I »AB8E MES F0&GB
— Eh iion! Monsieur, cela ne dépasse point vos forces; cela dépasse votre raison, et avec raison : parce que, en abience de sanction religieuse, il n*y a rien de raisonnable à opposer à ce qui a été dit par Adimahtè. Abstraction faite de sanction religieuse, la justice, considérée comme autre que fille de la force, est une sottise à nulle autre pareille.
« — D'un autre côté, continue l'interprète de Platon, jt trahir la cause de la justice, et souffrir qu'on l'attaque de-
< vaut moi sans la défendre, tandis qu'il me reste un souffle c de vie et assez de force pour parler^ c'est ce que je ne puis c faire sans crime; ainsi, je ne vois rien de mieux à faire « que de la défendre comme je pourrais i
•^ Quel galimatias! Étorinez-VoUS dohe Sl cela dontie là migraine I Celui qui attaqtiela justice, c*est Socrate, en voulant la défendre par où elle est absurde ; et celui qui la défend, c'est Adimante, en l'attaquant par le côté qui là rend absurde.
Maintenant, écoutez la défense de Socrate I o'est ridicule
— fiLlI —
Cl ennuyeux vis-à-vis de Tattaque, si pleine d'esprit et de verve, faite par Adimante. Mais elle est courte; et une pareille question mérite bien cinq minutes d'ennui.
c — Aussitôt, dit Socrate, Glaucon et les autres me oon- « jurèrent d'employer à sa défense tout ce que j'avais de « force, et de ne pas laisser la discussion, mais de recber* « cher avec eux la nature de la justice et de rinjusUce, et ce « qu'il y a de réel dans les avantages qu'on leur at^ibue. « Je leur dis qu'il me semblait que la recherche où ils vou- € laient m'engager était très-épineuse et demandait un esprit < très-clairvoyant. Mais, ajoutai -je, puisque nous ne nous « piquons ni vous ni moi d^avoir assez de lumières pour y € réussir. »
— C'est cependant assez .clair : en dehors de la sanetùm religieuse, la justice est une sottise. Nous sommes p»*suadé : que, même les membres de l'Académie des Sciences morales et politiques, non complètement pourris par le matérialisme^ comprendront cela très-facilement.
t — Voici, continue Socrale, de quelle manière il faut « procéder à cette recherche. »
— Grands admirateurs du divin Platon, écoutez attentivement ! et dites-nous : si, ce qui va suivre n'est point dignue du paillasse de la foire?
c — Si, dit Socre^e, l'on donnait à lire de loin à des per- « sonnes qui ont la vue basse des lettres écrites en petit
< caractère, et qu'elles apprissent que ces mêmes lettres se c trouvent écrites ailleurs en gros caractères, il leur serait « sans doute avantageux d'aller lire d'abord les grandes « lettres, et de les confronter ensuite avec les petites, pour
< voir si ce sont les mêmes. — Cela est vrai, reprit Adi- « mante. Mais quel rapport cela a-t-il avec la question pré^ t sente?»
— Et, en effet, il n'y a là de rapports possibles : que ceux pouvant exister entre Paillasse ot son maître.
•— CLHl —
< — Je rm te le dire, continue Socrate : la justice ne se c. rencontre- t-eile pas dans un homme et dans une société « dliomiiUMlf— Oui, »
•^ Hais, malheureux que tous dtes tous les deux t vous ne savez même pas s'il y a une justice autre que celle exprimée par la force; vous ne savez même pas la distinguer de^'ii^ttsliee;, et vous ne savez pas davantage si Tune est meilleure que Tautre, ni laquelle. El vous voulez parler de justice! Logomachie! galimatias I
Vi -«* Mais, continue Socrate, la sodété est plus grande « que le particuliers — -Sans doute. »
-^ Sans plaisanter, ne croyez-vous point assister à une conversation entre Paillasse et son maître?
