XXV
— Vous voyez que le rôle de Grégoire-le-Grand est encore trop petit, pour aller à la taille de M. Aug. Comte.
« — Quand Taetion sacerdotale, dit le grand-prêtre, ne
« peut plus agir sur le cœur et l'esprit du coupable, elle in-
« voque Topinion générale d'où résulte une force vraiment
« coërcltive, mais toujours morale. Si celte influence indi-
« recle devient insuffisante à son tour, il faut bien recourir
« à la force matérielle. Mais dès lors, le sacerdoce livre le
t cas au gouvernement proprement dit, qui doit compléter
0 la répression de la correction par les grossiers procédés
« qui lui sont propres. » (/d., p. 419.) ^^
— Voilà l'Inquisition et le bourreau. En traitant de Tincompressibilité de l'examen, nous verrons le divin Platon affirmer : qu'il est impossible de s'en passer.
Vous voyez que c'est clair. Eh bien ! M. Aug. Comte craint de ne pas l'avoir été assez. Il reprend son sujet en ' ^ sous-œuvre : »î
« — L'ensemble, dit-il, d'une telle économie, intellec- « tuelle, morale et politique, repose nécessairement sur l'in- « tervention continue d'un digne sacerdoce, pleinement « distinct et toujours indépendant du gouvernement proprement dit... »
— C'est figurément dit qu'il aurait fallu dire.
« — Seul directeur systématique de L'iÊDUcATiON UNIVERSELLE, continue le pape,^ le sacerdoce y fonde son influence consultative... »
— Consultative est très-joli !
« — Y fonde son influence consultative sur toute Texistence humaine tant privée que publique. La commune élaboration du perfectionnement cçntinu lui réserve spécialement la plus noble activité. Car, l'amélioration systématique de notre triple nature constitue nécessairement le domaine indivisible du pouvoir spirituel, qui seul en connaît assez
— tkn —
k les lois. Le pouvoir temporel se BORNE àprésideir auper- « fectionnemént habituel de nottê condition matérielle, d'à-- « près la connaissance de l'ordre extérieur, enseignée et « développée par le sacerdoce.
« Dans la vie civique, le sacerdoce devient le directeur t normal de l'opinion publique. Unique organe de l'hu- <c MANITÉ, il consacre en son nom^ d'après le passé pour t l'avenir, toutes les autorités pratiques qui, sans cette ori- * gine, ne pourraient obtenir une suffisante vénération qu'en tf résultat d'un long exercice. Seul juge compétent des morts, c il est ainsi conduit à juger aussi les vivants qu'il domine. « Toutes ses attributions sociales peuvent se condenser dans k lë fclassement des hommes, suivant leur mérite personnel, « c'est-à-dire d*après leurs aptitudes à représenter rhiimà^ t nttè, indépendamtuent de leur office spécial, mâid sans « altérei* jamisiis la hiéfarchtë pratique. ^
— Voilà un anti-pape, au sein du saint-simonisme.
« — Le sacerdoce, continue M* Comte> doit surtout « développer une telle appréciation parmi les prolétaire^,
* « vu LA GRATUITÉ NÉCESSAIRE DU TRAVAIL HUMAIN^ (ful
a place la vraie récompense de chacun dans une juste estime, « souvent refusée aux puissants. » (T. III, p. xxxviii.) •
— J'avoue que je comprenais fort peu le crédit gratuit. lë ènois que je cokËpréhdft UU peu molds «tibore, le travail gnxMt. Maià, qu'importe! leârand-Ëtre le comprend probablement; et, cela doit suffire è ses adorateurs.
Maintenant que le grand-prêtre a expliqué combien le sa« cerdoce est utile au peuple ; il va vous expliquer comment le peuplé doit être utile au sacerdotîe;
« — On pourra toujours, dit lé grand-prêtre, suffire à « tous les besoins spirituels des cent vingt millions d'occî- « dentaux avec un corps de vingt mille théoriciens (i), d'où
— xîvn —
<K cent mille pdUr la tei*re etltièré, réprésentatit Chacun « 15,000 francs de frais annuels, tant matéHels que péf^ tt goiiiiels. »
— C'est un petit budget de quinze cents millioift; pour M. Auguste Cointe. Quand on prend du galon, on n'en sau* rait trop prendre.
