr^ de la Philosophie m'en aurait fait davantage, si elle avait eu la bonté de m'apprendre d'une manière claire et ne renfermant rien d'absurde : ce que c'est que la religion ; ce qué c'est que la philosophie.
Nottfl avdns déjà vii eê i)U6 le dictionnaire dit au mot religion. Gônsultons-le pour ie moi philosophie.
« — Philosophie, s. f. Amour de la sagesse. »
Puis iioe foule d'autres définitions qui se ressemblent entre elles, comme 'des grains de sable vus au microscope* Puis, une citation de madame de Grignan, faisant de la philosophie Téloge que voici :
« ^— Toutes les philosophies ne sont bonnes que quand « on n'en a que faire. »
— Vous m'avouerez que si telle est la fille de la religion, selon M. Cousin, il ne faut pas en féliciter la mère.
Est-ce que nous ne pourrions pas faire mieux que le dictionnaire? En général, quand celui-ci vous dit d'aller à droite, c'est à gauche qu'il feut aller, si vous voulez atteindre le but. Essayons ! Allons à gauche !
Si la philosophie est Tamour de la sagesse, pourquoi donc aimerait-t-on la sagesse? — Sans doute, parce qu'elle est bonne à tout, ce qui est )e contraire de ce que dit madame de Grignan. — Et pourquoi serait-elle bonne à tout? — Probablement, parce qu'il y aurait une bonne raison pour cela. Sans quoi, elle ne serait bonne qu'à déraisonner. Alors, je conclus: que la philosophie, c'est le raisonnement; que la bonne philosophie^ c'est le bon raisonnement; que la mauvaise philosophie, c'est le mauvais raisonnement; et que, tant que nous ne pouvons distinguer, d'une manière incontestable, ie bon raisonnement du mauvais, je ne donnerais pas, de toute la philosophie, la valeur d'un demi centime; à moins, qu'elle ne puisse me rendre le plus fort.
Cette définition vous va-t-elle? Alors, lâchons d'avancer! £t, faisons notre possible pour ne point gagner la migraine!
« — Partout, dit M. Cousin, vous voyez la religion <K essayer de prolonger l'enfance de la philosophie et de la « tenir èa tutelle..* »
— - Ed vérilé, pour aussi longtemps que la philosophie n'est propre à rien de bon, comme dit madame de Grignan, la religion ne fait pas si mal de mettre des lisières à celle morveuse.
c — El partout aussi, continue M. Cousin, vous voyez « la philosophie se meltre en révolte contre la religion, et « déchirer le sein qui la nourrit. »
— Ce n'est pas très-joli, de vouloir croquer sa mèrel Si, cependant, la mère veut faire accepter à la fille : que des vessies sont des lanternes^ que, des calembredaines sont des vérités ; je ne puis trop en vouloir à la fille de faire son possible pour déchirer ses lisières.
Jusqu'à présent, je ne vois qu'une mère aussi sotte que sa fille; et une fille aussi sotie que sa mère.
« — Toujours, continue M. Cousin, la religion enfarttc « la philosophie; mais, elle ne l'enfante que dans la dou- « leur.»
— C'est qu'en époque d'ignorance, les enfantements moraux sont toujours très-douloureux. C'est là ce que l'Ange entendait en maudissant notre première mère. Quand l'ignorance est évanouie, ces enfantements se font avec bonheur. Ne trouvez-vous pas : que, ma prophétie vaut au moins la mer de limonade?
c — Toujours, continue M. Cousin, la philosophie sucic cède à la religion. »
— Est-ce que par hasard, celle morveuse voudrait tuer sa mère?
« — Mais, ajoute le premier des philosophes, elle lui c succède dans une crise plus ou moins longue, plus ou « moins violente, de laquelle les lois éternelles du dévelop- « pemenl de la pensée ont voulu que la philosophie sortît «I constamment victorieuse, j»
{Histoire de la Philosophie.)
— ca —
— Miséricorde! je Pavais bien dit qu'elle étranglerait sa mère. Alors, définitivement, nous nous trouverons sans religion. Et que deviendra Taffirmation de Scott Erigëne, citée par M. Cousin?