« — Par conséquent, continue Socrate, la justice pourc rait bien s'y trouver en caractères plus grands et plus- « aisés à discerner. »
— Comment trouvez-vous Tidée saugrenue de chercher le type de la justice dans la société d'Athènes ou de Paris ?
c — - Ainsi, continue Socrate, nous chercherons d'abord, « si tu le trouves bon, quelle est la nature de la justice dans c la société. »
-«* Belle recherche ! Avant de savoir s'il y a une justice, ce que c'est que la justice, et même après être convenu que la justice est une sottise.
c — j^ous l'étudierons ensuite, continue le grand homme c de l'oracle, en chaque particulier; et comparant les deux < espèces de justice... »
— Sans doute pour que la plus forte avale la plus faible, comme il en est pour les bons Dieux de M. Comte.
c — Nous verrons, dit Socrate, la ressemblance de la « petite à la grande. »
€ — C'est fort bien dit, ajoute Adimante. »
— OLIT —
— Il est certain que Jocrisse n'aurait pas mieui dit.
t — Mais, continue Socrate, Si iiôtts éiiamiiions im^ ia « pensée la manière dont se forme un État, pedt^tfé décou- « vrirons-nous comment la justice et Tinjustiee y pAnaent c naissance.»
« — Gela pourrait être, dit Âdimante. »
« — Nous aurions alors^ reprend Platon, rESPÉRÂMGfe « de découvrir plus aisément ce que nous cherchons* »
a — Assurément, reprend le compère Adimantei »
— Voilà des gens qui cherchent..*.. — Quoi? — Ils n'en savent pas le premier mot. Il y avait mille fois plus d'esprit
chez Jocrisse!
« — Eh bien ! continue Socrate, yeux<4ti que bous oon- « mencions? Ce n'est pas une petite entreprise que celle que « nous formons. Délibère.
« — Notre parti est pris, continue le bénin Adimante. « Fais ce que tu viens de dire.
< ^ Ce qui donne naissance ft \û société..<«< dit Socrate « embouchant la trompette*...; »
— Telle est l'entrée en matière de l'utopie de Platon, de l'État de Platon, de la justice de Platon : le plus atroce des despotismes ; la plus dégoûtante des promiscuités qui soit jamais entrée dans la tête d'un libertin eu délire.
Et savez-vous ce qui se trouve en tête de la traduction de cette crapuleuse infamie, sous le litre d'introduction?
Écoutez !
« — Telle est la partie morale de la République f telles « sont les doctrines qui ont préparé la civilisation du monde. « C'est là, c'est dans cette source vivifiante du beau, que les « anciens et les modernes ont puisé à pleine coupe. Les Pères « de l'Église s'y sont plongés. Voyez revivre les idées éterc nelles de Platon dans les écrits de saint Augustin ; voyez « comme l'àme brûlante de l'Africain s'inspire dans la conc (emplation de ce monde céleste, invisible au vulgaire, et
— Citt —
« 4tti Ml edpendàbt 16 seul yériUblê. Qui connaît Plàtôn, le
• rdtfOtaf ê partout : dans les écrits de Plutarque, de Fénelon, ihûé RoOMéaU, de Bernardltt de Saint-Pierre. Ces grands « hommes -sembledt M*a?olr pensé qûè poiir témolgfnèr de sa c sagdsse^ de sa gloire, de son génie I Leur Ame s'est emc preinte de la sienne I il est la soleil de toutes ces planètes, c qu'il ptoètre de ses feux et qu'il inonde de sa lumière.
c Ohl quelle joie pour Tliumanité qu'une teile pensée se
■ soit manifestée au monde, quelle ait animé un corps ter- « restre! »
« Ce LitKÉ, témoin toujours vivant des on paâsage, n'est
• que i'orabre de son âme. Dira-t-on que l'âtde a pu cesser « d'être lorsque l'ombre existe encore? Ne serait-ce pas dire
• qu'un Dieu a moins vécu que son ouvragé?
< Ame sublime ! reçois ici les hommages d'une posté- « térlté de plus de deux mille ans. Nous honorons en toi f tliomme qui a te plus fait pour Thomme, la seule créature c terrestre dont la lumière soit venue se confondre avec les t lumières de l'Évangile, la seule qui ait écrit dans l'unique c intérêt de la vérité et de la vertu, et dont l'âme se soit rec trouvée dans l'âme de Fénelon. Bienfaiteur du genre hu- « main, tu lui léguas les plus hautes pensées ; précurseur de « Jésus-Christ, tu nous ouvris dès cette vie, le monde des f contemplations célestes; et U te ftit donné d'entrevoir une
■ sagesse ignorée de toute la terre, et qui ne pouvait être
• révélée que par un Dieu ! »
— J'ignorais que l'Évangile fût la révélation du matéria* lisme poltronnement professé par Platon. Est-ce à cause de cela que M. H. âimé-Màrtin est aussi enthousiaste du divin Platon ? Ou peut-être, en écrivant ce dithyrambe, était-il candidat à l'Académie des sciences morales et politiques !