« — ÂctUeliemétlt, bornée à son fondàîeur, dît M. Âij; « gusté Comté, cette corporation suprême doit déjà pira- « liqUér dignement les règleà dé conduite qui lui permettront « dé présider à là régénération humaine , car îé pouvoir « spirituel, quoique plus diffusible qu'aucun autre (puisque « îchâqué âme dés deUx Seies peut y participer secondai- « fément) , est ainsi le plus susceptible de condensation. <^ a ti î^ommétice tlécessaîl»emént par une tête unique ,-ô& % rêâtdëiit poutiâtit toiltés ses institutions essentielles, tant & de ciiitë, él même de règitUé, que de dogme, v
{td., p, xixix.)
' Si je vous ai ennuyés^ chers lecteurs, pardonnez-le«»moi! il m'a été impossible d'être plus préds sur le sacerdoce^
Établissement d'une féodalité financière, universeUe, donl la coméqmnce néeessaire est un véritable pridétariat chinois.
, « — La prépondérance fondamentale des besoins cor-
> pôréls pfbùUte, dit M. Côtote, Un ascendant iitttnédiat à la
t richesse, étt tâttt qu'elle ifournit les mbyetts d*y satisfaire.
k Car, Its riches si>M ks dêptriitntres HaluNk dés fnàtériaux
Ht éînhûréi pû^ cha^n^ géMriatim..... ÂlhSl, chàcUti îi'eux
« coîldéttSe sprttitattêttleht Un pôUvolf pràttqiié Côûti^é lequel
t AUcUùe niûltitude bti &aurftit préValollr 4tte dans deâ cas
— XXTIÎI —
— Je préviens ceux de mes lecteurs qui auraient déjà suf- ^ flsamment compris le système positiviste, qu'ils doivent
. passer outre. Ce qui va suivre pourrait bien exciter leur ennui: et, peut-être leur indignation. Quant à moi, je suis obligé de m'acquitter de mon devoir de rapporteur. Chers ^ lecteurs ! plaignez-moi.
0 — L'utilité sociale de la concentration des richesses est
r tellement irrécusable pour tous les esprits que n'égare
'^ ^ « point une envieuse avidité, ajoute le réformateur, que, dès
« les plus anciens temps, une impulsion spontanée conduisit
* « de nombreuses populations à doter volontairement leurs
€ dignes chefs. Développée et considérée par la vénération c religieuse, cette tendance éminemment sociale devint, dans
; ^ «^ Les antiques théocraties, la principale source des immenses ^
« fortunes, trop souvent attribuées à la conquête. Chez les
|fc *' « polythéistes de l'Océanie, plusieurs peuplades nous offrent « encore d'admirables exemples de la puissance réelle que <c comporte une telle institution. Systématisée par le posi-
* « tfiHsme^ elle doit fournir au régime final, comme je Tex- « pliquerai ultérieurement, l'un des meilleurs auxiliaires
[/ , « temporels de l'action continue du vrai pouvoir spirituel, « pour rendre la richesse à la fois plus utile et mieux res- « pectée. » (T. Il, p. 156.)
— Quel dommage que la politique positive n'ait pas été imprimée avant l'histoire de la féodalité financière ! M. Tous- ^enet se serait acquitté mieux que moi d'analyser M. Auguste Comte.
« — Quoique, dit encore M. Comte, la prépondérance
« personnelle,- physique, intellectuelle et surtout morale, soit
^> « la source initiale de l'ascendant temporel, il ne devient
• *■ , « stable et complet que chez les familles qui peuvent en *^ « nourrir d'autres, en vertu d'accumulations suffisantes.
