‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 3)Chapitre 6 sur 97 · MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSIQUE

« La métaphysique a cela de bon qu'elle ne « demande pas des études préliminaires bien « génaiitea.. C'est là qu'on peut savoir tout^ « sans avoir jamais rien appris; et, pour peu « qu'on ait l'esprit un peu subtil et bien faux, « on peut être sûr d'aller loin. »

YOLTAIBE,

« Jamais le jargon de la métaphysique n'a « fait découvrir une seule vérité, et il a rem- « pli la philosophie d'ilbàurdltéft dànl ob a « honte, sitôt qu'on les dépouille de leurs « grande thots. f>

ROCSSBAU.

« Qui donc fera face à cette décomposition? <(' qui dohc bôbâ sativleràt

« Certes ce ne sera pas la iostaphtsique, si (( vaine^ si creusé , avec ses ballons pleins de « vent, ses disseKattotiâ stlr les idées iilnées ou « non, et sa cognition de la perception de la (c setisatîbn a'odfeur de t-ôse! avec sa con- « science, son moi humain ,-se8 triplicités phé- « noménales, avec ses systèmes scusuaiistes ou « spirituàligtes, ses t-echerchfes âjigtàlftfeô, é'cos- (( saises, alien^audes^ indoues, chinoises^ et qu« « sais-jfe dtt'co'ré! V

« Ce ne sera pas la politique, avec ses sa- « bres, ses canons, ses révolutions, ses écha- « fauds, ses émeutes et ses victoires sanglantes (( remportées sur ses énieutes ; ses constitu- <f tions qui ne constituent rien, ses légitimités, « ses quasi-légitimités, ses budgets, ses em- « prunts et ses dettes à milliard, ses lois et ses « protocoles, ses disputes sans fin !

« Ce ne sera pas la morale avec ses prédi- <( cations surannées et ridicules, comme leverce biage du pédant sermonnant Tenfant qui se « noie; la morale qui nb sait plus sur quelle « base se poser, et qui après trois mille ans « de prétentions à établir le règne de la vertu, « n'est arrivée qu'à faire bafouer et peraéeutèr « la vertu même!

(f Ce ne sera pas rÉcoNOMiE politique, ce (( dernier enfant de la philosophie, enfant bàc( tard, caduc, à peine éclos et menteur comme « sa mère : Téconomie politique, cette science

« de la richesse des nations qui meurent

« de faim! Cette science enfin réduite à con- <c fesser publiquement elle-même son igno- « RANCE et son impuissance !

(c Ce ne sera rien de tout cela : ce ne sera « rien de ce qui rêve, de ce qui ment, de ce « qui bouleverse, de ce qui agonise ou de ce « qui est enterré.

« Ce ne sera rien nu passé. »

Victor Considérant.

« Ce qui vous sauvera, sera de savoir : qu'il « y a des êtres métaphysiques, des êtres plus « que physiques, plus que matériels; des êtres « immatériels. Et, socialement, cela n'est « point dans le passé, comme vous le dites ; c( mais dans l'avenir. »

Colins, Commentaire.

Avant de parler de métaphysique, de l'immatériel^ ne conviendrait-il pas d'avoir une idée claire et ne renfermant rien d'absurde, sur la valeur de Texpression matériel? Il me semble que ce serait quelque peu raisonnable. Alors, recourons au dictionnaire, le plus sol des livres, après, peut-être un traité de mégalanthropogénésie. Il ne faut cependant point en vouloir à ses auteurs : ils ont voulu porter, dans la langue, les valeurs d'expressions qui n'en avaient point encore dans la science. C'est comme s'ils avaient voulu faire passer dans le commerce des chiffons de papier pour argent comptant,

avant qu'une banque véritablement responsable eût assuré leurs valeurs. Il ne faut accuser que leur vanité ; car, en vérité, ils n'ont point profité de leur fausse monnaie. Néanmoins, comme ce mauvais recueil est encore le grand-livre de la langue, voyons ce qui se trouve à son doit et à son avoir^ relativement à l'expression matériel.

