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c nacé d'une anarchie ou d'un despotisme universel ; la sec curité des États est demeurée sans garantie, et on n'a eu c pour garantie qu'une balance illusoire des forces. Chaque « État soumis, dans son intérieur, à la même cause de désc .ordre, a marché également vers le despotisme et l'anar- « chie : et, pour échapper à ces deux fléaux des sociétés hu- « maines, qu'a-t-on jusqu'à ce jour imaginé? Encore une « balance des forces, ou, en d'autres termes, ùes pouvoirs; < voilà tout : on a fait des traités de Westphalie.
« Et comme les nations divisées par leurs intérêts, seule « loi qu'elles reconnaissent en tant que nations, n'ont aucun « lien commun... »
— Tout lien commun, en présence de l'ignorance sociale et de l'incompressibilité de l'examen, est absolument impossible.
« — Aucun lien commun, et au lieu de former entre elles « une société véritable, vivent à l'égard les unes des autres « dans un état d'indépendance sauvage ; ainsi là où plusieurs « pouvoirs indépendants sont établis, il n'existe non plus « aucune vraie société ; l'État est perpétuellement en proie à « la lutte intestine des intérêts divers qui cherchent à prête valoir. Tous se défendent, tous attaquent; la pensée de « chacun, son désir étant son seul droit, nul n'est lié envers « autrui dans l'ordre politique, et les troubles succèdent aux « troubles, les révolutions aux révolutions, jusqu'à ce que « cette démocratie de sauvages policés enfante avec douleur « un despote. » (Lamennais.)
— Comme pathologie sociale^ c'est admirable de vérité. Mais, comme thérapeutique sociale, cela ne vaut absolument rien.
« — Partout où il y a deux pouvoirs, dit Bonald, il y a « deux sociétés ; et deux sociétés ne peuvent pas vivre tranc quilles dans un même État. »
{De f opposition et de la liberté de la presse.)
— Et là où il y a dix, cent, mille, un million, trente mil-
— cGXxxnii —
lion», cent cinquante millions, un milliard de pouvoirs, y vil-on plus tranquille? Eh bien I c'est ce qui existe au sein de rhumanité : dès que tous sont en conlact incvilablc ; qu'il n'y a plus de sanction religieuse hypothétique socialement acceptée ; et que la sanction religieuse réelle est encore dans les limbes de la science.
o — Tous ces systèmes d'opposition et de balance, ne « sont jamais, je le répèle, dit Destutt de Tracy, que de « vaines singeries, ou une guerre civile réelle. »
{Commentaire sur l'Esprit des lois.)
— C'est très-bien. Mais essayez donc de faire autrement, en absence de toute sanction religieuse I — C'est la danse macabre, direz-vous. — Sans aucun doute. Eh bien! tàcheî de ressusciter au sein de la vérité.
a — Les nations, dit Destutt de Tracy, sont les unes à « l'égard des autres dans l'état où seraient des hommes sau* « vages, qui, n'appartenant à aucune nation et n'ayant entre oc eux aucun lien social, n'auraient aucun tribunal à évoquer, « aucune force publique à réclamer pour en être protégés. Il a faudrait bien qu'ils se servissent diacun de leur force « individuelle pour se conserver. »
{Commentaire sur l'Esprit des lois.)
C'est clair comme le jour. Mais, si ce fait est un mal, il fallait en chercher la cause, afin d'y appliquer le remède, ou au moins le chercher, si on ne l'avait pas. Soyez tranquille ! Destutt de Tracy, la connaissait bien la cause ; seulement, en sa qualité de matérialiste, il croyait le remède impossible. Et alors, il s'occupait exclusivement d'organiser leooploitaiiof^ des faibles par les forts. C'est logique, tant que c'est possible. Quand ce ne Test plus, cela devient absurde. Mais allez dire aux forts que ce n'est plus possible? ils se moqueront de vous, comme ils se moquent de moi. Ils ne le croirQUt... que quand ils le verront. Hélas! ce sera plutôt qu'ils ne se Timaginent. Laissez passer la jui»tice de Dieu!