. , », « Cette condition matérielle peut seule disposer d'abord le3 . ' ^ .suboi^dçnnéç à une soumission habitu^le que la vénéra*
t lion ennoblit bientôt. En même temps, les familles pré- « pondérantes peuvent ainsi satisfaire leufs instincts de do- « mination, que la bonté vient de plus en plus adoucir quand « la protection est assez appréciée des deux parts. »
— Les barons de la finance doivent un cierge à M. Auguste Comte.
« — L'existence industrielle, dit-il encore, qui doit fin** « lement prévaloir, acquiert aussi cette précieuse aptitude
< politique quand elle peut se développer lij)rement9
t elle ne tarde point à susciter naturellement des chefs per- « MÀNENTS, àont rimportance partielle augmente grà-
« DUELLEMENT.
« Une telle puissance se présente, à la vérité comme esseuj
« tiellement matérielle, puisqu'elle résulte toujours de la *
< grandeur ou de la richesse. Mais, il importe de reconnaître « que l*ordre social ne peut jamais avoir d'autre base im-
c médiate. Le célèbre principe de Hobbes sur la domination ^
< spontanée de la force constitue, au fond, le seul pas ca-
« pital qu'ait encore fait, depuis Arislote jusqu'à moi, la s^
« théorie positive du gouvernement. » (/d., p. 299.)
— Je né félicite pas les disciples du positivisme d'adhérer ^ à de pareilles doctrines. Mais, je les livre au fouet vengeur *
du Juvénal moderne. ^ •
« — Le pouvoir matériel, dit encore M. Comte, est cou-, *, « centré chez les grands ou les riches : le pouvoir intellect « tuel appartient aux sages ou aux prêtres : et le pouvoir « moral réside parmi les femmes. » {Id., p. 311.)
— Les femmes privées d'héritage chez les riches, comme ^ chez les pauvres, et devant être nourries sans travailler;
vivent nécessairement de prostitution. Elle est jolie la source ^
du pouvoir moral !
« — Là masse des hommes, ajoute M. Comte, ne peut
e gu^r^ plus choisir son séjpiir qi^e soq ^cle ; ]es heureux « doivent seulenjept plaipdre et soulager leis déshérités. ?
— Toujours le prolétariat condamné à l'éternel enfer du Dante! Malheureux! Vous ne savez donc pas que, devant riQpQWpriei^ihUité de l'examen, ed( pnfer s'évanouit comme les oiseaux de nuit disparaissent devant les ray on§ du soleij^
, « — Ses tendances ordinaires (du nombre, du peuple, des « pauvres) sont, continue-t-il, profondément subversives, « non-seulement par l'esprit, mais même par le cœur. Il c accueille avidement les plus absurdes utopies, sans re- « connaître aucune vraie discipline mentale, sauf envers les « jongleurs ou leâ rêveurs. Toutes ses inspirations sociales « J'entrainent à fonder une brutale oppression contre les n chefs nécessaires des opérations pratiques (les riches.) »
{Id., p. 352.)
fTT Yoilil eomment on pousse à l'anarchie, an eiis^itant les ricbos oontre les pauvres; voici comment on pousse égale*ment à ranarchie, en excitant les pauvres contre les riches.
€ — /usque-Ià^ dit le maître,, ♦,. »
Km C'estH^^dire, jusqu'à ce que le positivisme soit établi.
« — Jusque-là les prolétaires doivent adhérer au corui- « munisme, comme au seul organe qui puisse aujourd'hui « poser et maintenir, avec une irrésistible énergie, la ques-. < tion la plus fondamentale. Les dangers même que fait « craindre leur solution actuelle^ concourent à provoquer, et « à fixer l'attention générale sur ce grand sujet, que Tem-
# pirisme métaphysique et l'égoïsme aristocratique des
# classes dirigeantes feraient écarter ou dédaigner sans un c tel appd continu, t (T. I, p. *53.)
— Cet amour 4es pauvres dure peu^ et pienM le positi-
— IXtl —
vism revient à son fremiep mouv pour la féodalité dpancière. Écoutez }6 mailre :
c — Cette eonvlction, dlt41, sincère et flimiliôre du besoih i social de chefe politiques (les riches), et de la fatalité < qui prescrit à la masse active une existence prolétaire, constitue certainement la principale difficulté de la disci- ' pline sociale. Elle exige, en effets une appréciation délicate et compliquée qui ne peut assez résulter que d'une sage éducation religieuse. »
— Encore le prolétariat condamné à l'enfer du Dante.
