‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 3)Chapitre 4 sur 97 · POSITIVISME · texte numérisé non relu

POSITIVISME

C'est le nom de négativisme que M. Aug. Comte aurait dû donner à son système. En niant la réalité de toute individualité absolue, de toute individualité plus que phénoménale, plus que relative, il nie implicitement la réalité de la libellé, du droit, du bien et du mal, de Tordre moral enfin. Le POSITIVISME réel prouverait la réalité de ces nécessités sociales. C'est même pour n'avoir pu démontrer la réalité de ces nécessités, que les révélateurs les ont supposées, et les ont fait accepter comme vérités par la foi.

Si je vais exposer, aussi rapidement que possible, le système positiviste, c'est que beaucoup de personnes m'ont reproché de né point avoir parlé de ce réformateur. Je dois dire : qu'il le mérite par ses connaissances. Il est certainement le matérialiste le plus instruit de l'Europe ; et, il a osé présenter à.la société l'application de ses principes. Il s'est même placé publiquement sous le patronage de célébrités dont personne

ne coji testera le mérite scientifique (1). Disons de plus: que, M. Comte a fait école; que beaucoup de journaux de Paris, particulièrement le national et la presse en ont rendu compte, d'une manière prodigieusement longue, en l'approuvant plutôt qu'en le critiquant.

De plus : un grand nombre de disciples positivistes, répandus dans les quatre parties du monde, ont reconnii M. Auguste Comte comme grand -prêtre du nouveau culte; et, le rémunèrent domesliquement, en allendant qu'il puisse être rémunéré socialement.

Voici ce qui se trouve à la pagexxv de la préface du tome troisième du Système de politique positive, lequel ouvrage est l'application pratique de ce qui a été établi dans les sh volumes publiés précédemment.

« — C'est pourquoi, dit M. Auguste Comte, je somme tous « les occidentaux capables de sentir, d'une manière quel- « conque, la vraie portée de mes travaux, de concourir loya- « leraent, suivant leurs moyens respectifs, au digne protec- « torat institué pour moi. Si les positivistes incomplets « persistaient à motiver leur coupable indifférence sur leurs « divergences partielles envers l'ensemble de ma doctrine , a je dévoilerais aisément l'égoïsme mal caché* sous ce vain

(1) a Ce cours^ résaltat de longs travaux fut ouvert pour la pre-

« mière fois en avril 4826. Après un petit nombre de séances^ une maladie « grave m'empêcha à cette époque de poursuivre une entreprise encouragée, « dès sa naissance^ par les suffk'ages de plusieurs savants de premier ordre^ « parmi lesquels je pouvais citer dès lors MM. Alexandre de Humboldt^ « de Blainville et Poinsot^ membres de TAcadémie des sciences^ qui voua lurent bien suivre avec un intérêt soutenu Texposition de mes idées. J'ai « refait ce cours en entier l'hiver dernier, à partir du 4 janvier 4829, devant « un auditoire dont avaient bien voulu faire partie M. Fourier, secrétaire « perpétuel de l'Académie, MM. de Blainville, Poinsot, Navier, membres de « la même Académie, MM. les professeurs Broussais, Esquirol, Binet, etc., « auxquels je dois ici témoigner publiquement ma reconnaissance pour la ma- « nicre dont il ont accueilli cette nouvelle tentative philosophique.

a Après m' être assuré par des tels suffrages que ce cours pouvait utilement « recevoir une plus grande publicité, j'ai cru devoir à cette intention Texpo- « scr cet hiver à l' Athénée royal de Paris. »

Extrait du premier vol. de la Philos, positive de M. Aug. Comte.