Frappons à d'autres portes! Vous voyez que MM. Guizot et Cousin n'ont pas Tombre d'une idée claire et ne renfermant rien d'absurde, sur la Valeur des expressions : philosophie ; et RELIGION.
Encore un mot, néanmoins.
Si
« — Messieurs ! dit M. Cousin, la religion est, je ne me
< lasse point de lerépéter^ le fond de toute civilisation. »
(/rf.)
— Alors, quand la philosophie sera victorieuse, la civilisation s'en ira à tous les diables. Sainte Vierge de Bon-Sc* cours, ayez pitié de nous!
Écoutons M. Michel Chevalier! J'aime à étudier les professeurs. Ils sont payés par les gouvernements; et, c'est probablement pour nous dire de bonnes choses.
« — Pour Vavenir, comme pour le passée dit M. Michel
< Chevalier, Y existence d^une société implique une reH^ « gion... »
*— A la bonne heure! au moins. Voilà M. Chevalier, qui ne veut point nous livrera la philosophie, garrottés des quatre membres.
Mais il dit : une religion. Est-ce que toutes sont bonnes? Cela m'a tout l'air de signifier : elles sont aussi soties l'une que l'autre. Est-ce que M. Michel Chevalier ne dirait cela que par manière d'acquit?
« — Lors même, continue M. Michel Chevalier, qu'elle « ne serait pas indispensable à la paix de la conscience et h c l'harmonie de la famille, il ne serait pas possible de se « passer d'elle ; car, elle est aussi une nécessité politique. « On a eu raison de dire que ^i Dieu n'existait pas, il fau- « droit l'inventer: » {Lettres sur l* Amérique.)
— en —
— Cela sonne à mon oreille, comme si M. Michel Chevalier ne croyait pas plus que moià i'antropomorphisme. Si M. Michel Chevalier ne croit plus h Tantropomorphisme, c'est que probablement il a une raison. Essayons de la deviner. Peutêtre, cela nous mettra -t-il sur la voie, pour donner au mot religion^ une valeur claire et ne renfermant rien d'absurde. " Pendant toute l'époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, sur un droit autre que la force brutale, tous les gouvernements possibles ont reconnu : que, le bourreau ne suffisait pas pour servir à l'existence de l'ordre.
Mais, en dehors de la sanction du bourreau, il n'y a de possible qu'une sanclion ultra-vilalc, conformée la raison, à la justice et indépendante de toute force relative à cette vie. C'était là un problème d'existence sociale. Et que fallait-il pour lo résoudre? Nécessairement,' que ce qui paraît Tàme de chaque individu, ce qui constitue chaque individualité, pût être passible de peine et de récompense dans une autre vie. Mais, comment faire accepter celte nécessité sociale comme vérité? Puis, quand même, vous feriez accepter cela parla/bt, encore vous faut-il un applicateur théorique et un exécuteur pratique, c'est-à-dire un juge et un bourreau. Car, aller dire sans preuve, cl avant que la preuve soit nécessité sociale, que : Yordre moral, c'^sl V harmonie élernelle entre la liberté des actions et la fatalité des événements; c'est comme si vous aviez voulu convaincre le premier berger d'Abraham : que, l'étoile la plus proche de nous met dix ans à nous envoyer sa lumière, en faisant plus de soixante mille lieues par seconde. Alors que faire? inventer, pour remédier au bourreau, personnilication delà justice relative, temporelle, une personnification de Injustice absolue, de la justice éternelle. Et ce qui est nécessaire^ socialement, se fait toujours, ou le monde périt. Il y avait moyen d'inventer la personnification et de la faire accepter socialement; et le bon Dieu fui inventé; et, l'Inquisition le fit accepter.
Mais, remarquez, je vous prie, que ce n'est point par amour que I'antropomorphisme fut inventé, mais par besoiq
— cm —
social. On avait besoin d'un créateur pour créer des âmes qui pussent être punies ou récompensées après la mort; et, le créateur fut inventé. On avait bespin d')in juge et d'un bourreau éternels : pour obvier aux méchancetés et aux sottises d€»s juges et des bourreaux temporels; et le juge ainsi que le bourreau éternels furent inventés.