« — Da^s ce mode final de Texistence pratique, la pos- « session des capitaux, dit M. Comte, fournit le principal titre « à la direction des travaux spéciaux. Une incapacité ex- « ceptionnelle pourrait seule empêcher un tel avantage de € prévaloir sur la meilleure aptitude industrielle dépourvue c de ces instruments nécessaires. Le développement de la c ^iqe éducation universelle, doit consolider cette disposi- € tioq naturelle, » (T* II, p. 404.)
—Cela signifie : qu'un Crésus imbécile doit pouvoir tondre et écorcher tout un troupeau de Newtons ou de Galilées.
c m* Le nouveau sacerdoce, non moins indépendant du a prolétariat que du patriciat, saura, dit-il encore, consacrer
< profondément cet office nécessaire, dont les dignes organes
< deviendront ainsi les ministres de la providence matérielle € instituée par le Grand-Étre, envers Tensemble de ses « serviteurs. » {Id., p. 404.)
— Le prolétariat devra bien de la reconnaissance au nouveau sacerdoce et au nouveau bon Dieu. Mieux vaut le diable, qu'un pareil bon Dieu !
« — Tous les peuples sédentaires, ajoute le pontife, sen^r « tent bientôt que la concentration des ricbesses, surtout
— XXXÎI —
c rurales, constitue la principale garantie dé leur bon em--
« ploi » (/rf.rP. 239.)'
' « Cette grande institution complémentaire (l'aliénation du*
« sol) atteint immédiatement sa destination essentielle en
« consolidant^ d'après une base immuable, là forge kà-
^c TÉRIELLE sur laquelle repose, suivant les explications
« précédentes. Tordre élémentaire de toute société* »
— Merci, monsieur le pontife! voilà de votre avis, Taliénation du sol reconnue pour être la source de l'esclavage des masses.
« — La plupart des citoyens, dit encore M. Comte, doi- « vent toujours fester étrangers à la propriété du sol, dont c la destination sociale exige la concentration personnelle. »
(T.III, p. 147.)
— Nouvelle preuve : encore merci !
« — Malgré les vagues comparaisons suscitées par Ta- « narchie moderne, les richesses mobilières ne pourront <r jamais, njoute le maître, êlre assimilées à celles^qui résul-^ « tent de la possession du sol , quelques altérations qu'on « y puisse réaliser. Cette appropriation personnelle d'une « partie quelconque de la planète humaine, procurera tou- <rf jours un pouvoir plus consistant et mieux senti que la t< force inhérente aux fonctions qui s'y passent.
« Lorsque Rome établit irrévocablement la prépondé- « rance civique de l'autorité temporelle, celte rupture avec « la théocratie s'y consolida par l'avènement politique de la « richesse territoriale, qui dès lors n'a jamais cessé de four- « nir la principale base de l'ascendant matériel. »
(/rf., p. 366.)
— Vous avez donc juré, en plaidant en faveur de l'aliénation du sol, de mettre en évidence : que, cette aliénation est la source de l'esclavage des masses !
« — La rétribution du service des travailleurs, dit enfln
« le maître, restera livrée aux décisions privées des en- « trepreneurs. » (Tome II, p. 412.)
— En vérité, Monsieur, vous voulez que le positivisme, ou plutôt le négativisme devienne rexécration du prolétariat. Je vous assure : que, si le patriciat avait du bon sens, il aurait cette doctrine également en horreur.
Telles sont les conséquences nécessaires du matérialisme, soit poltron, soit bravache. Nous y avons ajouté quelques réflexions, afin que le lecteur puisse juger entre le révélateur et son critique.
