U SOCIALISME RATIONNEL, OU QD'EST-GE QUE LA SCIENCE SOCIALE
« •— J'appelle socialisme^ disait un jour à la tribune de TAssemblée tt législative l'honorable M. Berryer J'appelle socialisme cet assemblage (( de théories vulgaires^ insensées^ épuisées qui se sont produites dans « tous les siècles^ chez tous les peuples^ chaque fois que les forces de <c la société ont été affaiblies, amoindries, impuissantes ; j'appelle sott cialisme cet état de mensonge qui fait appel aux plus détestables « passions, qui menace tout, en attaquant la propriété, la religion et la « famille, et cela par une conséquence nécessaire; c'est qu'en effet il < depiande la transformation sociale absolue, la ruine de la société.
a Si le socialisme répondait effectivement à la définition de M. Bertt ryer, il n'y aurait pas assez d'anathèmes dans Tcsprit des honnêtes « gens contre un aussi monstrueux assemblage.
K Mais, de ce que des hommes se sont montrés, qui ont tout mis en « question, et qui, faisant, comme disait le grand orateur légitimiste, tf appel aux passions les plus détestables, ont usurpé le nom de socia- « listes, il ne s'ensuit pas que le socialisme soit réellement la ruine de a la société.
« Pour nous, par exemple, le socialisme vrai, celui que Ton aquel- « quefois nommé le bon, comme monseigneur l'archevêque de Paris, « par rapport à l'autre, est au contraire le perfectionnement des choses « sociales. Ce n'est pas la ruine de la société, c'en est l'affranchisse- « ment. Pour nous, ce socialisme est né le Jour où il y a eu une soie ciété. Ce jour-là, l'homme n'a pas cru avoir trouvé une organisation « parfaite. U a voulu l'améliorer. Il a cherché mieux; il a souvent « trouvé ce qu'il cherchait : si tien qu'il n'y a pas eu une société qui « n'ait été plus ou moins socialiste, c'est-à-dire plus ou moins curieuse a de son propre perfectionnement social.
« Notre déûuition du eocisdiame n'est done paa du tout odle de « M. Berryer.
(c Elle n'est pas davantage celle de tel ou tel auteur de système qui a s^écrie : Le socialisme c'est ma théorie, le socialisme c'est moi. * « Le socialisme n'est ni celui-ci, ni celui-là, ni Considérant, ni Ga- « bet, ni Proudbon, ni Louis Blanc. Le socialisme est une science vaste « comme la société, et qui se compose de tous les travaux sociaux ac- « cumulés par l'esprit humain depuis l*origine des agrégations hu- « maines.
« Malheureusement cette science, dans laquelle ont marqué prati- « quement et théoriquement tant d'hommes considérables, est encore « à l'état où se trouvaient les sciences naturelles avant l'apparition des « législateurs qui ont commencé vers la fin du dernier siècle à les co- « difier. Elle est encore à Tétat anarchique. Ni Tordre ni la lumière « n'y sont faits; il y a là des découvertes magnifiques, il y en a d'ab- « surdes ; tl y a là des travaux d'une profondeur magique, il y en a, « d'une supcrflcialité décourageante ; il y a là des procédés qui éem-.
a blent empruntés à Dieu, il y en a d'autres qui semblent avoir été « suggérés par le mauvais génie de l'humanité ; en deux mots, il y a « là des montagnes de vérité et des abîmes d'erreur.
« Qui choisiTH, qui osera se présenter au sein de ce chaos, et dire : ♦ Ceci est bien, ceci est mal? Lumières, brillez! Ténèbres, dissipex- « vous ! Beaucoup l'ont essayé. Notre siècle surtout a été fécond en « Prométbées de cette sorte. Nous connaissons l'histoire de tous ces tf demi«dieux foudroyés par leur impuissance, mais dignes cependant « de pitié et quelquefois d'admiration pour la grande chose qu'ils ont « tentée.
« Nous disons qu'ils ont tenté une grande chose. En effet, n'e8t-:ce « pas une propulsion immense que celle qui les porta lels uns et ies « autres à rechercher la formule du progrès de la société?
« Un homme d'un esprit infini et d'une modestie égale, qui vit à l'é- « cart et qui de sa retraite assiste à tout et juge tout avec une bonté a pleine de grâoe, tùe disait un jour à ce propos : a Pendant cinq mille « ans, il y a eu des alchimistes, et la chimie ne date que de cinquante « ans. Pourquoi se refuser à croire qu'il existera un jour une vraie « science sociale, môme en admettant que tous les théoriciens d'au- <« jourd'hui en soient les alchimistes ? » Notre ami avait raison. Il ne « faut pas dédaigner les travaux des chercheurs. Cest en courant après (c la pierre philosophale que l'on a été mis sur la voie de tenter les a grandes épreuves physiques et chimiques.
« Nous lisons donc volontiers tout ce qui, de près ou de loin, s'écrit « sur la science sociale. Nous le lisons sans passion, mais aussi sans « prévention, car nous avouons qu'en fait de socialisme nous sommes « à l'état éclectique. Nous prenons ce qui nous semble bien là où nous « le trouvons, et très-fermement nous ne croyons pas à la puissance « absolue d'aucun système absolu.
i( C'est ainsi que nous avons été amenés à parcouriiÉ^^les deux vo- « lûmes du colonel Colins.
« Vous avez peut-être vu passer un vénérable vieillard à longue barbe « blanche, figure soucieuse, labourée par les fatigues du corps et par <r celles de la pensée. Cest le colonel Colins, celui-là même qui, exilé en «. Belgique, puis en Amérique, conçut le projet d'aller enlever dans un « aérostat le'prisonnier de Sainte-Hélène, qu'il croyait nécessaire à la (( gloire et à l'honneur de la société de son temps. Le colonel Colins, « qui, depuis l'époque de ce rêve généreux, a vu passer cinq gouver- « nements et des centaines de systèmes, a voulu, lui aussi, chercher la « vérité à travers tout ce qu'il avait vu et entendu.
« Les deux volumes que nous avons sous les yeux sont le résultat de « ses vigoureuses méditations de trente années. Des hommes de mé- « rite ont voulu faire les ft^is de la publication. M. E, dé Girardin, « qui est attaqué à outrance dans le second volume, a désiré aussi êtro « de la partie, ce qui est à la fois an bel éloge pour lui et pour « M. Colins.
« Nous le dirons tout de suite^ quoique M. Colins soit T^dversaire le ^ a plus décidé de Véclectisme^ et qu'il l'appelle choix sans règle et sans
« goUt, ignorance et vanité, son travail méritait Tempressement de ses « amis. Ce n'est pas que nous partagions la plus grande partie de ses <c idées 9 bien loin de là. Nous ne sommes guère d'accord avec lui sur a le but. Pour lui le socialisme rationnel est Yanéantissement de tout <c paupérisme^ tant moral^ relatif aux connaissances^ que matériel, re- « iatif aux richesses. Pour lui la science sociale est la recherche des « moyens qui doivent mener à ce but. Nous sommes en cela de son « avis. Le but du socialisme, comme celui de la science sociale , doit « être l'anéantissement progressif de l'ignorance et de la misère. Et re- « marquez que ce n'est pas seulement le but de la théorie, ce doit être t< aussi celui de tout bon gouvernement. Aujourd'hui il n'y a plus de a controverse à cet égard. La lumière est faite sur ce point final. ^ « Mais les moyens, encore une fois, les moyens, surtout les moyens
« absolus, qui les trouvera, qui les fera réussir sans secousses bu- « maines et sans révolutions gigantesques ? Qui saura les appliquer? « M. Colins passe en revue avec beaucoup de verve presque tous ceux « qui ont été proposés. Son ouvrage témoigne d'une lecture très-foiur- « nie, d'un jugement très-aiguisé et très-fin. Il fait la critique des sys- <c tèmes comme il faisait autrefois la guerre : c'est à la baïonnette d'une « plume acérée qu'il emporte les positions. Plus d'une fois nous avons « applaudi à son élan, à ses victoires, 11 accepte également tous les « ennemis dans le champ de Téconomie sociale comme dans celui de k a la philosophie et du socialisme ; il livre également bataille à Say, à
t( Proudhon, à Lamennais, à M. de Girardin, à M. de Bonald, àU. Mi- « chel Chevalier, à Vidal, à presque tous les penseurs d'une valeur cer- « taine. De ce combat perpétuel jaillissent de nombreux éclairs.
« Mais que le vénérable et rude jouteur nous le pardonne , il nous (c semble {dntôt exceller dans la critique que dans la synthèse. Bien « qu'il soit arrivé aujourd'hui à la fin de son second volume, nous ne « voyons pas encore très-bien, — c'est sans doute la faute de notre ina telligence, — la formule de ses théories, et nous sommes compléte- « ment opposés à deux des nécessités sociales actuelles qu'il proclame, a savoir : 1® baser la religion sur la science et non plus sur la foi ; « anéanth* les nationalités par la démonstration scientifique et la vul- « a garisation sociale de l'idée du droit et de la réalité du droit.
« Nous ne croyons pas que le socialisme ou la science sociale ait à « intervenir en matière de religion. Avouons-le : nous aurions encore « plus peur de la science humaine se faisant dogme ou Dieu , que de « Ja théocratie imposant son autorité à la foi, car l'empire de celle-ci « est toujours facile à renverser; l'autre serait un joug impossible à « briser. Nous disons en cela comme Cuvier : Allions ^a science à la foi. « Quant à la seconde nécessité^ nous croyons le développement des « nationalités nécessaire au progrès humain. L'unité du droit, lors a même qu'elle serait admise, ne détruirait pas d'ailleurs les nationa-
« lités. Elle les fortiiierait au contraire en éteignant les luttes et les ana tagonismes. Elle abolirait la guerre; elle conserverait les peuples « tout en fusionnant les races.
« Au contraire^ quand M. Colins veut baser rétablissement du crédit « rationnel sur Tanéanlissement réel du paupérisme, c'est-à-dire orga- « niser le crédit des individus vis-à-vis de la société, et non baser Ta- « néantissement du paupérisme sur Torganisation du crédit de la so- « ciété vis-à-vis des individus, nous inclinons à penser comme lui. « Nous sommes les ennemis de TEtat maître et partisans du développe- (K ment des individus. Tout ce qui peut contribuer à émanciper Tindi- « vidu nous semble devoir contribuer au progrès de la société, tandis « que ce qui profite à la société ne profite pas toujours aux individus, a II y a même là un antagonisme qu'il faut concilier, et il nous semble « que ce n'est pas exclusivement aux dépens de la personnalité qu'il « faut l'obtenir. En cela nous sommes l'adversaire décidé de presque « tous ces systèmes socialistes qui asservissent plus ou moins l'individu, a et le font dépendre d'une organisation donnée.
