‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 3)Chapitre 29 sur 97 · BOILEAU · texte numérisé non relu

BOILEAU

— Hemarquez, je vous prie, combien, lorsque Vor\ pst sur une route mal éclairée, il est possible de passer près ()e \^ vérité, sans néanmoins l'apercevoir.

t — Là, ditBazard, où il n'existe pas de croyances MO-

« RÂLES COMMUNES Là aussi la force brutale est

« le seul moyen d'ordre à l'usage du pouvoir. »

{Exposition saint^simanienne.)

— Il fallait dire : Là où il n'existe pas de science morale commune, là aussi, dès que l'examen est devenu incompressible, dès que toute croyance sociale devient impossible, la force brutale est le seul moyen d'ordre à Tusage du pouvoir.

Mais, le passage suivant avait éteint les lumières : alor^t comment voir clair?

a — L'homme, dit le Producteur, ne sort de l'ignorance « que par la foi. » {Août 1 826.^

— C'est le contraire qui est la vérité : l'homme ne sort de l'ignorance que par la science; et, rien n'tet plus opposé que la foi et la science.

Toutes les erreurs du saipt-simonisme ont leur source dans cette proposition. Elle est la négation de la vérité ; elle exige un pape ; c'est-à-dire : le despotisme le plus abrutissant.

Vouloir, en dehors de la science réelle, de la science •»contestabtement rationnelle, Brriver ii l'unité sodak, devenue de nécessité absolue, est aussi insensé : que, de vouloir obtenir une foi socialement commune^ en présence de l'incompressibilité de l'examen.

< — Rousseau, dit Lamennais, regarde le christianisme % comp[f« peu pifopr^ à former ^^ ç.i(9yeQ9| ^ gsnae gp'il

4L inspire un esprit de clouceur et détache des choses de I9 « terre, c'est-à-dire parce qu'il sublilue l'amour miiversel « des horomes à ce farouche patriotisme, si fatal h Thuma- % nité, passion violente et impitoyable qui ne fait pas que leg « citoyens s'enlr'aiment, mais qui fait que l'on hpit, tout ce

« qui n'est pas concitoyen Lorsqu'on vient à se re-

« présenter les affreux effets des haines nationales chez les « anciens, Tàme consternée cherche de tous côtés un refuge « contre ces souvenirs effroyables. » {Essai sur l'Indtf.)

— Tout cela est vrai. Et cependant en dehors- de l'unité sociale basée sur la connaissance de la réalité du droit, les nationalités existent nécessairement; et, celles qui n'ont point ce farouche patriotisme meurent, nécessairement cela doit-être ainsi. Est-ce que l'époque des nationalités n'est poiqt répoquede l'enfer social?

« — Un grand ressort des temps anciens, dit Ballanche, € qui fut nécessaire à l'organisation primitive de la société, « et qui ne peut plus être pour nous qu'une grande erreur, ç )6 sentiment exclusif de la nationalité doit disparaître, y

— Et pourquoi? Et comment? s'il vous plaît!

€ — Il uç peut tenir, continue Ballanche, devant les hauts < §çu(iqient3 de l'humanité. »

— Voilà une réponse bien scientifique !

< — Le patriotisme, ajoute Ballanche, a quelque chose d'in- « juste et de factice, outre qu'il est intolérant, terrible et « trop souvent cruel. » {Essai sur le$ institut.)

— Eh bien ! essayez d'anéantir le patriotisme avant l'établissement de l'unité sociale, et votre nationalité disparaîtra. Tant que la raison ne domine point la force, universellement, la force doit protéger la raison nationalement.

— Alors, direz-vous, il y a là un cercle vicieux. C*est vrai : et, ce cercle, je vais le briser.

Quand la cpnnaissanço de la réalité (}u droit est intronisée

chez une nation capable de se défendre; en défendant Tintronisation de la science, ce n'est plus la nationalité qui est défendue, mais bien le noyau de l'unité sociale. Alors, c'est la défense de la civilisation réelle, contre la barbarie qui se prétend civilisée.

