‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 3)Chapitre 43 sur 97 · LE MOINS DU MONDE · texte numérisé non relu

LE MOINS DU MONDE

— Voilà qui est positif, clair et précis. Tel est le but. Voici les moyens.

« — Les enfants de chaque bourgade, depuis trois ans <c jusqu'à six, se rassembleront, dit Platon, dans les lieux a consacrés aux dieux. Leurs nourrices seront avec eux pour « veiller à ce que tout se passe dans l'ordre, et modérer leurs « petites vivacités. Chacune de ces assemblées, et les nour- <K rices elles-mêmes auront pour surveillante une des douze « femmes, chargées chaque année de faire observer à cet « égard ce qui aura été réglé par les gardiens des, lois. « Ces femmes seront choisies par celles qui ont inspection a sur les mariages^ lesquelles en nommeront une de chaque « tribu, de même âge qu'elles. Toutes celles qui auront,^u « cette commission, se rendront chaque jour dans le lieu sas> cré où les enfants s'assemblent, et se serviront du minis- <c tère de quelque esclave public, pour châtier ceux ou ceUes a qui seront en faute, si ce sont des étrangers ou des es* a claves; mais, si c'est un citoyen, et qu'il ne veuille pas « se soumettre à la punition, elles le conduiront aux édiles « pour être puni : s'il s'y soumet, elles le puniront eUes- « mêmes. »

— Voyez-vous : les citoyens fouettés par les citoyennesl

— GGXfllII —

Et, ne riez pas ! Dans tout pays de prétendue liberté; là où te despotisme sacerdotal n'est point absolu ; là, je le répète, où règne un masque de liberté, il faut que l'éducation soit tenue dans un étau, ou que la société périsse. L'inquisition n'est faite : que, pour soumettre l'instruction à l*iducation. Vous convenez alors : que, l'éducation est la base première. Écoutez Platon à cet égard.

c — Quand, dit-il, une âme a été nourrie par de certaines « lois, et que, par un bonheur vraiment divin, ces lois sont c depuis un très-long temps établies et permanentes, de sorte c que personne ne se rappelle, ni n'ait ouï dire que les choses « aient été réglées autrefois d'une autre manière qu'elles le « sont aujourd'hui; cette âme se sent pénétrée de respect « pour CCS mêmes lois, et n'appréhende rien tant que de eau* « ser la moindre innovation dans l'ordre établi.

« Il est (lonc du devoir d'un législateur de trouver quelfc que expédient pour procurer cet avantage à l'État qu'il po- « lice. Or, voici celui que j'imagine. On est persuadé par- « tout, comme je disais tout à l'heure, que les jeux des « enfants ne sont que des jeux, qu'il importe peu qu'on y « touche, et qu'il ne peut résulter de tels changements ni « un grand bien, ni un grand mal. Âinsi> loin de les détour- « ner de toute nouveauté en ce genre, on cède, on se prête « à leurs caprices; et on ne pense pas qu'immanquablement » ces mêmes enfants qui ont innové dans les jeux, devenus « hommes, seront différents de ceux qui les ont précédés; « qu'étant autres, ils aspireront aussi à une autre façon (te « vivre; ce qui les portera à désirer d'autres lois et d'autres « usages; et que tout cela aboutira à ce que j'ai appelle le « PLUS GRAND MAL DES ÉTATS, mal que personne ne semc ble appréhender. »

— Vous voyez : que, le républicain Platon était aussi conservateur-borne que le conservateur royaliste le plus absolu. C'est que le progrès, en fait d'ordre moral, est la stupidité-base des temps anarchiques. Le progrès n^a' de trône,

— aCX€TT —

(pfcn époque de choléra moraK Est-ce ^e nou n'arrivé*

rons point bientôt h Tapogée de cette épidémie planétalref Tout fait pressentir : que la période de déclin est près de commencer. Voici encore un moyen que Platon impose^ et que, dît-il, il emprunte des Égyptiens.

« — C'est, dit-il, de consacrer toutes les danses et tous « les chants. Nous commencerions d'abord par régler les (c fêtes, en marquant les temps de Tannée, les dieux, les en- « fants des dieux, les génies auxquels chaque fête doit être 1 célébrée. Nous chargerions ensuite quelques personnes de «

« déterminer les hymnes et les danses dont chaque sacrifice t

« doit être accompagné. Le tout une fois arrangé^ ou ferait i

<c un sacriflce aux Parques et à toutes les autres divinités, où m

« les citoyens en commun consacreraient par des libations «

« chaque hymne au dieu ou au génie auquel elle est destinée.. « Si dans la suite quelqu'un s'avisait d'introduire en Vhon^ — « neur de quelque dieu^ de nouveaux chants ou de nouvelles -r « danses^ les prêtres et les prêtresses, de concert aveclesgar- <c diens des lois, s'armeraient de r autorité de la religion et a des lots pour l'en empêcher; et s'il ne se désistait pas de lui- « même^ tandis qu'il vivrait, tout citoyen aura le droit de le « traduire devant les juges comme coupable d'impiété. »

— Et, vous savez : où cette accusation conduit I Il parait que Platon n'aurait pas mis M. de Lamartine ou

M. Victor Hugo à la tête de sa République.

« — La nation des poêles, dit-il, n'est point capable pour « l'ordinaire de distinguer le bon du mauvais. »

— Et, là-dessus, Platon établit la loi :

«' — Qui astreint le poëte à ne point s'écarter, dans ses oc vers, de ce qu'on tient, dans l'État, pour légitime, juste, a beau et honnête. »

— Vous voyez ! qu'il ne s'agit point do ce qui, en réalité, est légitime, juste, beau et honnête ; mais^de.ce qui est tenu

— acDwv —

pour teL Et, en effet, tf est tout ce qu'il est passible de ftûre,

en époque d'ignorance sociale sur la réalité de ce qui est juste, beau et honnête.

€ — Loi, conlinue-t-il, qui lui défend de montrer ses « ouvrages à aucun particulier, qu'auparavant ils n'aient € été vus et approuvés des gardiens des lois et des censeurs

< établis pour les examiner. »

-— Comment trouvez-vous cette censure qui défend de montrer ses ouvrages à un ami, même au sein du foyer domestique? C'est que, hors cette censure, toute société est impossible en époque d'ignorance sociale. La République romaine dura peu, après que Ciccron eut montré ses Tusculanes à ses amis les plus intimes.

Vous concevez que Platon établit aussi la censure sur les ouvrages dramatiques.

« — Vous êtes poètes, dit-il aux compositeurs de drames,

< et nous aussi dans le même genre ; nous sommes vos ri- « vaux et vos concurrents dans la composition du drame le « plus accompli. Or, nous croyons que la vraie loi peut seule « atteindre à ce but, et nous espérons qu'elle nous y con- «- duira. Ne comptez donc pas que nous vous laissions enc trer chez nous sans nulle résistance, dresser vos théâtres

< dans la place publique, et introduire sur la scène des ac- « teurs doués d'une belle voix, qui parleront plus haut que « nous : ni que nous souffrions que vous adressiez la parole « en public à nos enfants, à nos femmes, à tout le peuple,

< et que sur les mêmes objets vous leur débitiez des maximes, c qui bien loin d'être les nôtres, leur sont presque toujours

< entièrement opposées. »

— Et pourquoi cela, s'il vous plait? C'est que chez les poètes, généralement aussi supérieurs en imagination qu'inférieurs en jugement, il n'y a aucune possibilité de concevoir : qu'en époque d'ignorance, le despotisme est la seule

— CCXCVI ~

base possible de Tordre; et la prétendue liberté, l'ioévitable source de Tanarchie.