« D'accord avec M. Colins en matière de crédit, nous cessons de « penser comme lui en matière de propriété, et cela par la raison que <t nous venons de donner. Nous cherchons le développement de la pro- « priété individuelle, et non celui de la propriété collective. La propriété a collective nous fait entrevoir dans le lointain le communisme, dont a M. Colins est l'ennemi comme nous.
a Malgré ce désaccord si profond et si radical, nous ne recomman- « dons pas moins la lecture de son livre à tous les hommes qui aitnent « la polémique bien conduite, ardente, animée; à tous les hommes a aussi qui aiment la bonne foi et le bon sens dans là critique. — Léon a Plée. »
Examinons très-rapidement ce compte-rendu de notre livie.
— a Nous sommes, dit M. Léon Plée, rédacteur de cet article, com- « plétement opposés à deux des nécessités sociales actuelles qu'il proa clame^ savoir : 1® baser la religion sur la science et non plus sur la « fot; 2* anéantir les nationalités parla démonstration scientifique et « la vulgarisation sociale de l'idée du droit et de la réalité du droit.
« Nous ne croyons pas que le socialisme ou la science sociale ait à « intervenir en matière de religion. Avouons-le : nous aurions ente core plus peur de la science humaine se faisant dogme ou Dieu^ que « de la théocratie imposant son autorité à la foi, car l'empire de celle- « ci est toujours facile à renverser; l'autre serait un joug impossible à « briser. Nous disons en cela comme Cuvier: Allions la science à a la foi. »
— J'avais prévu que la discussion pourrait s'égarer dans le vague. Pour l'éviter, j'avais formulé, à la page 366 de mon second volume, une série de questions auxquelles je priais de répondre clairement.
L*anteur de Tarticle que j'examine n'a considéré que deux de ces questions. Ce sont les principales du reste, et je le remercie d'y avoir fait attention.
Monsieur Plée veut, comme Cuvier, allier la science à la^ foi. J'en demande pardon aux mânes de Tillustre naturaliste ; mais, vouloir allier la science à la foi, c'est vouloir allier l'être au néant , la vérité à l'absurde, le savoir au creire. Cuvier avait un motif pour agir ainsi : il voulait allier la prétendue science matérialiste à la foi antropomorphique; et conserver ainsi des amis dans les deux camps. C'est ainsi que Fourier voulait allier le capital au travail; et que M. Proudhon veut qu'une proposition soit vraie, à condition que la proposition contraire le soit aussi. Il est temps de sortir de ce galimatias anarchique; et monsieur Plée en aura le courage. l\ faut que la foi domine la science, ou que la science domine la foi ; il faut que le capital domine le travail ou que le travail domine le capital. 11 faut, [tour qu'bne proposition soit vraie, que la proposition contraire ne le soit pas. Et il est triste de vivre à une époque où tout cela doit être dit, répété, et peutêtre non compris.
M. Plée craint que la seienee ne se fasse dogme. Qu'il soit tranquille à cet égard. Tout dogme appartient exclusivement à la foi; deux et deux font quatre ne sera jamais un dogme; et la science ne peut, devenir dogme qu'en s'alliant à la foi. Alors, ce sera la prétendue science de M. Cuvier, laquelle n'est autre que la foi irréligieuse. Et une pareille science^ dont le point de départ est : que le raisonnement peut exister sans raisonneur réel, est, je le répète, une prétendue science, une science absurde.
— « Quant à la seconde nécessité, dit M. Plée, nous croyons le déft veloppement des nationalités nécessaire au progrès humain. L'unité « du droit, lors même qu'elle serait admise, ne détruirait pas d'aila leurs les nationalités. Elle les fortifierait au contraire en éloignant « les luttes et les antagonismes. Elle abolirait la guerre, elle conser- « verait les peuples tout en fusionnant les races. »
— M. Plée n'a pas réfléchi : que, ce qui constitue l'unité d'une société, c'est l'unité de droit; et que, dès que l'unité de droit existe généralement, la société générale existe : ce qui anéantit les autonomies particulières ou les nationalités. Peut-être n'al«je pas été assez clair dans les explications Jde mes deux premiers volumes, l'espère qu'après avoir lu ce que je dis de Vunûé sociale dans mon introduction, M. Plée pensera comme moi. Ten appelle de lui-même à lui-même. C'est le meilleur tribunal que je puisse choisir.
— « Nous sommes, dit M. Plée, les ennemis de l'État maître, et « partisans du développement des individus. »
— Et où M. Plée a-t-il trouvé que je veuille que l'État soit maître? le droit, la raison, la science, voilà les souverains. L'État, l'humanité
en est le sujet. Et le développement intégral des individus n'est compatible que sous Tempire du droit scientifique^ du droit pouvant être examiné^ et du seul droit qui n'exige point l'abrutissement des indi-^ vidus^ pour empéch(T que le droit puisse être examiné.
— « Tout ce qui peut contribuer, continue M. Plée, à émanciper « rindividu nous semble devoir contribuer au progrès de la société, « tandis que ce qni profite à la société ne profite pas toujours aux in- « dividUs. Il y a même là un antagonisme qu'il faut concilier, et il a nous semble que ce n'est pas exclusivement aux dépens de la per-' « sonnalité qu'il faut l'obtenir. »
— Toute prétendue émancipation des individus, dès qu'il n'y a plus de droit basé sur une foi commune et pas encore de droit basé sur la science rendue commune, conduit h l'anarchie. Est-ce là ce que M. Plée nomme le progrès de la société?
Puis, en dehors du droit scientifique, la société ne se compose qae des forts; et la richesse, alors, croissant comme le paupérisme, va exclusivement aux forts. C'est précisément cet antagonisme qui se trouve vaincu par l'intronisation du droit réel 5 et, ne peut être vaincu : que par cette intronisation. Quanta la personnalité, elle est intégralement développée, sous cette même intronisation; et c'est exclusivement alors qu'elle peut Tôtre.
«- « En cela, continue M. Plée, nous sommes l'adversaire décidé a de presque tous ces systèmes socialistes qui asservissent plus ou «I moins l'individu et le font dépendre d'une organisation donnée, p
— Il y a deux espèces d'asservissement : la première asservit les individus à une foi, à un préjugé, à une passion dominante. Et cet asservissement, toujours forcé, constitue le despotisme. La seconde espèce asservit les individus à la science, à la vérité, à*la raison dominante. Et cet asservissement, toujours volontaire sous peine de folie, constitue la liberté. En époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit et d'incompressibilité de l'examen, l'asservissement commun sous une foi commune n'est plus possible; et l'asservissement commun sous la ^ienoe commune ne l'est pas encore. Alors les individus sont complètement émancipé? de toute foi commune, de toute raison commune^ chacun eirt asservi à ses propres passions, à sa propre ignorance; et vous avez le charivari social qui existe actuellement. Je doute que cela puisse satisfaire les oreilles intellectuelles de M. Plée.
— a D'accord avec M, Colins en matière de crédit, continuè-M. Plée, « nous cessons de penser comme lui en matière de propriété, et cela « par la raison que nous venons de donner. »
— En fait de propriété, j'ai prouvé : qu'il n'existe que deux organisations : l'une qui aliène le sol aux individus et foit croître le paupérisme
sur une ligne parallèle au développement de la richesse; l'autre qui fait entrer le sM à la «propriété collective et anéantit tout paupérisme matériel. Si M. Plée me fait Fhonneurde lire mon troisième volume, renfermant l'examen de l'ouvrage de M. Thiers sur la propriété et l'examen de ce qui a été dit sur la répartition des richesses, je suis persuadé qu'il sera convaincu de la nécessité absolue de la seconde organisation de propriété.
— « Nous cherchons, continue M. Plée, le développement de la pro-
a priété individuelle et non celui de la propriété collective. » ''
— M. Plée veut le développement de la propriété individuelle pour tous, sans doute, et non pour les forts seulement. Eh bien! j'ai prouvé surabondamment, au deuxième et au troisième volume : que, tant que le sol reste aliéné, la répartition des richesses se fait de manière ; que la plus grande partie possible aille aux forts; et, la plus petite partie possible aux faibles.
— <c La pro(ifiété collective, ajoute M. Plée, nous Mi entrevoir dans « le lointain le communisme, dont M. Colins est ennemi comme nous. »
— Convenons que développer, et pour tous, la propriété individuelle au maximum possible, est une singulière tendance au communisme, négation de toute propriété individuelle ! !
Voulez-vous avoir la clef des contradictions qui se trouvent dans l'article <ie M. Léon Plée? Je vais vous la donner.
M. Léon Plée a beaucoup de bienveillance pour moi. Il m'a promis un article; et pour lui une promesse est sacrée. Il a trouvé mon ouvrage en opposition avec tout ce qui a existé jusqu'à présent, en opposition avea ses préjugés, ses habitudes, etc. Pour me réfuter sérieusement, il aurait fallu une étude sérieuse; et cette étude était incompatible avec le travail journalier de M. Plée. Il s'est tiré "dWaire comme font les journalistes. Il a commencé par faire un article à propos de mon livre. Puis il à dit mille choses aimables de son auteur, ce dont je le remercie beaucoup, mais ce qui est fort indifférent au public. Ensuite il a exposé les lieux communs de l'époque sur l'alliance de la science avec la foi, sur l'adorable organisation de propriété qui fait ^croître le paupérisme sur une ligne parallèle à la richesse. Quant à mes théories générales et aux preuves qui s'y rapportent, je suis presque persuadé que M. Plée n'a pas eu le temps de les lire.
Pour tout autre que M. Léon Plée, l'examen que je viens de faire de son article, serait une raison pour qu'il ne s'occupât plus de moi. Avec M. Léon Plée, je suis certain qu'il n'en sera pas ainsi. A cet égard, il me suffira de lui dire : que le critique exerce un sacerdoce; et qu'ici il s'agit du bien-être de l'humanité tout entière.
Cet article fut immédiatement reproduit par la Presse. Alors j'écrivis à M. Emile de Girardin la lettre suivante :
<( Mon cher ami, je vous remercie de tout mon cçBur d'avoir bien « voulu insérer dans votre journal Farticle du Siècle. Mais, je ne vous a tiens pas quitte. Vous m'avez promis un article; et, promesse c'est « dette. Vous m'avez laissé espérer que Yinçard le ferait. Alors, que « Vinçard le fasse; et qu'il soit fait selon votre parole.
« Vous m'avez dit n'avoir trouvé dans mon livre qu'une seule chose 0 que vous admettiez comme bonne : c'est la nécessité d'anéantir les « nationalités pour que l'ordre existe. Ayez la bonté de le faire dire en (c votre nom, dans votre article. Nous sommes francs joueurs et nous « jouons cartes sur table. Quant au reste, prouvez que j'ai tort et je « vous promets de ne plus écrire une ligne. J'espère que voilà un joli « marché que je vous présente !
a A bientôt, c'est-à-dire à la fin du mois.