« — MatérieUle^ adjectif, corporeus : »

— Et au mot corps vous trouvez :

« — Se dit par opposition à l'âme V opposé d'esprit, »

Puis, si vous allez au mot matière, vous trouvez :

« — Matière^ s. f. materia : substance corporelle.»

Ainsi les forces répulsives, incorporelles par essence, ' rayonnantes par essence, et dont la tendance est la destruclion des corps, ne sont point matérielles, et par conséquent sont immatérielles. Puis, comme les idées ne sont point corporelles, elles sont immatérielles. Puis, comme sans cerveau, il n'y a pas d'idées, le cerveau est la source de l'âme. De là, M. Auguste Comte disant :

« — Classification positive des dix-huit fonctions intéc rieures du cerveau, ou tableau systématique de t L'AME. » (T. I, p. 726.)

— C'est Descartes qui a vulgarisé parmi nous la définition réduisant la matière aux corps (1). 11 l'a vait^ prise à Lucrèce; lequel l'avait prise à mille philosophes plus anciens que lui ; car, le matérialisme est aussi ancien que le monde;

(4} « En einniDant la nature de la matière^ Je trouTO qu*eUe ne consigte « en autre chose qu'en ce qu'elle a de retendue en longueur, largeur et pro- « fondeur. » Descartes.

Cette sottise de Desçartes est la source des folies actuelles sur la matière.

Le passage suivant est infiniment supérieur :

«t Un corps n'est pas une substance douée de forces attractives et répu^ a sives; ce n'est qu'un simpiQ phénomène résultant lui-même^ au contraire^ vi delà eomhinaUon de eee forcée. » Krause d'après Kant.

Cette note ne doit pas. être lue par ceux qui craignent la migraine. •'

— XLIt —

et ne pént disparaître que |par railéàtltlsèemctit dll vieux monde, du monde de ignorance. Aussi, Descartes repoussait l'attraction de Newton : parce que, reconnaissant qu'elle ne pouvait être corporelle, si elle existait, disait-il, tîlle serait itûmâférielt^: Quels diables de cftlculs raisonnables polivezvous faire, quand voiiâ opérez àveb de pareils chiffres?

Avançons, et regérdbtlS dfe nouveau ad grànd-livré de la langue, compte-courant métaphysique! •

« — Métaphysique, s. f. science des idées immaté- « rielles, des principes de nos connaissances, des êtres spi- « rituels, immatériels, des idées, des êtres abstraits ; art <t d'abstraire lès idées ; le monde mdrsll ; tout ce qui ne tombe « pas sous le sens; n'existe que dans la pensée ; science de la « génération des idées, des premiers principes des sciences; « idéologie; application du raisonnement aux faits; roman « de l'esprit (Voltaire; etc.) »

~ Puis ensuite:

Les systèmes de métaphysique sont pour les philosophes^ ce que les romans sont pour les femihés. »

— Saint-Évremorit disait : « Plus oti voit de livres sur < ùiië Mktiêfe, iJluS ort petit jdge^ qu'on h*y coîlnaît rien. » Ne [Joliri*ait-on pds dire aussi : « plus un mot a dé Valeurs différentes^ plus on peut juger qu'il n'en a aucUne de déterminées »

Ali ihôt kétaphysicten vous trouvez :

« — Qui étudie, qui sait la métaphysique. {Meta^ après, « physica, physique.) » '

— t^uîs^ pour prouver sans doute, que la métaphysique est une belle choses lé dictionnaire ajoute :

« Un métaphysicien croit avoir bien instruit ses lecteurs, « ^and il leur à donné la migtàih^. i^

ik — îiiis) sei^tiaur di^Donaire! si la |[>bysiqbe est la ean-

— XLni —

naissance des êtres matériels, àesêires phénoménaux, la métaphysique doit être la connaissance des élres immatériels^ des êtres plus que phénoménaux, des êtres réels. Y a-t-il des élres métaphysiques? Vous n'en savez rien, n'est-il pas vrai? Eh bien ! voilà ce qu'il fallait dire. Votre Doit est tout; votre AVOIR n'est rien; et, si vous étiez appelé devant un tribunal de commerce, composé de juges de bon sens, vous seriez déclaré en faillite; et peut-être, banqueroutier.

