‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 3)Chapitre 28 sur 97 · SERVITUDE DURABLE · texte numérisé non relu

SERVITUDE DURABLE

-*- Mais, écoutez-donc : grand homme f il se pourrait que, pour aussi longtemps que le despotisme est nécessaire à Texisience de l'humanité, la servitude la plus durable possible, At alors le meilleur ordre possible. Voyons si Montesquieu est de cet avis :

tt — Car, ajoute-t-il, dans un état libre où Ton vient « d'usurper la souveraineté, on appelle règle^ tout ce qui « peut fonder Tautorité sans bornes d'un seul : et on nomme 1 iMiuble, dissension, mauvais gouvernement, tout ce qui f peut maintenir l'bonnôte liberté des sujets. >

{Id., Grandeur et Déoaienee.)

Ainsi, le bon ordre, Thonnéte liberté, ont pour type : Tétât du peuple romain avant Auguste. Nous sommes obligé ùê eonvenir : que, Montesquieu n^en savait pas plus que le dictionnaire. Continuons de chercher ailleurs I

* — L*ordre, dit Donald, est f ensemble des rapports des « #(rM. » (Législation primitive.)

•— Alors, il y a toujours de Tordre, même quand il n'y en 9 pas : car, U y a toujours entre les êtres un eQsienible de rapports. Si on avait demandé à Bonald ce que p'est qu'un ÊTRE? il aurait été aussi embarrassé que le dictionnaire. Eslot que ta définition du dictionnaire serait encore ce qu'il y aimit de moins mauvais? En vérité, ee serait peu honorable

— CXCTI —

pour le reste! Cherchons ailleurs! quand nous aurons \ -cherché, nous jetterons notre langue aux chiens. ^

« — L'ordre> dit M. de Girardio, c'est Tapplication cens- « tante des lois de la justice, de la morale et de la rai* < SON, à la conservation des sociétés. » (Les 52, n^ xiii.)

— Ainsi, Tordre c'est Tappllcation constante à la conserva lion des sociétés, des lois, de la justice, de la morale et de la raison ; et, le 1^' mars de cette année 1854, M. de Gi* rardin nous a dit : Je voudrais en finir avec tous ces mots tels que droit, raison^ justice.

Je conçois M. de Girardin. Non-seulement il fie sait pas, s'il y a une justice réelle, mais encore il la nie. Alors, convenez que sa définition de l'ordre n'est pas plus claire que celle du dictionnaire. Est-ce que le dictionnaire mériterait le prix Monthyon? ^J

Allons ailleurs ! et, dépéchons-nous !

« ^— L'ordre social, en toute chose, dit Rossi, n'est que c la RAISON. » {Théorie du droit pénal.)

— Est-ce la raison droite ou la raison tortue ? nous avons vu le dictionnaire, Gicéron, Bossuet dire que le droit est la juste raison. Mais, comment distingue-t-on le juste de l'injuste? Allons! Rossi était digne de travailler au dictionnaire!

« — Je prouverai, dit M. ProudhoQ, que l'associatioD t n'est point un principe d'ordre. »

{Idée générale de la révolution.)

-^ N'est point... n'est point... nous nous moquons joliment de ce qui n'est point. Mieux valait nous dire : ce que c^est que l'ordre. Au dictionnaire !

Jusqu'ici, nous avons eu du plaisant. Voici du sévère. Vaudra- t-il mieux? Écoutons!

« — Le bel état, dit M. Laurentie, que celui d'un peuple « qui, à supposer la marche de son gouvernement régulière

— CXCYII —

« et calme, serait condamné, tous les quatre ans, à mettre en « question, ses lois, sa constitution, sa vie! Ou appelle cela. « un état (le République! ou bien, en admettant le droit de « révolution permanente comme Texercice naturel de la li- « berlé, quelle perspective que celle d'une succession d*é- « preuves qui vous font passer de l'utopie communiste à la « réalité de l'état de siégC]^ de la guerre des barricades à la « justice des pontons, et puis qui vous ramène de l'ordeb « au socialisme, qui de M, Faucher va à M. de Girardin, m qui passe ainsi par tous les soubresauts de la fantaisie, « comme pour défler l'esprit positif des politiques d'action

« et l'esprit chimérique des songe-creux

« La France est sujette, et de qui,

« grand Dieu ! Est-il un audacieux, un sectaire, un cynique « de révolution qui n'aspire à lui mettre le pied, sur la gorge ? « Chacun couvre son dessein de cette belle parole de suffrage « universel ! magnifique piperie, dont les uns font sortir la « dictature, les autres la jacquerie. Voilà la France, telle « que vous la font les révolutions de démagogie, condamnée « tour à tour à l'anarchie ou à la servitude, et toujours à la « ruine. » {Union, i9 octobre 1851.)

-^ Tout cela est vrai, Monsieur. Mais, les fondaleurs des révolutions de démagogie ont été les rois, invoquant la souveraineté de la force contre la souveraineté de la loi. Et les révolutions dureront : jusqu'à ce que la presse soit anéantie, ce qui est impossible ; ou jusqu'à ce que l'humanité soit anéantie, ce qui est encore impossible par cause morale; ou, jusqu'à ce que la souveraineté de la science vienne anéantir la souveraineté de l'ignorance : ce qui est prochain.

Il eût mieux valu nous dire : ce que c'est que l'ordre.

< — L'ordre et la liberté, dit M. Enfantin, lorsqu'ils dé- •c génèrent en despotisme ou en anarchie, sont également « funesles à la liberté. » (Colonisation de l'Algérie.)