« Reconnaissance et amitié. « CoLms. »
Peu de jours après, je reçus la lettre suivante :
« 24 août 4853.
<K Mon cher ami, j'ai remis vos deux volumes à M. Hervé. Il les « lit. L'article paraîtra toujours assez tôt, puisqu'il vous enlèvera vos « dernières illusions. Vous avez cru que l'on achèterait et que l'on a lirait votre livre. Je vous ai toujours dit qu'on ne le lirait ni ne l'achè- « terait. Après le compte-rendu de la Presse, comme avant, on ne « rachètera ni ne le lira. Il n*y aurait de chance, et encore bien peu, « que pour un petit volume d'exposé de toute votre doctrine. Ce n'est « pas la source des fleuves qui est grande, c'est i^n embouchure. Vous « avez mis l'embouchure avant la source, aussi remontez*vous le « cours au lieu de le descendre.
« Amitié et cordialité autour de vous.
<X E. DE GlRARÛlN. »
J'ai dit mille fois à M. de Girardin, et j'^i imprimé : qu'un exposé de la science générale ne se fait point en un petit volume. Si j'avais voulu établir une utopie, la moindre brochure eût pu suffire; et si j'avais eu les moyens de publicité de M. de Girardin, peut-être aurais-je pu î^,\re acheter et même faire lire la théorie sociale basant l'ordre : sur l'absence de religion, l'absence du mariage, et la fixation arbitraire du salaire. Mais, quand il s'agit de vérité, il faut avant tout, démontrer : que la vérité est devenue nécessaire ; et en quoi consiste la vérité.
A mon retour d'un voyage dans le Midi, la première question de M. de Girardin fut :
— Eh bien! votre livre se vend-il?
— Non ; et, j'en suis fort aise. Cela fait que je le donne et choisis mes lecteurs. La publicité en vaudra infiniment mieux. Je suis certain que vous êtes aussi content de cet arrangement que les autres souscripteurs.
— Moi! je n'en suis nullement content. On m'a dit que j'avais été
un imbécile d'avoir donne de l'argent afin d'acheter des verges pour me fouetter.
— Si vous profitiez du fouet^ jamais argent n*aurait été aussi bien employé.
L'on peut juger de nos conversations par ce simple échantillon. Ge qui n'empêche pas : que j'aie une grande estime pour M • de Girardin et que, de son côté, il n'en soit de même à mon égard. En voici la preuve : lorsqu'il s'est agi d'imprimer ces deux volumes, sur lesquels tout en rendant justice à ses bonnes intentions^ les théories de M. de Girardin sont aussi maltraitées que dans les deuK premiers, M. de Girardin a voulu contribuer à leur impression pour la même somme que les autres souscripteurs.
A la date du 27 et du 29 octobre, les articles suivants parurent dans la Presse,
SOCIALISME RATIONNEL, OU QD'ESKE QDE LA SQENGE SOCIALE?
PAR II. COUilfS.
La livre.
« Rendre compte d'un livre, le soutnettre à une appréciation équi- « table;, est toujours difficile; à plus forte raison quand ce livre soulève « leis questions les plus vastes, les plus controversées^ et qu'il se pré- « sente sous la forme adoptée par M.' CoHins.
ce Indépendamment du respect qu'inspire à la critique sérieuse toute (( tentative sincère pour réconcilier les esprits sous les .auspices d'un « principe même hypothétique, il y a lieu pour elle à démêler, dans les « contradictions qu'elle rencontre, le sens intime et profond des préoc- « cupations de son temps. Elle doit rechercher ce qui donne aux écrits «t les plus divergents de doctrines et d'idées cette direction on eetle «■* « piration communes qui sont, pour cha^fue époque de l'htotoinj ce « qu'est la lumière du soleil pour chaque saison de l'amiée; ke ol^jets « les plus variés de couleur y prennent une teinte générale qui les hir- « monise à leur insu et leur donne cette unité qye leur disoord reiatif « semblait exclure.
« Comprise ainsi, la critique conserve aux tentatives de Teiprit ha* « main leur philosophie, et produit un grand apaisement des imagina- « tions exaltées par les controverses irritantes; de plus, elle entietient « et réchauffe ce sentiment, je dirais mieux, cette conviction d'espé- « rance dans le progrès, qui est le pain des âmes.
« De là, la nécessité de faire deux parts dans la critique, d*examiner « ensemble et séparément les idées et les livres. En effet, s'il importe u au lecteur sans préoccupation de secte ou de parti de savoir si tel au* « tenr a manqué le but qu'il se proposait, il lui importe bien davantage
« de peter les problèmes soulevcâ : tout le moude est bien venu à calmer 4 cette inquiétude que tout trahit au dehors, et dont s'alarment même a eeux qui regardent Taxe social comme invariable.
« Examinons donc le livre^ puis nous ferons une étude des idées qu'il « agite.
« Ge qui résulte pour nous tout d'abord de la lecture de Touvrage a de M. GoUins^ c'est que Touteur est bien plus possédé par ses idées fe qu*il ne les p<wsède. Gela ressort de la forme et du pian du livre^ qui « offire une continuelle pétition de principes d'autant plus fatigante que « trois ou quatre arguments^ dont le lecteur ne peut juger la valeur^ « viennent battre sans cesse des citations habilement rapprochées^ « mais souvent tronquées, de tous le^ écrivains qui ont agité les ques- « lions sociales.
« 11 faut atteindre la fin du second volume pour y trouver la justifiai cation des principes qui animent cette polémique, et encore ne sentit ce que des propositions secondaires beaucoup trop succinetement ex* « poséer et dérivant d'une proposition supérieure dont la démonstration « n*est pas faite.
« Suivant la méthode propre aux esprits religieux^ M. Gollins a justifié « des axiomes par des axiomes, et sans plus se préoccuper da preuves « faites probablement dans son esprit, mais nulleflient dans son livre, « il a fait pour les idées d'autrui ce que certain t^ran faisait pour ses « sujets, les étendant sur le lit de la critique^ leséthrant ou les raccour* « cissant à la taille de ses conceptions personnelles.
« Je crains bien qu'il n'ait atteint qu'un résultat bien éloigné de sa « pensée, en fournissant à ces intelligence^ chagrines, jalou3es de toute « supériorité due au travail, la triste satisfaction de ramener a un ni- « veau apparent d'ignorance philosophique et économique les hommes • qui ont agité avec le plus de courage et de persévérance les problèmes a sociaux.
« n eût été bien plus efficace de ùdre un dépouillement snccmet. un « résumé sincère des œuvres de ce qu'on appelle les chefs d'école, et de « chercher en quel point leurs idées se rencontraient, comme sur les « cartes marines on détermine par les points d'intersection des lignes K parcourues par les différents navigateurs, la route la plus directe « et les dérives les plus à craindre. Mais Tesprit religieux, quel que soit « Tobjet de son culte, a toujours quelque penchant à l'intoléranoe, et « M. Gollins, malgré son invocation très-loyale à la raison démontrée, « n'a pu complètement s*y 'soustraire.
« H est un reproche bien plus frave que nous ferons à M. CoHins : « c'est qu'à chaque instant il confond le but et les moyens, ce qui le fait « tourner dans un cercle vicieux. De ce point de vue, tout ce qui s'ac- « complit autour de lui lui semble absolument anarehique. A la fkçoii « des prophètes bibliques, il voue le monde à la ruine s'il n'accepte « Vautoritésouverained'uneraisondont la démonstration mathémalique « doit réconcilier les hommes, éteindre les partis, délioûlMr te progrès.
« Il nous semble qu'au lieu de consacrer deux gros volumes à la réducfc tion à Tabsurde de tous les systèmes, au moyen d'affîmiations in- « complètes, M. CoUins eût mieux fait de nous dévoiler complètement « cette vérité d'où doivent découler tant et de si heureuses ebnséquences. « Puisque le danger presse et que le monde marche aux abîmes, pour- « quoi perdre son temps en réfutations inutiles? Une vérité qui doit <f s'imposer à la conscience de tous les hommdt est de nature à s'affirmer « sans autres préliminaires et à prouver sa valeur d'applicaaion en orga- (c nisant la société dans toutes ses fonctions. Un pareil sujet a trop d'in- « térêt pour qu'il soit nécessaire de tenir en suspens toute conclusion « et de renvoyer sans cesse au premier numéro.
c( Dire que la société ne peut jouir de la plénitude de sa civilisation a que lorsque la raison^ mathématiquement démontrée, sera conselitie « et obéie sans intervention de la forceji^'est tout aussi naïf que de dire : 0 Quand tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, « il n'y aura plus rien à faire. Encore faudrait-il accepter les consé- « quences de pareilles prémisses et concevoir que, sous une pareille so- « ciété, la loi écrite, le droit sanctionné^ l'autorité, le gouvernement « auront cessé d'être parce qu'ils n'auront plus de raison d^ètre.
« Le jour où l'ignorance sociale sur la réalit^u droit aura disparu, « Tautorité et la liberté seront* confondues ; il n'y aura plus besoin « d'un pouvoir régulateur, chacun trouvant en sa conscience la loi; « en sa volonté, l'exécution de cette loi. Nous disions bien que M. Col- <c lins confondait le but et les moyens, et qu'il n'avait pas même une tt idée nette de leur concordsince.
« Âinsi^ M.^ Gollins^ quii veut baser la société sur Tautorité de la « raison incontestabl^inerU démontréey laisse entrevoir qu'il est néces- <K saire de constituer un pouvoir ne reposant ni sur la volonté tsociale « exprimée par le suffrage universel, ni sur le despotisme, sans défi- « n'œ les termes d'une troisième alternative.
a De plus, après avoir reconnu l'incompressibilité de l'examen et « fondé sur lui l'avènement possible de la raison, il condamne et cir- « conscrit la liberté de la presse, le droit de réunion, il répudie la dis- « cussion parlementaire, et le vote universel. Gomment déterminer la ta réalité ou, pour mieux dire, l'efficacité du droit sans l'assentiment « général, et comment déterminer l'assentiment général sans le vote, (( sans la plus absolue liberté de discussion ? On comprend que de telles « affirmations méritaient une justification entière^ théorique et pratique, « et que ce n'était pas trop d'examiner dans quelles conditions, par le « concours de quels ressorts politiques ou administratifs il était pos- « sible d'instaurer un pareil gouvernement, de concilier de telles con- « tradictions.
a M. Collins nous objectera qu'il n'est qu'au second volume de ses « œuvres; nous répondrons qu'il aurait dû consacrer ces deux pre- « miers volumes à la philosophie du droit, sur laquelle repose tout « son système religieux et politique.