« — Ce serait, continue Platon, une extravagance extrême a de notre part, et de la part de tout État, de vous accorder « une semblable permission, avant que les magistrats aient ce examiné si ce que vos pièces contiennent est bon et convea nable à dire en public ou s'il ne Test pas. Ainsi, enfants « et nourrissons des muses voluptueuses, commencez par c montrer vos chants aux magistrats, afin qu'ils les compa- « rent avec les nôtres; et s'ils jugent que vous disiez les < mêmes choses ou de meilleures, nous vous donnerons place « dans notre chœur ; sinon, mes chers amis, nous nesau- « rions vous y admettre. »

— Ici Platon est beaucoup plus poëte qu'il ne le pense luimême. Il s'imagine qu'une censure quelconque^ fùt-elle de tigres et de lions, peut être capable de bâillonner le théâtre I En époque d'ignorance, dès qu'un théâtre est à côté d'une chaire, la chaire est minée et ne tardera point à crouler : quand même, sur le théâtre, vous n'y laisseriez Représenter que des mystères.

Et, cependant, Platon est un grand homme d'État, vous allez en avoir la preuve ;

« — L'ignorance absolue, dit-il, n'est pas le plus grand <c des maux, ni le plus à redouter : une vaste étendue de « connaissances mal digérées est quelque chose de bien « pire. »

— C'est admirable de vérité théorique. Pour que ce fût aussi admirable en pratique, il aurait fallu reconnaître : qu'en époque d'ignorance sur la réalité du droit, sur la réalité du lien religieux, toutes les connaissances possibles ne peuvent être que mal digérées; et que, jusqu'à l'anéantissement de cette ignorance, toutes les connaissances conduisent néeessairement au matérialisme, à l'anarchie, à la mort sociale/

Et cependant, Platon no veut pas l'ignorance absolue. Il

— ccxcm —

a raison, du reste, car Tignorance absolue, c*est la mort. Dés que rtiomme sent, dans le temps, il dit oui ou non. Le je n$ sais pas absolu, lui est impossible. Le seul absolu qui lui soit possible, c'est je sais. Et, cet absolu, en morale, est impossible, en époque d'ignorance. C'est à cet égard que le pauvre Platon est bien embarrassé.

< — Je veux, dit-il, que nos citoyens et nos jeunes gens c s'instruisent de ce qui concerne les dieux célestes, du « mains autant qu'il est nécessaire pour ne point blasphémer « à leur sujet ^ et pour en parler d'une manière convenable « et PIEUSE dans leurs sacrifices et leurs prières. »

— C'est comme si la Sorbonne avait dit : Je consens que les théologiens étudient les mathématiques autant que cela est nécessaire pour ne point nier : que, trois fois un font UN.

Vous allez voir : comment les plus vastes connaissances, ne produisent jamais qu'un chyle mal digéré, en époque d'ignorance.

Tous savez que, dans sa République, Platon prêche la communauté des femmes ! Écoutez le passage suivant, par lui-même, établi en loi :

< — Quant à l'amour des femmes, dit-il, si quelqu'un en c connaissait une autre que celle qui est entrée en sa maison c sous les auspices des dieux, et sous le titre sacré du ma- « riage; soit qu'elle lui soit acquise par achat, ou de quel- « que autre manière : et si son mauvais commerce vient à la c connaissance de qui que ce soit, homme ou femme : nous « ne ferons rien que de juste, en le punissant par une loi « comme infâme, et le réduisant à la condition d'étran*

c GER. >

»— C'est-à-dire : à être fouetté par un esclave public, s'il s'avise d'aller apprendre à chanter aux marmots.

Quand Platon était jeune, il exagérait l'anarchie; quand il est vieux, il exagère le despolisipe. En époque d'ignorance,

— OQXGVin —

il n'y a de possible que des exagérations. C'est juste! c'est répoque de la force : condensée ou raréfiée.

En avez-vous assez de Platon ? quant à moi, j'en ai par* dessus la tête. Et, si je vous ai donné la migraine, je vous en demande un million de pardons; cela ne m'arrivera plus : jusqu'à la première rechute; c'est comme à confesse.

Revenons à nos moutons; c'est-à-dire : à l'examen.

Savez-vous maintenant ce que c'est que la compressibilité de l'examen?

C'est :

4^ La possibilité de s'emparer de l'éducation de tous, pour faire accepter, comme réel, un droit basé sur un antropomorphisme quelconque ;

2^ La possibilité d'établir une inquisition, pour soumettre toute instruction à l'éducation faisant accepter, socialement et individuellement, un droit hypothétique comme réel.

Cette compressibilité de l'examen est-elle socialement possible :

Lorsque la boussole a brisé les barrières océaniques qui pouvaient isoler les différentes civilisations?

Lorsque la poudre à canon a rendu la domination : non plus le résultat des masses barbares; mais le résultat de l'or, expression, en toute époque, des développements de l'intelligence; des développements du travail?

Lorsque les développements de rimprimerie rendent inévitable l'examen des différentes religions , par ces mêmes religions qui veulent prouver leur supériorité les unes sur les autres; examens qui se communiquent inévitablement; et font crouler, inévitablement aussi, toutes les religions basées sur des hypothèses : ce qui, nécessairement encore, fiiit écrouler toutes les religions possibles en époque d'ignorance?

Lorsque la télégraphie électrique vient rendre Pékin aussi

— GGXcnx —

voisin de Paris, que Montmartre pouvait l'être de Paris, il y a moins d'un demi-siècle?

Prétendre qu'il est actuellement possible de comprimer l'examen ; c^st prétendre qu'il est possible d'éteindre le soleil. Avis aux sophistes, appartenant à l'ordre des éteignoirs.

— ooc —

TOLÉRANCE REUGIEUSE.

« Tous les grands hommes ont été intolé- « rants^ et il faut l*être. Si l'on rencontre «sur son chemin un prince débonnaire^ il « faut lui prêcher la tolérance^ afih qu'il <f DONNE DANS LE piÉGE^ et quo lo parti écrasé c( ait le temps de se releyer par la tolérance « qu^on lui accorde^ et d'écbaseb soh adyiia sAiBE A SON TOUE. Ainsi^ le sermon de Vo^ « taire^ qui rabâche sur la tolérance^ est an <t sermon fait aux sots ou aux gens dupes, on a à des gens qui n'ont aucun intérêt à la chose. »

Correspondance de Grimm^ 4«' juin 477t.

a Remarquez, je tous prie : que^ ce pas- « sage n'est pas d*un jésuite, n'est pas d^un a inquisiteur; mais, d'un philosophe. »

Colins, Commentaire.

« Lascher la bride aux partis d'entretenir « leur opinion, c'est prester quasi la main à <f l'augmenter, n'y ayant aucune barrière, ni a coercition des loix qui bride etempeschesa « course. »

M0NTAI6HB.

« Point de violence en matière de religion. « La Yérité se distingue assez de l'erreur. » Mahomet, le Coran, chap. 11^ t. S57.

<f Voyez où conduisent les nécessités M- « claies! Montaigne, intolérant, fait nattre la a tolérance. Mahomet, tolérant, fait nattre « l'intolérance. »

Colins, Commentaire,

« Nul n'aime à tolérer les fripons, s'il n'est « fripon lui-môme. »

J.-J. Rousseau.

