DISCUTERONS
— Il est évident : que si, après avoir lu et promis <ie discuter, M.. Tbiers ne ^isouta oependfint point, c^est quHI approuve pn tout les ll)éories que j'ai eu l^honneuv de lui soumettra. fiMl les avait trouTéas ^uuirûhiques, Tarpoup de Tordire ot de Phumanité, dont il a donné tant de preuves dans ses écrits, ne lui aqrait point permis, pav ^on silonce, de laiisev penser da lui, 00 qui (îst indiqué par le proyerb^ i oui ne DIT MOT eoxsENT. Je me trouve infiniment honoré de Tapprobation silencieuse de M. Thiers.
J'arriYe ^ qn troisième gx-présiçjpnt jju copseil^ 1^. O^Ucin Barrot. ;4v£int d'expo§pr les observations qu'il ip'?^ fait J'honpeiir de pi'ftdres- ^r sur mop travail^ qu'il mq permette icj dq lj:|i ^xpripaer : (?ptpjiieii je cuis reçonnai^^nt de S4 çpQgêsç$q^§i)çe§nyçrsqaQi. Je dit^î^elui^
cfi i|iw jf^i d^ AU de y. ()« UQ^emiaU, M% ÛdOPi Bâirot p@u( ^e UtuftpctTi mU tOHiouTs de bono^ foi. Et si. apr^ lui e^yoir jé^nontrâ 1« ^ftté. Il ne r«u?cfipte pa* immédiatemwt qwe l'on çense au^ difficultés qu'il y ^ de détruire une éducation lihér^te, iwç^lqwéQ dès TeiW fanca, dw^nt )a ré\ftlqtio« dç 1789;i I4 séparation de* pouvoirs, la laiénuiee rdigieua^ç, l'^iénaUon d« sol, le 3y8t^piç représentatif, réquiUhre eMrqpéoq, U néfîessité du paupérisoMî, et 1^ wonopoie des dévelQppepfjents darinli^lligQpce, atlrioué à U riph^»^ héréditaire, çormne le wc fdm irffra de réyHojile social,
liiep n est plus dif^cile^ si ce n'est ii9pp3s|ble, que de convertir ^d chef de seote; et M« OdilPU Barrot est, depuis plus de vingt ans, chef de la secte libérale. Celle-ci, ep outre^, aj^ sur toutes les autres^ Tavantage du vague, de Tindétermination. De plus, elle renferme toute cette bourgeoisie, qui exploite le$ piasses ; i)on, purce que tel est son hpn plaisir; mais, parce que tel est le résultat nécessaire de l'organisation sociale actuelle. Cette bourgeoisie aime à me» 1 non-seulement qu'elle exploite les masses ; mais enieore à bq faife accroire à elle^mêrae et aux autres 1 que cette même organisation sociale, est la seule posaibki el que la dominatioD bourgeoise, représentative par le cens, est la seula qui puisse fblre évitev les borneors dés révolutions, et rauarchie qui les caraetérlse. Gette seote, en outre, renferme toutes les autres implia citementi et, tous les hommes d^Htat qui affectant des allures indé* pendantes de la bourgeoisie. M. Gulioi, M. Tbien, If. Rupin, M. Le» dru-Rollin, M^ Louis Blanc, M. Proudbon, M. de Girardin, etc., qui tous veulent les principes do 89 2 la séparation des pouvoirs, la tolé» rance religieuse, l'aliénation du sol, le système représentatif, l'équilibre européen, la néctîssité du paupérimiiej et 1§ n|()pQpple d^ dévcloppernents de riptelligeuce, attribué à la rjobc^s^j SQPt (ous^ I9 cachant, ou s^ns le savoir, d^s septairas da M* Odilon Barrot; et ila l appuient d'autant plus qu'ils paraisUPHt s'^u éloigner d^v^ptagp, . Jq prendrai^ connue exeniplei Ip plus WQdéré, en apparence^ d^ chefs d'école. V. de Girardin vaut évjtar les révolutions, ce qui flatta beaueoup la bourgeoisie, et veut an Qutra : la liberté dai réiipiopst da| plubs, des journaux, des pawpbleta, des placards, etfi.| pe qui flatta beaucoup les masses. Hais, qiiand U donne comrpe ponséquence ^i^ ^ prétendue liberté : l'absenoe de religion} l'absenca de mariage; la fixf^ tion arbitraire du salaire, la bourgepisic fie preqd d'un aptpur furieux pour le premier despotisme qui la garantira de pareillef) argias sqoialesj en conservant l'espoir que les anarchi^tas vaincus, 1799 ressuscitera da ses cendres i et les masses, jatnaiç hypocrites, mai« souvent brutales, aa* ouscntH. de Girardin de rpndre l'anarcbie, oonséquepca pépes^ra de 1(| liberté, afm de les pousser à se réfugier sous uq despotisme quelcnnquq.