— C'est très-bien ! mais, qu'est-ce que l'ordre? qu'est-ce que la liberté? Comment est-il possible que l'ordre ne dégé-

nérc poiht en despotisme? Gomment est-il possible qiié îa liberté nfe dégénère point en anarchie? quand donc cessèhinsîious de parlel* pôUr ne vïen dire!

El, ïnàiiitènant, voUlez-VoUs que hOUs cherchions encore?

"--* Ma foil non. Nous en avons assez. Maisvou8> qui vous moquez des autres et qui venez nous dire : l'ordre c'est là yie sociale. Savez-vous que vous méritez aussi d'être renvoyé au dictionnaire ! car enflUi qu'est-ce que Lk YIE SOCIALE? L'ORDRE, u'estK^ pas? C'est un vrai style de dictionnaire!

'*-» Cherâ lecteurs ! Voiià ttvwî raison, je suis aussi sot qMe le ttlôtlonnaihî ; et, \e vais me corriger.

L^ordré t c*est la communauté d'idées sur lô ttl*oit; la icôiUttiuriauté d*idées îsur là sûticllon religieuse. Tant (îue éette ôonimiinduté existe, l'ordre existé; quand elle cesse d'exister, l'ordrb cesse d'exister; Et, quatid l'ordre nd peul pltlS exister, par comttiunaulô d'idées sur là sant5tion religieuse basée sur une foi ; Il ne petit plus exister : que^ par là tioitiiBtlhaUté d'idées feUr h sânëllon Religieuse basée sur la SCIENCE.

Maintenant, tâcbea de trouver cela au dielionuaire^ et je voua doBuarai un maf le blanc I

— CXfflX —

xnt.

VmÈ SOQALE.

« L'unité est l'essence de Tordre, car Tobje « de Vbfdte est d*ùhif; et là société même, c dans sa ilotion la plus géDét>ale> n'est que la a réunion des êtres semblables. Où il n'y a é pas d'Unité, il y a séparatiohi bppo6itioi$, « combat^ désordre et malheur.

« Pour qu'il y ait unité sociale, il faut que a ciiaitue paHie soit ordonnée pat* rapport au « tout; chaque individu par rapport à la fa- « fntlle; chaque famille par rapport à la soir ciété particulière dont elle est membre; « chaque société particulière par rapport à la «I grande febciété du gent-e humain ; et le genre « humain Iqi-mème . par rapport à la société à feiênéfàlë des intelligences dont Dieu est le

« SUPKÉHB HONAlQeB. »

Lamennais.

il Si, atl iieil dé la fîh ântropomorphlqtie : fi |)ONT Dieu est le fi.UPiuftHE monarque: il y « avait : Toutes également sujettes de l'éter* « IVELLE justice > Dto L'éternelle raIsoii; te « passage serait sans défaut. »

ËoLiNâ, tbihiHènfaire.

jfe Viens de dire que ce passage serait sans défaut avec la correction indiquée, et je le répète; maïs seulement pour fceut, chéî ieèquéls le bandeatl de l'ignordilbe sociëlé siir la féalité du dl*bit serait déjà eftlfevé. fet, en effet, à qubl le tout, la société géfï)iirale dts iflteltigÉhcisi, doit-Il être ordonné? A rétemélié justice, à l*6ternëllè ttiisoii, ou droit éternel. Et laût que vous ne saveEsi rélerneile justice, l'éternelle raison, le droit éternel, sont une seule et même réalité^ et non des hypothèses ou des illusions; tant gue vous ne savez pas : ()ueis sont les êtres réellement intelligents; quels sont ceux qui ne sont intelligents qu'en apparence j votre société gé-

— ce —

nérale des intelligences est pratiquement une cbimère)* votre unité ne peut exister ; et, vous êtes condamnés à iQyfépàror tion, à V opposition, au combat, au disordre, au malheur.

A ce que je viens dire, savez-vous ce que répondent les moins malintentionnés? Le voici :

« — Ce que M. Colins écrit est de la haute philosophie, tt Ce sera bon d'ici à un siècle ou deux. Mais actuellement « on ne veut pas des idées, on veut An positif. »

— Très-bien, Messieurs! du positifs cela signifie : du non personnel, du réel^ selon les légistes, de l'argent enfin. Et vous croyez que Tanarchie peut continuer en progressant pendant un siècle ou deux, comme elle a continué en progressant depuis la paix de Westphalie, depuis même 1789, si vous voulez. Alors, moquez-vous de mes jérémiades ; et, peritièttez-moi de vous faire mon compliment sur votre gaieté. En attendant, continuons notre examen de ce qui est nécessaire à Tunité sociale. Si seulement un de vous par million veut bien me lire attentivement, mon temps sera compté, comme utile, vis-à-vis de la justice éternelle.

Voici une nouvelle citation de Lamennais. Elle appartient à la seconde période de sa vie, à la période panthéiste. Aussi est-elle infiniment plus entortillée que la première.

tf — - S'il existait entre les peuples, dit le grand écrivain, « des TRIBUNAUX dont les sentences eussent une sanction « suffisante, comme il eu existe entre les individus »

— Vous voyez qu'il ne s'agit ici que d'une sanction sociale, d'une sanction exclusivement basée sur la force. C*est que liUustre écrivain était passé de l'antropomorphisme au panthéisme, et ne croyait plus à la sanction religieuse.