Ici, remarquez très-particulièrement : que, ces inventions furent faites, exclusivement : pour lier les actions commises dans cette vie, avec le bien être ou le mal être dans une vie postérieure : selon que ces mêmes actions auront été commises^ conformément ou contrairement, à la conscience, à la raison de chacun.'
Et, c'est ce lien qui mérite le nom de religion, de re- LiGARE, relier, et Rou la croyance en Vantropomorphisme. Vous voyez que le dictionnaire est un sot. '' Maintenant, la religion existe-t-elle en réalité, ou n'est-elle qu'une calembredaine, comme paraît nous le suggérer H. Cousin, en nous disant que la philosophie finit par étrangler la religion? Ceci est une autre question. Ici, j'ai seulement voulu vous préparer à recevoir une idée claire et ne renfermant rien d^absurde^ du mot religion.
La définition du dictionnaire peut aller, tant que l'examen reste compressible. Mais, quand l'examen, devenu incompressible, vient démontrer: que, l'antropomorphisme est absurde; savez- vous ce qui arrive? On se dit : l'antropomorphisme est absurde. L'antropomorphisme est la base exclusive de toutes les religions possibles. Donc, toutes les religions sont absurdes.
Croyez-vous que ce soit bien amusant, si, comme le dit avec raison M. Cousin, la religion est exclusivement la base de toute civilisation? voilà cependant où vous conduit la sottise du dictionnaire; et, aussi un peu celle de la philosophie; dont, en définitive, le dictionnaire n'est qu'un écho.
Maintenant, que nous avons un fil pour nous conduire (Jansle labyrinthe, avançons hardiment,
a — Toute religion s'affaiblit en s'expliquant, »
(M. MiCHELET.)
— - Il n'y a pas de doute, qu'aussi longtemps que les religions restent basées sur Tantropomorphisme; et, que l'examen ne peut être comprimé; plus une explication est claire, et plus elle renvoie promptement toutes les religions aux calendes grecques. Mais, alors, en étes-vous plus avancés?
« — Le moment semble venu, dit Herschell, moment ad- « mirable, dont nos enfants recueilleront les fruits, et quç « nos pères ne prévoyaient pas, où la science et la religion, « sœurs éternelles, se donneront la main; où ces nobles « sœurs, au lieu d'engager une lutte désbonorante et fu- « neste, concluront une alliance sublime. »
{Encyclop. nouvelle.)
— C'est très-beau ! c'est une répétition de Scott Erigène : car, science réelle et philosophie réelle^ c'est une seule et même chose. Mais, que faut-il, pour que cela soit, à supposer que cela soit possible? Voilà ce qui est plus utile de dire que de faire de la poésie, comme Paganiâl exécutait la musique? C'est ce que nous allons dire, sans aucune espèce de broderies.
Pour que la religion soit scientifiquement une réalité, il faut :
1^ Puisque l'antropomorphisme est absurde, que les âmes soient démontrées être immatérielles, éternelles, absolues, ce qui est tout un. Et, ce but est atteint : dès que la série continue des êtres est brisée d'une manière absolue; ■■
2^ Que la raison de l'homme soit l'expression temporelle, de la raison éternelle. Ce but est atteint : dès que les âmes, bases des raisons, des intelligences individuelles, sont ellesmêmes ÉTERNELLES.
Dès que les âmes sont éternelles, l'ordre moral, Tordre non physique, l'ordre relatif à la libcrlé, relatif à la raison, existe alors; et, peut seulement exister alors. Dans ce
— cv •—
cas, rOBBBE MOHAL : C'EST L'HÀRMONIE ÉTERNELLE ENTRE LÀ LIBERTÉ DES ACTIONS ET LA FATALITÉ DES
ÉVÉNEMENTS. U n'y a là aucune nécessité d'une personnification de juge et de bourreau.
:< Continuons!