— xvin —

« prétexte. Car|le9 principes qu'ils admettent déjà sont plus « que suffisants pour mériter au fondateur un juste abri c contre U misère, quand même tous ses autres travaux <c devraient être oubliés.

ft L'obligation de concourir au subside sacerdotal est 4ef venue tellement irrécusable^ pour quiconque se reconnat| « posiliyiste^ Qu^ je l'érigerai prochainement en condition c prélimioaire d'une telle qualification. »

— Cette lettre, sur le subside sacerdotal, a sept grandes pages, petit texte. Je demande pardon à mes lecteurs de ne pouvoir la donner en entier. Voici son post-scfiptum :

« — P. 5. D'après le but du subside sacerdotal, je dois, « en général, inviter chaque coopérateur à m'envoyer, auu tant que possible, sa souscription dans le premier tri- « mestre de Tannée ; à moins qu'il ne préfère le fractionner, « comme plusieurs Tout heureusement pratiqué déjà. »

Résumé général des souscriptions pour le subside sacer-dotal de m'i.

.^ . .. « / Minimum. 25 fr.

40 souscriptions fran-

"^ '^'^' ^'- \ Maximum. 200 »

26 autres occidentales ( ,,. . ^„ «

,, X , n X- l Minimum. 25 fr.

(dont 1 collective ) ., .^^

A n^fvç ^ 1 \ Moyenne. 400 d

de 650 fr. a Lon- à nu ^^r.

, , o 4«K f Maximum. 500 y>

dres) 3,155 » .(

4f anonymes 45 »

Total 70 souscrptions. . . . 5,600 fr. Moyenne. 60 fr*

« N. B. Pendant les trois premières années, le subside « sacerdotal fournit 3,000 francs en 1849, 3,^00 en 1850 « et 4,200 en 1851. »

— Cette lettre est datée :

~ Paris, le 3 Homère 65 (lundi 31 janvier 1853).

D'abord j'avais cru, n'importe pour quel motif si mes lecteurs ne le découvrent point, nq pas devoir rendre compte de ce système. C'est un tort f je me hâte de le réparer. Ma méthode d'expo«er, iBst de pit.er, ie w dono^rais pa^f qh i^ntime de l'exposition du système d'un autre, non appuyé sur des preuves j et^ en t^i de preuve35 je fie connais que de^ citatipQ^. ^e ferai tout ce qui dépendra de n)oi poiir 0tre aussi snpjçîpct qi}e possible. Si cependant quelques lecteurs trouvaient que les extraits que je doQue .popt trpp noQibrei]if , pela prouverait qu'ils sont déjà édifiés } et je les prierai^ de passer outre, laissant, ce dont ils n'ont pas besoin, pour d'autres lecteurs plus difficiles à convaincre.

Le système de M. Auguste Comte est parfaitement lié. Son application oéjsessaire est la oonséquenae inévitable du matérialisme, da panthéisme, ou du positivisme, comme vous voudrez l'appeler, trinilé "représeqtée par la négation des âmes immatérielles, éternelles, dont l'union à des organismes constitue essentiellement l'humanité.

Le positivisme, appliqué à l'organisation définitive de là société, a quatre bases principales :

1^ La subordinatiop du raisonnement ^u sentimeAt;

2"" Un'GRANp-ËTEB, nouveau Dieu, nouvel Étbe 6u-

3* L'établissement d'un sacerdoce despotique, appuyé sur une inquisition ;

4* L'établissement d^une féodalité financière universelle, dont I9 conséquence nécessaire est u^ véritable prolétariat chinois,

Avant de commencer l'examen de ces différentes bases, je prie mes lecteurs de remarquer : que, le présent chapitre est le résumé d'unç leclj^re de deux mille pages ien trois volumes. Ce que je crains, par dessus tout, c'est l'accusation de prolixité.

Subordination du raisonnement au sentiment.

. Celte première condition est indispensable. Quand on n^a pas de critérium de raisonnement, pour distinguer le bon raisonnement du mauvais, il faut soumettre le raisonnement

au sentiment du plus fort.

Là se trouve la pierre angulaire du système positiviste.

« — L*Esprit, dit M. Auguste Comte, n'est pas destiné à « régner, mais à servir. (T. I, p. 1 6.)

« Le sentiment doit toujours dominer Tintelligence. »

— Le fabuliste disait : La raison du plus fort^ est toujours la meilleure. Le positivisme renverse la proposition, et dit : Le sentiment du plus fort est la meilleure des raisons.