« — On verrait, continue-t-il, peu à peu, changer tcpi- « nion en ce qui touche à la guerre. »

— Voyez-vous le panthéisme voulant baser Tordre sur l'opinion? parce que, pour le panthéisme, il n'existe que des opinions, et point de vérité.

— cca —

« — Elle inspirerait la même borreur, continue M. de « Lamennais , que toute autre espèce de meurtre , parce « qu'elle ne serait plus en effet que le meurtre pur et simple. »

— Est-ce que le meurtre, au sein du panthéisme ou même de Tantropomorphisme, inspire de l'horreur aux forts? Allez donc étudier cette question au sein des guerres civiles ou religieuses ! Le faible a horreur du meurtre, mais lés forts s'y plongent avec délice.

< — Les développements futurs de la civilisation, con- « tinue Lamennais, amèneront-ils une institution semblable?»

— Vous le voyez : une institution. Il ne s'agit plus de sanction éternelle. C'est une assurance mutuelle contre les risques de la guerre, basée sur des pièces de cent sous! une assurance de féodalité financière contre les rébellions du proietilriat, ainsi que M. Auguste Comte l'a si élégamment formulée. Malheureux sophistes ! vous ne voyez point : que, vous chargez à outrance les piles antagonistes du propriétariat et du prolétariat; et, qu'en cherchant à les unir, avant de vous être mis à l'abri des commotions, sous un appareil rationnel, vous serez foudroyés.

tt — Je le crois, continue Lamennais, et le temps ne me c parait pas même extrêmement éloigné pour les nations « chrétiennes, »

— Remarquez : que, dans ce même ouvrage, l'auteur a sapé toutes les bases du Christianisme.

« — Hais auparavant, ajoute-l-il, il faudra que tous les tt vieux gouvernements de famille et de caste disparaissent « avec le droit qui leur sert de base. »

— Le droit divin, n'est-il pas vrai? et par quel droit serat-il remplacé? Par celui des majorités sans doute, droit que vous avez en horreur ! Et les gouvernements de famille et de casle, comment les remplacerez-vous? Par les gouvernements de classe, sans doute encore, gouvernements d'argent,

— cwn —

milld fois plug despotiques et plus anarofaiquâs qtie les gouvernements de famille et de caste I Pardon^ lecteur I Ce qul^ je viens dédire est uniquement pour ce millioaième qui pourra me lire utilement. Dans tous les cas, voilà l'unité, dont la nécessité est si bien exprimée dans le premier passage, qui, âàiis te second, s^en va à tous le& diabtes !

D'up ancien candidat à la papauté chrétienne, passons à lin ancien candidat à la papauté philosophique.

« — - Si nous étions, dit M. Cousin, à une époque où les i difrérëîilés iiâtioiis de V Europe *

— Et les autres, s'il vous plaît?

*-- Fussent, continue M» Cousin, isolées entre-elles; aa^

< sûrement il serait fbrt possible qu'un système parût à

< Londres saqn avoir aucune influeuce sur celui qui paraîtra n plus tard à Paris) mais loin de la^ l'Europe est une;^ priH tt fondement une au XYiii® siècle, n

^ Ce il*est pâs l'Etirope, c'est le monde qii*ll fallait dlW. St Hii mot tJÎtE, il foUait ajotltef t nnàrehiquemênt et Utiti pas hîMHfiiquéMmt. Car, l'unité hlôi^t^chiqtie consisté daûà la soumission du tout à un même droit, aiitté que là force sott brutale^ si»it masquée de droit. Et, au lieu de pela, vous n'avez que des autonomies, même jusqu'à Monaco.

« — Des communications , continue M: CotMita ^ M^des « et continuelles de tout genre, l'imprimerie el la presse a périodique unissent intimement l'Angleterre, la France « et l'Allemagne »

— Aussi anarchiquement. Est-ce là ce qui vous réjouit? « — Et aussitôt, continue M4 Cousin^ qu'un systàma pa-

« raît au xviii* siècle, dans tel ou tel point de l'Europe ci- « villsèë, il âé rèi;)ài)d, et il èsl connu presque immédiate- « ment ati poiiitté plus distant de la civilisation européenne.» (âisTôikË DE LA Philosophie.)

<— Et, ooiuna au époque d'ignoraooe bociaIo sur la féalilé

— ocin —

AU droit) et âlncômpressibilité d'^amen, il ne peut exister qrfil fies systèmes négatifs^ des systèmes pantliéistés^ il s'en<suit : quei le développement des communicBlions généralise le système négatif, et conduit ia société à la mort. Philosophiquement parlant, c'est très-amusant!

Je Vietis de vous ftre que toute la philosophie est iin ensemble de systèmes négatifs. Comme, ainsi que vous le saVeï, j*àî la mftnie dô ne pas être inventeur, je dois vous protivér que Ééttë âffirliiation ii'est pas de iiibi, ijuôiqdë je t^àp^r'ouVe coiiipfétfetoëhl; Voici ma preuve :

* ^ cm lui, dit toë MaisttT§ en parlaht de Locke, e'est h Idi (lul règtté tU&lbeureiiâément en Eurape depuis tfbls « Siècle. C'est lui qui nie tout, qui ébfîiille tout, qui pro- * ttete tîdlltî*é tout: Sur sort front d'airain, il â écrit NOit; « et c*est le Véritable lilrb du livre de Lôtke, lequel à son « tour peut être coliSldéré comme la préface de toute la pM- « loBoptailB du XYui® siècle, qui est toute négatm^ et par « conséquent nulle* » {Soiréei dé Saini-Péterstourg.)