« — C'est par une loi nécessaire, dit XI. Jovffiroy, profcsc seur de philosophie, nommé par le gouvernement, qu'une « doctrine se produit. C'est par une loi nécessaire qu'elle
< passe, quand sa mission est terminée. Celle du christia- « nisme me semble avoir été d'achever l'éducation de l'hu- « manité. »
— Probablement en inculquant l'an Iropomorphisme. Singulière manière d'achever une éducation !
c — * Et de la rendre capable, continue le professeur, do c connaître la vérité sans figure, et de l'accepter sans autre « titre que sa propre évidence. »
.— Serait-ce l'évidence du panthéisme dont voudrait parler M. le professeur?
« — Dès que cette œuvre est terminée dans un esprit, c dit le professeur, il est nécessaire que le christianisme
< s'en retire, mais, en s'en retirant, il emporte avec lui le « germe de toute foi. »
— Je vous demande pardon, monsieur le professeur! Le christianisme en se retirant, tant que l'ignorance sociale n'est pas évanouie, y laisse le germe de la foi panthéiste. Et, folie pour folie, j'aime mieux celle de la croix : comme disait Pascal.
« — Et, c'est toujours, continue le professeur, la philo- « Sophie qui lui succède. »
{Leçons sur la destinée humaine.)
— La philosophie! Laquelle, s'il vous plaît? Celle qui veut vaincre la religion? Merci! j'aime mieux les anlropophnges, ils ne mangent que leurs ennemis.
— OVI —
« — Dès^ dit De Maistre, ({ue vous séparez M raison de la
« foi, LA RËVÉLATION Nfi POUTàMT PLOT ÉtHE PROUVAB^ « NE PROUVE PLUS RIEN. »
{Examende la Philoiophie de Baeon.)
— Si le christianisme était chrétien comme De Maistre Test iei, nous serions chrétien comme lui. Cette pensée est l'équivalent de cette autre deFéneloa: 0 Raison I Maison! n'es-tu pas le Dieu que je okerche? Talme mieux avoir affoire à des chrétiens comme De Maistre et Fénelon ae montrent ici , qu'à des philosophes , comme MM. Guizot , Cousin et Jouffroy.
Tous ces philosophes ont considéré la religioR cppime des moyens d'exploiter les masses, Tant que Texame^ peiU éfre comprimé, cette doctrine peut être justifiée par la nécessité. Mais, depuis que Texamen est devenu incompressible, cette doctrine, en outre d'être hypoerite et dangereuse, est complètement niaise.
« — Les sujets^ dit Âristote, redoutent moins les injusi( tices du prince, lorsqu'ils sont persuadés qu'il est religieux « et qu'il respecte la divinité. Ils soRt moins disposas à cpns- « pirer contre lui, parce qu'ils, le croient protégé du ciel. ff Mais ici, qu'il soit habile à éviter le plus léger soupçon « d'hypocrisie ! » (Polit. ^ liv. v, ch, xi.)
— C'était très-hon du temps d'Arisiotp. Je doute que, de nos jours, cela eût la même efficacité.
« — Il faut, qu'à entendre le Prince, dit Machiavel , on a croie qu'il est la bonté, la justice, la religion même. « Mais, qu'il ait surtout extérieurement cette dernière qua- « lilé. » {Le Prince^ ch. xviii.)
— Déjà du temps de Machiavel, ce conseil commençait^ devenir sans valeur politique.
a — Je ne voudrais pas, dit Voltaire, avoir affaire à un « prince athée... »
^ Athée f chez Voltaire, signifie matérialiste. C'est Juste,
dès que la religion ne se trouve basée que sur l'antropomor^ pbisfoe.
« -^ A un prinœ athée, continue Voltaire, quijrouverait « son intérêt à me faire piler dans un mortier; je suis bien « sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j'étais souci verain, avoir affaire à des courtisans alhées, dont Tinté- « rôt serait de m'empoisonner ; il me faudrait prendre au <K hasard du contrepoison tous les jours. Il est doncÀBSO- « LûMENT NÉCESSÀtRË pour lôs prtnces et pour les peuples, « que lUdée d'un être suprême, créateur, gouverneur, ré- « f?iMn^a/etiref t;«n()fet*r soit profondément gravée dans les « esprits. » (Dict. philos.)
r— Est-ce pour cela : que, les souverains et les peuples nommeiit et paient des professeurs de matérialisme?
