MORT
« — Prévenir par la mort, s'écrie Bonald ! Il me semble « qu'il est plus humain et tout aussi efficace de prévenir « par la censure, »
— Mais, seigneur ! la censure ne peut être appuyée que sur des lois répressives, et vous les déclarez inutiles. N'allez pas croire que Bonald ne soit pas un homme d'un immense mérite ! C'est que lorsqu'un homme de mérite se trouve dans une impasse intellectuelle, et ne veut point avouer son ignorance, il est obligé de déraisonner.
«*— • Osons le dire^ s'écrie Bonald, il n'y a pas en Eu-
— CCCXXXÏV —
« rope UD homme éclairé, sans passions et sans préjugés, « qui ne regarde la liberté illimitée de la presse comme in- « compatible avec tout gouvernement régulier... »
— C'est très-vrai, pour autaat que l'ignorance soci&le sur la réalité du droit n'est point anéantie. Mais remarquez, s'il vous plait : que, les hommes qui ont le plus de préjugés et qui sont le plus dominés par les passions, sont précisément ceux qui se prétendent le pfus être sans préjugés, et ne pas être dominés par les passions. M. de Girardin m'a dit mille Tors cpi'U était sans préjugés ; et il demande la liberté tUimitée de ta presse.
« — Qui n'y voie, continue Donald, la cause de tous les « maux qui afÛîgent FEuPope, et de tous ceux qui la menacr cent, et qui hé trouve ridiciile que les plus grandes ques- « lions de politique, d'administration, de religion Même, « soient discutées et jugées tous les matins -suir la table du « déjeuner, pêle-mêle avec la pièce nouvelle, l'opéra-coff miqoe et le vaudeville, par de jeunes Sltérateurs pour qui € le plaisir es^ itne occupatiofi el le» qo^stîon» les^ ^us a graves un délassements »
— Rien n*est plus vrai. Maïs, le remède, s'il vous plaît, eu présence de Pincompressibilité de l'examen et de ngnorance sociale sur la féalité du droit? La censure, n'est-ce pas? Après avoir déclaré que les lois répresshes, sans lesquelles la censure n'est rien, sont absolument inutiles.
' Bonald finit par oà il a commencé.
a — Osons le dire, s'écrie-t-il, une loi répressive de la « liberté d'écrire, j'entends une loi réprimante, est impossible « à faire, impossible à exécuter. »
-r Est-ce que Bonald s'imagine : que des lois assurant l'exécution de la censure ne sont pas des lois de répression? El quand même il obtiendrait des auto-da-fé de bibliothèques, à quoi cela servirait-il? « En 1492, quand les rois catholi- « ques eurent pris Grenade, dit M. Lherminier^ on brûla
— CCCXHV —
« dans un seul jour un million cinq mille volumes de la lit- « térature arabe. » Cela a-t-il empêc|}érinquisltion de tomber?
Passons & un ouvrage capital où se trouve, sur le sujet que nous étudions, Topinion du plus grand homme d'Élat de tous les siècles. Voici le titre de cet ouvrage :
Discussions sur la liberté de la presse^ la censure, la propriété Mtéraire, Vimprimerie et la Hbrairie, qui ont eu lieu dans le Conseil d'État, pendant les années 1808, 180^, 1810 et 4811. Rédigées et publiées par M. le baroil Locré, ancien secrétaire général du Conseil d'État. — Pa^ fis, 1819.
Nous allons y voir : qu'aptes quatre noftées de discussions, il a été reconnu. impUoHej»eDt : qii'uœ bonne loi sur la libej?t^ 4e kè p^e^jaer ét^ impossible. En feisant cet eiamen nous serons aussjf bref que aous lapourreB».
siÀNCE du 26 mAtu 1808^ tenu€ à Saint* Cloua.
« — M. le comte Regnaud... préseiUe deux projeta de « loi.
«... Les questft^s de ta seconde série sont soumises t à la discussion. »
— Dans ce procès- verbal, Tempereur, vu l'époque (1 81 9), s'y trouve toujours désigné par N***. Lui seul est toujours de la plus grande clarté et de la plus grande précision.
« — N*** reprend et dit qu'il* s'agit de savoir s'il y aura 4 une censure, ou si la presse sera indéfiniment libre.
c Pour résoudre cette question, il faut examiner s'il ^i « des écrits dont il soil nécessaire ou utile d'arrêter la