« — Se peut-il rien de plus plSsant, dit Pascal, qu'un « homme ait droit de me tuer parce qu'il demeure au delà de « l'eau, et que son prince a querelle avec le mien, quoique « je n'en aie aucune avec lui? » {Pensées.)

— Et là-dessus, Voltaire ajoute ;

« — Plaisant n'est pas le mot, il fallait dire démence exé- « crable. » {Réflexions.)

— C'est le mépris des nationalités. Mais, le mépris le plus insensé : tant que l'unité sociale n'est point devenue : -nécessaire par l'anarchie; et possible, par la découverte de la réalité du droit.

« — Le patriotisme et l'humanité sont, dit Rousseau, tt deux vertus incompatibles dans leur énergie et surtout « chez un peuple entier. Le législateur qui les voudra toutes « deux, n'obtiendra ni l'une ni l'autre. Cet accord ne s'est « jamais vu ; il ne se verra jamais, parce quUl est contraire ni à la nature, et qu'on ne peut donner deux objets à la < même passion. » {Lettres de la Montagne.)

— Tout cela est vrai : tant que l'amour de la patrie et l'amour de l'humanité, ne sont point identiques. Et cette identité existe, lorsque le droit réel se trouve intronisé chez une nation, alors que les autres restent ignorantes. Dans ce cas, l'amour de la nationalité et l'amour de l'humanité sont, non plus deux objets différents d'une même passion; mais un seul et même objet défendu par toutes les forces que do« mine la raison.

« — Les religions nationales, dit encore Rousseau^ sont

< utiles à l'État comme partie de sa constitulion; cela est in- « contestable; mais elles sont nuisibles au genre humain. »

{Lettres écrites de la Montagne.)

— Gare les logomachies ! Tout cela est vrai sous Tincompressibilité de l'examen. Mais, auparavant, le genre humain ne peut être conservé que par les religions nationales.

Le désir de voir établir l'unité sociale est très-humain, ainsi que vous allez le voir. Mais, ce désir, tant que l'unité sociale n'est point devenue nécessaire et possible, est un désir déraisonnable parce qu'il est impossible à réaliser.

it — On demandoit à Socrate, dit Montaigne, d'où il étoit; « 11 ne répondit pas d'Athènes, mais du monde. Lui qui avoit « l'imagination plus pleine et plus étendue, embrassoit l'uni*

< vers comme sa ville, jettoit ses cognaissances et sa société^ « et ses affections à tout le genre humain : non pas comme « nous qui ne regardons qu'à nos pieds. » {Essais.)

— Socrate, en se déclarant cosmopolite, avant que l'unité sociale fût devenue nécessaire et possible, était un véritable anarchiste. Cela seul méritait la mort.

Voici, maintenant, un autre prédicateur de cosmopolitisme ou d'unité sociale. Mais, celui-ci avait une base que Socrate n'avait pas. Et il écrivait à une époque, où l'unité sociale devenait déjà nécessaire.

« — Ce fut après le déluge, dit Bossuet, que ces rava- « geurs de province que l'on a nommés conquérants^ qui « poussés par la seule gloire du commandement, ont exterminé « tant d'innocents.... Depuis ce temps l'ambition s'est jouée, « sans aucune borne, de la vie des hommes ; ils en sont venus « à ce point de s'entre-tuer sans se haïr : le comble de la « gloire et le plus beau de tous les arts a été de se tuer les « uns les autres. » {Discours sur l'Histoire universelle.)

— Bossuet avait pour base la révélation chrétienne. Il oubliait : que cette base allait se trouver pulvérisée sous le marteau de l'examen ; et que lui-même y contribuait puis- »

— CGÎXII —

Somment, en voulant séparer le pouvoir tetai^ôM dtl pouvoir spirituel : ce qu'il y a de plus anarchtclue ati niôndè. L'Ënlpereur â Saltite-Hélèfte, professait hautement l'absolue nécessité de Tjunion des pouvoirs.