^ C'est qu'eh êpoqUe d'lgnôl*ance soblàle sUr la réalité du droit, non est le seul mot qu'il soit possible de dire ra- HôrtUelIcfflëttt: Om appsrlîcnt exclusivement à ia science. EStë« 4lîë Dé Hâiàlrè a Jatiials dit Otit^ Ibgiqueffieutf hdtl.

< — tout annonce, dit-il, que nous marchons Vers une

< grande unité qiie nous devons sûluèr dé loin, pour me « àerVÎr d'ùtie expression religieuse. Noiis sommes dbulohit teilsènleht et blèh jUStethêtit bi'byeâ; màiS; 8l dfe miséi rableâ yeux tels 4uê lès mteùs, sôHt dighes d'entrevoir les k 8ëct*et3 dttlfls; hbUS ne Sommés b^oyéS qiie pour éti'e

< iaéléS. * {^ûtififes âè SaîM-Péttsnhourg.)

— Ëh bien ! dans tout cela, y a-t-iî un oui? Hélas , il ne s'y trouve que la négation de la possibilité de l'ordre^ tiaiht que Vuntiè, qà*i\ he ifait que itressentir, n'existe pas. Quant aux yêUX, Il n*y en i de misérables qUè cèUx de l'ignorance... et aussi Ceux de la vanité, né voulant pas admettre que Ik écibûCë sdii possible.

« — La paix, dit encore De Maistre, n'est pas possible par* « tout où la souveraineté n'est pas assurée. > (JDu Pape.)

— Très-bien ! et qu'est-ce que la souveraineté? A cet égard, écoutons De Maistre :

« — J'ai, dil-il, beaucoup entendu^demander en ma vie, « de quel droit les papes détrônaient les empereurs. Il est

< aisé de répondre : du droit sur lequel repose toute auio^ « rite légitime^ possession d'un côté, assentiment de « l'autre. » {Du Pape.)

— Ainsi, du moment que l'assentiment cesse, et que le dissentiment donne à toute autorité légitime une chiquenaude de manière à lui mettre le nez dans la boue, toute autorité légitime cesse d'être légitime. Comment Irouvez-vous le défenseur de la souveraineté et de la légitimité? Si c'est là dire OUI, j'aime autant ceux qui disent NON.

< — - Dans ce moment solennel, dit encore De Maistre, où « tout annonce que l'Europe tourne à une révolution mémo*

< rable, dont celle que nous avons vue ne fut que le terrible

« et indispensable préliminaire

« que les princes surtout s'aperçoivent que

« le pouvoir leur échappe, et que la monarchie européenne

< n'a pu être constituée, et ne peut être conservée que par la « religion une et unique, et que si cette alliée leur manque, « il faut qu'ils tombent! » (Du Pape.)

— Et quelle est cette religion UNE et unique? Est-ce celle qu'il suffit de renverser par une chiquenaude rationnelle? De Maistre est vigoureux pour attaquer ; mais bien foible pour défendre. C'est l'effet de la malédiction portée par l'éternelle vérité sur l'ignorance toujours essentiellement tem* porelle.

Passons d'un antropomorphiste à un panthéiste.

« — Le temps viendra, sans doute, dit Mirabeau*. ••••> «c où l'Europe ne sera qu'une grande famille. »

{iOmaii'm.) .

— Eh bien ! En serez vous plus avancé ? Et les guerres en seront- elles moins cruelles?

Puis à quelques mois de distance^ il parait se rappeler qu'il a parlé pour ne rien dire, et il ajoute :

« — Si nous devions nous conduire aujourd'hui d'après « ce que nous serons un jour; si, franchissant l'intervalle c qui sépare l'Europe de la destinée qui l'attend, nous pou- « viens donner dès ce moment le signal de cette bienveillance « universelle... »

— - Bienveillance universelle^ fondée sans doute sur des milliers d'autojipmies différentes, dont Tessence est de les rendre touies malveillantes, les unes envers les autres.

•— Bienveillance universelle, continue Mirabeau, qui prépare la reconnaissance des droits des' nations... »

— Lesquels droits consistent exclusivement à rosser les plus faibles.

« — Nous n'aurions pas même à délibérer sur les alliances « ni sur la guerre. »

— Quand un philosophe dit oui, soyez ceçt^jp que c'est 110» qu'il faut comprendre. C'est .comme pour les dictionnaires. Il y a longtemps que Gicéron disait : philosophi, CREDULÀ GENS. Et encorc , quand ils ne sont que crédules ! ils sont au moins excusables.

« — L'Europe,, continue le Cicéron moderne, aura-t-elle « besoin de politigue lorsqu'il n'y aura plus ni despote ni « esclave? >

•^ Et comment est-il possible. Seigneur ! qu'il n'y ait plus ni despote ni esclave? Si je vous disais : nous n*aurons plus besoin de cuisinier quand les alouettes nous tomberont du ciel toutes rôties; vous me demanderiez, n'est-il pas vrai, comment est-il possible que cela se fasse. N'avoir ni despotes ni e^laves^ n'est point aussi difficile que de se nourrir avec

— cfm —

des alouettes toutes rôties tombant du oiel; mais eneore faul-il le savoir : sous peine de parler pour ne rien dire.