Que signifie tolérer? Allons au dictionnaire!

« — Tolérer, v. a. Souffrir, permettre, supporter des choses répréhensibles. »

— L'indifférence religieuse des individus , dont la tolé-

— ceci —

rance religieuse est Texpression sociale, esl-elle une chose réprébensible? voilà à quoi se borne la queslion de tolérance religieuse.

Avant d'aborder cette question, remarquons d'abord : que, la tolérance religieuse est de nécessité sociale : en présence de rignorance sociale sur la réalité du lien religieux ; et de rincompressibililé sociale de Texamen. C'est clair comme deux et deux font quatre. Il ne s'agit donc point de savoir : s'il est possible d'anéantir cette tolérance, tant que l'ignorance sur la réalité du lien religieux n'est point anéantie; mais bien, si cette tolérance est incompatible avec l'existence de rordre, et s'il est absolument nécessaire de l'anéantir, par l'anéantissement de l'ignorance, sous peine de mort humanitaire. Tel est l'état de la question.

H. Odilon Barrot nous fait l'honneur de nous écrire : que, la tolérance religieuse est le principal résultat de la révolution de 1789. Examiner si la tolérance religieuse est esaenliellement anarchique, sera donc la même chose que d'examiner : si, la révolution de 1789 est essentiellement anarchique.

Parler ici de l'importance de la question que nous allons examiner, serait faire injure à nos lecteurs. Seulement, nous les prions d'observer : que nous allons attaquer le préjugé le plus enraciné de la société actuelle; qu'en nous lisant, ils sont Juges et partie; que, par conséquent, et pour être justes, ils doivent beaucoup se méfier d'eux-mêmes.

Commençons par l'évangile de la tolérance, l'ancienne Encyclopédie.

c — La tolérance, dit-elle, est en général la vertu de t loul être faible destiné à vivre avec des êtres qui lui res- « semblent. » (Art. Tolérance.)

— Bien! croyez-vous que la proposition suivante ne soit pas également vraie?

c L'intolérance est la vertu de tout être fort destiné à « vivre avec des êtres faibles ; et cela afin d'avoir une règle

— tiOGlI —

« et une sanction communes, hors lesquelles toute société est « impossible. » (Colins Msc.)

Dans les deux propositions, il faut sous-entendre : au sein de lUgnorance. Quand Tignoranee, sur la réalité du droit et de son inévitable sanction, se trouve anéantie, il n'y a plus ni faibles, ni forts^ tous sont égaux devant le droit ; et, c'est seulement alors que cette égalité peut exister.

Avant d'arriver à la tolérance religieuse, voyons d'abord ce qui, nécessairement, donne naissance à cette tolérance.

t — Qui peut penser, dit P. Leroux, que les débris du « Christianisme qui demeurent encore au milieu de nous, a puissent subsister longtemps? Déjà, toute la partie éclairée « de la nation est dans l'irréligion ; la masse entière suivra. »

{Encyclopédie nouveUe.)

— Eh bien ! si la science ou la prétendue science est irréligieuse; et, s'il est devenu impossible d'avoir une inquisi* tion; comment voulez-vous que la tolérance religieuse, qui n'est autre, socialement, que la négation religieuse, n'existé point nécessairement ?

< — Qu'est-ce qu'un peuple, dit P. Leroux? Et à quelles a conditions une agrégation d'hommes est-elle un peuple? « Est-il possible à une nation d'avoir le sentiment de la paa trie sans une croyance religieuse, des lois civiles^ vérî- « tables sans loi religieuse ? Peut-elle savoir ce que c'est que < morale sans dogme religieux? Peut-elle connaître la jus- « tice et corriger les coupables sans religion? Peut- elle « élever ses enfants sans religion? Ses citoyens peuvent-ils a vivre autrement que d'une vie matérielle, s'ils n'ont point

« de communication religieuse entre eux? Leur répu-

« blique, en un mot, où aucune notion de la Divinité n'est « reconnue, peut-elle être autre chose qu'une triçte et épouse vantable anarchie? » (W., Id,)

-— Et le remède, s'il vous plaît? En présence de rincompressibilité de l'examen, aucune religion n'est possible en

— cKxnn —

tant que basée snr une foi ; et, en présence de l'ignorance sodale, sur la réalité du droit, la religion basée sur la science tfest pas encore possible. Vous voyez qu'alors : la tolérance raUgieiise, ou la négation religieuse est inévitable; et que la sodété n'a plus de base que le bourreau.

« -^ Aujourd'hui, dit encore P. Leroux, nous proclamons « ce qu'on appelle la liberté des cultes, c'est-à-dire la lit berté des sectes, dont la conséquence serait l'indifférence t complète de l'État pour toute espèce de religion. Vous avez « pris pour devise, au sujet de la religion, ces vers légis- « latifi; de Chenier : »

Sur ce point délicat, si I'oq veut s'accorder, L'État doit tout pemifiitre et ne rieo commander.

t Et nous aimons à chanter plus poétiquement avec Bé- « ranger : »

Qu'on puiise aller mêm« k la messe.

Ainsi le veut la liberté.

c L'État, en un mot, doit être athée, et les citoyens aussi « îrréligieuxy aussi superstitieux qu'ils le voudront. Voilà c le principe régnant.

« Que la liberté des sectes soit une nécessité du moment,

c cela est évident, incontestable Mais la question est de

t savoir si ce principe de la liberté des sectes est raison- « nableensoi »

«^ Quelle demande I C'est comme si vous demandiez, s'il est raisonnable de mourir» Il n'y a d'absolument déraison* ûibie que l'absurde* Si la liberté des sectes, la tolérance religieuse est anarcbique; et que l'anarchie soit nécessaire h rUitronisalion de la vérité, vous voyez bien que la tolérance neligieuse est raisonnable. Il vaudrait mieux chercher, corn* nent, sans utopie, la tolérance religieuse peut n'être plus une nécessité.

« — Nous rêvons gravement, continue Pierre Leroux, un

« État qui ne s'occupe, comme on dit, que du temporel,

a laissant le spirituel au gouvernement confus des diffè-

c rentes sectes qui voudront s'établir. Mais cet État pour-

« rait-il subsister, ou plutôt peut-il se concevoir? Et n'estes

« pas la plus folie des abstractions, la plus absurde de toutes ^

« les idées chimériques auxquelles le langage humain ait ^

« jamais donné naissance? y>

— Et le remède! quand vous aurez dit un million de «

fois: que, c'est absurde; que c'est anarchique; vousn'au

rez rien dit d'utile. Le remède ! le remède! A quoi bon ir

riter une plaie si vous ne pouvez la guérir? si môme vous ^ n'en montrez point la cause?

t — Mais, continue Pierre Leroux, y a-t-il un seul acte ^

< de notre existence qui ne soit à la fois matériel et spi

€ rituel?»

— Soit, si cependant il y a du spirituel. Selon vous, il Mi ne devrait point y en avoir : car vous êtes panthéiste.