« Que M. Gollins ne nous accuse pas de mauvaise foi; si nous noua « méprenons sur sa pensée, il ne doit en accuser que lui-même et la « méthode qu'il a adoptée. Pour lui, placé au centre de sa composi- « tion, les courbes en paraissent régulières; mais qu'il se mette à la « placé du lecteur qui Ta suivi au milieu de ses virulentes critiques, « et qui aborde enfin des explications incomplètes : tout système n'a « de valeur que lorsqu'il se présente sous les conditions de mesure, • « et qu'il porte en lui son but définitif et ses moyens transitoires.
« M. Gollins a-t-il voulu prouver que, malgré les attentats dont la « libre pensée a été victime jusqu'ici, désormais il n'est plus possible Pi d'étouffer Texamen, et que les revendications, pour se faire attendre, « n'en seront que plus terribles? — Tout le monde sait cela, et il en « ressort que Vignorance sur la réalité du droit est moins réelle qu'il « ne le dit ; car chacun examine en vertu d'un droit dont il sent très- « bien l'inaliénabililé.
« M. Gollins a-t-il voulu prouver que f unité, qui ne peut plus repo- « ser sur la foi, découler et aboutir à un mystère, à une révélation, « ne pouvait s'établir dans les relations sociales, sans que la science, « qui n'est que la synthèse de l'observation, n'ait vérifié, confirmé et tf condensé certaines afHrmations sentimentales qu'on peut dire ins- « tinctives à l'humanité? Mais encore là, c'était mesure à déterminer : « vouloir faire sortir la morale des prescriptions légales, c'est contia nuer l'anarchie, et ce n'était pas la peine de tant récriminer contre « les hommes sincères qui ont osé dire qu'ils n'attendaient la consti- « tution de la morale réelle, efficace, que de l'action libre des hommes « les uns sur les autres.
« M. Gollins ne dit pas, et c'est là un point très-grave, car il donna « issue à la plus monstrueuse des tyrannies, le despotisme théocrati- « que, si son autorité temporelle-spiritue(te sera constituée par le fait- « de la reconnaissance générale du droit ou par celui de la détermi- « nation scientifique de ce droit par un conseil de docteurs.
« Quels seront les hommes formant ce concile constituant de la rai- « son? par qui seront-ils choisis? — Puis, en dehors des droits, il y a « l'usage des droits : qui le réglera? par qui seront nommés ces pré- « très, ces docteurs de la raison? par qui contrôlés? par qui jugés et « comment remplacés? — Tout cela est de la plus haute importance, « car c'est par les frottements et le jeu des rouages qu'on apprécie « l'efficacité d'une invention.
«( Si nous en jugeons par les moyens de réalisation proposés par « M. Gollins, et que nous allons examiner, ils n'auront pas seulement « charge des âmes, mais aussi des corps; ils disposeront de la richesse « générale et distribueront le bien-être.
« Si M. Gollins répond qu'en temps de raison dominante il n'y a
« plus que les fous qui troublent la paix publique, nous lui répon-
« drons que, sous' le nom de socialisme rationnel, il nous donne l'u-
« topie la plus ébouriffante qui se soit produite^ et qu'il aurait bien
ni. 27*
a dû réserver sa verve et son sëM critique'\K)ur les Mtes dont II nous «berce. '^'W '^^bu»
a II nous est possible sans doute de concevoir bypoth^^iueiiient une « société, où rintérèt collectif et Tintérèt privé se trouveront conci- « liés, où les croy^nc^ communes, filles de la liberté, traceront à l'hu- « manité une route i^gulière et sans périls; mais ce jour-là la société « aura réalisé, comme nous Tavons dit plus haut, Tanarchie de (( Proudhon. Aucun pouvoir délégué, hiérarchisé n'y existera plus ; il « n'y aura plus de" loi écrite, ni de juges délégués, ni 8fè prêtres de la w raison; chaque homme étant, dtfivant Texpressiou de PieAe Leroux, « son pape et son empereur, TUnilé, le lien résultant de l'idée, non « du signe. '*' '
« Pour celte société-là, d'autres horizons se dérouleront; un but fc plus élevé, et qu'il nous est impossible de percevoir nettement au- « jourd'hui, déterminera ses efforts communs; mais elle aura terminé « rœuvre qu'il nous est donné de poursuivre; elle aura atteint le but « que nous visons, et nous j^réoccuper des conditions daniS lesquelles a elle sera placée nous semble Tort inopportun.
a Ce n'est pas le tout que d'avoir la panacée universelle, il ftofts « faut encore la manière de s'en servir.
« Au défaut d'une idée nette et positive de la philosophie ôti pour « mieux dire du dogme dont M. Gollins fait découler TorganiséNlion de « sa nouvelle société, il faut nous rabattre sur les propositions écono- « miques qu'il a développées sous le nom de théories générales, et en (c faire ressortir l'insuffisance, les contradictions et les impossibilités « pratiques. »
Les idées du Livre.
« Dans ses théories générales, M. (Gollins établit 1« que l'humanité, ce n'ayant jusqu'ici aucune notion exacte du droit et de la justice disc( tributive, a dû subir la domination barbare de la force et de la sua perstition; 2^ qu'en présence de l'impossibilité de comprimer Texa* ' « men depuis l'invention de l'imprimerie, la foi commune étant morte, « la société ne peut avoir d'autre sanction que la contrainte brutale; a 3° que l'anarchie étant la conséquence d'une pareille domination, elle « doit conduire l'humanité à sa perte, ou déterminer, par réaction, la a constitution du droit et i'organisati(«i de la société sur cette base déc( finitive.
a Subsidiairement, il contaste comment, sou3 rempirederinjustice> (( de rignorance générale sur la réalité du droit, l'humanité a été di* (( visée en riches et en pauvres, par le seul fait de TappropriatioD du a sol. Il accuse, en outre, la division des peuples en nationalités du « maintien de ces conditions de misère et d'inégalité, et il en conclut « que rentrée du sol à la propriété collective^ auiieiiisiii dit la n^ite
K 4ii fio) ptr 1*1^ soa adaimiitralkHi an profil de tocuii M ]fL {hkmcIu- « matioB du droit défioitifi un pour tous lei hommeg» doivent anéaa- « Ur lo paupérisme, éteindre tout esprit natioDai^ créer Tuoité et le e bonheui^ uoiversels.
« Nous n'avons rien à dire contre la premitas partie 4e ces i»opoa sitiops* Il est clair que, dans iliypothèseï si tous les homnifiii avaient « une connaissance éffj^ du droite une énergie égale pour le (aire vaa loir» r^iyustice et la tyrannie auraient c^^ d'être» Mais le droit en K lui-même est une abstraction et ne vaut qu'autant qu'il est iucarné « dans rhomme et dans chaque bommei assis dans chaque oonsdenee^ a vivifié par les actes. C'est donc bien moins le droit qu'il faut établir a que la relation entre les actes qui déterminent Télat que les hommes « font du droit en eux et chez les autres. La théorie vaut par la pra- « tique^ les principes par l'application; toutes les religions^ les codes « de tous les peuples, ont une morale commune qu'on peutdire la re- « connaissance des droits et devoirs naturels, instinctifs de l'homme; a mais les institutions religieuses et politiques l'obscurcissent toujours a et lui substituent, dans Tapplication, des pratiques, une hiérarchie « qui en sont la négation définitive.
$L M. GoUins semble vouloir établir un droit surhumain sur lequel « il fonderait, comme sanction pratique, le gouvernement absolu de a latence; il oublie que Ja science relève de l'observation et que par « ooDséqueot elle n'a rien d'absolu et d'immuable en elle. La science^ « c'est l'homme observant et théorisant ses observations; la religion de m lu science ne serait qu'une nouvelle forme de l'antropomorphisme. a Spécifiez cette religion, bâtissez sur elle une organisation politique^ a eue deviendra le germe des mêmes superstitions, des mêmes tyrana nies que tous les autres cultes antropomorphiques.
a Quant il l'appropriation du sol, M. Collina est trop éclairé pour ne a pas reconnaître que le développement de la ricbease lui est dû; que a la propriété collective serait drâdeurée la misère collective si te traa vail n'avait usé du droit d'occupation, ai ce droit n'avait été reconnu a par les institutions. Ce n*est donc pas par ign<»rance du droit léel, ê mais bien par application du droit vi^itable, et pour le plus grand m bien définitif de toua, que cette npproiariatioo a eu lieu. Si ie traa vail fût resté la aeule condition de la propriété du sol, U n'y aurait m rienàdire; atoa même que la tem tout entito eût inappropriée, SI la division se serait établie dans le travail, les arts, l'indice et ie SI coflumeroe seraient nés, aéraient dévelo|^ les besoins ei compensé « le privilège primitif par la création d'autres valeurs, d'autres pro- 4 priétés; l'éditer dans les échangea n'aurait pas été violée.
« Mais la force, la rapkie, la eonq^te se Sobstituèrent aua droits du « iravtti!, et la propriété 'ne représenta plus que le fait artntraire et a stérile de la victoire, de l'usurpation.
a L'appropriatiAn de k terre par ktnnii a donc été de droit «éri' a ttUoi utilQ^ féocmde. fjaftAeUMon dn iUI4e eoftjpMeau droH de
« mise en œuvre, seule, a bouleversé la notion du droit et dé* la proie priété. L'agriculteur né^'voyait, dans la possession, du sol que les « fruits dus à son industrie, que'la sécurité et le bien-ôtre qui en dé- « coulaient pour les siens; il était en droit de réclameiV<en é^îhange de flf ses produits, un service équivalent à la peine quWftvàit prise pour « les créer ; l'idée de propriété était adéquate pour lui à l'idée de tra- « vail. Ce n'est que bien plus tard,'^î%S l'usurpation guerrière, que « riiiée de valeur s'altachant à la terftf elle-même, la possession du « sol devint un privilège gratuit, un monopole, puis un mode de place cernent de la richesse bien ou mal acquise.
« Pendknt toute la période féodale, et même tant que dura le droit « de primogéniture, la proptiétS^dîl sol conserva exclusivement son « caractère dominateur; rt/ife'kprès l'anéantissement de ces privilège*, <c elle rentra dans les coijiditions de tous les autres capitaux. Aujour- « d'hui, au lieu d'asservir, c'est elle qui eii asservie, et l'on peut'dire <K que le propriétaire foncier est dans les conditions les moins libres : « il supporte, aprè^ avoir perdu tous ses privilèges, la plus lourde « part des impôts ; il dégage difficilement la valeur engagée dans>«on « immeuble. Vouloirfairedela rentrée du soi^la propriété collëèKve « le pivoé^à'une rénovation sociale; c'est une idée vieille de plus d'un <x siècle, c'est l'utopie d'un physiocrate devenu communiste.