« — La France, continue le client de Cabanis ^ aura-t- « elle besoin d'alliés lorsqu'elle n'aura plus d'ennemis? »

— Et cela, au sein des autonomies : sous la protection, probablement^ de l'assurance basée sur les gros sous; et, du congrès pour la paix perpétuelle entre les nationalités ! Croyez cela, me disait-on à la caserne, buvez de l'eau, fumez une pipe, couchez sur le lit de camp, puis quelque chose avec, m vous y verre;( clair, Spuyenl \^ q^^tùq VQUt mwx que l'académie !

« Il n'est pas loin de nous peut-être, continue le Démos- « thène du xviii® siècle , le moment où la liberté régaant a sans rivale sur le§ Peux-Mondes,,,., p

— El comment la connait-on, s'il vous plait, maclame la liberté? Car, enfin, si ce n'est pas à coups de trique qu'elle vient régner sur nous, il faut que nous l'acceptions volontairement; et pour cela, encore faut-il pouvoir la distinguer des fripons qui voudraient se mettre à sa place. La liberté, me dites-vous, c'est l'obéissance à la raison. J'en suis bien ai^e. Et comment distingue-t-QU la bonne raison de la mauvaiSP? Vous n'en savez rien, n'est-il pas vrai, à moins que çç ne soit à coups de trique. Alors, Monsieur Pémo§ltlènp§, vous n'êtes qu'un parolier.

« — Réalisera, continue Mirabeau, le vœu de la philo- « sopbie »

— Des vœux ! C'est de la graine pour attraper lea niais* L'espérance et les désirs sont pour les douleurs, nécessairement des fripons en présence des passion^. Les croyants et les savants ne doutent pas, n'espèrent pas, ne désirent pas ; ils savent j ou croient savoir : ce qui, pour la pratique, est une seule et même chose.

« ^ Absoudra l'espèce bumaine du crime 4e la guerre. »

— CCVl! —

*— Ahi&uékê eêtune expression antropomorphique, comme le me Hercule! échappé à Lucrèce. La justice éternelle n'a POI d9 bqlanop p«ir fiQi9p(^cqi}raat : m\ n%\ dpit ê(re expié ; tout bien récompensé. La justice éternelle m'a çfffxm jouraaU

i ^ St« flSntiRUû |lirabea<ij pr<>q)piP9F» l» imU vniver-

— Mirabeau eût été membre du congrès de la p^ij, et çftt plaidé, comme Cobden, en faveur de Tempereur Nicolas. PeiiHtfe mérn^Q otttril rédigé l'AsiemUéa nalionaie.

« — Alors, continue le rédacteur russe, le bonheur des % P6apl«« 9pr« iQ Mm) but de«i légi^lfitaur». t Ml Bt il8 pemplipont œ but, en lui tournant le dos.

% rrr K\oxi^ çopUpue-Hl, §6 cio«so»m€xn la pftcte dp to

t« Au sein des nationalités, n*est-il pas vrai? Croyez cela, buvez de Teau, etc., etc. ReYppjms à ui) ai^^brçtpQmorpbite,

« — L'Europe serait plus avancée, dit Donald, et surt tQi4t ttlus hetireusa, si tout ce qu'on a employé d'esjprit % iSi[ d intrig^ue à établir la tolérauce absolue da toutosi le^ opinions »

-?T Lq loléraRce absolue est uue sialti^ qui ïi*a jamais exi^i^. Tàçbw donc de me trouver un ps^ys monarchique, où (a (héorie régicide ait été tolérée; ou^ un pay^ républicain |)ù Içi théorie de l'assassinat des membres du ^[ouyeraemept ait été protégée! Cette solie raiee de pubûcistes, n'a jamais fait que parler pour ne riçn dire j ou plutôt, que pour mentir.

t ^« Tolérance absolue de toutes les opinions, qui n'est au i fond, continue Bonald, que Tindifférence pour toutes les « vérités. »

— Que diable voulez-vous que puissent y perdre les par-

— CCTUI —

tisans de la tolérance? La tolérance n'est-elle pas la négation de toute vérité?

« — Et la liberté de penser qui n'est qu'un sophisme^ « continue Bonald. »

— Un sophisme ! dites donc une sottise. Ëtes-vous libre de penser que deux et deux font cinq? La liberté de penser est la caractéristique de la sottise. Un sot pense tout ce qu'il veut : même que la création est rationnelle.

« — On l'eût fait servir, continue Bonald, à préparer le « retour à une même croyance. »

— Une même croyance pour l'humanité en présence de l'incompressibilité de l'examen I C'est le pendant de la liberté de penser. C'est à la connaissance de la vérité qu'il fallait dire ; et c'est précisément l'opposé d'une croyance. 0 grand saint Augustin ! criez-leur donc à leur étourdir les oreilles, que les croyants sont des sots ; et, qui plus est, des impertinents.

« — Seul moyen , continue Bonald, de rapprocher les « cœurs. »

— Eh ! Monsieur, laissez le rapprochement des cœurs aoi faiseurs de feuilletons. C'est le rapprochement des intelligences qu'il fallait dire.

« — Mais, ajoute Bonald, qui va redevenir, ce qu'il est « généralement, un penseur profond, si les hommes n'ont pas <c eu même la pensée de cette réunion si désirable ; plus forts «c que les hommes, les événements qui, en vertu des lais gé- « nérales, tendent à tout ramener à l'ordre qui est unité, en « montrent tous les jours la nécessité ; et comme la diversité a des opinions religieuses et politiques, et la division qu'elle a entretient, ont été la cause première de la révolution fran- « caise, l'unité d'opinion... »

— C'est l'unité de connaissance qu'il fallait dire.