Du reste, quelque louangeur que soit M. H. Aimé-Martin pour le matérialiste Platon, M. de Lamartine le surpasse pour le matérialiste Voltaire. Écoutez :
c — » Son génie n'était pas la force, c'était la lumière •
— CLTl —
< Dieu ne ravait pas destiné à embrasser les objets, mais à « les éclairer. Partout où il entrait, il portait le jour. La « RAISON qui n'est que lumière devait en faire, d'abord « son poète, son oracle après, son idole enfin. »
{EUloire des Girondins^ liv. IV, ch^ip. Y.)
— C'est que le vent de l'époque est au panthéisme.
Il faut avouer cependant : que, M. Alexandre Dumas, qui, lui, n'est point matérialiste poltron (1), a osé dire par la bouche de Balsamo :
c -— J'ai déjà le plus grand poëte et le plus grand athée « de l'époque...
« — Et tu l'appelles?
« — Voltaire. »
(t) « Je oe mHaquiète pai d'eux (les jouraaui), choses inertes et iDaniméei. a Mais je m'inquiète de rbomme, matiAre yivantequi pensb et qui souffbk.»
M. Alsxaitdrs Dvmas.
SANCTION RELIGIEUSE, ORDRE MORAL iUSTIGE ÉTERNELLE (suite).
c L'amour de soi-même est le phit puisiADl| «r et; selon moi^ le sbul motif qui fait agir les « hommes.
« La justice et les scrupules oe font id-bas « que des dupes. Otek la justice étiiiiklle « et la proloDgatioû de mou être après oetfe « Tie, je ne vois plus dans la vertu qu'une FO- « UE à qui Ton donne un beau nom. n
Rousseau.
« Serviiis explique ^ et il y était autorisé, « que I'enfeR; les régions inférieures, c'est « MOTRB M(mDx. Cette btpotbèse s'accorde « parfaitement, ainsi que nous Tenons de le « voir, avec les idées antiques, avec les doc- » trines priaiiti?es et traditionnelles de l'é- « preuve et de I'expiatioiv. »
Bailahchb.
a L'bypothèse est toujours faTorable à la « négation. En fait d'ordre moral, et en pré- « sence de l'eiamen, il ne faut point suppo- « ser, il faut démontrer d'une manière ration- « nellement incontestable. »
Colins, Commentaire,
« Une hypotbèse, quand elle ne renferme a point l'ABsURDS, peut aider à découvrir la « vérité, n
GoLiifs, Msc>
Que faut-il pour que l'hypothèse : que, notre monde est un ENFER, ne renferme rien d'absurde?
— Que les âmes soient immatérielles, c'est-à-dire éternelles : ce qui seul rend possible, vis-à-vis de la raison, la liberté, la responsabilité des actions.
— - Bien. Examinons si cette seule condition 6te toute absurdité à l'hypothèse. Gela est nécessaire avant de rechercher : si, rhypothèse est une réalité. Car, ce qu'il y a de plus absurde, c'est de chercher la réalité d'une absurdité.
Messieurs les génies du xix® siècle, qui avez eu pitié la question de savoir : si la liberté, la responsabilité existent, ailleurs que devant le bourreau; ayez la bonté de ne point m'écraser de votre regard de mépris ! Si yous avez l'extrême complaisance de me suivre quelque peu, ne fût-ce que pour chercher à vous moquer de moi, je vous promets, en revanche, de ne pas vous donner la migraine ; et, de me mettre è votre portée, n'eussiez^vous que l'intelligence d'un enfant de dix ans bien élevé.
D'abord, une âme immatérielle, simple par essence, ne peut être modifiée, ne peut souffrir ni jouir, si elle n'est unie à un organisme ayant un centre nerveux, un centre de mémoire^ nécessaire à l'existence dans le temps.
Comprenez-vous, Messieurs?
Ensuite, une âme même unie à un tel organisme, ne pourrait, en restant isolée, parvenir au développement du verbe, au développement de la parole, hors lequel développement, l'existence dans le temps est impossible.