— cca^xxix —
Tout leproblàma d'ordre, d'équilibre, de balance consiste à trouver un pomoir^ c'est-à-dire une sanction juste, inévitable même par la force, et de concevoir ce pouvoir compallble avec la liberté. Eh bien! ce problème se trouve, par ces messieurs, déclaré éternel. Cela se conçoit : l'humanité est encore exclusivement divisée en anthropomorphistes et en panthéistes. Et, au sein de l'un et de l'autre, la conciliation Au pouvoir et de la liberté est absolument impossible parce qu'absuhie.
A cet égard, écoutons M. Gulzot.
m — Deux choses, dit-il, sont aujourd'hui également fai- « blés, également en crainte sur leur «venir, le pouyoir
< et la LIBERTÉ.
« D'où provient ce mal ? N'a-t-il pour cause que l'éterc NEL PROBLÈKE des sociétés humaines, la difficulté de « concilier la liberté avec le pouvoir? »
(Des moyens de Gouvernement.)
-^ Brisez le cercle vicieux de l'antropomorphisme et du punthéisme : le problème se trouve résolu ; et la solution se trouve, etc : l'harkonie éternelle c entre là liberté
DES ACTIONS j Et LÀ FATALITÉ DES ÉVÉNEMENTS.
Voici un exemple du galimatias, dans lequel tombent inévitablement les meilleurs esprits, dès qu'il s'agit d'équilibre, de balance, c'est-à-dire de pouvoir rationnel et de pouvoir uon brutal, mis en rapport avec la liberté.
« — Le pouvoir, dit Bonald, est l'être qui veut et qui « éi^it pour la conservation de la sociétés Sa volonté s'appelle
< LOI et son action gouvernement. »
{Législation primitive.)
-— C'est donner comme base exclusive de l'ordre, un au» tocrale de Cosaques ayant pour sceptre un knout. Tous les écrits de Bonald protestent contre cette monstrueuse définition du pouvoir. Avec la meilleure volonté possible, vous tombez involontairement dans cette erreur : dès que vous avez admis un Dieu, soit personnel, soit matériel.
— « On ne s'enorgueillit jamais , dit Bonald, que d'un « pouvoir usurpé. » {Législalion primitive.)
— Est-ce qu'un pouvoir qui légifère et agit sans raison n*est pas un pouvoir usurpé? Mais, là se trouve la difficulté de balance, d'équilibre, de Justice, formant rapport avec la liberté.
— Bonald est un des hommes qui s'est le plus occupé de pouvoir; c'est-à-dire : de balance^ d'équilibre entre les actions et la sanction. Écoutons-le de nouveau.
« — Les fonctions du pouvoir peuvent, dit-il, être mul- « tiples, suivant que son action s'applique à divers objets ; « mais son essence est d'être un. »
— Très-bien I mais, le dire est une tautologie. C'est comme si vous disiez : que, deux ne sont pas un. Ce qu'il faut dire, c'est : si le pouvoir est force ou raison ; s'il est personnel ou impersonnel. Si le pouvoir est force^ est personnel^ il est brutal. Et, ce n'est jamais une garantie d'ordre. S'il est raison, s'il est impersonnel, il faut le prouver, et le prouver d'une manière rationnellement incontestable. Car, en présence de rincompressibilité de l'examen, il est impossible de faire accepter son dire sur parole.
« — Car, continue Bonald, deux pouvoirs répondraient « à une société, et de là vient que partout où le pouvoir est <t divisé, il se forme des partis qui sont plusieurs sociétés « dans le même État. i>
{Démonstration philosophique du principe eonstûtutif de la société.)
-— C'est vrai. Mais quand il n'y a qu'un pouvoir relatif à la forc^, relatif au temps, relatif aux personnes, il y a autant de pouvoirs que d'individus. Je sais que Bonald méprisait ce pouvoir. Mais, il voulait faire découler son unité de l'an.tropomorphisme; et, en présence de l'examen, c'est éviter CAorybde pour tomber en Scylla.
Si, de Bonald, nous passons à Lamennais, nous n'en se-
rons pas plus avancés sur le pouvoir, formaDt balance, équilibre^ entre les actions et la sanction.
« — Le pouvoir, dit-il, est Tunion de la force et de Tau- « torité. »
— Et qu'est-ce qu'une autorité qui a besoin de la force et ne la domine pas ? Puis, la force n'est-elle pas la seule autorité? Puis, comment distingue-t-on l'autorité réelle de' l'autorité illusoire? Tout cela est parler pour ne rien dire.
