‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 3)Chapitre 36 sur 97 · CCLXXIII · texte numérisé non relu

CCLXXIII

« augsitôt : doonc-moi ta liberté sans con- « trôle. » M. QuiNBT.

« Bien. Mais^ quand cela est-il possible? d Quand cela ne Test-il plus? »

Colins, Commentaire.

« La presse, machine qu'on ne peut plus « BRISEE, continuera à détruire l'ancien monde, a jusqu'à ce qu'elle en ait formé un nouveau. » Chateaubriand.

'- Avant de pouvoir parler clairement d*une négation, il faut savoir parfaitement quel sens on attache à Taffirmalion. Avant de pouvoir parler clairement de l'expression incompressibilité de Texamen, il faut savoir parfaitement quel sens OD attache à l'expression cùttpressibilité de Vexamen.

Ce n'est pas tout. Il faut savoir^ en outre, de quel examen Itpeut être question. En parlant d'examen en général, cela renfermerait les nuages, le sol, les prés, les bois, les rivières et les poissons, etc., etc. ; tout cela ne peut avoir de rapport direct avec l'ordre social.

En fait d'examen et d'ordre social, il s'agit exclusivement : de Texamen du droit, du droit exclusivement basé sur une sanction autre que la force, sur la sanction religieuse enfin. Il en résulte que l'examen, dont il est ici question, se constitue exclusivement : de l'examen de la religion.

Voyons ce que Platon, le divin Platon pensait de cet examen ; et, surtout, s'il croyait nécessaire de le comprimer socialement, sous peine de mort sociale. Ce qui va suivre est extrait de l'ouvrage intitulé : Les lois. C'est un dialogue entre trois interlocuteurs : le premier^ un étranger athénien qui est évidemment Platon ; le second, un Cretois nommé Cliniâs; le troisième, un Lacédémonien nommé Mégille.

c — Il faut maintenant décider, dit Platon, à quoi doit « être condamné quiconque offense les dieux dans ses paroles c ou dans ses actions, après que nous aurons fait précéder € la toi d'une instruction que voici : »

— Bien ! voyons l'instruction.

— cûLxxrr — ff — Dés qu'un homme croit, comme les lois le lui ensei- « gnent, dit Platon, qu'il y a des dieux ^ jamais il ne se por- « tera volontairement à commettre aucune action impie, ni « à tenir aucun discours contre la religion. Mais ce désordre c ne peut venir que d'une de ces trois causes : ou de ce « qu'on ne croit pas, comme je viens de le dire, que les f dieux existent ; ou s'ils existent^ qu'ils ne se mêlent pas c des affaires humaines; ou enfin qu'il est aisé de les apaiser € et de les gagner par des sacriflceis et des prières, »

— Remarquez, je vous prie, que Platon pressentait l'absurdité des sacrifices et des prières ; qu'il identifiait cette croyance à la négation des dieux; qu'il prétendait^ par conséquent : que toute faute fût punie nécessairement; que toute bonne action fût récompensée nécessairement; ce qui était Tanéantissement de l'antropomorphisme, qu'il va ordonnef de respecter sous peine de mort.

« — Cliniàs. Que faire et que dire à ceujc qui sont dans

« de pareils sentiments?

« — Platon. Mon cher ami, commençons d^abord par « prêter l'oreille à ce que je devine qu'ils nous diront, d'un < ton également railleur et insultant. »

— Vous commencez à voir que Platon ne croit nullement à l'existence des dieux. En effet, il est panthéiste, c'est-à-dire matérialiste, comme tous les philosophes passés et présents;

€ — Clinias. Que nous diront-ils donc?

« — Platon. A peu près ce qui suit d'un air moqueur :

«« Étrangers vous dites vrai. Parmi nous, les uns

a croient qu'il n'y a point de dieuîc ; les autres qu'ils ne se

« mettent point en peine de ce qui nous touche; jf'autres ■ '

« enfin, qu'on les gagne par des prières... .• Nous exigeons | <

« de vous que, selon la marche que vous avez suivie dans

« vos autres lois, avant que de nous accablef tie nienaces

« dures, vous tentiez à notre égard la voie de la persctÀsièD,

en nous prouvant^ par de bonnes haisqzW) qU'it existe I ei

— CSOLXXV —

< des dieux, et qu'ils sont d'une nature trop excell«ite pour ç se laisser flatter par des présents^ et engager à des choses € catitrairei à la justice. »

-^ Voilft la liberté des dieux niée ; par conséquent la nécessité de la sanction nécessaire, étemelle, sous peine de nonexistence de sanction religieuse.