Jusqu'à présent la métaphysique n'a été qu'une prostituée, servant aux prétendus philosophes pour abrutir les intelligetlces ; comme ces prostituées que les sauvages de la Polynésie viennent présenter aux marins, afin de les attirer à terre, pour que ces cannibales puissent les massacrer et les dévorer. Désormais la métaphysique sera une vierge du ciel, descendue sur les ailes de la raison, pour sauver le genre humain.

— XtlV

ÂM£.

a Ame^ s. t., anima. Principe de la yie^ da « mouvement^ des hommes, de tous les dtres « Tivants. »

DiCTIONNAIRB.

Voilà râine universelle parfaitement établie. Les âmes in* dividuelles n'en sont que des fractions, que des relations à cette âme ; et, comme individualités particulières, comme individualités réelles, elles ne sont alors que des rien du TOUT. C'est une définition panthéiste. Je conçois que le dictionnaire d'une société panthéiste puisse être panthéiste. Mais alors il est mauvais. Un bon dictionnaire ne devrait être qne l'expression de la raison. Il peut fort bien ne pas savoir ce qui est vrai; mais il doit savoir et dire ce qui est absurde. Or, la prétention de raisonner réellement, en dehors d'une individualité réelle chez chaque raisonneur, est une absurdité. Le dictionnaire aurait dû dire :

« Ame : être absolu, éternel, immatériel, ce qui est tout « un, devant exister chez chaque individu : pour que le rai- « sonnement ne soit point purement apparent, phénomi* « nal, illusoire. Y a-t-il des âmes en réalité ? Nous n'en « savons pas le premier mot. »

Alors, le dictionnaire aurait eu son doit et son âyoie parfaitement en règle; et il aurait pu faire sa balance sans profit ni perte.

Voyons,^ maiotonant, si presque tous ceux qui parlent d'âme, sont aussi sots que le dictionnaire ! Vous savez que, chez nous, Pespressioir sot n'a d'autre valeur : que, celti de mauvais raisonneur.

a — Épicure... dit un grand philosophe, jadis pair de France, ministre de l'instruction publique, et grandmaître de l'Université; Épicure, dit-il, avoue que pour expliquer la sensation^ il faut un autre élément qui n'est pas le feu, qui n'est pas l'air^ qui n'est pas non plus un esprit, car un pur esprit est une absurdité^qni est pourtant quelque chose, un je ne sais quoi sans nom. Est-ce encore ici. Messieurs, cette âme que nous avons déjà trouvée dans le Sankia de Kapila, et que Colebrouck avait trèsbien définie une sorte de compromis entre une âme matérielle et une âme immatérielle? Ou bien est-ce ce je ne sais quaide quelques matérialistes modernes, ce je ne sais quai qui, franchement proposé et bien compris, suffirait à un spiritualisme éclairé, qui n'a pas la prétention de connattri la nature de l'âme? Je crains que ce ne soit pas autre chose qu'un élément matériel, mal analysé, et, par conséquent, encore sans nom dans la physiologie d'Ëpicure, comme par exemple les esprits animaux du xyii^ siècle ou le fluide nerveux du xvm®. Môme dans ce cas, ce serait déjà un progrès dans la physique antique. — De tout cela, il s'ensuit évidemment, que si l'âme est matérielle, elle est mortelle, elle est un composé qui se dissout à la mort, les atomes se séparent, et tout finit là. j>

M. Cousin.

— Quelques mots sur ce passage ! ils sont essentiels pour commencera avoir, et sans migraine, une idée nette de la valeur de l'expression âme.

Selon M. Cousin, un esprit pur est une absurdité.

Un esprit pur, selon M. Cousin, est une individualité immatérielle, par conséquent sans qualité; car, la qualité est exclusive à la matière. C'est, au contraire, la non existence

de Culte individualité, au $eia d'une personnalité supposée pouvûiir raisonner réellement, qui est une absurdité : étant Ib^ suppositiop d'un raisonneo^ent, $af|S& raisonneur réel.