Peut-être, Messieurs, ne comprenez-vous point cela parfaitement? Alors, c'est que vous avez été mal élevés. Un enfant de dix ans bien élevé saurait parfaitement ce qui est nécessaire au développement du verbe, au développement de l'intelligence. À cet égard Condillac, Rousseau, etc., etc., se sont mis à la portée, même des joueurs de bilboquet.
Vous voilà convaincus : que, tout paradis et tout enfer doit déjà être un monde comme le nôtre. Et en effet : les anges ont conspiré : ils étaient donc libres; et la liberté est la caractéristique de l'homme supposé réel. Quant aux diables, ils ont été libres; et quand on a été libre, on ne peut cesser de l'être ou capable de l'être, qu'en cessant d'exister dMâ le temps.
Vous allez vous imaginer peut-être, que, ce qu«i'a| j'h^l-
— eus —
neiir de voua exposer id, est de mon invention. Je vous répète : que, j'ai la manie de ne pas être inventeur ; et, qui plus est, la manie de le prouver.
« «^ L'Ame d'un homme, dit un Père de l'Église, souffre « Wl enfers; elle est placée au milieu de la flamme; elle f cent à la langue une douleur cruelle, et elle implore de la
« iftuia d'une Ame plus heureuse, une goutte d'eau tout
Cela n'est rien sans le corps ; l'élre incorporel (1 ) est libre « de toute espèce de chaîne, étranger à toute peine comme à c tout plaisir »
— A cette époque, Descartea n'avait pas encore inventé l'absurdité des âmes pensfintes. C'est qu'en époque d'ignorance, l'humanité, en fait de connaissance morale, progresse de sottise en sottise.
« — Car, continue ce Père de l'Église, c'est par le corps c que l'homme est puni ou jouit. »
(Tertullien, de anima, 6, 7.)
< ~ Quel homme ne voit, dit Arnobe, que ce qui est < simple et immortel (2) ne peut connaître aucune douleur ? »
{Adversus gentes^ lib. 2.}
« — Tel, dit M. Guizdt auquel je dois ces citations, tel avait
« été le cours des idées au sein de la philosophie païenne
c Cependant l'idée de la matérialité de l'âme était plus gét nérale parmi les docteurs chrétiens du T' au IV* siècle t que parmi les philosophes païens de la même époque. »
— M. Guizot se trompe. Ce n'était point l'idée de la matérialité de l'âme, mais d'une âme immatérielle unie à un organisme matériel,
c — C'est contre les philosophes païens, continue H. Gui- « Sût, et au nom d'un intérêt religieux, que certains Pères
(I) 9neorpor$l slgnlfle ici immatériel.
(S) immortel A$iï]û^ l^ immatériel
« soutenaient cette doctrine i ils veulent que Tème soit na- « térielle »
— Non pas, Monsieur; mais unie à un organisme matériel. « — Pour, continue H. Guizot, quelle puisse ^re récom-
< pensée ou punie ; pour, qu'en passant à une autre vie, elle
< se trouve dans un état analogue à cdui fiiéfUe a été sur c la terre. » {Histoire de la Civilisation en France.)
— Vous le voyez, Monsieur, s'il y a une autre vie, elle est analogue à celle-ci.
Maintenant, dites-moi, je vous prie, pourquoi un globe quelconque, habité par une humanité quelconque, ne seraitil point à la fois et selon les individus, et selon les temps, tantôt un paradis et tantôt un enfer; tantôt un lieu de récompense et tantôt un lieu d'expiation : puisque, Tessence de toute humanité possible, est de souffrir , et de jQuirl
Voyons, s'il y a là rien d'absurde, toujours dans /'Ajpothèse préalable^ que lésâmes sont immatérielles, c'est-àdire éternelles ! ?
Si, chez chacun de nous, il existe une âme immatérielle, éternelle, cette âme est venue chez chacun de nous, en pa9Q sant de toute éternité d'un organisme à un autre. Dans l'hypothèse, c'est de toute évidence.
Et quelle est la conséquence nécessaire de l'éternité, de l'immatérialité, de la réalité des individualités, des âmes?
Je vais vous le dire. Messieurs, et sans vous causer la moindre migraine, ainsi que cela doit se faire avec des enfants bien élevés.
