TOUT A FAIT
— Voilà Tantropomorphisme déclaré une sottise : par tous les philosophes présents et passés.
« — Le système que vous proposez, s'écrie Clinîas, est « très-embarrassant à réfuter, ne fût-il soutenu que par un « seul, combien plus doit-il l'être, ayant pour lui un si grand « nombre de défenseurs. »
— Comment trouvez-vous cette manière de réfuter le matérialisme?
« — Eh bien ! s'écrie Platon, qu'y répondrons-nous, et « que faut-il que nous fassions? Supposerons-nous que, cités Y au tribunal de ces mêmes impies attaqués dans nos lois, « nous sommes accusés d'une entreprise inouïe, parce que « nous posons dans noire législation l'existence des dieux « comme certaine, et produirons-nous des défenses : ou « bien, négligeant de nous justifier, reprendrons-nous la suite « de nos lois, pour ne point donner ù ce prélude trop d'é- « tendue? Aussi bien nous faudrait-il entrer dans de très- « longues discussions, si nous entreprenions de démontrer « SUFFISAMMENT aux partisans de l'impiété la vérité des c points sur lesquels ils nous demandent des explications, « et si nous ne portions la loi, qu'après leur avoir imprimé « une crainte salutaire et donné de l'aversion pour tout ce c qui en mérite.
« — Étranger, s'écrie Clinias, nous avons dit souvent, en
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« assez peu de temps, que dans le sujet que nou» traitons,
« il ne fallait pas préférer la brièveté à la longueur. Personne,
« comme on dit, ne nous presse et ne nous poursuit. Ce se-
« rait une chose également ridicule et blâmable de choisir
« ici le plus court en laissant le meilleur. Il est d*UDe im-
« portance extrême de donner tout l'air de vérité possible
« à ce que nous avançons, qu'il y a des dieux, qu'ils sont 1 *o
« bons, el qu'ils aiment la justice infiniment plus que les ^(3
« hommes. Ce serait là le plus beau et le plus excellent pré- ' "^
a lude que nous puissions mettre à la tête de toutes nos lois. ' o
« Ainsi ne nous rebutons point, et, sans nous presser ni <11
« rien omettre^ efforçons-nous de tout notre pouvoir de « k
« traiter cette matière à fond, mettant en œuvre les raisons « t
« les plus propres à opérer la conviction. » i p
— Ainsi, c'est sans rien omettre, c'est de tout son pouvoir et par les meilleures raisons, que Platon va établir la vérité de l'antropomorphisme. Écoutons ! ce sera curieux.
« — Comment, s'écrie Platon, peut-on sans indignation « se voir réduit à prouver que les dieux existent? » ^f^
— Effectivement, c'est difficile à prouver. Autant vaudrait être condamné à prouver : que trois ne font qu'un.
a — On ne saurait, dit-il, s'empêcher de voir de m^iivais
a œil, et de haïr ceux qui ont été, et sont encore aujourd'hui
a cause delà discussion où nous allons entrer. Quel homme
m en effet assez maître de lui-même pour donner en termes
« modérés des avis et des instructions touchant l'existence
o des dieux, à des gens qui ne se rendent point aux discours
o qu'on leur a tenus à ce sujet dès l'enfance, qu'ils ont sucés qt^
<c avec le lait, qu'ils ont entendus de la bouche de leurs nour-
« rices et de leurs mères, comme des espèces de charmes,
« tantôt par forme d'amusement, tantôt d'un ton sérieux...»
— En effet, comment résister à des arguments aussi scientifiques !
« — Qui, au milieu de l'appareil des sacrifices, contlpue
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— ^ cxxpaa -^
€ PlatoB, ont été présents aux prières de leurs parents, ont « assisté aux spectacles toujours frappants et agréables pour c les enfants^ dont les sacrifices sont accompagnés; ont « été témoins des victimes offertes aux dieux par leurs pa- « rents avec la plus ardente piété, pour eux-mêmes, pour • leurs enfants, et de leurs vœux et supplications adressés à € ces mêmes dieux, d'une manière qui était intime en eux, la « persuasion de leur existence : qui ont ou appris ou vu de < leurs yeux, quelles sont les adorations et les prosternations « des Grecs et des barbares, au lever et au coucher du so- « leil et de la 'lune, dans toutes les situations heureuses ou « malheureuses de la vie ; ce qui démontre combien tons les f peuptfts aont convaincus de l'existence des dieux , sans c qu'aucun fasse même soupçonner le moins du monde qu'il « p'y en a point, et qui, après avoir reçu tant de leçons, les c bût méprisées sur des motifs destitués de toute solidité... »
•^ Et tout à l'heure Platon disait : que les impies étaient fort nQQibreui^) les plus savants, et que les raisons dont tla appuient }cur sentiment sont digérées de manière à les pndre tout à fait plausibles.
« — Destitués de toute solidité, continue Platon, « comme le pensent tous ceux qui ont quelque étincelle de û bon sens, et nous forcent à tenir le langage que nous leur « tenons? Il faut toutefois essayer de leur parler de sang- « froid, afin qu'il ne soit pas dit que, tandis que l'ivresse a des passions les fait déraisonner »
— Platon vient de dire quç ce n'est nullement la passion qui fait parler les athées.
« — Nous déraisonnons nous-mêmes par l'indignation « dont nous «ommes animés contre eux. »
— Après cela, et au lieu de défendre l'antropomorphisme, Platon met^ sur le compte des philosophes et des poêles, une nouvelle exposition du matérialisme, que nous abrégeons.
En voici un échantillon :