« — Suivons un instant, dit encore Pierre Leroux, toutes -^ t les conséquences de cette distinction entre l'État et la <c religion, et prouvons qu'elle conduit logiquement à la des- « Iruction de toute religion et de toute société. >

— Et, quand vous aurez prouvé, ce qui est facile, en serez-vous plus avancé? Quelle est la cause du mal? Quel est le remède? Voilà ce qu'il faut dire pour être utile. Sinon : c'est mâcher à vide. Et la cause du mal, savez-vous quelle elle est? L'incompressibilité de l'examen. Et le mal, savez-vous quel il est? La série continue des êtres, base du matérialisme. Et le remède, savez-vous quel il est? L'anéantissement scientifique de cette série. Et savez-vous ce qui est nécessaire pour que cette série soit brisée scientifiquement et d'une manière absolue? Que ce chien favori, que vous aimez à l'égal et souvent plus, de tel ou tel homme, soit un automate, qu'il ne jouisse point de vos caresses, qu'il ne souffre point sous le scalpel du vivisecteur! Comprenez-

vous : par quelle effroyable anarchie vôtre monde d'expiation doit passer, avant seulement de reconnaître : et, la cause da mai; et, le mal; et, ce qui doit constituer le remède? Avant d'avoir ce remède, toute religion est devenue impossible. Maintenant continuez à nous montrer ce à quoi nous expose nécessairement l'absence de religion, dont la tolérance religieuse est l'expression !

Écoutez M. Pierre Leroux : s'il est impuissant pour l'édification, il est admirable pour la critique. Je mets toutes les académies au défi de rien opposer de raisonnable à ce que va leur dire le philosophe.

t — Pour réaliser, dit-il, l'idée de ceux qui ont fait de la € liberté ainsi entendue un principe, il faudrait que l'État c n'eût pas même le droit ni la charge d'enseigner à lire « aux enfants. L'éducation reviendrait alors au père, à la

< famille. Voilà donc le père souverain »

— Hélas ! Monsieur. N'avez-vous pas dit : que chacun doit être pape et empereur. En voyez-vous l'inconvénient?

c — La famille, continue le philosophe, est revenue à € Tan tique patriarchie; le père règle, commande, instruit, c Mais que fait cet homme livré à lui-même? II appelle une c secte, la secte particulière à laquelle il se rallie, pour « régner et instruire à sa place. L'enfant n'échappe donc à c l'éducation de la société que pour retoinber sous le joug c de l'ignorance paternelle ou de la science fausse et étroite

< de certains savants. »

— Et quand la société n'en sait pas plus que les sectaires? Voulez-vous que la société enseigne exclusivement un antropomorphisme quelconque ? despotisme, bientôt brisé par une anarchie. Voulez-vous que la société enseigne le matérialisme? anarchie, bientôt détruite par un despotisme, lui-même bientôt brisé par une nouvelle anarchie. Et avez* vous autre chose à enseigner que : antropomorphisme et matérialifflue?

n. âO*

— cocn —

^ — Et vous voulez, coulinue Pierre Leroux^ que les en- « fant$, ainsi livrés è toutes sortes de dangers ei de pHn- « cipes contradictoires, forment ensuite naturelleibént « entre eux une excellente société... Est-il possible depré- « luder à Tordre par un aussi absurde chaos, et de songer « à organiser l'égalité humaine ert commençant par liVW5r a l'éducation à la plus monstrueuse iniquité ? »

— Eh bien ! Monsieur. Dites comment il est possible de faire mieux! Bien critiquer est bon. Mais, bien corriger vaut mieux!

« — Dépouillé du droit d'enseigner, continue le philo- « sophe, l'État peut-il être investi du droit de punir? »

— Parbleu! certainement, Monsieur; et cela par le droit du plus fort. Or, l'État, sous peine de D[M)rt sociale, est toujours le plus fort.

« — Non, évidemment, reprend le philosophe. »

— Le non est très-joli. Voyons ! te pourquoi T

« — Car, s'écrie l'argumentateur, a-t-il pour jpunir un « critérium quand il n'en a pas pour enseigner?»

— S'il a un critérium ! Elle est jolie la demande? Et la force ? n'est-elle pas le seul critérium qui ait existé depuis que le monde est monde? Il est vrai qu'avant l'incompressibilité de l'examen, il était possible de transformer la force en droit ; et que cela ne l'est plus. Mais c'est précisément dans cette impossibilité que consiste la situation sociale m.Huelle. Tâchez d'en sortir!

« — Qu'une société, continue l'encyclopédiste, ainsi ré- « connue, convienne de livrer les crimes au jugement 'd'Un « certain nombre de citoyens pris au hasard... »

— Pris au hasard est encore très-joli I Savez-vous qu'un gouvernement qui se livrerait au hasard serait un grand sot I .

« — Et, continue Pierre I^roux, ayant chaqtttt tUlé mo^

— cccTn —

« rtilité et tine teligioil, je le veux bien. C'est une loterie de « Jtiâtfa» iStËblie t)our k ^ftfetè de toUs. Mais si l'État doit ce être exclu de toute ItitëryebtiDil dahs i*ordre spirituel, ta

< oonséquence nécessaire est que cet État laisse à ces jurés

< déterminer la peine et ne les fasse pas même juges de la pc- « nalité par un code en les laissant seulement juges du fait. »

— ^ Je crois en vérité que le philosophe prétend que le raisonnement doit dominer sous le règne de la force ! Savez- \9M'j Monsleub, eoidtnènt à là easefiié liotis api^Iions la piM ds^Abe Hé inattvaiB sujets; celle dont il était absolument MltWlMbte de Mfe Hen de bon? des raisonneurs. Vous NiitséVes que cela doit être. Quand on n*a aucun critérium (Wltf fltetitigner le vrai du faux, le bien du mal, sinon la NfCé; eêûl qui prétend raisonner contre la force, est un KMlle. Et haro I sur le baudet; Il est triste, d'être obligé de Wm Àm choses aussi claifEfst

« -ji Vous évéz donc, conlîhùé Tenragé philosophe, vous c avez dôdc un principe de justice dislfibutîVe ^ Vous étés c donc pouvoir spirituel^ ^

«*^ Parbleu 1 mais bien certainementi Est-ce que le plus fMl D'est pas toujours le plus spirituel? En vérité, c'est à désespérer des philosophes 1

t -— Vous écrivez en tète d'une constitution, continue « Pierre Leroux, que tous les citoyens sont égaux devant «kloL»

ioL Et ils lé sdnt auâsi... Au Critérium dé la force.

« — li'ôà vous vient cette règle, je vous le demande? dit c le philosophe qui veut s'instruire. »

••=• D'bù, Mortsicur* Dé la nécessité sociale. TfouVeziim ^è ce ^t soît pâà assesn?

c — C'est, me dites-vous, se fait repondre le philosophe, « que les hommes sont frères et égaux »

— ïYèreà et lôgaùi? âVèc lé cheval, ràtte et fe ftaudet;

— cccvni —

lo chien, l'huître et l'éponge; la laitue, l'écritoire et le^a^e

caillou, n'est-il pas vrai? Elles sont d'un beau poil, voséga—

lités et vos fraternités ! Aussi le philosophe s'écrie :

«— Qui vous a dit cela? Vous êtes donc pouvoir spi

« rituel ? »

— Eh parbleu, oui ! Le plus fort et le plus spirituel n'est-

ce pas la même chose?