«f Le véritable dominateur, aujourd'tiiH, c'est le rentier sur VÉtat^ « c'est le prêteur sur hypothèques, exempts d'impôt^'; 4;^ le capita- <K liste dont la propriété est toute en numéraire où en valeurs de cir- « culation. L'intermédiaire s'est substitué au détenteur des fonds proa ductlfs, comme celui-ci s'était substitué au productefuf^ direct. « Maintenant voici ce qui s'accomplft sous'hos yeux : la propriété du « sol e^t à la veille de sortir, par l'expropriation, deàMflfiains du pro- « priétaire qui fait valoir en compte à demi avec ^%étayer, du « propriétaire foncier étranger au travail agricole, pcftîr tomber dans « celles du grand capitaliste dont nous parlions tout à l'heure. CSelui- « ci, qui connaît tout le prix des transactions rapides et pour lequel « un capital mobile est la première condition de la richesse, se trou- « vera dans la condition ou 1^ de monétiser la propriété foncièfl^afin « d'appliquer une partie des capitaux à la transformation de Tsl'roii- « tine agricole en industrie véritable. Il en résultera, d'une part, 4a « l'éductjpn de la rente de la terre, car les bons fonciers ne circuleront « rapidement qu'à la condition d'un taux peu élevé (1) ; de l'antre, par « l'application d'une culture plus intelligente, d'un outillage plus pa^-
(1) (( Ce qui se fait en ce moment est une tentative' d'une grande portée, « mais mal conçue. Il est évident que plus Tintérôt attaché aux obUgations « foncières sera élevé, moins elles circuleront. Elles seront accaparées par les « capitaux paresseux, qai ne savent point ce que produisent les transactions (( rapides si utiles à l'industrie. Les coupures sont d'aUleurs trop élevées. « Quand on veut populariser une institution, il faut la mettre à la portée de « tout le monde et n'avoir pas d'audace à demi.» £. B«
« fiaiU la multiplication^ Ct^t-à-dire;.j^ bon marché des produits com-
te pensé parj^ugmentation de la consoipia^Uon.
« Ou 2^ deilaciliter au producteur Tacquisition de l'instrument de « travail en se remboursant par un intérêt et une annuité minimes « prélevés en pi^uits, la compensation se fai^f^tpar le bénéfice sur « réchange des produits; ce qui est une opération commerciale trèa- « praticable par les comptoirs d'échange.
« Dans les dçux cas^ les avantages de la propriété s'universalisent : • le consomn)9jteur des produits agricoles devient le rentier de la ce terre; la rente du fermier se tri^pve payée par le bénéfice fait sur « le détenteur du titre comme consommateur. A proprement parier, « ce n'est plus qu'un virement de compte qui doit amener la suppres» « sion de l'intérêt attaché au papier-monnaie foncier^ sans lui retirer « la faculté circulatoire. Cette partie de la valeur qui porte sur Tuti- ^ llté gratuite a disparu; le sol est racheté du droit de conquête.
« Il ne reste plus que Iç privilège d'occupation^ lequel n'est oné- « reux à l^ société que lorsqu'il y a inlf^bileté du possesseur-cultiva- «,ieur; l'application du droit de péremption^ dont M. Gollins se «ri4Qontre si dédaigneux parce qu!il n'en a compris ni le but ni la « portée^ remédierait à cet inconvénient et assurerait à rinteliigence « le droit de féconder à son profit et pour le plus grand bien de tous, « lesf facultés productives du sol.
« Que ]tf • Collins ne parle pas d'impraticabilité. Il y a une telle a transformation dans la notion de la propriété qu'il ne reste plus « debout que le droit à la valeur d^échange. 11 est accepté par tout le « monde que^ lorsqu'il y a utilité publique démontrée (on s'est mon- « tré même très-large à cet endroit)^ l'administration peut s'emparer « d'un immeuble quelconque^ supprimer une industrie nuisible^ pri- « vilégier même une exploitation; mais personnne n'admet que cela « puisse se faire sans une juste et préalable indemnité. Il est donc « évident que le droit de propriété absolu n'est pas inhérent à l'objet « matériel lui-même^ mais bien aux services rendus, dont la posses- « sion est le titre; à la valeur d'échange qui représente ces services. « Cest sur cette nouvelle conception de l'idée de propriété que se lé- « gitiment presque à leur insu toutes les tentatives pour mobiliser les « instruments de travail. On peut dire qu'ainsi le droit de propriété « se spiritualise, et que l'industrie agricole et la propriété foncière « tombent plus directement sous la loi de concurrence, qui n'est autre « que la loi d'égalité.
« Le but et la fin de toutes ces transformations, c'est l'extinction « du privilège attaché, à la possession des fonds productifs, c'est l'aie néantissement de la valeur basée sur l'utilité gratuite, c'est la cons- « titution de la propriété réelle, de la propriété du travail. Cest la « réduction de la propriété à la définition que donne M. Gollins du « capital, définition qui n'est pas vraie aujourd'hui où le salaire « passé, comme il l'appelle, représente souvent le prix de l'infamie,
« it rnsure^ de la tente des confidences^ les pirhriléges eoneôdés aux « courtisanes^ aux complaisants des princes et à leur descendance.
« Faire rentrer le sol à la propriété collective, le faire exploiter par « l'État^ c'est en somme exploiter l'utilité gratuite contre le travail; « c*e8t consolider le privilège de certains produits au lieu de laisserai! « libre échange le soin d'établir la^proportion véritable, et, lorsque « la vente, la part du capital, du revenu net, s'abaisse sur tous « les autres produits, maintenir Tinégalité des transactions. On ne «t causerait d'ailleurs qu'une perturbation insignifiante, caries valeurs « finissent toujours par s'équilibrer, et la production libre ne tardèHilt « pas à compenser, par la surélévation du prix vénal de se», produite, t le bénéfice que l'État voudrait assurer aux siéhs. 11 ne refeii^t plus « à l'administration que la ressource de réglementer tyranniquoneat «r les transactions...
« M. Gollins n'est^ en somme, qu'un communiste inconséquent; ear, « non content de fure exploiter la société par l'État, en s'emparant « du sol et de la rente foncière par l'impôt, il reprend à l'industrie et
au commerce tout ce qui n'a pas été absorbé parla consommation, et Si M. Gollins a eu pour but d'anéantir l'épafgne et de forcer la eir- « culation, son impôt y réussit à merveille; mais s'il a voulu assurer « à l'État une nouvelle source de revenus, il faut avouer qu'il s'est a singulièrement trompé. Qui aura intérêt à faire des réserves en fk* « veur du fisc? M. Gollins prétendra qu'elles feront retour au produc- « leur sous forme de crédit, etc... Le producteur aime bien mieux ne <K pas s'en dessaisir, cela évite les frais d'aller et retour.
« Mais il est bien d'autres considérations qui militent Contre la fe- « prise du sol et son administration par l'État, il faudnit d'abord que « Texpéricnce établit l'aptitude de l'Etat dans ces sortes de gestions, « et l'expérience prouve tout le contraire. M. Gollins protestera contre « toute parité entre l'État tel qu'il le conçoit et l'État tel que nous Id « voyons constitué. Mais nous n'en persisterons pas ôfoins, car « M. Gollins ne nous a pas donné la constitution de son administration a nouvelle, et c'est encore là une faute énorme : il n'est plus permis « aujourd'hui de produire des théories sans les justifier en leur don* « nant un corps tangible, un organisme matériel. La raison n'est ce autre que l'expérience, et M. Gollins est mal venu à invoquer la « première contre la seconde au profit d'une hypothèse que tous lee « faits acquis contredisent.
(( Il se récrie contre les abus de l'autorité personnelle et ne voit pat « que tout le mal réside dans les attiibutions éncmnes qui lui ont été <c confiées, dans les ressources et l'initiative formidables dont eU« fit jouit. Lui remettre entre les mains toute la richesse nationale» « n'est-ce pas multiplier encore les chances d'erreurs, d'abus, d'usup» « pation ? Si nous ajoutons que cet État, administrateur de la fortune « centralisée, aura le monopole du crédit, de l'enseignement» et qu'il « sera le représentant de la morale et de la religion^ n'est-ee pas dure
« qu'il ftnra concentré tous les moyeng de corruption^ réuni les con- « diiions de la plus monstrueuse des tyrai^ij^ : Tautocratie spirituelle « et temporelle? ,
« Si M. Ckjjjjps se fût donné la peine de dessiner les détails d'exé- « eution de go^iji^jfip il se serait aperçu de son impraticabilité; mais « il en est resté à Tavant-projet^ et son imagination Ta entraîné à « Tabsurde. .novoT /"
fÊL Avec un pouvoir aussi e;:^ssif d'attributions, il ne io&nquait plus « que la suppression du yote, de la liberté de ia presse, dil'âroit de « réunion! Ce que M. CoUins en dit dans le cours de Touvrage nous « prouve qu'il n'y a pas manqué. ^'
« M. Gollins, après avoir établ^^çs, p^édents, nous donîlé^sa théo- t rie de l'impôt. Il aurai^ pu s'en dispenser, car celui qui absorbe le « capital n'a guère à se préoccuper des moyens d'atteindre les re- « vepus. Sa théorie n'est,^illeurs qu'une mauvaise digestion du trar < vail de M. de Girardin sur cette matière, et ce n'était pas la peine « d'en faire une si virulente critique, dans la première moitié du se- « (^d volume, pour conclure en la défigurant.
o^^près un essai de^ii^nition de la richesse, sous le nom de salaire « présent et de salaire passé, liA . Cpllins établit que son impôt doit ab» « sorber le revenu net et respecter le salaire, comme si le revenu net « n'était pas prélevé sur le .^salaire. Il est vrai que M,. Collins impose « à l'État tafij de charges qu'il nous semble bien modeste, et s'il veut « y sufïïre,til sera bien obligé d'atteindre la consommation qu'il pré» tt tend respecter.
« M. Gollins est un défenseur, ardent de la famille et du fo^er do- « mestique; en cela, nou3, somnjies de son avis et ne partageons pas « les idées d^ if. de Girardin, sur le douaire, la suppression de l'au* « torité ejii.%^,',nom paternels, quoique nous comprenions toute la « portée dQSÇ3r observations sur la situation anormale des enfants naît turels. Mais il nous sera facile de prouver que M. de Girardin, qui « conserve des doutes sur la persistance de l'organiçation actuelle et « veut lui faire subir, ce que nous admettons volontiers, l'épreuve de « l^lj))erté civile, est bien plus respectueux des droits réellement a Qoostitutifs de la famille que M. Collins. ,,
^^..ic En effet, si l'amour est le motif déterminant du mariage, il n'en « est pas le but, comme Ta fort bien dit M. Proudhon dans un admi- 8 rable chapitre des Contradictions économiques ; le but, c'est le roain- «Ifttien de la personnalité humaine, sa persistance dans le temps; fa a création, le développement et la conservation d'êtres sur lesquels se « concentrent la tendresse, la sollicitude des époux, lien définitif qui* « sanctifie l'union et lui donne un caractère social qu'elle n'avait ' K jusqu'alors revêtu, selon nous, que par anticipation. Supprimez la « responsabilité comme les droits des parents sur l'éducation morale « et matérielle des enfants^ leur développement physique et intellecfi luel^ vous anéantissez la famille. Il ne reste de l'uiiion que le $ou-
« venir d'un amour qui s'altère bientôt, sMl n'eât transformé par la « communauté de devoirs^ de sacrifices faits au bonheur de Têtre qui « en est le fruit.