Maintenant, encore un mot :
M. Âuguste'Comte méprise les savants. Si le passage suivant était l'expression de la science, nous serions de son avis.
« — Quand Torgie finale de Tinstinct militaire fut irrévo-
< cablement épuisée, une paix incomparable inaugura la se- « conde génération du siècle exceptionnel, sous le meilleur « des cinq dictateurs qui se sont jusqu'ici succédé après « Danton.
« Un court épisode conduisit alors- tous les ambitieux sans « convictions à liguer leurs prétentions politiques en s'ac- « cordant mutuellement deux réhabilitations déplorables, « respectivement contraires à teurs opinions avouées. L'ace narchie menlale laissant le public sans défense contre les « séductions concertées et prolongées, on explique aisément « le succès de cette immense conspiration de la presse fran- « çaise, malgré de dignes protestations. Quoique la posté- « rite n'y puisse distinguer qirun chansonnier, sa funeste
< influence mérite de concentrer la flétrissure personnelle t d'un tel complot. » (Tome III, p. 608.)
Citer ce passage, c'est, s'il est possible, rehausser la gloire de ceux qui s'y trouvent attaqués.
Auparavant, M. Auguste Gomte^ en s'adressant à l'empereur de Russie avait dit :
a — La religion universelle attend une éminente protecm.. 3*
— xxxrv —
« <t tion, AU BESOIN M4TËRIELLË, quoique habituellement
« morale, qu'elle ne peut trouver en Occident. C'est ce qui
« détermine ma présente communication, direclementàdres-
« sée au chef le mieux dégagé de toutes les influences per-
« turbatrices, à celui que je regarde, depuis longtçmps,
« comme le seul véritable homme d'État du xix* siècle.
€ Le chef naturel des conservateurs européens doit bientôt
« apprécier une doctrine qui consolide et développe la po-
« lltique conservatrive en l'élevant du pur empirisme actuel,
« à l'état pleinement systématique qu'exige sa principale
a destination. » {Lettre à l'empereur de fiussie.)
-r Si ^. Auguste Comte considère depuis longtemps l'empereur de Russie comme le premier homme d'État du xix*^ siècle, c'est sans doute : parce qu'il a jeté la Pologne en Sibérie; et aussi pour l'engager de venir à Paris se faire lé* cher les bottes par les panthéistes français de 1854, comme les panthéistes de 1814 et de 1815 avaient léché celles de son prédécesseur, à une époque de honte et de prostitution.
La lettre à Tempereur de Russie est datée de Paris, le 16 Bichat 64 (lundi 20 décembre 1 852) , et imprimée à Paris en août 1 853, soixante-troisième année de la grande crise.
Je le répète : les principes posés par M. Auguste Comte sont les conséquences nécessaires des deux espèces de matérialisme. S'il fallait absolument choisir entre les 4cux espèces, nous préférerions le matérialisme bravache : 1^ poltronnerie et l'hypocrisie nous répugnent.
Passons au matérialisme liravache :
— XIXT
.MATÉRIAUSME (saite).
« Il y a une tragédie anglaise qui finit ainsi : c<« Mbts de l* argent dans tes Loches et noce QUE-Toi DU reste. »» Gela p*est pa9 tragiqup^ « mais cela est fort sensé. »
Voltaire.
« 11 est bien certain^ qu'un lion qiort uq « vaut pas un chien vivant ; qu'il faut jouir, a et qpe tout le rçste e§t foUe. ^
Voltaire.
POST MORTEM , NiHiL : après la mort, rien. Telle est l^xpression du malérialisme bravache. J'aime la franchise, même ()aDS l'erreur. L'on sait au moins à quoi s'en tenir.
J'aime également mieux qu'un matérialiste hypocrite, !(. Proij^hon disant :
«c — ^ Il n'y a pas dans l'univers de cause première, seil conde ni dernière. // n'y a qu'un seul et même courant « d'esÊÙtence. Le mouvement : vqjla tout. »
{Philosophie du progrès.)