M. Cousin trouve : que, le je ne fat$ quai fips mqtérialislcs modernes, compromis entre une âme matérielle et une âme immatérielle, compromis qui n'est autre que Tâme de matière incorporelle, suffirait, s'il était franchement proposé et bien compris, à un spiritualisme éclairé qui n*a pas la prétenlion de connaître la nature de l'âme.

Eh bien ! Monsieur, c'e^t précisément ce compromis qui est absurde, dès -que vous le rendez compatible avec l'existence d'un raisonnement plus qu'illusoire, plus que phénoménal.

Puis, votre spiritualisme éclairé, lequel n-est autre qu'un malérialisme poltron, n'a pas, dites-vous, la prétention de connaître la nature de l'âme ; c'est-à-dire : de savoir si elle est de nature matérielle ou de nature immatérielle. Eh bien I Monsieur, il faut cependant : ou croire la connaître par la foi ; ou la connaître réellement par la science : sous peine d'impossibilité d'ordre social. M. Cousin est un panthéiste; M. de Girardin est actuellement un matérialiste franc du collier. Je préfère M. de Girardin.

Voulez-vous des commentaires de cette philosophie ? En voici :

« — Le MOI agit, c'est évident ; et ce n'est pas seulement a quand il est libre, c'est aussi quand il est nécessité. » (M. Damiron, Cours de philosophie.)

— Sans la découverte de M. Proudhon, affirmant qu'une proposition n'est vraie qu'à la condition que la contraire le soit aussi, la proposition de M. Damiron : que l'on est libre qtjiand on n'est pas libre, vous eût donné la migraine. Avec le théorème de M. Proudhon, cela passe comme une lettre à la poste.

« — Dans sa généralité, dit le même professeur, Vaclivité <K est la ylo à quelque degré qu'elle se montre, et avec € quelque caractère qu'elle paraisse; §ille est la vie avec

a to(ites le^ aptitudes que comporte la vie; et comme il a s'agit ici 4e r#e puii AiifË, elle est la vie avec l'aptitude « à penser, à sentir, à vouloir et ji pouvoir. Elle devient « donc la liberté, comme elle devient I'intelligence, « comme elle devient la sensibilité, etc. »

(M. E!AMiRON,/rfew.)

— You3 ypye:? que l'âme humaine est du même ordre que l'àme d'une laitue, oi| l'âme d'uneécriloire,activeparsa pesanteur. Qi)fint à l'^fne d^ chiens, voici qui vous tranquillisera.

« — Pour les animaux , dit M. Damiroi\.

t Ils ont de Tintelligence et du vouloir. »

(Cours de Philosophie.)

— Soit ! comme la laitue et l'écritoire.

Je conçois, en vérité, que la métaphysique donne la migraine ; et, aussi la philosophie.

Si votre migraine provenait d'inquiétudes sur l'avenir de vos sœurs les bêtes, tranquillisez-vous, elles iront en paradis.

— « N'y en a-t-il pas (des bêtes), dit toujours le mêmepro- « fesseur, qui nous comprennent dans «os intentions et nos « affections, qui, par conséquent, comprennent en nous 0 des actes moraux et spirituels? Et si elles portent sur t nous de tels jugements, n'en portent-elles pas sur elles « de même nature? Ne se voient-elles pas égalerment avec « cçrlaines pensées et certaines passions? N'ont-elles pas « comme la conscience d'une autre vie que de la vie phy- « sique? Ne faut-il pas même qu'eltes l'aient pour pouvoir « êtra avec nous en quelque commerce de sentiment? »

(M. Damiron, Cours de philosophie.)

— Pauvres bêtes! j'en suis bien aise pour elles; et, aussi pour moi. J'aime mieux me trouver en paradis avec tel ou tel chien, qu'avec tel ou tel grand : soit d'Espagne; soit d'ailleurs.

Du restç, si les chiens vont en paradis, c'est pure volonté de Dieu;, n se pourrait que, pour l'homme, il n'y eût ni pa-

— XLvm —

radis ni enfer; et cela, toujours par la volonté de Dieu. Écoutez plutôt le prince de la philosophie française, qui, en vérité, vaut autant que les autres.