— CCK —

« — En sera tôt ou tard, le grand et dernier effet.»

{Mélanges.)

— • Oui : quand Tignorance sociale sur la réalité du droit se trouvera anéantie ; auparavant, c'est vouloir qu'un salmis d'alouettes vous tombe du ciel, cuit à point. Passons à un autre.

« — Le monde religieux, je le sais, dit Ballanche, est en t travail d'une nouyelle unité. Mais, cette unité future « ne consiste point dans une reconstruction éphémère du « passé. » {Palingénésie sociale.)

— Alors soyez donc clair; et, dites tout uniment que la nouvelle unité religieuse ne peut se baser : ni sur l'antropomorpbisme ; ni sur le panthéisme. Même en fait de négation^ encore faut-il être clair.

« — Quiconque, dit M. Enfantin, n'englobe pas la Chine « dans ses rêves de politique universelle, ne peut voir clair t sur la tendance actuelle des sociétés humaines. »

{Correspondance politique.)

— Si au moins ce quiconque y voyait clair alors, pour les sociétés de chiens ou de chats, ce serait déjà quelque chose. Mais, en englobant même la Chine dans ses rêves, il est possible d'y voir du despotisme, de l'anarchie et de l'ordre. Comment faut-il faire pour y voir clair, et que le despotisme et l'anarchie ne puissent se présenter dans la lunette ?

Arrivons à un matérialiste.

« —Telle est, dit M. Proudhon, la société fhmçaise, tel « il est écrit que sera le genre humain. »

{Philosophie du progrès.)

— Eh bien ! je n'en fais pas mon compliment au genre humain.

Il paraît cependant que M. Proudhon n'est guère plus content que moi de l'état actuel de la société française. Écoutez plutôt:

a ~ Il faut, dit-il, rhum&iiilë laspirâht à isÂtoia él ne « pouvant plus croire... »

— D'après ce passage, M. Protidhon serait coniilie moi, ennemi des croyants, ennemi dû crbire. Mais si, comme il le veut, il n'y a point d'unités réelles, si toute unité est iin groupe, est une eiplusieurs, comme le bon Dieu de M, Cousin, M. Proudhon est une machine. Or, une machine ne peut ni croire, ni savoir, plus qu'illusoirement. Mais, voyons ce qu'il faut, selon M. Proudhon I

a — Il faut, dit-il, déterminer a priori sa route, écrire a l'histoire avant que les faits soient accomplis! Veut-on « gouverner par la science ou s'abandonner è la FATA- « LiTÉ? » {Philosophie du progrès.)

— Mais, Monsieur, s'il n'y a pas d'unité réelle, pas de savant, la science est une sottise et il n'y a que fatalité. Soyez donc conséquent avec vous-même !

Résumons ! s'il n'y a pas d'unités réelles, il n'y a pas d'intelligences réelles, il n'y a que des intelligences illusoires.

S'il n'y a pas d'intelligence réelle, il n'y a pas de société réelle, contfnûnion des inlelligencés sur le droit, sur la sanction du droit.

Alors, supposons (iûe le^ Intelligences existent réellement. Dans ce cas, qu'est-ce cjuc l'Unité sociale?

— C'est, en présence de l'incompressibilité de Peitàmètl, la communauté d'idées sUr la réalité du droit, coihpiretiafii la réalité de la sanction inévitable, de la saMion religieuse.

— Et quels sont les obstacles qui s'opposent à l'établisse* ment de l'unité sociale ?

— Les voici :

i^ La non-existence de communauté d'idées, au moms parmi les sommités sociales d'une nation suffisamment forte pour se défendre contre la force brutale, sur l'absolue nécessité d'anéantir l'ignorance sociale sur la réalité du droit.

2® La non-existence de la science anéantissant Tignorance sociale sur la réalité du droit.

— Cfcîl —

3® La croyance que les nalioualilés sont inévitables, par conséquent que l'unité sociale est impossible.

4** La croyance que réquilibfe des nationalités, si singulièrement dit équilibre européen, n'est pas une sottise comparable aux mystères les plus absurdes.

5* La croyance que l'absurdité, congrès de la paix perpétuelle entre les nationalités, n'est pas le complément de l'absurdité, équilibre européen.

Le premier obstacle ne peut être vaincu que par une anarchie suffisante. L'anarchie est le seul médecin qui puisse guérir la cécité et la surdité sociales.

Le second obstacle, j'ai voulu le lever. On a'I^st moqué de moi.

Voyons les autres !

— CGXII —

UNITÉ SOCIALE (suite).

l'unité sociale est-elle impossible?

« La presse abat les murs de la patrie, m Béianges.

« Et^ quand les murs de la patrie se sont « écroulés devant les trompettes de ht science, « le monde est libke^ et re^ ubrb : jusqu'à

ft LA HOET DU GLOBE. »

GouNS, Commentaire, 9 Un pressentiment Tague^ ind^ni, s'étend « sur l'Europe, Tattente de choses gbahdbs et « HOUVELLES maintient les esprits dans une in- « certitude et dans une anxiété indéfinissables, tf Dans ce mouvement intérieur ^ dans ce feu « latent, rcTiveut, s^agitent et s'efforcent de « percer tous les germes qui ont été semés « dans respacé'ties siècles. Les appréhensions <f et les espérances se sout emparées du mood« « moral ; elles se propagent avec la force et la « rapidité de la foudre et avec des altematiTos « étourdissantes. »