« — Outre, dit M. Comte, la sécheresse inhérente à toute « occupation où le cœur a trop peu de part, les travaux « scientifiques tendent spécialement à développer Torgueil... < Ce double danger naturel ne peut être assez contenu que « par une vraie discipline religieuse qui fasse toujours préva- « loir sagement Tesprit d'ensemble et le sentiment social. »

(/rf.,p. 533.)

— Voici une nouvelle variation sur le même thème :

« — J'ai déjà déploré quelquefois, dit le maître, comme « je devrai encore le faire souvent, la funeste influence morale qui accompagne presque toujours la culture intellec- « tixeWe^ surtout scientifique. » (T. II, p. 46.)

— Il est évident : que tant que vous n'avez point de critérium pour distinguer la science réelle de la science illusoire, celui qui a le plus d'imagination, de fécondité et de force, fait accepter ses rêves pour des réalités.

Un Grànd-Ëtre, nouveau Dieu, nouvel Ëtre-Supréme.

« — Le caractère propre de ce nouveau Grand-Être, con- \ sistant, dit M. Comte, à être nécessairement composé « d'éléments séparables, toute son existence repose sur Ta- « mour mutuel qui lie toujours les diverses parties, sans « qu'aucun calcul puisse jamais tenir lieu d'un tel instinct.» ^ (T.I,p. 329.)

— Il faut que j'aie un bien grand respect pour les patrons de M. Auguste Comte. Sans cela, je me permettrais, peutêtre, de rire un tantinet de leur nouveau bon Dieu.

« — Son existence, dit le grand-prêtre, est aussi la plus « dépendante de la nécessité extérieure. » (Jd. p., 333.)

— Je crois qu'elle dépend aussi un peu de Charenton.

- « — Des chimères jadis consolantes, mais aujourd'hui c dégradantes, ne détourneront plus chacun de se lier au- « tant que possible au Grand-Étre dont il aspire à faire « partie. » {Id., p. 346.)

— Si vous avez fe bonté de recourir à la page 131 du présent volume, vous y verrez que M. Thiers paraît être un disciple de M. Comte.

Peut-être désirez-vous connaître les principaux commandements du bon Dieu du positivisme* Les voici :

< — -D'une part, l'homme doit nourrir la femme; d'une « autre part, la classe active doit nourrir la classe contemc plative. Telles sont les deux conditions fondamentales « qu'impose évidemment la nature du Grand-Être. »

— La classe contemplative se compose de ceol mille

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prêtres à 15,000 fr. chacun, dont M. Auguste Comte est le grand pontife. C'est pour riéti.

« — Quelque réel, dit M. Comte, que soit le nouvel « Être-Suprême, sa nature collective exige beaucoup d'ab- « stractions préalables. » (/d., p. 429.)

-^ Quelctue peu Croyant que je puisée élte^ je crois cela âàfaatiUlleaifBCUlté;

« -^ Quelque faible que soit, dit M. Comte, l'influence « totale du Granb-Étre envers sa planète, c'est à sa propie.. « destinée qu'il faut la rapporter finalement, et alors on è êëtimë tnlëtik dëS iiiôdlflcationâ qUi d'abord semblaient nék gligëables. li (/rf., p. 61 7.)

— Malgré ma bonne volonté, il m'a été impossible d'estiïttët» conveaablemëntlësttidaiflcatldnsdontpaHeiciM. Comte.

« — Sous ses principaux aspects, dit encore le souverain « ponlîfé, chaque espèce animale Se réduit atl fond à un « OaAND-ÉTRe plus ou moins avorté. » (/d., p. 623.)

-=. Et, qilë dëviëridriëhs-iious, botl bietl ! si tous ces •6ttÂ^D&-ËtRfes artivëlent à tërMëf M. Cttffltë va ttotià taSsurfet' â bét égard.

« '— Qiiôiîtue, dit-Il, toute espèce soblâlë tende sponta- • « liéthëht à fortnët» un GRiNb-ÊtfeÉ, tlhë setilë peut réelle- « ment y parvenir. »

— Nous voilà tfaritluilllâês. PlilStiii'Uhë SëUle pëiit y parvenir, noUs fl'avoriâ riëtt à btaihdrë.