Une page auparavant. Voltaire accepte ; que, pour lui, le matérialisme n'est autre que Vathéisme. Et, tout son dictionnaire est employé à inculquer le matérialisme. C'est que tout philosophe, préchant l'anlropomorphisme, n'a jamais été qu'un hypocrite.
« — Les nations qu'on nomme civilisées , dit Voltaire , ti parce qu'elles furent méchantes et malheureuses dans des « villes au lieu de l'être en plein air ou dans des cavernes, « ne trouvèrent point de plus puissant antidote contre les il poisons dont les cœurs étaient pour la plupart dévorés que « le recours à un Dieu rémunérateur et vengeur.
u Les magistrats d'une ville avaient beau faire des lois a contre le vol, contre l'adultère; on les volait eux-mêmes (c dans leurs logis, tandis qu'ils promulguaient les loi|sur la *c place publique; et leurs femmes prenaient ce temps-là ic même pour se moquer d'eux avec leurs amants.
« Quel autre frein pouvait-on mettre, à la cupidité, aux u transgressions secrètes et impunies que l'idée d'un maître « éternel qui nous voit et qui jugera jusqu'à nos plus se- « crêtes pensées ? Nous ne savons pas qui le premier en- K seigna au^ hommes cette doctrine; si je le connaissais,
— cvin —
« et si j'étais sûr qa*il n'allât point au-^elà, qu*U ne etr- <c rompit point la médecine, je lui dresserais un autel. »
— Voyez-vous percer le mépris de rantropomorphismoî
a — Hobbes, continue Voltaire, dit qu'il \e ferait pendro. « Sa raison„dit-il, est que cet apôtre de Dieu s'élève conlre a la puissance publique qu'il appelle le Leviathan^ en %o- « nant proposer aux hommes un maître supérieur à la sou-
« veraineté législative
« Je ne vois point du tout do
« raison de pendre un pareil homme. Quoique je me pique « d'être très-tolérant, j'inclinerais plutôt à punir celui qui « nous dirait aujourd'hui : Messieurs et dames, il n'y a «point de Dieu. Calomniez, parjurez-vous, fripohnez, vo- <K lez, assassinez, empoisonnez, tout cela est égal : pourvu « que vous soyez le plus fort ou le plus habile. »
(Dieu et les hommes.)
— Et Voltaire a passé sa vie à inculquer qu'il n'y a pus d'autre vie. En voulez-vous la preuve? La voici :
« — Voulez-vous, dit-il, que votre nation soit puissante « et paisible? Que la loi de l'État commande à la religion.
{Axiomes.)
— C'est précisément la doctrine de Hobbes, la doctrine du Leviathan que lui-ïnêâe VMtaire vient de condamner. C'est la domination de la force sur la raison.
Allez où vous voulezj vous ne trouverez partout : que inô* pris de l'antropomorphisme; ou que phrases entortillées^ galimatias poétiques, n'offrant que des paroles et du vent.
« — Si vous n'êtes pas religieux, dit M. Considérant, vous « pourrez avoir un jour la force de l'ouragan qui déracine, <c vous n'aurez pas celle de la nature qui prépare les germes « et du soleil qui les féconde. »
{Le socialisme devant le vieux monde.)
— Et que signifie, s'il vous plaît, être religieux? Est-ce
— CÎX —
croire à l'àme du soleil, à l'àme de la terre? Quand donc cesserons-nous de parler pour ne rien dire?
M. Proudiion a fait un livre çur les contradictions économiques. Il serait possible d'en faire un bien joli, sur les contradictions philosophiques. C'est ce que Gicéron exprimait en disant : // n'y pas de sottise qui n'ait été dite par un philosophe l
« — Je sais, dit M. Gilbert de Villeneuve, que la religion
< est indispensable aux sociétés. »
{Éléments de science sociale.)
— Et, M. de Villeneuve nie : et le bre arbitre; et, la responsabilité des actions.
Que voulez-vous dire à cela? Prendre patience; et attendf ^ que le choléra moral soit passé !