— C'est parler clair. C'est toujours \epost mortem, nViiU
« — Je conçois, dit-il encore, le mouvement comme Tes- « sence de la nature et de l'esprit. (Idem.)
— - C'est une répétition. Mais, c'est de la franchise. Cela prouve que M. ProudhQP tient à être compris.
« — La condition, dit-il, de toute existence, après le ft mouvement, est sans contredit l'unité ; mais, de quelle
« nature est cette unité? Si nous interrogeons la nature « du progrès, elle nous répond : que, Tunité de tout être est <K essentiellement synthétique, que c'est une unité dé com- <K position. Protagoras dit : il n'est rien que par relation à « quelque chose. Le yN n'est donc qu'une hypothèse; le moi ^ « n'est pas un^être : c'est un fait, un phénomène, yoila « tout. » {Philosophie du progrès.) t,
— J'en demande bien pardon à M. Proudhon ; mais, pour pouvoir interroger réellement, pour pouvoir dire, plus que phénoménalement j*interroge, il faut un un réel, un je réel, un moi réel. Sinon, l'interrogation et tout raisonnement quelconque, n'est qu'apparence, illusion, résultat de la nécessité. Quand on a de la franchise pour après la mort, il faudrait en avoir aussi pour avant la mort. Il y a cependant un petit inconvénient à cette franchise ; c'est : qu'elle replace l'âne entre les deux boisseaux. Il y a peu de matérialistes bravaches avouant qu'ils ne peuvent raisonner. J'en ai connu cependant ; mais il sont rares.
« — Tout ce que je sais et qu'affirme la raison, dit ena core M. Proudhon, c'^st que l'être... est un groupe. »
{Idem.\
— En disant : la raison afOrme; c'est tin raisonneur que M. Proudhon a voulu dire : car la raison n'est un être, ni réel , ni illusoire. Mais, s'il n'y a ni un, ni moi, ce qui est ja même chose, il n'y a pas de raisonneur ; il n'y a même ni affirmation, ni négation en réalité. S'il n'y a ni un, ni moi, il n'y a rien... de réel. C'est clair comme bonjour ! Et, si l'on appelle cela de la métaphysique, c'est qu'on donne le nom de métaphysique au raisonnement. Alors, je dirai : que c'est de la bonne métaphysique, du bon raisonnement.
« — Hors le groupe, dit M. Proudhon, il n'y a que des « abstractions et des fantômes. L'homme vivant est un a groupe^ comme la plante et le cristal, mais à un plus <x haut degré que ces derniers. » (Idem.)
— XXXTIl —
— Soit! monsieur Proudhon. Dans ce cas vous voiià replacé entre les deui^ boisseaux. S'il n'y a ni un ni moi, il vous est impossible de rien affirmer ou nier, plus qu'illusoirement.
Voulez-vous savoir comment on raisonne quand on n'a ni UN ni moi ? Écoutez M. Proudhon :
« — Chaque proposition, dit*il, est vraie ; mais d con- « dition que la contraire le soit aussi. »
{Philosophie du progrès.)
— Cela signifie : que, si la proposition : il n'y a ni un ni MOI, est me vérité ; la proposition :ily a des un et des HOi,*e«^ aussi une vérité. Vive la philosophie du progrès nous révélant d'aussi jolies choses !
Du reste, c'est bien à tort, selon M. Proudhon, que nous nous creusons la tête pour savoir : s'il y a des un, des moi, ou s'il n'y en a pas ; si le contraire d'une vérité est aussi une vérité. Â cet égard, il nous dit :
c — Dormez en paix, réformateurs, le monde n'a pas be- « soin de vous. » {Idem.)