. <x Charger TËtat de Tentretien, de la nourriture, de l'éducation et « de instruction des enfants, c'est prononcer la dissolution de la fa- « mille en anéantissant le but même de sa constitution. Il y aurait dix (( articles à faire sur les inconvénients de l'éducation commune et de « la substitution de TEtat à la famille, au point de vue de la morale^ « du progr^jdes sciences et de Téconomie^f^ous ne pouvons que sice gnaler ici dans quelles contradictions T/^s^^rit de système entraîne « les esprits qui croient avoir le monopol^i^ la logique. ' , a Les plus obstinés des partisans de l'éducation commune et obliga- « toire n'ont d'ail^^urs compris cette dictatur«^4e l'État que comme « une transition nécessaire pour arracher les enfants à l'influence de « parents nourris dans les préjugés du passé; mais ils n'auraient « garde, comme le fait M. CoUins, de considérer cette disposition tf -comm^, nécessaire, même lorsque la redite du droit aw/ia été /démon' <K trée pour toits.
« Ck)nûer le monopole de l'instruction à l'État, nous l'avons souvent a répété, c'est immobiliser la science, c'est abandonner toute une « classe de travailleurs (savans, professeurs et artistes) à l'arbitraire « d'un conseil supérieur qui, profitant de ses immenses attributions ic et de la disposition absolue des chaires, étendrait sur la société une « influence mille.fois plus subversive que celle de la Société de Jésus, a qui fait de ses membres des cgflavres, des hâtons aux mains de «( vieiUards. t .^
« Gçpfier les destinées de l'humanité à une science officielle! 0 « monsieur Gollins, vos idées sont pratiquées en Chine; y ont-elles ac- « céléré la marche de la civilisation? Que le bon sentb^énéral nous « garde des mandarins et des lettrés ! tp p, «k .
« Il nous faut laisser cette discussion $ii incomplète; mais mm y a reviendrons. Malheureusement, il suffit aux idées fausses de revêtir « des intentions généreuses pour gagner des partisans^.içe préjugé de « l'éducation par4f&at a sédui^ifine foule de bons esprits; noufbleur « ferons, nous l'espérons, par les conséquences, rejeter le principe.
« Faut-il suivre M. Gollms dans l'application de ces deux idées pre- « mières, de retour du sol à la propriété collective et d'abolition da « capital p$ir l'impôt, à la distribution du crédit et à l\)]^anisation du <x com^^ce et de l'industrie? Ce serait inutile, nous ne trouvons que « de^ affirmations sans preuves. Nous attendrons que M. Ck)llins ait ' a formula pratiquement : c'est non-seulement par .le plan, mais en- ' a core par le devis qu'on juge d'un projet.
a En résumé, la /publication de M. GpUins est mal conçue au point « de vue j^ la méthode, et fait plus de tort à ses idées qu'elle ne les « peut servir. L'impatience fébrile de sa polémique, l'insuffisance et « le défaut de netteté de ses démonstrations prouvent la vérité de ob
« que nous disions dans notre premier article : M. Collins est bien « plus possédé par ses idées qu'iîlïe les possède.
« Edouard Herté. »
Immédiatement j'écrivis à M. de Girardin la lettre suivante :
j I a SaiDUMandé^ 29 octobre 4853.
tt Mon CHBRjiMI ^ :,. lli\ it)
a Je vous remercie d'avoir fait examiner me^deux volumes intitule lés i^'Çu'est-ce que la science sociale? Je vous remercie plus encore « d'être resté neutre, ain&i que vous nie l'avez dit, dans l'appréciation « de cet odvWge. ■> "oiJ
« Votre journal, m'âv«^vous répété» èênt fois, Ifeit pas une arène a où puissent se discuter les questionâ' scientifiques. Je ne partage .« point cet avis. Mais, vous êtes le maître et je m'incline. Alors, « permettez-moi de dire à vos lecteurs : que les deux articles de (K M. Hervé, ainsi que ceux qui auront paru ou paraîtront sur mon a travail, seront tous placés dans mon troisième volume. Là, ils y se- « ront discutés. ^^^^ ^'^
« Un mot de plus, s'il vous plaît !
« M. Hervé m'accuse d'être religieux. Donc lui ne Test pa». Moi, « j'affirme : que partout où il n'y a pas communauté d'idées sur la <K sanction religieuse, seule sanction possible du droit, il y a révoluce tion imminente et anarchie consécutive. M. Hervé le^nie. Première « diflférence entre nous. Voilà pourra partie morale.
« M. Hervé veut mobiliser le sol. J'affirme que cette mobilisation « conduit à la féodalité financière; et celle-ci aux révolutions, à l'a- « narcbie. M. Hervé le nie. Seconde différence entre nous. Voilà pour « la partie matânelle;
« M. Hervé ne veut pas qu'il y ait nécessité d'anéantir les T>pinions « par l'incofitestabilité scientifique. J'affirme que la domination des « opinions}^ résultat nécessaire de l'ignorance sociale sur la réalité du « droit en présence de l'incompressibilité de l'examen, conduit inévi- « tablement aux révolutions perpétuelles, à une anarchie, véritable « agonie sociale. M. Hervé le nie. Troisième différence entre nous re- « lative à la science.
« M. Hervé ne veut point que l'éducation et l'instruction soient «c données socialement à tous et à chacun avec le même soin, ainsi « que le voulait Aristote, il y a déjà vingt-deux siècles. J'affirme que ce le contraire, en présence de l'incompressibilité de l'examen, conduit « à la perpétuité des révolutions. M. Hervé le nie. Quatrième diffé- « rence entre nous, relative à la généralisation de l'instruction.
« Je pourrais continuer, mais vous me reftiseriez place.
« M. Hervé finit en disant : Il notis f<wt laisser cette première dis» '« cussion si incomplète; mais nous y reviendrons.
« Puisque vous permettrez^ M. Hervé d^y revenir/ ee dont je igqé
« remercie biea cordialement^ ayez la bonté de le prier en mon (( nom : de citer textuellement, avec indication de la page, le» proa positions qu'il voudra critiquer. Cela facilitera considérablement la « compréhension de ses critiques pour les lecteurs qui ne conhaî- « traient pas mon ouvrage; et surtout cela empêcherait M. Hervé de « me faire dire une foule de choses, qu'il croit sans doute que j'ai « dites, mais dont je n'ai pas même eu la pensée.
« Si en outre, avant d'étudîè» mon livre, M. Hervé avait eu la bonté « de lire mon titrent il n'aurait pas estrcrpié mon nom. Il paraît vou- « loir me faire descendre,^ au moins nominativement, du chef du ma* « térialisme philosophique; et cet honneur, queilque grand qu'il puisse a être, je le décline formellement.
K Atmitié. ^. . '
La Presse <|}^j^^ octobre 1853 contenait la note suivante :
« Nous recevons de l'auteur du Socialisme rationnel ou Qc^est-ck « QUE LA science SOCIALE? unc longuc lettre en réponse aux deux arti- « clés de M. EdouarJ Hervé sttb cet ouvrage. Si toute critique devait « dégénérer en poléiiiîque, il n'y aurait plus de critique possible et il « faudrait retrancher des journaux' les comptes-rendus des livres. Par
« cette considération nous n'insérerons pas la lettre de M. Colins
« Entre l'auteur et le critique que le public jugiî!' »
— Ici, je répète avec M. de Girardin :
<]1'eST au public a JUGER.
Je croirais me manquer à moi-même, et aussi à mes lecteurs, si j'écrivais un seul mot pour réfuter ces articles. La meilleure TÔponse que je puisse y faire, c'est de les mettre en regard de mon travail.
Parmi les journaux npd^'^utorisés à traiter des matières politiques et sociales, le Monde artistique et littéraire et le Franc-Maçon, sont les seuls de Paris qui, je crois, aient parlé de mon travail:
Voici l'article du Monde littéraire :
Qn^Mit-ce qve la •eience sociale?
''^' ;^^ Par Colins. — 2 vol. m-8^.
« Notre Revue ne s'occupe point d'économie politique ce n'est donc « point sous léXApport des doctrines politiques et sociales, mais^wia quement sous le rapport du style et de la logique que nous parle- « rons de ce livre. A ce double point de vue, il mérite une sérieuse « attention .'H y a déjà deux ans que le premier volume fit son appari<- « tion; il fut remarqué de tous les vrais penseurs; et, quoique ren** <c fermé dans un cercle restreint, quoique peu accessible au public, il « se créa de chauds partisans et d'ardents panégyristes. C'est môme « par le concours et les souscriptions de quelques hommes dévoués et « convaincus quQ te soecaid volomt^ inoonoé depuis longteippa, a pu
•ofia paraUre, Il est encore supérieur au {iremi^, par la force du « raîsoiiiieiDeat, par la largeur des aperçus et par Ténergie et la ra- « piditédu style.
« L'auteur est un des meilleurs élèves de recelé de Condiliac; c'est c( un des anciens amis de cet excellent La Romiguière^ que nous avons « eu aussi le bonheur de connaître. On doit donc s'attendre à retrou- « ver, dans l'ouvrage de M. Colins, la méthode philosophique de ces « deui grands maîtres. Elle y est en effet, mais modifiée par un es- « prit fort singulier et fort>onginal. De nouvelles formes déraisonne- « ment, des modes d'arguifMalation très-vifs et très-pressants s'y préci sentent à chaque page. Ce iqui est encore particulier à M. Colins^ - « c'est une grande puissance d'abstraction^ c'est une attention conli- « nuelle à ne jamais perdre son sujet de vue , à faire reparaître à « toutes les lignes la pensée mère de son livre. De là naît l'unité qui « facilite singulièrement la lecture de théories naturellement peu |il& « portée des lecteurs.