« — Je vais plus loin, continue Pierre Leroux, qui ne ^^ « s'imagine point prêcher dans le désert, aussi bien que ^9 « moi; je vais plus loin, dit-il : il n'est pas même possible -^ € à l'État de s'occuper de ce qu'on appelle ses intérêts. Car -^^ « quel intérêt de cette nature ne touche point à un prindpe^^ c spirituel, ou n'est pas une conséquence de cet ordre? Voua "W^ < voulez, par exemple, exécuter des chemins de fer : quoi-iri ce de moins attentatoire^ en apparence, au règne spirituel î^'^asr « Eh bien ! vous ne le pouvez pas sans envahir largement^V J « sur le domaine qui vous est interdit. En effet, pour exé— «-

« cuter vos chemins, vous êtes obligés de faire une loi d'ex ^'

« propriation forcée : atteinte au principe de la propriété* ^. « Qu'est-ce donc que la propriété? A-t-elle des limites f ? « Quelle loi a-t-elle suivie , et quelle loi doit-elle suivr^^**» « encore? Vous voilà pouvoir spirituel. »

— Mon Dieu ! que ces philosophes sont obtus I En parant le pouvoir spirituel du temporel, on a compris qu^ mb le pouvoir temporel était le plus spirituel possible; etqu^-io tout autre qui voudrait s'ériger en pouvoir spirituel, serai' M:îi un raisonneur, un rebelle, et qu'il fallait l'envoyer se pro— ^mener.

« — Je ne sais pourquoi en vérité, continue le philo — * « sophe, j'entre dans tous ces détails, en voulant comî>atU^ ^ « le préjugé de la distinction des choses spirituelles et de^-^ « choses matérielles ou temporelles. »

— A la bonne heure, au moins! Quand il n'y a qu'un

— ccon —

seule nature, la nature matérielle, vous concevez : que, vouloir qu'il y ait des choses spirituelles est une complète cbarentonade !

« — Car, continue le philosophe, pour réfuter cet absurde « préjugé, il suffirait de demander si l'acte peut se séparer t de rintelligence »

— Savez-vous, monsieur le philosophe, ce qu'il faudrait se demander auparavant? C'est : s'il y a des actes, en réalité, et non de purs fonctionnements; s'il y a des intelligences, en réalité, et non uniquement des fonctions céré^ braies? Si, vous étiez logique : vous nieriez les actes et l'intelligence.

« — La réciproque de toutes ces propositions que je viens « de passer en revue, dit Pierre Leroux, est aussi évidente « que ces propositions mêmes. Si le pouvoir temporel ne « peut faire un pas sans envahir sur le règne spirituel, « réciproquement, les sectes auxquelles on abandonne le c pouvoir spirituel sont nécessairement pouvoir temporel « ou attentatoires à ce pouvoir. Si vous abandonnez, par c exemple, l'éducation aux sectes, c'est leur livrer l'État, « ou plutôt c'est leur donner à dévorer les lambeaux de « rÉlat. Comment voulez-vous voir, en effet, qu'un homme « élevé par des jésuites, par exemple, un homme soumis à « la doctrine catholique, un homme sujet du pape par prin- « cipe et par éducation, fasse un bon citoyen? Sa conscience « avant tout? il est sujet du pape. Personne, dit l'Évangile, « ne peut servir à la fois deux maîtres, être à Dieu et au « diable »

— C'est très-vrai. Mais, comment voulez-vous qu'un homme élevé par des prétendus philosophes, qu'un homme soumis à la doctrine matérialiste qu'il n'y a ni bien ni mal, qu'il n'y a que des risques relatifs à cette vie, un homme sujet de son propre égoïsme, toujours relatif à cette vie par principe et par éducation, fasse un bon citoyen? Sa conscience.

— ççcx —

c'0j»t-à-dire $» raison âvapl touti II ^( ?^i^t dc) Mammoii. Personne, dit la })Qn (hu^s, w peut servir à la fois deux matr très : être à Satan, aux passions; et à la justiee, à la raison. Voyez-vous ce que c'^st que de se trouver sur une balançoire^ quand on critique, on est en haut; quand on est critiqué, on se trouve en bas,

« — La conséquence dernière et nécessaire de cette dis-

« tinction, oontinuo le philosophe, est la négation positive

« et l'annihilation systématique de TÉtat. On doit dire, et on

« dit : — « « Puisque l'État ne peut avoir aucun dogme, à

« quoi bon l'État? Laissons la société des individus livrée à

c ell6*méme, l'ordre naîtra tout seul du sein des intérêts. » »

<c — C'est en effet ce qu'ont soutenu certains raisonneurs

« fort peu philosophes. y>

r^ Gomment^ fort peu philosophes? Hais, Monsieur, si l'État ne peut plus ^e baser sur une foi et qu'il ne puisse pnoore se baser sur la science, à quoi voulea-vous qu'il serve : si ce n'est à prendre une trique, et a dauber sur les braillard^? Je sais qu'un pareil ordre n'est qu'éphémère; que c'est du despotisme. Mais, on le préfère & l'anarchie. Et quand on a été un peu broyé par celle-ci, pour eq sortir, on présente le dos à la trique. Voulez-vous éviter 1a Crique? Dites comment il est possible de s'en passer !

« — Épicure, continue P. Leroux, qui ne voyait dans le « monde que le hasard des combinaisons diverses des atomes, ce se récusait quand il s'agissait du gouvernement de la so- « crété. Il ne poussait pas Tinconséquence jusqu'à se pas- « sionner pour l'ordre qui pouvait sortir de la fatalité. Il « laissait ceux qui n'étaient pas aussi sages que lui s'abandon- 9i ncr follement au destin. Il se contentait de se ipettre en ^ sûreté ; il se réfugiait A^x\s la retraite, majs il ne se fai- <c sait pas législateur. De nos joiirs, nie prétendus législateurs <^ ont voulu appliquer l'épicuréisme à la société. On a dit : « « — Abolissons toute reljgjon, chacun se fera sa morale^ « Ne proclamons quçun principe, l^fi sppjété cpllec|jve i|e-

— GGGU p—

« pourriiU eifisjer qu'avec une religion : e)i hi^l qu'il »*y. « Kit pas de société collective, qu'il n'y ait que des individus. « Que le gouvernement soit au plus uq gendarme chargé <( de maintenir la loi égale entre les combattants, n »

— Depuis P. Leroux, on a progressé : on ne veut plus ni gendarmes, ni bourreaux. Un de ces jours, vous verrez décréter : qu'à Charenton, il n'y aura plus : ni garde-fous; ni camisole de force.

— «ï La doctrine de ripdividualisme, continue P. Leroux, « est ainsi venue à la suite de cette opinion q^i'il y a deux a pouvoirs distincts, deux ordres distincts, le spirituel et le « temporel. »

— Eh non ! Monsieur. En réparant le spirituel du temporel, on a voulu seulement ménager les préjugé^ antropomorphiques. On s'est dit : la science démontre la réalité du matérialisme; le pouvoir spirituel est donc une sottise. Alors reléguons-le au ciel et en enfer, dont nous nous moquons complètement. La conclusion de tqpt cela est : que le plus fort a raison. Commencez-vous à comprendre, comn^ent en parlant du pouvoir spirituel, vos adversaires sourient, en faisant semblant de vous écouter? Et il faut convenir qu'ils ont un peu raison. Vous voulez qu'ils consentent à s'emberlucoquer d'un pouvoir spirituel basé sur les brouillards de la Seine. Dissipez le brouillard; prouvez-leur que ce pouvoir existe en réalité, non sur dos brouillards, mais sur le terreplein de la raison. Si alors, ils se moquent de vous, moquezvous d'eux ; et, rira bien qui rira le dernier.

a — Mais, continue le philosophe, quelles sont les consé- « quencçs de cetlp doctfine do l'individualisme? Les plus « tristes qu'on puisse voir. Point de lien entre les hommes, « point de société véritable, point de nation, point de patrie, « point d'égalité, poiqt de liberté; une horrible anarchie de a toutes les opinions, une lutte affreuse de tous les égoïsmes ; « l'athéisme le plus ignorant en présence de la superstition

— COCXII —

« la plus grossière; Tinégalité des conditions la plus révol- « tante en face du principe de l'égalité des hommes ; des « tyrans et des esclaves; des riches qui regorgent et des tra- « vailleurs qui meurent de faim. Voilà donc ce que devient u une société livrée follement aux combinaisons du ha- « sard (1). L'athéisme religieux a entraîné l'athéisme social. « Tout cela a abouti à cette maxime que certains hommes « ont aujourd'hui dans le cœur et sur les lèvres : il n'y a « dans ce monde que des imbéciles et des fripons, et nous a préférons ce dernier rôle. » {Encyclopédie nouvelle.)