« — Cètlë tihîté âbëibëtati(lliëi bdntinilë le miiitfe, résulte a dltecteinent des deiix feitlribiits d'itiimënsilé et d'êlërnité « qui caractérisent rorgaillâme collectif. A chacun de ces « titres, les divérfe (SèANiis-ÊtRËs aitiM pbsslblës dëVlennetit 0 kJ^éè'sairement incompatibles. »

— tdtopfënëz-Vbils"cétîe ttébesSèëf

« -^ JLe plus puissant d'entre eux, continue le maître J - « doit donc subjuguer bientôt tous les autres^ ou même dé>- « truire les plus indisciplinables. »

— Je ne comprends pas davantage. Et vous?

« — Ce conflit, continue M. Comte, est d'autant moins * évitable que, comme je Vais llndtquer, l'espèce pfêpondé- « rante est nécessairement CAftNÀSSiÈRE. »

•*- Il paraît que les nouveaux bons Dieux se mangent entre eux. C'est comme chez nous. On fera donc toujours les bons Dieux à l'image de l'homme ! Et de l'homme ignorant ; c'est-à-dire méchant, qui plus est.

« — Elle se trouve ainsi forcée, continueie pontife, de « soumettre leâ herbivores qui doivent assurer sa nutrition, « et de surmonter la concurrence des autres carnivores. »

-^ Cette malheureuse concurrence se fourre partout! I

« — La multiplicité des GRànds-Ètres, ajoute le révé- « lateur, ne deviendrait vraiment intelligible qu'en suppof'Sant aux principales espèces sociables une puissance « presque égale^ soit dans leur organisation propre, soit en « vertu de leur situation respective. Cette hypothèse^ quoique « peu vraisemblable, n'est point, sans doute, strictement « côntrûdicloire, el peut-être se réalise-t-elle sur quelque « autre planète. » (Id., p: 629*) . •'

• «^ Alors, cela ne nous regarde pas«

Ceux de nos lecteurs qui en ont asses sur le Grànd-Ëtre, ou les Grands-Êtres, peuvent passer au n^ 3. Nous sèmm^ forcé de donner encore quelques citations pour ceux qui ne seraient pas suffisamment édifiés. .

« — Le vrai Grand-Être, dit M. Comte, se compose a surtout des morîs dignes de survivre. » (/d*, p. 745.)

— Voilà, il faut Tavouer, une' bien singulière composition!

..' Allons! je vous fais grâce de vingt citations. Si vous saviez ce qu'il m'en coûte, je mériterais votre bienveillance.

Établissement d'un sacerdoce despotique^ [appuyé sur une inquisition.

« — Le vrai sacerdoce, dit M. Comte, devient Tunique « conservateur de toutes les dignes autorités empiriques, « civiles ou domestiques. » (T. Il, p. 315.)

— Vous voyez ; que, le grand-prêtre ne se refuse rien.

« — Le gouvernement proprement dit, ajoute M. Comte, « devient, à cet égard, un simple auxiliaire du sacerdoce, « en constituant arlificiellement une force matérielle, ca- « pable de modifier indirectement les volontés d'après la a prescription ou l'interdiction de certains actes. » ♦ (/rf., p. 318.)

— Toujours les papes ont voulu pouvoir, à volonté, écraser les empereurs et les rois. C'est qu'ils ont compris : que, Vautorité ne pouvait être divisée.

« — Cette prééminence intellectuelle, dit le pape positi- « viste, permet au véritable sacerdoce, même concentré chez i un seul chef co^YENABLE^ de surmonter, dans son légi- « lime domaine, les plus puissantes forces matérielles prot venues de la richesse ou du nombre. » {Id., p. 356.)

— Ainsi, Messieurs les gouvernants, qui n'êtes point papes positivistes, tenez-vous bien : ou sinon M. Aug. Comte vous secouera.

« — Le sacerdoce, dit-il' encore , placé dignement au « sommet de la hiérarchie civique, exerce une mission so- « ciale supérieure môme à celle que lui procura jadis,une »« -dominaiion corruptrice. » {Id., p. 414.)

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