« — Quant à ce que vous ajoutez : ««que, de la dis-

« tinction de l'âme avec le corps (1), il ne s'ensuit pas

« qu'elle soit immortelle, parce que nonobstant cela on peut

« dire que Dieu l'a faite d'une telle nature que sa durée

« finit avec celle du corps. »» « Je conviens que je n'ai rien

« à répondre, car je n'ai pas tant de présomption que d'en-

« treprendre de déterminer par la force du raisonnement

« HUMAIN (2), une chose qui ne dépend que de la pure vo-

« lonté de Dieu. » (Desgartes, au P. Mersennes.)

— D'après mon petit raisonnement humain, il me paraît que si le bon Dieu rendait mortelles les âmes destinées à être grillées éternellement, ce serait très-paternel. Il est vrai : que, si on le savait, ce serait très-peu social.

Il paraît que le scepticisme de Descartes a déteint sur Vot taire et Rousseau. Il serait assez singulier que les apôtres du philosophisme français n'eussent fait que développer les principes du religieux Descartes?

« — La raison, dit Rousseau, peut douter de l'immorta- « lilé de l'âme (lettre à Voltaire, 18 août 1756). Voltaire « va plus loin à son avis : ««Ce système, il n'y a point « d'âme, le plus hardi, le plus étonnant de tous, est au fond « le plus simple. »» (Lettre de Memmius.)

(Lamennais, Essai sur l'indifférence.)

— J'avoue que pour avoir une âme comme le chien, l'huître, l'éponge, la laitue ou l'écritoire, j'aime tout autant m'en passer.

En voilà assez sur l'âme des panthéistes ; un mot sur l'âme des anlropomorphistes.

(4) Vous sayez? Le corps est étendu et Vâme De Vest pas^ eUe est ineorporelle. Cette différcDce doi( tous satisfeinB^ sauf [9. YOl^nté de Dieu. (2) M. Descartes était aussi panthéiste que MM. Gousio et Damiron.

« — Ame : substance intelligente née pour vivre c dans un corps, et lui être intimement unie. » (Bossuet.)

— Voyons I Et tâchons de ne donnerla migraine à personne.

Un être intelligent, est nécessairement complexe. Il se compose : 1® de Têtre capable de sentir, à supposer que cet être existe en dehors de la matière; 2* de l'organisme qui peut lui transmettre ses modiflcaiions et sur lequel l'être immatétériel puisse agir, pour raisonner activement. Or, tout être complexe est nécessairement matériel. Donc, voilà l'âme des antropomorphistes essentiellement matérielle. En vérité ! si je vous donne la migraine, je m'en lave les mains.

Avant de parler d'âmes, avant de rechercher si elles existent en réalité , ne serait-il pas utile de savoir ce que les âmes doivent être nécessairement, pour qu'elles ne soient point absurdes? Gomment, diable, voulez- vous chercher et trouver quelque chose, avant d'avoir préalablement déterminé ce quelque chose, de manière que la détermination soit claire et ne renferme rien d'absurde?

Vous voulez, n'est-il pas vrai, chercher si les âmes sont immatérielles? Très-bien. Savez -vou», préalablement, ce qu*il faut à cet égard? Le voici : il faut commencer par supposer que votre âme est immatérielle. Car, sans cela, il n'y a pas de chercheur. Et alors, de prime abord, vous plongez dans l'absurde.

Que faut-il ensuite, pour savoir s'il y a des âmes, si les âmes sont immatérielles?

Ce qu'il faut, parbleu ! c'est étudier la matière : puisque pour nier une chose, et l'affirmation de l'immatérialité n'est, de prime abord , que la négation de la matérialité , il faut connaître ce que Ton nie.

Et que peuvent être les immatérialités ?