« Cet ouvrage se compose de deux parties : l'une critique, l'autre « dogmatique. La première est un examen très-détaillé de tous ceux « qui, depuis vingt ans, ont traité des doctrines économiques et socia- « les. Mais ce n'est point une exposition froide ni rebutante. Qu'on se « figure une lutte continuelle d'un homme qui se prend corps à corps « avec tous les économistes et tous les socialistes les plus renommés. « Plus de cent adversaires se présentent dans la lice^ et il n'en est « guère qui ne sortent de ce combat tout froissés, tout meurtris.
a C'est qu'en effet M. Colins aime la lutte, la contradiction l'anime^ « l'ardeur de vaincre le rend supérieur à lui-même. Parfois il pousse tf le raisonnement jusqu'à la subtilité. Il faut le lui pardonner; .çpm- « ment ne pas abuser d'une arme que l'on manie avec tant d'habileté? « On pourrait bien aussi lui reprocher de frapper sur les siens un peu « trop rudement. i m/
a Cette première partie «M la plus animée, et, nous ne craignons « pas de le dire, la plus forte. Qu'on lise la critique des doctrines dé a II. Proudhon, surtout celle des doctrines de M. de Girardin. On ne « quitte point le livre, on est presque «toujours fi^ l'auteur. Mais a quand il vient lui-môme, dans sa seconde partie, à exposer ses protf près théories, on commence à douter, et l'on finit par être convaincu « qu'il est plua aisé de renverser que d'édifier. L'on se dit qu'un au- « tre Colins remplirait, à l'égard du premier, ce que celui-ci a si bien « fait pour ceux qu'il critique. id •;
« Quant au style, il est plein de chaleur et de mouvement, en gêné- « rai correct, quelquefois trivial et sans façon. Pour la facture du « livre, elle est bonne. Par^)i, par^là, Ton y rencontre pourtant des ap* « pendioes, des suppléments qui<Q'y sont point fondus. L'ouvrage est ft même quelque peu inégal.
t Ce serait ici l'occasion de parler de rauteur> l'un dei esprits lei « plut généreux, les plui ardents, toi ploi coovaineui qui txiitsot*
«( Ancien officier siipériebr, il eût pu^ avec des opinions flottantes^ « faire son chemin, comme tant d'autres; il he Ta point voulu. Saa chofls-lui gré d'être resté pi#'^e toute souillure. La constai))éë dihs « les opinions^ le dévouement à ses idées ne sont pas choses icommunes « de notre temps. . a
<c Malgré quelques critiqueaCifô détail, nous ne voudriouopas que « l'on se trompât sur notre pensée. Nous regardons Tœuvre de M. Ck>- « lins comme Tune des plus originales de Tépoque. Elle suppose une « science profonde ; et, ne serait-ce que comme le répertoire le plus « complet des idées qui sont en circulation ilièUuis une trentaine d'anu nées, elle mérite d'avoir place dans toutes les bibliothèques.
« A; Gharguéraud. »
Passons sur les élt^ës qui sont complètement inutiles pour le public. Pour celui-ci, l'essentiel est de savoir ; si le livre est mauvais, et pourquoi. J'appuie donc sur le passage suivant :
a Quand Fauteur vient lui-même^ dans sa seconde partie, à exposer « ses propres théories, on commence à douter, et Ton unit par être con- <c vaincu qu'il est plus aisé de renverser que d'édifier. L'on se dit : Qu^un a autre Colins remplirait, à l'égard du premier, ce que celui-ci a si « bien fait pour ceux qi^'il critique. » . . ^
Immédiatement après la lecture de cet article, je tné suis empressé d'écrire à M. Charguéraud, pour lui témoigner tous'\nes regrçts de ce qu'il né pouvait me critiquer dans le Monde littéraire, Jel'ai prié en . grâce de m'envover ses critiques, et surtout de vouloir bien citer les propositions qàil trouvait erronées, et éûpn, la page où elles se trouvaient; je l'ai supplié enfin d'être le second Colins, pour rènveisef ce que le premier établissait. Je lui ai promis que ses observations t# raient insérées dans mon^^oisième volti^ig. M. Charguéraud, homme de beaucoup de mérite et de beaucoup cle tact, ne m'a pas encore répondu, je le regrette infinimèi^t. ;" ^"^ '^ïlê journal lé Franc-Maçon n'ayant inséré que dès éloges, '^ me borne à remercier M. lïeschevaùx-Dumesnil, rédacteur en chef de ce jouliial, des efforts qu'if fait pour la propagatiorî'd'un livre que je n'aurais pas imprimé si je ne l'avais cru utile. Je dois cependant mention^ ner quelques lignés insérées dans ce même journal^ ^^ui m*ont fait d'autant plus de plaisir, qu'elles ont été écrites fïàr un homme de. beaucoup de connaissances, et qui ne prodigue parles éloges. Voici ces
- «c Je regrette beaucoup, mon bon ami, que la position exceptionnelle a de votre journal ne me permette pas de vous dire un moi d'un oiH « vrage hors ligne, et qui est l'œuvre d'un homme d'élite par le cœur, « l'éiNidition et le dévouement -: vous avez compris, que je vous « parle du livre^iâe notre excellent F.*. Colins, qui vient de traiter tvee
« une si graude supériorité la grande question de la science sociale. « Tous les F.'. M.', devraient avoir cet ouvrage dans leur biblio- « t^ue, car il peut donner la solution des principales questions dont « sjpccupe particulièrement notre belle institution. J'attends avec im- « pièitience le rapport du R.*. F.*. Bugnot sur cet ouvrage.
« AcARRT père; 30«* M.*, du G.\ 0.\ {Lettre à Jf. Deschevauoh Dumesnil, rédacteur en c^/(]?u Franc-Maçon.) »
Ayant adressé mon travail ^n G.-. 0.\ de F.'., ejifiyant appris qu'il avait bien voulu ordonner que son secrétaire général, le F.*. Bugnot, lui ferait un rapport ^ ^j^^ égard, j'écrivis b Ij^^re suivante au F.*. Bugnot.
« Au T/. JÎ.^'ïiiF.-. BiAgnot, Secrétr. G.\ du G.\ 0.\ de France. « T.-. Ch.-. F.-., ''"-'^^
: '-il,
« rapprends par notre F.*. Deschevaux-Dumesnil que vous êtes « chargé par le G.'. 0.*. de faire un rapport sur mon ouvrage, inli- « tulé : Qu'est-ce que la science socialèT Je me licite d'êti^soumis à « l'examen d'un homme intègre^ tastruit. '" *' '»
K J'ai eu en vue trois points principaux : ^'
« i<* Combattre les utopies prétendues socialistes;
« 2** Prouver que désormais l'ordre stable est incompatible avec « l'existence du paupérisme;
« 3^ Montrer comment le paupérisme peut être anéanti^ sans fai;*e « tort à qui que ce soit, et en faisant le bien de tous.
« J'/9J prouvé aussi clairement que deux et deux font quatre; et ceci pendant, il est probable que j'aurai écrit très-inutilement pour Té- « ppque actuelle; en voici les raisons: ^.
« !• J'écris pour un très-petit nombre de lecteurs : ceux qui par « l'intelligence et la propriété se trouvent à la tête de la société. Et à ft ceux-ci, il a été dit tant de folies sur le socialisme, lequel, en ré- « 8uiiié> ne peut être que la théorie de l'ordre, qu'ils s'imaginèbt : que, « toute théorie sociale est nécessairement une utopie. Ils ne voient « point qu'une pratique dépourvue de règles scientifiques, ou sociale-!- « ment tenue pour telle, conduit à l'abîme.
tt 2^ 11 y a^ une infinité de fausses théories possilïles, et la bonne jiîc^ttîj^orie est nécessairement unique. Puis, pour qiiè'U bonne théorie « puisse être socialement adoptée par le pouvoir, il faut auparavant «f qu'elle ait été individuellement reconnue bonne par les personnes « d'intelligence et de propriété, qui se trouvent à la tète de la société, « Or, pour que cela soit possible, il faut que les journaux protecteurs « de l'ordre, ne fût-ce que par intention, signalent aux sonmiités so- «i ciales, ce qu'il serait au moins raisonnable d'examiner. Cest préci- « sèment ce qu'ils ne /ont point, ils croient flatter le pouvoir en rec fusant l'examen de tout sans exception; ou, s'ils font une exception.
« œ sera seulement pour dos folies ayant pour tout attrait deê tHn» « excentriques.
« 3* Il est enfin utie cause qui rend toute théorie d^oHre réel inea- « pable d^ètre admise^ même par ceutH(}ui ont la meilleure velotilé à « cet égard : c'est une foi ayeugle dans une prétendue science^ llonmée « économie polUiqm; voici un passage de TËmpereur à Saint^Wlène, a sur cette science prétendue :
«a Un jour, le conseiller d'État général Gassendi, se trouvant prendre « pai'l à la discussion du moment, 6*y appuya de la doctrine des ^ooc nomistes; l'Empereur, qui Taimait beaucoup à titre d'ancien cam«- <c rade de rartillerie, rarrétant, luj ^it . «ce Mais, mon cher, qui vous « a rendu ^ savant? Où avez-vous pris de pareils principes? »» Gas- « sendi, qui parlait rarement, après s'être défendu de son mieux^ se a trouvant dans ses derniers retranchements, répondit qu'après tout, « c'était de lui. Napoléon, qu'il avait pris celte opinion. «« Comment, « s'écria l'Empereur avec chaleur, que dites-vous là? Est-ce bien pos- « sible? Gomment! de moi^ qui ai toujours pensé : que, /t2 existait « une monarchie de granU^^ tt suffirait des idéalités des éconowiiites tt pour la réduire en poudre. »»
c( L'empereur, cité par taf ÇUw, 17 juin J^8i6y »
« Tant que les cataractes économico-politiques ne seront point am- « cfaées; tant que la science sociale réelle n'aura point pulvérisé les « erreurs économiques, il n'y a rien à espérer en fait d'ordre stable. « A cet égard, j'ai un travail prêt à mettre sous presse, intitulé : rÊco- « nomie polUiquey source des révolutions et des utopies prétendues so- « cidistes. Je lui ai donné pour épigraphe le passage cité ci-dessus. « Mais vouloir trouver actuellement un éditeur pour un pareil travail « spait insensé : quand même on lui dwnerait pour titre : Swwms a ie genre humain ! Je le sais et m'en console en me disant : J'ai fait « pion devoir, le reste ne me regarde pas.
« ATous aussi, mon T.-. Ch.-. F.*, vous ferez votre devon*, en analy- « sant consciencieusement mon travail; et vous direx comme moi: le « reste ne me regarde pas.
« Je suis p. 1. n. à n. G.