Voici sur la pairie, une autre assertion de GhàleàUbriand, également vraie, également fausse, selon le point de vue d'où elle est considérée ; sauf une tache Néanmoins.

« — La religion est le plus puissant motif de l'amour de « la patrie. » {Génie du Christianisme.)

— C'est une erreur. La religion est le seul motif de Taftiour de la patrie. Dès qu'il n'y a plus de religionj la patrie n'existe plus que dans un coffre-fort. •

De plus : Chateaubriand avait en vue une religion Msée Btit* une foi. Eh bien I en présence de l'examen^ ces religions sont impuissantes. Alors^ la seule religion scientifique fait aimer la patrie ; et, alors aussi, la patrie c'est le globe.

Écoutons maintenant un poëte, aux bonnes intentions duquel nous croyons sincèrement; mais, en fait de réalisation, poëte dans toute la valeur que Plutarque attachait à cette expression.

a — Les hommes de rAssemblée constituante, dit H. de (1 Lamartine, n'étaient pas des Français, c'étaient des fk hommes universels. On les méconnaît, et on les râpe- « tisse quand on n'y voit que des prêtres, des aristocrates, â des plébéiens, des sujets fidèles, des factieux ou des dé- « magogues. Ils étaient, et ils se sentaient eux-mêmes mieux c que cela : des ouyriers D£ DiEtJ, appelés par luià res- « TAURER la raison sociale de l'humanité, et à EAlBSEom « le droit et la justice dans l'univers.... »

— Restaurer et rasseoir sont très-jolis ! Si l'on deman* dait^à M. de Lamarline quand et où la raison sociale de l'humanité, ainsi que le droit et la justice ont existé dans

* l'univers? que répondrait-il ? Il y a loin de là aux Quatre âgU

— CCtXîît —

^toHqîies dé Bérab^r : là Ivresse âbàt LEâ mues de la patrie!..

« — Aucilh d^eui, feontiritie M. dô LâtilàMlnë, excepté les « opposants à la révolution, ne renfermait sa pensée dans « les limites de la France^.... »

-^ Alôts, là secôhde Constituante ne t*essembialt guère à la t^t-eùiêfe.

« — La déclaration des droits de l'homme le prouve, con- « tinue M. de Lamartine. C'était le décalogue du genre hu- « daiil dans tôilte^ les langues. r>

, — Et la sanction de ce décalogue, quelle était-elle, s'il vous plaît? Sans doute : l'insurrection est le* plus saint des devoirs. Mais, Monsieur, c'est là le décalogue de l'enfer, ou de l'ignorance : ce qui est la même chose.

* î^ La févolution ôiodernè^ continue M. de Lamartine, «t appelait I^ gentils c^ômttié les juif!) àù ^^Hé^e de la lu- « mière et de la fraternité. »

— SMilsdôtitë, toujours stii cri : IHnsurreclion est le plus saint des devoirs. Âlors^ éteignez les bougies !

« -^ Attssi^ éontinUe M. de Làmaftiùe, ti'y eut-il pas uh « beul de ses âpfttres qui ne proclamât Id t)aix entré les « peuples. »

— Ëiâit-cé : basée sur une assurance au moyen de gros sôus?

« «^ Mirabeau^ continue M. de Lamartine^ La Fayette, tt Robespierre lui-même, effacèrent la guerre du symbole « qu'ils présentaient à la nation. Ce furent les factieux et les « ambitieux (tui la demandèrent plus tard; ce ne furent pas « les grands révolutionnaires. »

— Alors, M. de Lamartine a été un grand révolutionnaire ; car lui seul a arrêté le mouvement. Je me rappelle cependant àtoir lu chez lô grand poëte : # *f *

— GCXIIV —

tt — Le mouvemcnl est l'essence des révolutions : les

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