Vous concevez, Messieurs : que, de Timmatérialité des âmes dérive, nécessairement^ la réalité de la liberté, par conséquent la réalité de l'ordre moral, en absolue opposition avec l'ordre physique, où la liberté réelle ne peut exister; là où il ne peut y avoir que nécessité.
De l'immatérialité des âmes, de la réalité de leurs individualités, dérive encore, et toujours nécessairement j la réa*
Klé de ta raiaoïi : réalité qui est absurde, dans toute autre hypothèse :
De la réalité de la raison, expression de Tordre moral, résulte, nécessairement aussi : que, la conformité à la raison, on ce qui est rationnel, est l'expression de l'ordre moral.
De Timmatérialité des âmes et de la réalité de la raison, résulte, nécessairement encore, la responsabilité des actions commises conformément ou contrairement à la conscience, à la tendance de raison.
De cette responsabilité, il résulte, toujours nécessairement : que, toute action commise : contrairement à la conscience; ou, conformément à la conscience et avec sacrifice de passion, avec sacrifice de tendance organique contraire à la raison ; doit être punie ou r^éôompensée.
Il en résulte encore, et toujours nécessairement : que, toute action coupable ou méritoire, n'ayant point été punie ou récompensée dans une vie, doit nécessairement : être punie ou récompensée, dans une ou plusieurs vies postérieures.
Il en résulte encore, et toujours nécessairement: que, toute souffrance ou jouissance non méritée dans la vie actuelle, est, toujours nécessairement : la punition ou la récompense d'actions commises dans une vie antérieure.
Et, comme l'ordre moral n'est autre que l'ordre de justice, l'ordre de raison, il s'ensuit enfin, et toujours nécessairement : que, toute jouissance quelconque; toute souffrance quelconque; est une récompense ou une expiation.
Cet ensemble de propositions se résume en disant :
L'ORBBE MORAL, C'EST L'HARMONIE ÉTERNELLE : ENTRE LA LIBERTÉ DES ACTIONS; ET LA FATALITÉ DES ÉVÉNEMENTS.
Et, cet ensemble de propositions n'est plus une hypothèse, mais jUne vérité incontestablement démontrée : dés que les âmes sont démontrées, d'une manière rationuMlement incontestable, être immatérielles, éternelles, absolues.
Et, ce que je viens d'avoir l'honneur de vous exposer, m. 11*
Messieurt, le tout sans vous donner même Tombre d^une migraine, n'est pas non plus de mon invenlion. C'est le bon Plutarque qui me l'a apptis. Vous allez voir : que, cette découverte n'est pas d'aujourd'hui.
€ --^ C'est donc absolument la même chose, dit le bon Plu- € tarque, qu'il y ait une Providence, et que l'âme humaine $i ne meure point ; car, il n'est pas possible que l'une de « ces vérités subsiste sans l'autre. Si donc l'flme continue « d'exister après la mort, on conçoit aisément qu^elle soit K punie ou récompensée^ et toute la question ne roule que sur n la manière. >
{Sur les délais de la justice divine, traduction de DeMaistre.)
Vous voyez que, pou r tout cela , il n'y a besoi n : ni de diable, ni de bon Dieu; ni d'antropomorphisme; ni de panthéisme. Le bon Dieu, c'est la personnification de la raison réelle, la per- «onniûcation de la science) le diable, c'est la personnification des passions, de l'organisme, des préjugés, de l'ignorance.
Tant que l'ignorance domine un globe, ce globe, socialement^ est un enfer. Dès que l'ignorance est anéantie sur un globe, ce globe, socialement, est un paradis. Quant aux individus, comme en raison de leur liberté, et de la différence toujours plus ou moins grande entre les tendances de raison et les tendances de passion, ils sont tous plus ou moins si^ets à pécher, les jouissanoas et les soufllrances sont toujours plus ou moins le partage de toute humanité.
Résumons s
TpHt ce qui précède repose sur Vbypothè^ : que, les âmes sont iqimatërielle§, éternelles, absolues ; ce qui est une mAp et même chose.
Dès, que cette hypothèse est démontrée être vérité; tout ce qui précède est démontré : être vérité.
Maintenant, Messieurs, écoutez De Maistrel S'il lui avait été offert d'élrc membre de l'Académie des sciences morales et politiques, je vous assure qu'il aurait refusé. C'est à cause de eela^ qu'il mérite d'être écouté.