— Ma foi! En présence des principes antropomorphopanthéîstiques de M. P. Leroux, c'est vraiinent ce qu'il y a de plus raisonnable.

« — Il est bien évident, dit encore P. Leroux, que le prin- « cipe actuellement régnant de la liberté des cultes, n'a « qu'une valeur temporaire, et qu'il est incompatible avec € un État bien organisé. Ce principe est légitime, est néces- « saire aujourd'hui, parce que la société n'est pas capable, tt ou ne se sent pas capable de se constituer religieuse- « ment. »

— Alors, que diable ! pourquoi criez-vous contre la liberté des cultes, contre la tolérance religieuse? Dites comment il est possible que la société se constitue religieusement, ou, taisez-vous!

« — Mais, continue P. Leroux, quand la société laïque, « de progrès en progrès... »

— Ils sont jolis les progrès : de l'antropomorphisme au matérialisme ! C'est le progrès vers l'enfer de l'anarchie.

« — De progrès en progrès, sera parvenue à se consti- « tuer religieusement, il paraîtra absurde qu'on ait pu re-

(4) M. de Lamartine viëot de me faire Tbonneur de m'écrire : que le monde ^a tout seul ; et^ qu'il ne faut pas s'en mêler. Est-ce que M. de Lamartine commencerait à reconnaître : qu'il a eu tort de 8*en mêler? Serait-ce donc une raison pour laisser tout aller à la diable ?

— GGGXTn —

« garder comme iin état normal la flragmentation de la pa- « trie en une multitude de petites nations séparées et hos- « tiles; car, ce n'est pas même imperium in imperio, mais « multa imperia in imperio.

« Pour l'école de Bayle, la tolérance n'était que l'indiffé- « rence en matière de religion, et une sorte de convention « par l'État d'être athée (1), de n'avoir aucun dogme, au- <K cune croyance morale, aucune religion d'aucun genre...»

— Mais, malheureux homme ! comment voulez-vous : que, dogme, croyance, et religion soient possibles : en présence de l'incompressibilité de l'examen d'une part ; et de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, d'une autre?

a — C'est là, en effet, continue P. Leroux, qu'ont abouti, « après Bayle, tous les partis de la tolérance. Bayle trans- « formé devint Voltaire; la tolérance de Bayle devint l'in- « différence de Voltaire pour toutes les religions et toutes <K les sectes. Voilà comment naquit, dans la législation, « ce principe de la liberté des cultes, principe qui a l'air de « satisfaire à tout et de donner la paix au monde, mais qui « n'amène, en effet, que la ruine. Car l'individualisme et « l'athéisme social suivent de près, et la société s'écroule. »

{Encyclopédie nouveUe.)

— La liberté des cultes, la tolérance religieuse est née de l'incompressibilité de l'examen, en présence de l'ignorance sociale sur la réalité du droit; et cette tolérance, source inévitable d'anarchie, persistera : jusqu'à ce que cette ignorance soit socialement anéantie.

Vous venez de voir P. Leroux, plaider contre la tolérance ; vous allez le voir, maintenant, plaider contre l'intolérance. Et toujours avec raison. C'est, qu'en époque d'ignorance sociale et d'incompressibilité de l'examen : criez contre blanc, vous avez raison; criez contre noir, vous avez encore rai-

(1) Vous avez vn dans notre premier volume : que, la cour de cassation, toutes les chambres assemlSlées, adêcl^ifé : qu'en Franco, f« loi e$t athée.

SÛ9; oriez cobItô tout rayon coloré, voua avez toujours raison. C'ast qu'alors, et en fait d'ordre : toute réunion de couleurs, comme toute absence de couleurs, comme toute couleur est essentiellement anarobique,

« — Rousseau, dit P. Leroux, sentit bien la nécessité « d'une religion collecliye, si Tpn voulait avoir un État, une m patrie, une nation, et non pas une agrégation d'hommes « Sans dévouement, sans morale, sans honneur, sans foi. Il c voulut donc une religion d'État. Mais, craignant en même « temps que l'individu ne devînt esclave de cette religion, « parce qu'il jugeait de l'avenir par le passé, il essaya de ré- « duire cette religion à je ne sais quel sentiment de socia-» - (i bilité sans démonstration, sans commentaire, pomme il « dit, véritable chimère de religion dont Rousseau n'a pas <K craint pourtaq^ de donner la formule., Écoqtez co^^ment « il s'exprime sur ce point dan§ le Contrat social. »

« — Il y a une profession de foi purement civile dont il « appartient au souverain de fixer les articles, non pas prête cisément comme dogmes de religion, mais comme senti* 4c ments de sociabilité, sans lesquels il est impossible d'être « bon citoyen ni sujet fidèle. Sans pouvoir obliger personne <K i les croire, il peut bannir de l'État quiconque ne les croit i( p^s. Il pput bannir non comme impie, mais fîflmq[|Q insoft piable, comme incapable d'aimer sincèrement lp§ lois, |a « ju^lice, et jl'immoler £|u bespin ^^ vje ^ spp devpir. Que f( S|i quelqu'un, après avoir reppuîiii publiquement ces mèraes V a dogmes, se conduit comme ne les prpyaqt pas^ QV'lï- sqit

j^ q ppm pE MORT ; il a commis le plus gre^nd des crimes, il

: « a menti devant les lois. Les dogmes de la re|jgion civile 'c doivent être simples, ea petit nombre, énoncé^ fivpc pré- « cision, sans explication ni corompntaire. J^'e^^i^^pncp delà « Oivinilé puisî^antp, intelligente, bjenf^is^nte, prévoyante a et pourvoyante -, la vie à venir, le bonheur des justes, le « châtiment des méchants, la sainteté du contrat social « et de§ lois : voilà les (Jogmes positifs. Quant aux dogmes

f pégutifs, je tes berne à un seul, c^est fwtfiiérim%j, jçlte « rentre dans les ç\ilt(^ que nous avons e}(çlHS|. ii

{Contrat iocial, Uy« iy, cb. 8,)

« -rr- Quoi, Jean-Jacques, s'écrie P. Leroux, vous allei K imposer à vos citoyens de croire en Dieu sans explications « ni commentaires ; de croire à la vie future, sans explica«> « tiens ni commentaires ; de croire au bonbeur des justes^ € au gouvernement du monde par la Providence, à la jus<» % tice de Dieu sans explications ni commentaires ! Vous ima- % ginez donc que ce grand travail de Thumanité qu^on ¥ appelle religion, théologie, métapbysique, philosophie, le $c progrès religieux en un mot, peut tout ^ coup cesser par ft une ordonnance du peuple I Et vous croyez cependant « qu^il ne peut y avoir de peuple qu'à la condition que ces K dogmes soient proclamés et crus I Mais comment y croire? « Jean -Jacques, tournez-vous vers les hommes de votre « temps, et commandez-leur de croire à vos dogmes : ils )c vous diront : qu'ils ne peuvent y croire, que vous âtes; (K presque le seul du xtiii^ siècle à y croire, et ils auront « le droit de vous demander le commentaire que vous refu* n sez aux citoyens de votre République. Rousseau, votre dis<- « ciple Robespierre a exécuté ce que vous avez pensé. II a « fait décréter des dogmes, ^existence de Dieu et la vie fu^ « ture ; il les a fait décréter sans commentaire; il s'imaginait, « sur votre foi, que ces principes pouvaient se graver dans « le cœur des hommes indépendamment de toute science, de « toute théologie. Ce décret du peuple souverain a-t-il eu « force de loi , ou n'a-til été qu'un vain bruit, une clameur f perdue au Champ-de-Mars, dans les airs?