Et tous ceux que le despotisme révolte et que l'anarchie effraie, vont à M. Odilon Barrot, sans le savoir, ni le vouloir,
Or, un chef de secte voit seulement ceux qui vienn^t à lui, sans s'inquiéter nullement du motif qui les pousse;
— ÎS6 —
Et YOds voulez qu'au milieu de pareilles circonstances^ M. Odflon Barrot renonce : non-seulement aux convictions de sa vie entière; mais encore, pousse ceux qui ont confiance en lui, dans une route nouvelle! tï^est moins probable que de gagner un quine à l'ancienne loterie.
Mais, ce qui honore au dernier point M. Odilon Barrot, c*est d^oser entrer en lice pour défendre ses convictions. Les autres ne prêchent que dans leur église, ne fût-elle qu'une chapelle sur pilotis, et ne permettent à personne d'aller les y combattre. M. Odilon Barrot fait plus, il quitte ses retranchements, et seul il vient planter sa bannière libérale au sein du camp rationnel. Qu'il y soit le bien-venu. Nous rendrons à sa loyauté, à son courage, les hommages que tout homme de cœur leur accorde; et M. Odilon Barrot ne sera combattu qu*avec des armes courtoises.
Voici les observations de M. Odilon Barrot.
« Monsieur,
« En réponse à la lettre par laquelle, m'envoyant votre ouvrage sur « la science sociale, vous me demandiez de vous donner mon avis sur c cet ouvrage, j'ai pris l'engagement, peut-être un peu téméraire, de « déférer à votre désir. Toutefois, voulant dégager ma parole, j'ai lu, « je vous Tatteste, vos deux volumes tout entiers ; j'avouerai même « que j'y ai trouvé un certain intérêt, celui de passer en revue, grâce « à vous, toutes ces théories socialistes qui ont agité notre société, « surtout dans ces derniers temps, et lui ont laissé, pour tout ensei-
« gnement, une terreur profonde, que le despotisme
— Il paraîtrait que c'est seulement dans mes deux volumes que M. Odilon Barrot a étudié les théories socialistes. Je suis extrêmement flatté de cet honneur. Mais, c'est une politesse que M. Barrot a bien voulu me faire. Le prince de Mettemich, il y a déjà plusieurs années, disait : Les questions sociales sont l'objet de toute mon attention. Et M. Odilon Barrot, homme d'État, n'aura point, plus que le prince de Mettemich, méprisé ces théories, même les empoisonnées. Quand de nouveaux poisons paraissent, les médecins les examinent, les étudient, et font souvent servir à la conservation de la vie, ce qui, primitivement, ne pouvait servir qu'à donner la mort.
Quant au despotisme, si M. Odilon Barrot me fait l'honneur de lire ces deux volumes, comme il a bien voulu lire les premiers, il verra : qu'en époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, il n'y a de possible : que despotisme et anarchie. Et lui-même avoue, qu'il préfère le despotisme à l'anarchie. Je suis de cet avis, pour autant que l'on ne considère que l'actualité. Mais, je lui dirai aussi que l'un ou l'autre
(4) Il y a ici une Ugne de la lettre de M. Odilon Barrot, que j'ai en épreuve, et que mon imprimeur a cru ne pouvoir impiimer. Selon moi c'est une crainte déplacée : tout ce que M. Barrot signe ne peut craindre l'impression. Mais j'ai dû me soumettre.
ne dépend pas toiyours du choix^ pas plus que la santé ou la maladie* Les nécessités sociales et la mort sont paiement sourdes aux prières.
«— c rel, continue M. Barrot, plus d'une fois admiré Ténergie de loc gique et le bonheur d^expression avec lesquels vous faisiez justice « de toutes ces dangereuses folies, m
— Ces éloges de M. Barrot me font beaucoup de plaisir.