Et, ne croyez pas que M. Gilbert de Villeneuve soit u*^ premier venu! C'est un homme de beaucoup de talent, mais pourri par le panthéisme.
Voyons maintenant celui qui est considéré comme l'homme le plus probe du saint-simonisme.
< — Nous venons proclamer, dit Bazard, que l'humanité a c un avenir religieux; que to'religion de l'avenir sera plus
< grande^ plus puissante que toutes celles du passé ; qu'elle « sera comme celles qui l'ont précédée, la synthèse de toutes « les conceptions de l'humanité, et de plus, de toutes ses ma- « nières d'être ; que non-seulement elle dominera l'ordre poli- « tique, mais que l'ordre politique sera, dans son ensemble, « une institution religieuse; car, aucun fait ne doit plus se
< concevoir en dehors de Dieu ou se développer en dehors ^ de la loi; ajoutons qu'elle embrassera le monde entier : « parce que la loi de Dieu est universelle. »
{Exposition de la doctrine de Saint-Simon, 1828, 1829, r* an., Iir édit.)
— Vous voyez déjà : que, le malheureux n'a pas l'ombre d'une idée claire et ne renfermant rien d'absurde, de la valeur du mo) rdigian. Tout à l'heure du reste, il vous le
— ai -=-
dira lui-même. Néanmoins, vous apercevez, dans celle chaleur de conviction, l'empirisme de la vérilë. À la place du mol DiEU^ mettez justice éternelle ; à la place de la loi de Dieu, mettez la raison éternelle; et ce passage sera presque irréprochable.
« Nous le savons. Messieurs, dit encore Bazard,/?ottr lei « hommes supérieurs de notre temps, la foi vive n*est plus « qu'un aveugle fanatisme, les croyances religieuses ne sont < plus que d'aveugles superstitions; mais ce que nous sa- « vous aussi, c'est qu'en même temps que ce changement « s'est opéré dans les sociétés modernes, l'égoïsme y est de- <K venu dominant; que les plus nobles sentiments y sont « chaque jour flétris du nom de préjugés; ce que nous sa- « vous encore, c'est que malgré les travers des philosophes « économistes, l'immense majorité de l'espèce humaine ne « peut voir, dans la majorité, que des oisifs qui l'exploitent « et non des protecteurs, des chefs qui la soutiennent et qui « la guident} et c'est parce que nous savons tout (^la, que « nous ne désespérons pas de l'avenir religieux de l'hu- « manité. » {Idem.)
^ Excellent homme I Et c'est sur une foi que vous comptez baser la religion réelle, la religion de l'avenir? Vous oublies donc : que^ Tacceptation sociale d'une foi quelconque/ exige l'abrutissement complet des masses !
« — Nous ne craignons pas, continue Bazard, de redirô « comme vous, tout ce qui n'est pas athéisme au^ « jourd'huî est ignorance et superstition ; mais si « nous voulons guérir l'humanité de cette plaie, si nous a voulons qu'elle délaisse des croyances et des pratiques « que nous jugeons indignes d'elle , si nous voulons enfin « qu'elle abandonne l'Église du moyen âge, ouvrons-lui celle « de l'avenir. Tenons-nous prêts, comme dit De Maistre, « pour un événement immense dans l'ordre divin vers le- « quel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit « frapper tous les observateurs; disons eomme lui : il n'y a
« plus de religion sur la terre, le genre bumain ne peut dec meurep en cet étal. »
— Vous voyez que, comme ï)e Maîstre, Bazard n*a pas l'ombre d'une idée netle et ne renfermant rien d*absurde, de la fâieur du mot religion. Tous les deux sentent t que, la bttse religieuse était uniquement Vantropomorpkisme ; que l'nntivpomorpUsme est pulvérisé par V examen; et, ni Tun ni l'autre ne safebt où donner la tête;
Allei où vous voulez, et vous trouverez partent s que le mot religion n'a jamais : qu'une valeur indéterminée j ou qu'une irhleur renfermant l'absurde*
« — Qu'est-ce que la croyance religieuse, dit M. de tait mennais? »
— Et il se répond :
n*— L'Adbésion générale à une conception de Dieu, ou de « la €AUft8 PEBHiÈRE. » (Esquisse d'une philosophie. J
— Vôtis ctoytîz sans doute que M. de Laméhnais va vous déiiiontrer la réalité de la conception de Dieu ? Écoutez :
« — Dieu , dit-il , par sa n«ilure est indémontrable. »
(Idem.)