« Et puis le même homme qui prétepd imposer sociaie^ m ment une croyance à l'homme libre,*tn6 oroyance sans « discussion, une croyance invariable, ee même homme « qui détruit ainsi au premier chef la liberté humaine dans « son essor le plus élevé, dans sa corde la plus haute, qui n punit de l'exil ou de U mort oeux qui ne croient pas à ces

— GGCXYI —

dogmes, comme s'il était si facile de les comprendre et d'y croire, n'imagine pas même ensuite pouvoir tirer légitimement de là aucun enseignement, aucun culte public; il commande le plus et n'ose pas le moins; il impose les consciences et il n'ose pas imposer les yeux et les oreilles. Quoi ! le citoyen croira à tout ce que dit Rousseau, et il n*y aura pas une seule prière publique, une seule exhor^ tatiôn religieuse, une seule cérémonie dans la République de Jean-Jacques ! On croira en Dieu et on n'adorera que l'abstraction patrie, réalisée dans un contrat social ! Ce Dieu', cette Providence à laquelle il faut croire sous peine de l'exil et de la mort, n'auront pas un grain d'encens! Mais, ce n'est pas tout encore : Rousseau proclame que, sans l'unité, il n'y aura jamais ni gouvernement ni État bien constitué; il veut une religion de l'État, et en donne la formule; et cependant il admet les sectes, parce qu'ayant réduit sa religion d'État à une ordonnance sans discussion ni commentaire, il comprend que ni le cœur ni l'intelligence ne sont satisfaits, et qu'ayant imposé sa religion, non pas au nom de Dieu démontré, mais au nom d'un contrat social fondé sur l'égoïsme de chacun, il sent que ce n'est pas là vraiment une religion. Il admet donc les sectes, les églises particulières, et pourtant encore il exclut celles qui lui paraissent intolérantes. Intolérantes ! Mais comment une secte quelconque ne serait-elle pas intolérante, de principe au moins ? Est-ce que toute secte ne croit pas avoir la vérité, et la vérité n'entraîne-t-elle pas la condamnation dogmatique de tout ce qui, n'étant pas elle, est nécessairement l'erreur? Quelle religion, quelle secte donc conservera-t-il dans sa République, au péril de ses dogmes civiques et de sa religion citoyenne? Voilà comment Jean-Jacques se réfute lui-même sur tous les points et tombe dans un abime de contradictions. »

— L'époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, mise en présence de l'incompressibilité de l'examen, est un

abime de coDtradiclion, dont il est impossible de sortir : si ce n'est par Tanéantissement de cette ignorance.

Nous venons d'entendre les panthéistes, sur la tolérance religieuse ;écouions maintenant les antropomorphites.

— tâmiii —

TOLÉRANCE REUGIEUSE (suite).

« Le système de Rousseau (la tolérance) ré- « pugne au sens commun. En théorie^ il im- K plique contradiction^ et dans la pratique^ il <( est impossible. Gar^ Jean-Jacques exige « deux choses manifestement inaUiables. Il « veut qu'on croie toutes les religions égale - « ment bonnes^ et qu'on professe sincèrement V celle du pays où Von est né. Mais lui-même « n'observe-t-il pas, que les religions di-

« VERSES SE PROSCRIVENT ET s'eXCLUENT MU-

« TUELLEMENT? En profcsscr sincèrement une, « c'est donc exclure et proscrire toutes les « autres. Un juif sincère abhorre nécessairece ment le christianisme; comme un sincère « chrétien rejette la religion juive. Ainsi d*un a mahométan, d'un paien^ ainsi de tous les « sectateurs des cultes opposés. On ne change « pas la nature des choses avec des phrases « de rhéteur, on ne fait pas que Thomme « puisse croire la même doctrine vraie et « fausse en même temps; et, cette prétendue « foi sincère en des dogmes qui s'excluent « mutuellement, n*est au fond qu'une incré- <( dulité ou qu'une indifférence absolue. » Lamennais.

« C'est évident à blesser les yeux des (( faibles. Aussi, les albinos ont horreur de la c( lumière du soleil. »

Colins, Commentaire.

Répétons ici : que, la tolérance sociale est toujours fille d'une ignorance émancipée du joug d'une foi quelconque. La science est nécessairement intolérante.

Remarquons en outre : qu'il y a deux espèces d'intolérance sociale : l'une relative à une /oi ; l'autre relative à la science.

Ces deux intolérances ont des sanctions complètement op-

posées : là sanction relative à Tintolérance se rapportant à une foi est la mort phyéique; la sanction relative è llntolérance se rapportant à la science est la talôrt morale. En époque de compressibllité de l'examen, et 4'ignorance sociale, vous dites à Rome et ailleurs : que Tantropomorphisme est absurde, et vous êtes condamné au bûcher. En époque d'incompressibilité de Texamén et de connaissance sociale, vous diteS^ n'importe où : que l'àntrbpomorjpttisme et le àâtérialisttte sont des réalités; et vous êtes déclaré fôù, c'est-à-diré moralement mort; comme si vous alliez actuellement proclamer à TAcadémie des sciences: que, deux *ét deux hti cinq ; ou, que trois ne foht qu'un.

Maintenant, écoutons les partisans dé hiitolérance relative à une foi !

a — La tolérance dogmatique, dit Lamennais, ou, si l'on « aime mieux l'appeler ainsi, la tolérance philosophique, en « détruisant la notion de la îoi, détruit encore la raison, <c puisqu'elle anéantit la distinction entre le vrai et le faux, a ou qu'elle suppose aii moins Timpossibilité de les discerner « l'un de l'autre. »

— Ainsi, d'après Tauteur lui-même, la tolérance philosophique est le résultat nécessaire, nécessaire dans toute la valeur de l'expression, d'une époque au sein de laquelle : vu rincompressibilité de l'examen, il n'est plus possible de baser sur une foi quelconque, sur une hypothèse quelconque, la distinction entre le vrai et le faux, ou même leur existence ; et, vu l'ignorance sociale, il h'est pas possible encore de baser sUr la science, la distinction entré le Vrai et le faux, ainsi que la réalité de leur exîsteilce.