— « Mais^ continue M. Barrot^ arrivé à votre idée propre^ c'est-à-diro « à ce que vous appelez la vérité rationnelle^ le Dieu impersonnel^ ou c la science incontestable ou incontestée^ je ne puis que penser de votre « idée, ce que vous pensez des utopies de MM. Leroux, Proudhon et « Girardin. Vous êtes quelques hommes d'esprit et de bonne foi, je le « reconnais, qui, frappes des maux inhérents à notre pauvre humanité, « vous êtes imaginé qu*au lieu d^adoucir ces maux, on pouvait y ap- « porter un remède radical et absolu, et qui, sur cette hypothèse, se « sont mis à refaire, chacun à sa guise, notre pauvre vieille société. Je « n'ai pas besom de vous dire que j'appartiens, au contraire, à cette c classe d'hommes que vous prenez en pitié, et qui, ne croyant pas à « Fabsolu dans l'ordre politique, s'efforcent d'améliorer les éléments « existants de notre organisation sociale actuelle, sans avoir la prétenc tion ni d'en extirper tout le mal qui s'attacherait toujours dans une « certaine mesure aux choses humaines, ni d'en faire sortir le bien parie fait. Je sais que les hommes doivent toujours tendre vers le juste, le « vrai, le bon; mais je sais aussi qu'à raison de l'imperfection même « qui est dans leur nature, ils n'atteindront jamais au juste, au vrai, au « bien infinis. Cest déjà un bien noble attribut poiur l'homme que d'ac voir en soi le sentiment intime de l'infini, quoique son intelligence « en soit écrasée; il y aurait un fol orgueil à lui, de prétendre jamais c à le réaliser sur cette terre ; car alors il cesserait d'être homme. »
— Pour devenir quoi, s'il vous pldt?
Si l'homme savait distinguer le juste de l'injuste, le vrai du faux, le bon du mauvais; s'il avait reconnu : que l'infini ne peut être que /'immatériel, puisque la matière est nécessairement finie ou complexe ; s'il savait dire : là il y a immatérialité, sensibilité réelle, humanité réelle; là il n'y a que matière organisée ou inorganisée; s'il savait qu'il n'y a raison réelle, liberté réelle, que là où il y a immatérialité ; s'il savait organiser la société sur la raison réelle, sur la liberté réelle ; l'homme ne cesserait pas d'être homme, mais u. cesserait d'être ignoraitt.
Ensuite, je ne demande point actuellement à M. Barrot, s'il y aurait un fol orgueil à l'homme de prétendre à cesser d'être ignorant. Je lui demande : si, en présence d'une organisation sociale, au sein de laquelle^ de l'aveu des économistes, le paupérisme croit sur une ligne pû^lèle au développement delà richesse, et cela en présence de l'incompressibilité de l'examen, il est nécessaire, sous peine de mort, que cette organisation sociale soit radicalement changée ? Car, tel est le point de
dépâWde te discassioft. Et, si M. Barrdt ptouteqtie <» point de départ est feux, le reste de la discussion devient complètement inutile.
•^ « le suis bien loin, «ssurénent^ eonUmié M. Odilôn fiarret» de «ier « les mmx qui tniTaiiletit cette société, et les dangers qtti Hl menacent! <( hélas ! nous venons de traverser des temps (m> si nous ne sommet « pas tombés dans Tablme, nous en avons du moins assez approché a .pour en mesurer la profondeur, et bien aveugles seraient ceux qui, de « Boft joufS3 nienûent ces màtii ett«8 dangers* »
-«-CTeSt beaucoup de reconnaître la société nwdàde. Ce siérait plu* de tionnaltfe là Cà»^ de la m^àdie. J'ai dit t que cette cause est l^imepniprcssibilité dé i^xatrten, en prééénce de l'ignorance sociale sur la rtalké du droit; que cette cause doit être fctiéàntié, sous t»EmE nte Moat sdttALfe ; que IMgttdt-ance sociale, tant que rexamoft a pu être coWprimé, & ttéoeèsité Tahéhatiort du sol ; et que ranéatitisseiftôftt de IMgnorâncè sociale â pour tésultal nécessaire » 1-cntrée du sol à la propriété cofr léctite. Ici, je irêpète à M. fiarrot, qu'il fte fatit point eîatoiner prtnritfveittent : si, l'entrée du soi à la propriété toUectlVe, peut ou ne peut psA kyàit IféfU; tnàis bien, examiner primitivenieht : si, cette entrée est fîëcë^sdite, absolutnentnécessaire, soi7s p&m t% ndàï sbaiiË. Si M. teuri^ttie prouve que cette entrée ti*est point àlttolument tîëcefesairê *(?■ tttélletïiétit, f abandonné ia dlscuSîHon. Cest tànlesftus que j^siste pafifcnlifeifemeht. €àr, Vouloir que lé sol éMi*é S la projeté cdlectivê, avant que ce soit àbsotumm nêcessatte, est utie Utopie i k quarantième puissance.