— Ë^est que M. de Lamennais sait parfaitement : que, si l'ahlropomorpliisme était démontrable; le matérialisme, e'est-à-dire Tabsenoe de liberté, serait nécessaire.
Voici pour la liberté :
fi — La théorie chrétienne de la grâce détruit radicalec ment la Ut)erté ; la théorie de la liberté, au point de vue « théologique, détruit radicalement la grâce. » {Idem.)
'—^ C'est dire t que, la théorie de l'anlropomorphisme, dont les conséquences nécessaires sont la grâce et la création, est une théorie absurde.
Voici maintenant pour la création :
i -^ (1 n'est point de question (fui ait offert à l'esprit hu-
— exil —
c main plus de difficultés que celle de la création, et sar la>-
« quelle, il se soil plus égaré'. Nou$ ne connaissons point ' |^
« de philosophie qui n'aboutisse à la négation, soit expîieife,
« soit implicite, de cet acte de la toute-puissance. • .
— Très- bien! voilà rantropomorphismo , et la religion antropomorphique , complètement répudies et démontrés absurdes vis-à-vis de la raison. Mais, le panthéisme et la religion panthéiste, prêches par M. de LameiiAais, dans son Esquisse d'une philosophie, ne sont-ils point également absurdes?
Des philosophes rêveurs, passons aux hommes d'État, qui, par état, sont toujours aussi lucides que de vrais somnambules.
c — L'emportement des esprits, dit M. Thiers, devenant c chaque jour plus grand, on se demandait pourquoi, en abo- « lissant toutes les anciennes superstitions monarchiques, on c conservait encore un fantôme de religion^ à laquelle presque c personne ne croyait plus, et qui formait le contraste le c plus tranchant avec les institutions nouvelles, les nouvelles c mœurs de la France républicaine. »
{Histoire de la Bévolution.)
— Voilà M. Thiers qui répudie la Religion antropomorphique chrétienne. Voyons s'il en a une autre à proposer.
« — Tandis, dit-il encore, que les patriotes de la Gon- « vention et des Jacobins, tandis que Robespierre, Saint- « Just, et autres chefs révolutionnaires, s'arrêtaient au « DÉISME, Chaumette, Hébert, tous les notables de la Com- « mune et des Cordeliers, placés plus bas par leurs fonctions c et leurs lumières^ devaient, suivant la loi ordinaire, dë- « PASSER LÀ BORNE et aller jusqu'à I'àthéisme. » (Id.)
— Ainsi, la borne de la raison, pour M. Thiers, c'est le déisme. Je crains bien que M. Thiers ne prenne son horizon intellectuel pour la borne de l'intelligence !
 cet égard, écoutons Bonald. M. Thiers ne niera pas que.
— CXItl —
pour les lumières, Bonald ne fut au moins à hauteur de Cbaumette.
. « — La religion philosophique, le culte pur de la divi- « nîté, du grand'Être, de l'Être des étres^ le théisme, « conduit infailliblement à Tathéisme ; comme le gouver-
< nement philosophique des sociétés politiques, la division c et ^équilibre des pouvoirs ou le Gouternement repré-
< SENTATIF aboutit nécessairement à rANARCHiE. »
{Théorie du Pouvoir, etc.)
— Combien de crises sociales faudra- t-il encore, avant que les moutons de Panurge, et ceux qui sautent les premiers, soient convaincus de ces vérités? Mais^ revenons à M. Thiers.
« — On voit sans doute avec dégoût, dit-il, ces scènes c sans recueillement, sans bonne foi, où un peuple chan- « geait son culte, sans comprendre ni l'ancien ni le nouveau, c Mais, quand le peuple est-il de bonne foi? Quand est-il « capable do comprendre les dogmes qu*on lui donne a