« — L'homme, continue Lamennais, est libre quand il « obéit au pouvoir^ parce qu'il obéit h la raison. »
{Nomeauœ mélanges.)
— Ainsi le pouvoir et la raison c'est une seule et même . chose. Et comment distingue-t-on, socialement, la bonne raison de la mauvaise? Et quelle est la sanction delà raison? Est-ce la force? Alors le plus fort a seul raison. Verba et voces.
Nous venons de voir le grand écrivain dans la première partie de sa carrière de publiciste, sa période antropomorphique. Relativement au pouvoir, à la balance, à l'équilibre entre les actions et la sanction, soilpour une nation, soit pour l'Europe, soit pour le monde, il veut la domination du pouvoir spirituel; mais d'un pouvoir dérivant de l'antropomorphisme. Bientôt il s'aperçoit que le pouvoir conduit au despotisme, et il passe dans le camp du panthéisme. Examinons-le sous cette nouvelle bannière.
< — M. de Bonald, dit-il, parle beaucoup de résistance « passive, il ne permet que celle-là. La résistance passive « est la résistance du cou à la hache qui tombe dessus, x»
{Discussions critiques.)
— Soit ! la résistance passive, c'est l'obéissance passive à ce que l'on ne comprend pas. La résistance active vautelle mieux, quant à l'ordre, lorsque l'on ne comprend pas mieux la résistance que l'obéissance ? La première constate le despotisme ; la seconde l'anarchie.
— ccnn —
« — Les innombrables questions relatives à Tordre pure^^ae (c ment temporel, dit Lamennais, et d'où dépendent, sous c^ c <t rapport, le bien-être ou les souffrances des peuples, ^^ « « résolvent toutes, la foi morale étant supposée »
— Èimi supposée est très-joli ! Mais, Monsieur, sous Tanr ^i
tropomorphismc comme sous le panthéisme, cette foi, vis-i
vis de la raison, est formellement niée. Du reste, continue: ^
« T- La foi morale étant supposée, dans des questio:- ^zzai
« d'organisalion sociale et de gouvernement; car, d'une par .êbh
ic on (lit que Jésus-Christ, dont la mission spirituelle ne rjm: n
a gardait que le oioado futur, n'a dû ni voulu exercer ac^^u
« cuno autorité sur les choses de celui-ci, en ce qu| ionaiMck
it la forme extérieure des Éiats, leurs lois politiques et civil»- -Mes,
« et Ton soutient, d'une autre part, qu'il ordonne de se sc:^*>u-
« mettre à tous les pouvoirs quels qu'ils soient. Commp=?flf
« concilier ces deux assertions? Et quelle liberté, qtt^ els
il moyens de défense et d'action réserve-t-îl aux chrétie:«n5,
« dans la société qui n'est pas l'Église et qui est indép^«-
« danle de l'Église, s'ils étaient tenus d'obéir toujours k /a
o force prépondérante, quelque tyrannique qu'elle pût être?
« Dira-t-on que la résistance en certain cas, est permise;
« mais que pour devenir utile, elle doit être autorisée par
a l'Église? Voilà donc l'Église juge des questions politiques
« et civiles contre la première maxime que l'on établit en son
« nom. n faudra bien qu'on finisse par opter entre ces dm
a principes qui, visiblement, s'excluent l'un Vautre. »
{id.)
— C'est le choix entre le despotisme et Tanarcbie. En époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, et d'incom pressibilité de l'examen : la domination du pouvoir spiritue c'est le despotisme ; la séparation des deux pouvoirs, oa domination du pouvoir temporel, c'est l'anarchie.
Il y a des gens qui tranchent la question au lieu de la soudre. C'est beaucoup plus commode.
— doiLin —
)r -«^ Il ne doit pas, dit Yollaire, ; avoir deui j^ouvtivs « dans rÉtat. » {La voi» du êage et du peuple.)
-^ Le sage et le peuple m*ont bien Tair d'être Ici également sots. Avant de prononcer en matamore, il serait mieux d'exili(}uer : comment, en époque d'incompressibilité d'exatnen, 1 est possible : qu'il n'y ait qu'un seul pouvoir.
« — T Je cherche en vain, disait le plus grand homme du « siècle, à placer les limites entre les autorités civile et re- K ligieuse, l'existence de ces limites n'est qu'une chimère. » {L'Empereur^ 11 février 1804.)