« — Je Vous concéderai même, continué M. Bafrdt, quéholreciVili- « sation progressive tfa pas opéré une réformé^ pas accompli une ré- * Volution, qu^elle n'ait setiiblé nous rapprodhCr de plus en plus de ce « danger, et quelle ne Vait fiième rendu plus menaçant. )>
— Il y a toujours avantage à discuter avec un homme instruit et dç bonne foi. La vérité perce touJobrs> %ième à trftVènrsleft préjugés^ Ainsi kl oivilisation progressive ne fait que YtoUS potléMt tet%l'anafehie< (^est la traduction de te passage qtie j'énoiiiee > en ««posant ièë fHiifes de hnooMpresi»il}ilité de l'ekamef), ^présence de l^ignolMlcé sociale sur k réalité du droit.
fc -^ U tolérante relr^euëé, confliifite «. ftaitot, la Hberté de la tu tdnsciehoe, de la pensée et delà discusirion, 'les càmtnQnitatir^mtplus « ttpides et plus fréquentes etïtré les peû[fles, l'afftilbHsseinient des « croyances, dés prestiges, IHntcrroption vidlcnte des tradittoift, tout t Ce que nos pères ^titans avons fait, particulièrement dépits tm «îèdle, kL pour feire disparaître des gouvernements tout ce qui UeSSait trop « ouVertetoerit la justice, la raison ou la liberté des hommes, cohStïttie Il totit à là fois un argument et titte arme, pour obtenu davantage.....*
— flârtrantage très^bien î Mais quoi? Èst^«e Une plul graudè rî«
ahésse? (Test l^équi valent d'un paupérismte plus nombreux. Est-^ le plus gwwd pouvoir dMn setdt C'eâl trae aggfevaiîoift de despnttSme.
tatîbH tl'teèiî^îé. Et, podt ftdti^ é|k)qtïé, tl îl'esl aucune espèce de éM^ànUHgè, #m «h t»lt!H$, sôit ^ fttOfns , qHi ne fous cortdtïf^ ! ^it à Vmm^ p&f lé 4èstkAtMe ; "ià'à ^tl (testk>tistné piàr ràiià^hië.
« — Ainsi, continue It. ftarrot, comme vous le dites aveé trop i» « Yériié, dé ce que nous avons purgé la propriété de tout privilège..» »
•»- Est-ce que vous avez purgé la propriété du privilège de reeevoir réducation et l'instruction ? Est-ce que vous avez purgé la pro|n*iété4<i privil^e de pouvoir ne pas devenir un brigand^ si vous êtes né au sein d^îilè fetoîlle de bïîgâtids'î Èst-cé âiié vous 4véz purgé la propriété du pHVît^e dé ne poîYà ïâï?6 partie dé cette jfractiott dé population quî^ selon le prince des économistes, doit, tous les ans, mourir de misère, flÉMè IM 8elft ê(; là ntttion it i^fc t»Mp^? ESt^^é (^ Vous avez fÈilfê 4ci {M^èipmié êm fïMtë^e de ït^ Btés ééon^tiiieâ «ut dépens deâ ^M^l^B^ mnM 'lÊfit % flfl le iMflAfc ^pHftfté "des é^ftéttfstes : î.-B. Sày^
« — De ce que, côntîïiué îl. Èairôl, nous tVvons réduite à ne plus t %9té ifH^n MAfHè ffttt êè (k)S9ésÉAotl t^t^mtsifSMé ^ar mOtaX, tétait mêÊk été {»tt tiePédité H fteceteible à ton» %
— Âte^Éiléfc t<Ms ? Ôûâûd îll. Odîion bantot in^aùratail l'honneur Hé ttfe de (Ctûi Èê tSrdufè Am 6éh volumes : sûr l^ouvragé de tt. Thier^ ïénMtf % ift ^rt)]pWêté p *ei tùt là rê^àrtiCîôh dés richesses ; je suis certain ! que M. Barrot y réfléchira deux fois, avant d'écrire ; que la propfMé^tkMiifltèiliènt Mcès^ble à todè^.