Exclusivement les sensibilités (1). Si les sensibilités sont des résultats d'organisme, des résultats de combinaisons

(1) « On sait déjà assex que c*cst Tàme qui sent et non le corps. »

Descartes.

matérielles, tant corporelles qu'ineorporelles, les énuM gent matérielles. Le soQt*elles oa ne le sont^Ues pas ? Cherebons ! La série continue des êtres est scientifiquement établie. La proposition : il y a plus de distance de Newton au dernier des Australasiens^ que de ce dernier au premier des singes; est une proposition qui n'est maintenant niée : que, par les antropomorpbistes complètement ignorants de la science; et par des prétendus philosophes, aussi ignorants de la science que des antropomorphistes; ou, ce qui est pire, faisant semblant de l'être pour se dire déistes. Cette science estelle vraie ou illusoire? question. Mais, jusqu'à ce que cette science, fausse ou réelle, soit démontrée fausse, d'une manière rationnellement incontestable, elle doit être considéré^ comme réelle.

— Et quelles sont les conséquences de cette série conlinHe des êtres?

— Que les sensibilités, les émes, sont des résultats d'or^ ganismes; que les âmes sont matérielles; et que : P08T

HORTEH, NIHIL.

— Bien I Mais il y a un petit inconvénient a cela, outre celui de ne pouvoir raisonner plus que phénoménalement, Ulusoirement; c'est : qu'en supposant même que le raisonnement peut exister réellement sous le matérialisme, l'impossibilité d'empêcher la vulgarisation de cette doctrine^ en présence de l'incompressibilité de l'examen, r^d tout ordre social, plus qu'éphémère, absolument chimérique.

Il faut donc briser la série continue d'une manièi^ abse^ lue, ou que la société périsse.

J'ai voulu briser, d'une manière absolue, la prétendue série continue des êtres; et prouver, d'une manière rationnellement incontestable, que d'un coté de la série il y avait t sensibilité, immatérialité, âme, unie à un organisme, à une portion de matière; c'est-à-dire humanité; et de l'autre, organisme avec ou sans apparence de sensibilité, plus inorganisme, c'est-à-dire exclusivement matière.

«MIL 1^ aatpopomorphiste^ et les panthéistes, campasant ia totalité du monde; ^ Bont moqués de moi. Ils ont dit : 4u'iii aimaient bian mieux s'occuper t de grillades éteroelies, ou d^ légation de toute grillade ; d'équilit)re europÀsn^ de question d- Orient ( de crédit foncier ou mobilier; de trois pouf eent; de ebemins de fer; et de tablas parlantes. Quant i Fordre so(;ial, ils affirment qu'on en a toujours sufflsam* nent avec des gendarmes et das sergents de ville. Puisque Mi messieurs n'ont pas besoin de moi, je répète quHls ont parliitement raison; et là-dessus, je leur resoubaite bonn^ chaneel

Je Tiens de vous dire que peu m'importait que Fop se mo** qoAt ou que Ton ne se moquât p^int de moi. Et, en effet, je fais mon devoir, le reste appartient à la justice éternelle. Néanmoins j^ai une manie : c'est celle de ne pas vouloir être inventeui*. Je vous ai dit s que les âmes devaient éUre éternelles, ou a'éire point. Eb btepi II n'y a là rien de mon infention. l^coaU^ s

« — Vim^ est Dieu. »

^Lois indiennes, citées par Chàteàubkiand.)

€ — L'univers est éternel, l'âme est immortelle. » (Jjois des Druides^ idem.)

— Dè^ que l'Ainivers est considéré comme étern^, les Ames ie sont également, ou elles Q'eiâstent pas. («'éternité de Tunivers est la négation de rantropomorphisme; et la négation âe l'antropomorpbisme^ la'est la nÂgation 4af âmes, M> f affirmation 4e leur éternité.

Apfés les Indous (4 les (ïaulois, écoutez les Romains :

s -^ 0éi m'A ost évident que ce qui se meut de soi est

€ éternel, qui refusera à noire âme celle nature? L'âme se « meut d'elle-même, elle n'est donc point née, elle estÉTER- « NELLE. » (CicÉKON, Songe de Scipion.)

-^ Vous faut-il un chrétien, et de pure race? vous allez être servi :

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