« — • Nous avons droit, continue Platon an nom des

< athées de la Grèce, d'attendre de législateurs tels que vous, « qui vous piquez de n'être point farouches, mais humains, « Cjue vous essaierez d'abord de nous persuader, nous te- « nant sur l'existence des dieux un discours sinon plus beau, « 4tt ttoins plus vrai que les discours des autres : peut-être % réussirezrvous à nous gagner. Si ce que nous vous propo- « 6onB est raisonnable, tâcbez d'y avoir égard. »

— Voilà, il faut en convenir, des athées bien modérés; et i\ est difficile d'en trouver qui le soient davantage partout où une inquisition n'étouffe pas l'examen .

< — Étranger ! dit Clinias à Platon, ne jugez-vous paâ « qu'il est facile de donner des preuves certaines de l'exis- 4t telMedesdlettx?»

.— Et iPlaton répond :

c -^ Comment cela ? »

— Comme s'il sous-entendait : est-ce qu'il est possible de répondre à cela? Là-dessus Clinias, qui ne doute de rien, répond:

« — Premièrement la terre, le soleil et tous les astres ; ce « bel ordre qui règne entre les saisons, ce partage des années a et des mois; ensuite le consentement de tous les peuples « grecs et barbares , qui reconnaissent qu'il existe des « dieux. »

— Vous voyez que l'argument du consentement universel ne date point de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyea^ Maintenant écoutez Platon I

— CCLXkVl —

« — Mon cher ami, dit-il à Clinias, j'appréhende fort pour

« vous deux le mépris des libertins Vous ne connaissez

« point le vrai principe de leur corruption. Vous croyez c qu'elle a sa source uniquement dans des passions effrénées « et un penchant invincible vers le plaisir, et que c'est là ce

< qui jette leur âme dans l'impiété. »

— Voyez-vous les athées justifiés d'être les esclaves de leurs passions? ce qui implique qu'ils ne sont soumis qu'à la raison ?

« — Quelle autre cause, s'écrie Clinias, peut-on donc as- « signer autre que celle-là? »

« — Une cause, dit Platon, que vous ne sauriez date vîner

« Une ignorance affreuse qu'ils se dégui-

c sent sous le nom de la plus haute sagesse. »

— Et, cette ignorance, bientôt Platon la reconnaîtra luimême comme sagesse, en la protégeant d'une explication panthéiste.

En attendant, écoutez-le I

« — Nous avons, dit-il, dans notre Grèce, un grand

< nombre d'ouvrages, écrits les uns en vers, les autres en fc prose, qui, à ce que j'entends dire, ne sont point connus c chez vous, à cause de la bonté de votre gouvernement. »

— Bien ! voilà la censure déclarée nécessaire.

c — Les plus anciens de ces ouvrages, continue Platon,

< nous disent au sujet des dieux, que la première chose qui c ait existé est le ciel et les autres corps. A quelque distance

< de cette première origine, ils placent la génération des

< dieux, nous racontent leur naissance, et les traitements c qu'ils se sont faits les uns aux autres. Que ces discours « soient à certains égards de quelque utilité ou non, pour « ceux qui les entendent, c'est sur quoi il n'est pas aisé de

« prononcer à cause de leur antiquité

c Venons aux écrits de nos sages modernes,

— ocazrni —

« et censurons-les par l'endroit qui est la source du mal.

« Voici l'effet que produisent leurs discours. Lorsque, pour

« prouver qu'il existe des dieux, nous alléguons, vous et

« moi, le soleil, la lune, les astres, la terre comme autant

« de dieux et d'êtres divins , ceux qui sont imbus de la doc-

« trine de ces nouveaux sages, nous répondent que tout cela*

« n'est que de la terre et des pierres, incapables de prendre

« aucune part aux affaires humaines ; et les raisons dont ils

« appuient ce sentiment sont digérées de manière à les rendre

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