« — Aussi, en ce sens^ continue Lamennais^ la tolérance « n'existe-t-elle nulle part ; ce n'est, sous un autre nom, que « le scepticisme absolu^ ou la mort de l'intelligence. »

— Ce n'est point la mort. Mais, quand l'afBr'matioh et la négeiiifm he ^utëKt plus isè baser sUr Httie foi ; et, qti'ettes

— occxx —

ne peuvent encore se baser sur la science ; c'est, non la mort, mais la léthargie de Tintelllgence. Alors, il n'y a dans ce monde : que, force brutale.

« — Partout où il y a vie, continue Lamennais, il y a « croyance, et toute croyance exclut les croyances opposées.»

— C'est vrai. Mais, quand socialement, les croyances ne sont pins possibles, que voulez- vous faire, si la science n'est pas encore possible? Vous voyez qu'alors: la tolérance philosophique, la tolérance relative à l'ignorance, s'établit nécessairement. U est vrai : que, cette léthargie intellectuelle conduit à la mort. Mais, encore une fois, que voulez-vous y faire? Rien au monde : avant d'avoir reconnu socialement : et votre ignorance ; et la nécessité de la science.

« — Gela, continue Lamennais, est vrai universellement, « et dans les sciences comme dans la religion. La géométrie « n'est pas moins intolérante que le christianisme. Osez écrire « que les lois de Kepler et le système de Copernic ne sont « que des rêveries, vous verrez comment l'Académie des « sciences tolérera vos opinions astronomiques. »

— C'est vrai : mais le christianisme condamne, ou condamnait au bûcher; et l'Académie des sciences ne condamne qu'au ridicule. On ne revient pas de la mort ; et, quand on a dit; deux et deux font cinq, il est toujours possible de revenir du ridicule, en reconnaissant : que, deux et deux font quatre.

« — En toutes choses, continue Lamennais, le doute seul « est tolérant, parce qu'il ignore, et quiconque établit, en « matière de religion, la tolérance dogmatique, déclare la re- « ligion douteuse : il déclare qu'on ne sait ce qui est vrai ou < faux dans les croyances, ni par conséquent ce qui est bien « ou mal dans les actions : il pose un principe qui ne tend « à rien moins qu'à l'entière destruction de toute société « parmi tes hommes. »

— C'est parfaitement vrai. Mais, encore une fois, que

— GGGXXI —

voulcZ'Vous y faire ; si ce n*est reconnaître socialement : et l'ignorance; et la nécessité de la science?

« — Considérez en effet, dans ses applications, continue « Lamennais^ la doctrine de la tolérance telle que nous Ta « léguée la philosophie du dernier siècle. A quoi art-elle servi « qu'à autoriser toutes les erreurs et à justifier tous les « crimes? A la place des droits qui supposent un ordre « immuable de vérités certaines, on a eu des institutions « changeantes, fondées sur des opinions mobiles, des reli- « gions et même un Dieu défait, qui n'était que l'homme préc sente par l'athéisme à l'adoration de l'homme ; des gou- « vernements de fait, c'est-à-dire l'intérêt du plus fort « garanti par les prisons, la déportation et leséchafauds »

— Tout cela est vrai. Mais, il est devenu impossible de baser le droit sur une supposition. Alors, que voulez-vous y faire? Reconnaître socialement : l'ignorance sur la réalité du droit ; et, la nécessité de la science. C'est difficile : mais, c'est à prendre ou à laisser.

€ — La tolérance dogmatique une fois admise, continue « Lamennais, nous défions que l'on condamne, que l'on « blâme même , sans se contredire, aucun de ces épouvan- < tables excès. La tolérance des opinions entraîne celle des « conséquences des opinions. Si chacun peut légitimement « croire ce qu'il veut, il peut légitimement agir d'après ce « quUl croit; et c'est de ce principe que partent, au moins « implicitement, les libéraux pour justifier les artisans de ré- € volution lorsqu'ils réussissent, ou pour réclamer en leur « faveur l'impunité , lorsqu'ils échouent dans leurs enlre- « prises. »

— Toujours parfaitement vrai. Mais, je répéterai un million de fois : que voulez-vous y faire, si ce n'est : engager la société à proclamer: et son ignorance; et la nécessité de la science? Le morceau est dur à avaler, j'en conviens. Mais, il faut l'avaler, ou crever d'inanition.

GGGXXII —

« — C'est grande pitié, continue Lamennais, quand de « pareilles maximes viennent à se répandre chez un peuple, « quand le lien des esprits étant rompu, la pensée de chaque « homme est sa seule vérité,, et ss^ valonté sa seule loi. D'une « tolérance absolue qu,i n'existe jamais qu'en théorie , sdrt « bientôt une tyrannie absolue, soit qu'elle s'exerce au nom <K d'un seul ou au nom de la multitude. Alors, il se fait un « silence profond, et l'on n'entend plus, dans ce silence, que c les sons terribles de la voix qui annonce aux nations leur « fin : Finis super te! y^

— Finis super tel Sur les nations, à la bonne heure; mais, sur l'humanité! non. Quand un million, dix millions, cent millions d'individus seront morts d'inanition pour n'a^ voir point voulu avaler le morceau ; les autres diront : Les morts ont été des sots. Et nous aussi, nous sommes des sots ; mais, nous ne voulons pas mourir; nous reconnaissons: que nous sommes des sots; et, que nous avons, besoin de science : sous peine de mort. Alors, soyez tranquilles I Aussitôt les nations mortes, l'humanité se réveillera de sa léthargie; et, l'intelligence dominera le monde. Mais auparavant, quel charivari de sifflets feront les sots, pour assourdir ceux qui ne le sont pas ! !

Un mot, maintenant, sur la pratique de la tolérance reli* gieuse ou de la liberté des cultes.

Des Musulmans viennent s-élablir en France. Les empècherez-vous d'avoir quatre femmes? Intolérance ; et^ adieu à la liberté des cultes.

Des Indiens viennent s'établir à Paris. Il plaît à leurs femmes de se brûler vives sur le tombeau de leurs maris. Les empêcherez- vous de s'y brûler? Intolérance : et, adieu à la liberté des cultes.

Des Parsis viennent s'établir à Montmartre. Ils veulent continuer à épouser leurs sœurs. Empécherez-vDus ces mariages? Intolérance : et, adieu à la liberté des cultes.

Des Mormons viennent s'établir à Pantin. Ils veulpnt con-

— CCCXXIU —

tinuer: à éteindre les lunaières pour célébrer certaines cérémoaies de leur eulte ; et k pF&U^er certaines orgies, dont les premiers cbrétiens ont souvent été accusés, bien à tort ^»HS doute. Les empêchefei-vous d'adorer Dieu à leur manière? Intoléra&oe : et, adieu à la liberté des cultes.

Mais, dîrez-vous, tous les cultes sont libres : en tant qu'ils ne sont point en opposition avec nos lois. C'est précisément ce que disaient les Espagnols sous l'inquisition. Vous pouvie» y honorer les madones et tous les saints, par deux, trois, qudirè, cinq ou six cierges, et même plus à volonté. Ce n'était point en opposition âVec la loi ; et, à cet égard, vous étiez parfaitement libre.

,.Résumoisl

Qife^He (pie la tolérance religieuse ?

C'est la négation du vrai et du faux ; du bien et du mal, du juste et de l'injuste; du droit et du devoir. C'est la nécessité sociale résultant de l'incompressibilité de l'examen, en présence de l'ignorance sur la réalité du lien religieux ; c'est l'hydre de l'anarchie sortie dos enfers pour faire sentir le besoin de vérité; et, ne pouvant y rentrer: qu'après l'anéantissement de l'ignorance.

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