« Le conflit actuel contient en principe uns « lutte terrible, dont l'issue est enin les « mains de la ProTidence. Jamais li manDE

m KE S*EST TIOUYB DANS UHE COVDinOV FA-

<f EEiLLE ; jamais, sous d'unanimes aspirationt <i de paix n*a couvé guerre plus fatale. Si eU* « éclate, le monde sera renouTelé. L'Europe « et l'Asie sont au seuil d'une agitation saut «( égale. Le despotisme, la liberté, U con- « quête, l'indépendance, la barbarie, la eiii* a lisation, tout est Bf QUESTION, toutes 1m a chances sont suspendues sur la tète de llm- (I manité. La tempête sera terrible ; les résol* <c tats sont incertains. Le TEMPS «es matioiulu- « TES BST>iL eufw temu, et, do U lutte qei le

« prépare^ les grauds principes de la civilisa- <f tiOD sortiront-ils yainqueurs ou vaincus?» Article du Parliamento de Turin, inséré dans le journal la Pressé du 7 février 4854.

«r Et quel est le seul principe de la civilisaa tioD ?

« — Le DROIT.

« — Et quelle est la seule force de ce prin- «f cipe?

« — La communauté d'idées sur le droit.

« — Et quelle est la seule base de cett« « force en présence de l'incompressibilité do a l'examen?

« — Là COimAISSANCB RÀTIOimELLSMKIlT IM- « GOHTESTABLB DK LÀ RÉALITÉ DU DROIT. »

Ck>Liifs, Commef^aire.

si, déjà, les nationalités ne se trouvent point avi- Tesprit des sommités de rintelligence ! Et n'ouais qu'une nationalité n'est autre : qu'une colléemes soumis à un même droit, à une même sanction

) patriotisme, dit M. Cousin, n'est autre chose que itbie primitive de tous avec tous, dans un même ^uns un même ordre d'idées... »

! même ordre d'idées n'est-il pas spécial ? sufBt-il munauté d'idées soit établie sur \e pouvoir éclaîell, pour constituer une patrie? Non. Ce qui cons- Irie, c'est la communauté d'idées sur un même renant une même sanction. Eh bien ! cette commupossible : que par une révélation sur-ralionneller me inquisition, en époque d'ignorance sociale sur u droit; ou, que par la démonstration rationnelntestable de celte réalité, anéantissant cette ignoipoque d'ignorance et d'incompressibilité de l'exaa sur le droit et la sanction du droit, autant que d'individus. Aussi alors n'y a-t-il : ni société I ; ni société générale ; mais, et nécessairement, liverselle.

— CGXIV — r

« — Otez cette unilô d'esprit et d'idées, continue H. Couc $in, c'en est fait de la patrie et du patriotisme. »

{If^troduction à l'Histoire de la Philosophie.)

— C*est ce qui rend, pour notre époque, et le patriotisme et le cosmopolitisme, égfalement impossibles.

« — Autour du fétiche, dit M. Quinet, s'est assemblée la f tribu; un Dieu national a enfanté la nation ; l'unité reli- « gîeuse a fondé l'unité politique, et de l'idée de Dieu est • sortie la société toute vivante. »

{Génie des religions.)

— Et quand tout fétichisme, tout antropomorphisme, se ^ trouve répudié par l'examen? Alors les sociétés meurent, et ^^^

la société ne peut ressusciter que basée sur la révélatiqft ra-

tionnelle, pur la ^-évélatiop scieutiflque.

Yousi voyez que la communauté d'idées sur le ^rqit» est ejr ^^* c\u3ivemçnt la base de l'ordre.

« — Que l'idée de patrie, dit Pierre Leroux, comprenne ^ *• « virtuellement (pus le§ hommes; et la ipopstrupsité qq'on ^^ ^ « appelle un despote n'€!St plus possible. »

{fevue $ociqj{f.^

-r- Tout cela est ps(rler pour ne fien dire. C'est le pépris ^*s

des nationalités. Très-bien! Mais, comment est-il possible i^P®

d'abolir les nationailités? Et auparavant, les natîopalités doî- — ^1^

veut-elles être abolies, sous peine de mort sociale? car si îssi

cette nécessité n'cxjste point, les nationalités ne seront jamais ^*?

anéanties. Croyez-vous que les liommes mangeraient s'ii J*''

U'y avait nécessité de manger? Eh bien ! l'abolition des na- — ^-"

tionalités peut seulement avoir lieu : lorsqu'elle sern aussi -î^ nécessaire à l'existence de l'ordre social, que la nécessité de manger l'est ^ l'ofdre physique. Et ne croyez pas que maintenant ce soit loin ! c'est, au contraire, extrêmeçient prochain.

« — \iendra peut-être le temps^ dit Chateaubriand, quand

« UNE société nouvelle »

— CCXT —

. -^ P'e^t 1.1 sppiété nqiivejlfi, qu'jl fallait dire.

« -^ Aura, continue le poëte, pris ia place de Tordre $o- « cial actuel, que la guerre paraîtra une monstrueuse absur-

< dite, que le principe même n'en sera pas compris; mais,

< nous n'en sommes pas là. » {Mémoires ^Outre-Tombe.)

— Nous n'en sommes pas encore là, c'est vrai, Jfajs la nécessité sociale ijous y çpncluit pl^s vifq que Chateaubriand ne le prévoy^if, p'ailleurs, pourquoi se bat-on ? Parce qu'on n'est point d'accord sur le droit, sur la sanction. Du reste, c'est toujours le même mépris des nationalités.