4 ^ €)ni^ çst venu, ccùtifine M. BafVot, i loi détxiWdét* compté
-:- Yojf^tib) ttomrteof t 9ë éè (fte deà folfô d1jlefifl^«S fdliés, fauMl %A d9liifl«re^ fae ia rilisoli n*êïhl«e fias? fit ^e ce qiSe fÂtîftfléfnie dcÀ MmMMU fi été Mstft "Strtte^ pool' àwitnet* (ittfe f%ltdfi têtêilt tiftî 'SOt, ftot^ il en conclure que je i^m m m., Çé#c* -citie •J'afftllne : (fCit là pTWpllélè «tt ongamsée «iMrckiqMeiinxii) pour iiotre é|ioqne $ et ^u'il «6t devenu oéoeMCÛre 4e Tocgaiiiser hiérsuraliiquei&ent-: non plus reiaëvement à k feroe i laais relativement à la l*iit8on ?
^ ^ TMs lesdtiVi't^ftVttnCés, eoiitititkè H.flàmH, qtli éiftouraleiR « et masquaient lé corps de la place, ayant été ftbèmddfiHés, CéSÎ tuaiff- « tenant au corps même que des assauts f «rieui sont linarés* n
^ C'est ^ntfé, Mo^ienr i fôuttii ^âe 1â phl6ë ifôit «'^^«lyiJlMM&fl de h il^iffMmé Bt lidià ytiproprmé. fin'm-^ qoe '<îe!a p^dffVè ? 'Qne la plIMîfe twiffitruite ««r les iiases de 1lf«f > iCm p^ 'pim tènâtUe ^tiè lA plft^ ^ 1789 a4éiraile. f aut^il pb^ delA te^r tofis abfi; et rivfés-t «6!t -tNii f(H]dN6 ^ de^pmisiiie^ '«dH aM iduTH^flâ dé Vanttj^
% ^ C'est t ée paitrt, toAfnee «. fteltot , qtiè les È?spt^fté ré§ jUtis n Ifefwes, tes Itit^mgeflisefe les pltts shWèHgtttéfll iibêrâks ëh s«ft Wl- ^ *Hfe «t «A *(mt l^us à règréMWh le picrté et k feîi^, en tjlîrtqefe « sorte, amende homMbiê Ile leiSr coilfplieilë dàfis ces progt%6. 1»
— Il faut être M. Odilon Barrot pour avoir cette candeur, cette bonne foi, cette probité. Peut-être, est-il le seul, parmi les hommes d'État, capable de faire ainsi le sacrifice de son amour^propre. Avec ces vertus, ayez-en une de plus. Monsieur. Ayez le courage de reconnaître : que ce n'est point à Tautel des nécessités sociales du passé qu'il faut faire amende honorable des erreurs du libéralisme ; mais bien aui nécessités sociales de Tavenir. Ce que je viens de dire est déjà dans la conscience de M. Barrot; et le courage que je lui demande, il va luimême en donner des preuves.
« — Ces regrets, dit-il, ces tentatives pour revenir en arrière, ne « sont, je le sais, qu'un danger de plus; aussi suis»je bien éloigné de « m'y associer. »
— Très-bien ! Monsieur. Mais puisque vous ne voulez point rester en place, et que vous ne voulez point rétrogader, marchez donc en avant ; mais, auparavant, sachez clairement où vous allez. Car, il vaut mieux rester en place, que de marcher au hasard.
« — Mais, continue M. Barrot, si je ne les partage pas, je les oom- « prends. Et c'est une raison de plus pour moi de rejeter, de détester « même ces doctrines qui, poussant la société vers un <ù)solu qu'eUe « ne pourra jamais atteindre, commencent par la décourager du mieux « progressif, et la placent dans cette horrible nécessité, d'opter entre « le despotisme et le chaos. )»
— PI*enons garde ! Monsieur, de tomber dans la logomachie. Rien n'est plus dangereux entre gens de bonne foi ; et aucun mot du plus sot des livres, c'est nomtner le dictionnaire, n'y est plus propre que le mot absolu. Ce mot, mis en dehors de toute logomachie, signifie ici : vérité DÉMONTRÉE SUR LA RÉALrTÉ DU DROIT. Et, si mou introductlon n'a point été écrite inutilement, elle doit vous prouver : que cet absoluesi devenu nécessaire, sous peine de mort humànitaue.