— Il est clair que si le monde va automatiquement, nous compris, le monde n'a absolument aucun besoin de nous. Dans ce cas, je dirais même, si je n'étais pas un automate: que bénie soit la philosophie du progrès! Si, cependant, elle avait la bonté de nous laisser en paix. Mais, il n'en est rien. Elle aime à nous tourmenter^ par son organe M. Proudhon ; et cela: A perpétuité. M. Proudhon, s'il n'est par luimême un automate, aurait mieux fait de dormir sur les deux oreilles, que de nous réveiller en nous assurant : que nous sommes en enfer, sans aucun espoir d'en sortir. Jugez plutôt :
H — J'observe d'abord, chose, dit-il, que tout le monde a sait aujourd'hui, qu'il en est de la question théologique « comme de la question politique, qu'elle est essentiellement « mobite et oscillante de sa nature, tantôt plus grande, tantôt < plus petite, sans que, dans aucune de ses positions, elle c puisse jamais fixer xA satisfaire l'esprit. En sorte que le
— xîxrm —
« philosophe lancé à la pbursuite de l'Être dltlit éSi crniti- « nuellement entraîné d'une hypothèse à Tauire, dil ffttl- « ehisme ail j)olythéismé^ de celui-ci au monothéi^ttlëj BU ^ monothéisme au déisme^ pUls au panthéisme, ptiis fl Tidéu- « tisme, au nihilisme ; poub recotniliencér ensuite par le Bià- « térialisme, le fétichisme j etc. C'est ainsi que chez l'homme « qui cherche l'ordre social par voie d^autorité (1)) la <c raison (2) est traînée invinciblement: de la monarchie « absolue à là monarchie conslitùlionnelle ; de celle-ci à une « rèpublitjdb bligartjhlqdë ou fe&néitaii'ë; de l'oilgàtbhié a la » déhiÔbrdtle; dB la dérttbbralié à j'anëbfchlé; de l^atiat^chlë tt & la dlclalhrë; et ainsi de suite, i i^kèt^ËTtiltË. »
{Phîtûsophie du progrès.)
— M. Proudhon aurait parfaitement raison, s'il n'y avait de possible : que l'anlropomorphisme et le panthéisme. C'est ce que M. Proudhon s'imagine. C'est prendre son propre horizon pour les bornes du monde. Avant lui, Balzac avait dit :
« — Le matérialisme et le spiritualisme sont deux jolies < raquettes, avec lesquelles les charlatans en robe font aller t le même Volaht. * {Ptm de chagrin.)
— Éh bien ! les deux raquettes, c'est-à-dire l'antropomorphisme et le panthéisme, ainsi que les charlatans et le charlatanisme, sont maintenant broyés au sein de l'anarchie. Alors, il faut que la vérité triomphe, ou que l'humanité périsse.
Ces principes matérialistes que M. Proudhon vient de poser, ont, pour conséquences nécessaires^ les propositions suivantes émises aussi par M. Proudhon. C'est que lit. Proudhon est un excellent logicien : comme dit Voltaire, il ne lui tiiahtiuè 4ttë le point dé dépaH.
« — Je voudrais encore, pour assurer tout â fait votre
(1) C'est par voie de Tautorité de la force qu'il aurait fallu dire : puiiqé'ei époc^ue d'ignorance il ne peut en exister a*âutrê. ^ t'fertl^n'driinw qlf ii aUrail Mk ém,* : ,
— XXÎIX —
<( jdêetti'éfat^ dltef léiclëtlr, vous rendre Tàme insensible à la « pilléj supérieure à la venu, indifférente au bonheur. Mais, « ce serait trop exiger d'un néophite. Souvenez-vous seule- « MHt et ii*dubliez j^Mù: que, la^ pitié, le bonheur
« ET LA VERTUj DE MÊME QUE LA :^ATRIE, LA RELIGION,
« IsT L'AiioûR, gONT bES MASQUES. »
{Sptème die$ contradictions, etc.)
NbtlS vëtibiié d'ëk|pbsel* lëà valietlrs : des expressions pan- TâÉtSHE ET MATÉRIALISME } dés systèmes qui ne reconnaissent que le monde rairsiQUÈ ou matériel : passons à la vàlfeùr db PbxpteSfeittti iîËTAtatsiQUE.