« Votre dévoué P/.
a CoLtifs, 3S.*« 1^
Parmi les Journaux des départements non autorisés à traiter les ma* tières politiques et sociales, je citerai un article du journal de GomDlENS. Voici cet article, à la date du H, juillet 1853 S
Cl Le second ouvrage que j'ai à mentionner est un Ihre qui a pour a titre : Qnfeslt^e que la scknce socide ? dont deux volumes ont para a et qtd ti pour auteur M. Golins, ancien dief d'escadron, le com- « ià«Me par dédarer que cet o urrage étant poUtiqtie^ Je ne fcris fà aie
« teux discourir ici sur les matières qui y sont traitées. JedoisSeulement « déclarer qu'a^nt de Tavoir lu^ j'étais daûs les ténèbres^ et quequi- « Mnqtie ne le connaît pas ne sait rimp Gela peut paraître paradoxal^ k mais c*est la vérité. Geui qui me connaissent doivent bien se douter < combien il m'en a coûté d'être foroé^d'en tenir à cet ayeu ; mais ils € savenlnitfssi que si je me trompe c*eak< toujours de bonne foi, et que « lorsque je m'en aperçois, je quitte immédiatement le sentier de Ferc reur dans lequel je marchais, pour suivre celui qui me parait meil- « leur. C'est reffet qu'a produit sur mon esprit le livre de M. Colins. « Je suis converti, et 1^ la conviction la plus profonde que tout « homme qui le lira le é^ra comme moi, quels que soient sa position, « ses intérêts ou ses opinions. Et je regarde si bien le système de « M. Colins comme démontré, que si jamais il m'arrivè de discuter a sur la politique avec qui que ce soit, je deihànderai d'abord à mon « interlocuteur : — Avez-vous lu les deux volumes de M. Colins? »» « et s'il me répond ; Non, je lui dirai : «« Lisez-les et nous discute- « rons ensuite; jusque-là vous et moi nous ne pourrions'que patauger « dans de vagues logomachies. »»
« Si je ne me trompe, M. Colins est appelé à prendre parmi les éco- € nomistes une place analogue à celles de Newton parmi les matfaé- « maticiens, de Christophe Colomb parmi les navigateurs, et de Cuvier « parmi les naturalistes. <
« D. Marcolino Prat. d m PAiifl, le S6 JuiD 4S63. »
M. Marcolino Prat est un homme érudit dans toute la valeur'de l'expression; et dont l'éducation et l'instruction ont été complètement xvm* siècle, c'est-à-dire matérialistes. Quand je n'aurais été lu que fllfU. Prat, mon ouvrage n'aura point été inutile. '^1e ne connais qu'un joufn^l étranger qui ail bien voulu s*oocuper de mon travail : c'est VObsetéâteur de BrualèUes, J'en extrais ce qui est étranger à la politique, dfont je voudrais qt|p l'on s'occupât moins, pour s'occuper* tïh peu plus de l'organisation ^èîale.
« Un de nos compatriotes, le colonel Colins, attentif, comme notis^ « à toutes les pulsations de la pensée, à toutes les manifestations de « l'intelligence, vient de publier un livre merveilleusement utile. « Qu'est-ce que la science sociale? Tel est le titre de ce livre. Là, avec « bonne foi, avec sincérité, il passe en revue, met en relief tous les « systèmes, tous les plans ..émis jusqu'à œ jour. Depuis Téconomiste € prudent et circonspect, jusqu'au réfonm^teur. ^radical et fougueux, « tous comparaissent : ainsi Malthus et Proudhon, Rossi et Pierre « Leroux, Blanqui et Louis Blanc, l'archevêque de Paris et Laniennais, a Léon Faucher et Emile de Girardiu, Michel Chevalier et Considérant. « .
« Pour ne rien omettre , l'auteur extrait les passages synthétiques, « Ott la doctrine est résiuBée, steéteàcbiiiuçphiipde «es artrait«>
« analyse^ commente^ discute. Un dialogue vif^ pressant, s'établit entre « lui et chaque réformateur. Et tout ce travail est accompli atec une « loyauté parfaite. Les deux volumes de M. Colins contiennent donc la « substance des doctrines nouvelles. Ils renferment la matière de cent « autres volumes, et cette matière^ il est curieux et intéressant à tous « points de la connaître. Qu'on y songe, c'est l'avenir qui s'agite, « c'est de demain qu'il est question. Fausses ou vraies, logiques ou a absurdes, il faut examiner ces idées. Fermer les yeux et les oreilles « serait courir à l'abîme.
« Nous croyons, contrairement à M. Colins, au progrès indéûni ; « sur ce point, sur d'autres encore, nous ne sommes pas d'accord, ce « qui ne nous empêche pas d'admirer sa scrupuleuse conscience, et « de proclamer l'utilité, la nécessité, l'urgence de cette œuvre qui « a obtenu de la presse parisienne un éloge mérité.
« « Vous avez peut-être vu passer, dit M. Léon Plée, dans le Siècle, « un vénérable vieillard à longue barbe blanche, figure soucieuse, a labourée par les fatigues du corps et par celles de la pensée. C'est le « colonel Colins, celui-là même, qui, exilé en Belgique, puis en Amé- « rique, conçut le projet d'aller enlever dans un aérostat le prisonnier « de Saint-Hélène, qu'il croyait nécessaire à la gloire et à l'honneur a de la société de son temps. Le colonel Colins, qui, depuis l'époque, « de ce rêve, a vu passer cinq gouvernements et des centaines de sys- « tèmes, a voulu, lui aussi, chercher la vérité à travers tout ce qu'il « avait vu et entendu. Les deux volumes que nous avons sous les « yeux sont le résultat de ses vigoureuses méditations de trente ance nées. » »
« Pierre Vinçard, l'un des rédacteurs de la Presse, loue, sans ré- « serve, le livre et l'auteur. « « M. Colins, » » dit dans une Revue « littéraire, M. A. Charguéraud, qui fut le disciple et l'ami de l'bis- « torien Alexis Monteil, — « « M. Colins est l'un des esprits les plus « généreux, les plus ardents, les plus convaincus qui existent; ancien « officier supérieur, il eût pu, avec des opinions flottantes, faire son « chemin, comme tant d'autres ; il ne l'a point voulu. Sachons-lui gré « d'être resté pur de toute souillure. La constance dans les opinions, « le dévouement aux idées ne sont pas choses communes de notre « temps. a « L. Huguier. » »
Je ferai remarquer à l'auteur de cet article, jeune homme de mérite et de beaucoup d'espérance que je n'ai vu qu'une seule fois : que, la doctrine du progrès indéfini, considérée hors des sciences physiques, c'est la négation de la vérité, dont le résultat est une perpétuelle anaï^ chie. Qu'il médite cette observation; et il se trouvera récompensé de tout ce qu'il a la bonté d'énoncer d'aimable à mon égard.
Ni le Constitutionnel, ni le Journal des Débats, ni la Patrie, ni k Pays, ni V Assemblée nationale, ni aucune autre revue périodique, ni, etc., etc., n'ont imprimé un mot sur mon travail, ni en bien ni ^ .
a|ti. Un de ces journaux a même dit à un de mes amis. — Le liinre ék M. Colins est très-4«marquable. Mais nous ne sommes pas assez bètes pour lui donner de la publicité. — Oserais^je demander, au stnoii publiciste qui a prononcé cet oracle^ pourquoi il serait bète de donner de la publicité à un travail écrit en dehors de tous les partis et qui donne les moyens d'établir Tordre^ en se mettant à Tabri de tout danger de révolution ?
Si désormais^ Messieurs les journalistes ont la bonté de s'occuper de mes travaux^ je les prie en grâce de laisser de côté tout ce qui m*est relatif. Que je sois grand ou petite tortu ou bossu, bon ou mauvais, criminel ou vertueux, cela ne fait rien à Tafifaire. Un livre utile, fût-il écrit par Lacenaire, vaut infiniment mieux qu'un livre nuisible, fût-il écrit par saint Vincent de Paule. 11 en est de même pour le style. Je n'^i aucune prétention aux académies, fussent^Ues topinambouas. Le mérite du style est de se faire lire; et, tû un bon livre était écrit en style d'adverbes, ce qui vaudrait mieux que de s'en moquer, ce serait de 1^ traduire en français et de le rendre lisible. Ce dont je prie MM. les journalistes de s'occuper, c'est dédire^ si, sous peine de mort sociale : L'ignorance, sur la réalité du droit, doit être anéantie;, Si^ oui ou non, j'ai énoncé ce qui est nécessaire pour que cette igno- . rance soit anéantie;
Si, oui ou non, le paupérisme doit être anéanti; Si, oui ou non, le paupérisme peut être anéanti, si ce n'est : par l'entrée du sol à la propriété collective. * Et surtout, pas de lieux communs , pas de considérations générales; pas de systèmes mis en avant pour s'éviter la peine d'exa»miner ce que je dis. Puis, en examinant , que l'on ait la bonté de citer mes expressions, afin d'éviter aiasi de me fabre dire des sottises auxquelles je n'ai jamais pensé. Bref, tâchons d'être utiles, et de ne pas nous borner à faire des articles à tant la ligne. Passons à un autre ordre d'examen.
En même temps que j'écrivais aux db^cteurs des jouftiaux, des revues, etc., j'adressais la lettre suivante à diverses sommités intellectuelles ou sociales :
« Monsieur,
« J'ai l'honneur de vous offrir deux volumes que je viens de publier « et que je soumets à votre appréciation^
« J'appelle votre attention sur les trois théories générales et sur les a questions qui y sont annexées. Elles se trouvent au second volume^ « depuis la page 261 jusqu'à la page 372.
« Je recevrai vos observations avec reconnaissance, et je les insérerai « dans mon troisième volume. Dans tous les cas, oserais-je vous prier « de m'accuser réception de cet envoi?
« Je suis, etc. »
Voici quelques-uns des accusés de réception. Je les constate comme III. 88*
preuves que j'ai sollicité la diieussion^ et^ qqe mon appel a été entendu.
« AicheTéehô de Paris. Paris, 23 juillet 4853.
« Monsieur^
« Je m'empresse de vous accuser réception de Tenvoi que vous avei « bien voulu me faire de votre ouvrage. Je vais partir pour les va- « cances, et je me propose de lire votre livre avec toute la sérieuse at- « tention qu'il mérite. Les questions que vous jy traitez sont très-ar* a dues et très-complexes. Je pourrai en caiTser aveô vous* moft retour, « et vous dire mes impressions ou plutôt mon appréciation réfléchie.
« Monseigneur rArchevèque vous remercie de l'exemplaire que vous « lui avez adressé.
« Agréez, Monsieur, avec mes remerciements, l'expression de mes « sentiments distingués. Co^^Afto. Gh. S« G» »
« Je TOUS remercie, Monsieur, d'avoir bien voulu m'envoyer votre « livre. J'espère trouver le temps de le lire avec l'intérêt qu'il mérite, « et si j'avais quelque observation à vous faire, j'aurais l'honneur de « vous la transmettre.
« Recevez, je vous prie, Tassurance de mes sentiments trës-distin- « gués. « GuizoT.
« Val-Richer, 25 août 4853. »
« M. Colins a bien voulu adresser à M. Tbiers deux volumes qu'il « vient de pnblier et qu'un troisième devra suivre. M. Tbiers lira cet « ouvrage aussitôt que ses occupations lui laisseront quelque loisir, et . « il donnera une attention toute particulière aux parties qui lui sont si- « gnalées. En attendant qu'il puisse se procurer ce plaisir, il prie mon- « sieur Colins de vouloir bien recevoir ses remerciements avec l'assu-
< rance de sa parfaite considération. »
«Paris, 26 jaillet 4853.