« — Nous sompies parvenus à un état de société où Ton c n'aperçoit que des grains de sable sans ciment, des atomes « sans lien. » (M. Michel Chevalier.)

— C'est que le ciment social, le lien social, est la communauté d'idées sur la réalité du droit. Or, cette communauté ne peut exister : que par la foi; ou que par la science. La foi n'existe plus ; la science n'existe pas encore.

? — L'Europe, dit encore. M, l^l. Clievalier, est ur^ spul et « ipêpae peuple, dppt Ifis différentes n^^tions sont les proie yinces; et l'hUiPimité tout entière n'est qu'une seule et « même nation, qui doit êtrç ii]p:aiE. par la Ipi d'une pa- « tion bien ordonnée, à savoir là loi de justice, qui est « la loi de liberté. »

{Lettres sur Inorganisation du traml, 4848,)

— Toujours le mépris des nationalités, le mépris dos autonomies; mais aussi le désir de parler pour ne rien dire. Comment distingue-t-on la loi de justice réelle de la loi de justice illusoire? Et où se trouve l'inévitable sanction de la loi de justice réelle? Jusqu'à solution incontestable : loi de justice et loi de liberté sont des expressions vides de sens et éminemment anarchiques : dès que leur application pratique devient nécessaire.

. % — ÎJous ç'fjYQîis pa^ floiême p,!e^^é eq yoy^fnt s'éteindffi

— CCÎTI —

<K Tamour de la patrie, parce qu'il n'est à nos yeux que Té-

<c goïsme des nations Le temps approche où les

<c nations abandonneront les bannières d'un libéralisme ir- « réfléchi et désordonné, pour entrer avec amour dans un « état de paix et de bonheur, pour abdiquer la méfiance et « reconnaître qu'il peut exister sur la terre un pouvoir

« LÉGITIME. x>

(Bazàrd, doctrine saint- simonienne. Exposition j première année, 1829.)

— Ta ta ta, ta ta, ta ta! Et comment distingue-t-on le pouvoir légitime du pouvoir illégitime? Et où se trouve la sanction inévitable du pouvoir légitime? Quelle rage de toujours parler pour ne rien dire !

Voici une variation du même thème; il n'y a que le mode de changé. Celle-ci est en mineur.

« — L'humanité entière ne doit former qu'une seule as* « sociation. Alors l'unité s'établit entre toutes les tendances <c de l'homme ; l'ordre moral préside également à l'ordre « intellectuel et à l'ordre matériel, aux pensées et aux aci< tiens ; enfin l'égoïsme et le dévouement, l'intérêt et le dece voir, le droit et l'utilité convergent vers un même but ; ou « mieux, deviennent identiques: » {Id.)

— Âh ! l'humanité ne doit former qu'une seule famille. Et où se trouve la règle de ce devoir? Et où se trouve la sanction de ce devoir? Ne valait- il pas mieux : prouver la nécessité absolue de l'unité sociale; dire que la base de cette unité est exclusivement la communauté d'idées sur la réalité du droit; et, qu'en présence de rincompressibilité de l'examen, cette base doit être essentiellement scientifique; quitte, si l'on se sentait incapable de donner la démonstration de celte réalité, d'en montrer au moins la nécessité, et d'engager les autres à la chercher.

L'auteur avait cependant les connaissances suffisantes pour arriver à dire ce qui est absolument nécessaire : pour que

l*unité sociale ne soit point une impossibilité, une utopie. Écoutez plutôt.

« — Les hommes, dit-il, ont été tous ennemis les uns a des autres, mais un jour ils seront tous frères ; chaque « phénomène a eu sa cause, ou, mieux encore, a renfermé en « lui la propre cause de son être; mais tous n'auront un a jour qu'une seule cause, qu'une seule fin ; les familles, les « citoyens, les nations ont été isolées; mais il n'y aura c qu'une seule famille humaine; qu'une seule cité, qu'une « seule patrie ; de même, chaque phénomène a eu sa science, « chaque groupe de phénomène, sa spécialité ; mais il y aura « une SCIENCE uniyerselle, lien de toutes les sciences « spéciales, de tous les phénomènes, donnant à tous une « cause et une fin commune. » {Id.)

— Pourquoi n'avoir pas dit en moins de mots : là science

UNITERSELLE N'EST AUTRE QUE LA CONNAISSANCE SCIEN- TIFIQUE DE LA RÉALITÉ DU DROIT?

Dans tout cela, il n'y a d'utile : que, le mépris des nationalités, inspiré par l'empirisme de la nécessité d'unité sociale.

Voici une dernière variation de cette école.

« — Pour yos enfants, les fureurs de la nationalité et la a rage guerrière paraîtront un délire. Le globe n'offrira « plus qu'une seule famille. »

{Le Producteur, août 1826.)

— J'en suiis charmé. Mais pourquoi? Et comment? voilà ce qu'il aurait fallu dire.

Le pourquoi et le comment se trouveraient-ils par hasard dans la proposition suivante?

« — La liberté qui n'est pas autre chose, que la négation « de toute doctrine sociale. »

(M. Enfantin, le Producteur, septembre 1826.)

' — Est-ce que la doctrine sociale qui fait consister la li-

— CÇTTH — ■

barté, dans Tobéissance volontaire à ce qqi est ordonné p^r la raison, serait la négation de toute doctVine sociale?

« Tout ce que Ton sait bien, s'énonce çUirement, « Et les mots, pour le dire arrivent aisément. >

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