— CLxra —
c — Les savants européens, dit-il, sont dans ee monent « des espèces de conjurés ou d'initiés, comme il ?oas plaira « de les appeler, qui ont fait, de la science, une sorte de « monopole, et qui ne veulent pas absolument qu*on sache « plus ou autrement qu*eux. Mais cette science sera néces- « saireihmt honnie. » {Soirées de Saint-Pétershourg.)
— . Et ailleurs :
« — Attendez, dit-il, que Tafflnité naturelle de la religion « et de la science, les réunisse dans la télé d'un seul homme « de génie; l'apparition de cet homme ne saurait être éloi- « gnée, et peut-être même existe-l-il déjà. »
— C'est vrai : et, si chercher, là où il est possible de découvrir, et trouver, constitue le génie, je suis cet homme de génie.
« "— Celui-là, continue De Maistre, sera fameux et mettra « fin au XYiii^ siècle qui dure toujours; car les siècles in - « tellectuels ne se règlent pas sur le calendrier comme les « siècles proprement dits. »
— L'homme de génie se moque d'être fameux comme d'être infttme. S'il est fameux, il se réjouit d'avoir commis, en d'autres vies, de bonnes actions qui lui ont mérité cette jouissance. S'il est infâme, malgré ses bonnes actions dans la vie actuelle, il se réjouit encore : parce qu'il sait : que toute souffrance est une expiation ; et, la souffrance, dans la résignation, est encore un bonheur.
J'ai beaucoup souffert dans cette vie. Beaucoup de ces souffrances, ne concernaient que moi. Je les ai bannies de ma mémoire. D'autres se rapportaient aussi aui souffrances de l'hupianité; et je n'ai pas même voulu les repousser. Mes deux premiers disciples m'ont formellement désobéi ; désobéissance qui, sous Ponce-Pilale, portait un autre nom. D*autres m'obélssent mal, pour obéir h l'esprit d'anarchie qui répugne à toute direction. Je voudrais rendre la vérité évidente à tous ; et, non-seulement je n'en ai pas les moyens ;
— OLXIV —
mais encore ceux qui disposent de la publicité font ce qui dépend d'eux pour que je sois asphixié dans le silence; depuis plusieurs années une névralgie faciale me torture les yeux, les oreilles, et les dents que je suis obligé de me faire arracher les unes après les autres. Eh bien ! lef^onheur que j'éprouve, au sein de la résignation, est au-dessus de tous ces maux : Je jouis de la connaissance de la vérité; et aussi do la félicité domestique : qui oserait se dire moins à plaindre que moi : dans Tenfer social où nous nous trouvons ?
Peut-être, Messieurs, viens-je de vous donner la migraine? Je vous en demande un million de pardons : cela ne m'arrivera plus.
Maintenant, une petite question !
Quelle serait, s'il vous plaît : l'état d'une société, au sein de laquelle, l'éducation inculquerait a tous, sans exception : que, toute jouissance possible est une récompense; et toute souffrance possible une expiation ; d'actions librement commises par soi-même : l'état d'une société où l'instruction démontrerait à tous, sans exception : la vérité dec^ qui aurait été inculqué par l'éducation? je vous le demande, Messieurs? Vous trouverez, sans doute : qu'il vaut infiniment mieux s'occuper de congrès de paix, et d'équilibre européen. Je vous en fais mon compliment.
Si, vous inquiétant peu des balivernes dont j'ai la faiblesse de vous entretenir, vous me demandez ce que j'entends par la sanction religieuse, l'ordre moral, la justice éternelle? je vous dirai :
C'est l'harmonie éternelle : entre la liberté des actions; et la fatalité des événements.
Et, comme le culte des morts est le premier qui ait paru, le dernier qui disparaîtra, et qu'il restera utile jusqu'à ce que la science ait anéanti toute espèce de culte; je désire, si après ma mort quelques amis peuvent mettre une pierre sur mes cendres, qu'il y soit gravé :
L'ORDRE MORAL, C*E8T L^fi/ARMONIE ÉTERNELLE :
ENTRE LÀ LIRERTÉ 'des ACTIONS: ET LÀ FATALITÉ
IIJ DES ËYÉNEHENTS. (COLlNS.)
Ce sera tout gour ceux qui penseront à moi ; ce ne sera rien pour les autres.