-^ Et, il disait à Saint-Hélène qu'en dehors de l'autocratie religieuse, aucun gouvernement n'est possible. Le grand llQfliiQe ne se trompait pas.
te — Le pouvoir spirituel, dit M. Enfhntln (noii pas plus
< particulièrement celui des papes et des prêtres de Memphis
< que de tout autre), est au pouvoir temporel ce que Tintel- • ligence est au corps. » {Le Producteur, 1 826.)
— C'est vrai. Mais, y a-t-il un pouvoir spirituel réel, une SfQQiioQ religieuse réelle? et comment le prouve-t-on d'une Hf^i^ière rationnellement incontestable? Voilà par où il faut Çf)aimencer : après cependant que l'absolue nécessité de cette sanctipa est socialement reconnue. Sans cela, ce serait faire de? tableaux pour des aveugles; et, de la musique pour des wwrds.
Lorsqu'une question est débattue, et que la science n'en 9 point encore donné la solution ; lorsque, par conséquent, cette question appartient encore au domaine de l'ignorance ; 90^ez persuadé que les plus beaux esprits, au lieu d*a vouer \f^\\^if ignorance, feront pour la résoudre, usage de sophismes 9t 4@ logomachies.
^ ^^Lé Constituante, dit P. Leroux, Ait un concile, la « Convention fut un concile. Napoléon fût un pape; et il nV 4 1 pae bI chétive et si misérable assemblée représentative
— ccniT —
« depuis trente ans, qui n'ait fait acte de pouvoir spirituel c tout en croyant ne s'occuper que du matériel. »
— Logomachie, l'expression pouvoir spirituel équivaut» sanction religieuse^ à sanction relative à d'autres vies. Sin(v il n'y a pas de spirituel. Et, comme M. P. Leroux est pa^:^ théiste, l'expression pouvoir spirituel est chez lui un no
sens.
« — Pour nous borner à un point, continue P. Leroi
« est-ce que toutes nos constitutions n'ont pas été préoéd^M « de déclarations de droits; et qu'est-ce qu'une déclarâtes « des droits de l'homme et du citoyen, une déclaration '^m « droits et des devoirs, sinon un système de religion efc^ ic philosophie?» {Aux politiques.)
— En présence de l'ignorance sociale sur la réalité du dKno et de l'incompressibilité de l'examen : les mots droits, ^e' voirs, religions et philosophies sont des expressions sans ^vi^ leur, et du vrai galimatias.
Résumons :
L'équilibre européen, devenu Téquilibre universel, depuis que toutes les nationalités sont en contact inévitable, l'éqojlibre européen, c'est la négation de tout pouvoir spiritud,de toute balance, de tout équilibre moral entre les actions et h sanction; en un mot : c'est le triomphe de la force brutale. Jugez combien ce prétendu équilibre, considéré comme base d'ordre, devient absurde : à mesure que la circonscription qu'il embrasse vient à s'étendre; à mesure que les points de contact entre les circonscriptions partielles viennent à se multiplier; à mesure que les intérêts particuliers decesd^ conscriptions deviennent plus divergents; à mesure que dans chaque circonscription partielle, les intérêts deviennent pli» opposés entre les gouvernants et les gouvernés; à mesure que les intelligences sont plus développées; à mesure que l'examen se vulgarise plus rapidement; à mesure que les in* dividus se mettent à hauteur des sociétés, en niant toote
— CCXLT —
lûctioD ultra-vitale, etc., etc. Aussi, vouloir éviter l'anarliè, en se basant sur un pareil équilibre, est une folie conh irable auw mystères les plus absurdes. Si cette folie était le fois socialement proclamée, la proclamation de la nécesé du droit réel rationnellement démontré, en serait la couquence immédiate; et cette proclamation une fois faite, la ciétè serait bientôt sauvée; car, il suffirait que la sanction [igieuse fût socialement cherchée pour que bientôt elle fût mvée. Mais le diable ou l'ignorance ne se rend pas aussi nlement. Pour prolonger son existence, il ou elle inventa Congrès de la paix entre les nations basé sur l'assu- Dce contre les risques de guerre, au moyen des écus. C'est flernier sanglot de la féodalité financière. Il s'exhalera dans le mer de sang.
i«UTI —