« — Vous êtes convaincu, je le sais, continue M. Barrot; si vous ne « l'étiez pas, vous ne seriez qu'un odieux spéculateur. Vous croyez à « voire utopie de la justice et de la vérité absolues, qui, dites-vous, se « démontreront par elles-mêmes et ne pourront être contrariées ou « contredites que par des fous. »
— C'est vrai, et je le répète. Maintenant, tâchons de tirer une utilité de ce que j'ai dit et répété. J'ai prouvé dans ces deux volumes que j'adresse à M. .Barrot : que, la vérité absolue sur la réalité du droit, doit actuellement être démontrée, scientifiquement, sous peine de mort sociale. Cest à cela, jusqu'ici, que se borne ma publication. Après lecture, M. Barrot trouvera mes preuves bonnes ou mauvaises. S'il les trouve mauvaises, il dira pourquoi. S'il les trouve bonnes, il protégera la publication de la démonstration, que je veux donner, de la réalité du droit : j'adresse le même dilemme à tous les hommes d'État, à tous les savants, à toutes les personnes de bonne foi. .
« — Vous avouez, continue M. Odilon Barrot, que vous êtes, dans ce « moment, le seul apôtre de votre nouvelle religion. »
— Le seul, sauf les exceptions, c'est vrai. Mais, qu'est-ce que cela prouve ? L'Académie des sciences disait que Fulton était un sot. Descartes en disait autant de Galiilée et de Newton. Du reste, il ne s'agit point, maintenant, de savoir si je suis un sot, relativement à la réalité du droit ; il s'agit de savoir, et rien d'autre pour le moment, je vous prie de l'observer : si la démonstration de la réalité du droit, est actuellement nécessaire, nécessaire, entendez-vous? sous peine de mort SOCIALE. Si cette démonstration n'est point, actuellement, absolument nécessaire, je ne suis qu'un sot. N'éloignons jamais la question de ce terrain-là.
« — Mais, continue M. Barrot, vous attendez du cataclysme qui doit, « selon vous, faire crouler bientôt toute la vieille société, la révolution « qui universalisera votre croyance et la rendra en quelque sorte « forcée pour tous. »
— Ici, M. Odilon Barrot m'a parfaitement lu, et je l'en remercie; sauf le mot croyance, pour lequel, avec Cicéron et Saint-Augustin, j'ai le plus profond mépris. Saint-Augustin poussait ce mépris àjin tel point : qu'il ne concevait pas que l'on pût rien croire si ce n'est l'absurde : Grbdo quia absurdum.
« — C'est pour prévenu» cette cruelle expérience, continue M. Barrot, « que vous vous adressez à toutes les intelligences, que vous leur sou- « mettez votre pensée de salut, espérant arriver par la persuasion et « par le seul mouvement des convictions libres, à sa réalisation. »
— Le meilleur avocat général ne m'aurait pas mieux résumé.
« — Eh bien ! continue M. Barrot, je vous dirai sincèrement, que « bien loin d'apporter la paix à la société humaine, votre idée^ si elle « pouvait se réaliser, ne ferait qu'y jeter des causes plus fréquentes et « plus profondes de perturbation. >»
— Bravo ! Monsieur. Voilà qui est attaquer franchement, et je vous en remercie de tout mon cœur. Si MM. Guizot et Thiers voulaient agir comme vous, nous irions vite en besogne. Allons! Monsieur^ à vous le premier feu !
« — Vous vous imaginez, à la suite de beaucoup d'autres, dit « M. Barrot, que la propriété de la terre est la seule propriété qui excite « les envies, les passions, la seule qui fait l'homme riche ou pauvre, « heureux ou malheureux, et qui produise cet antagonisme^^source des « révolutions passées et du cataclysme inévitable que vous prophétisez.»
— J'en demande un million de pardons à M. Barrot. Je n'ai jamais dit : que M. Rothschild, sans un pouce de terrain, n'est pas plus riche, plus heureux que le mendiant propriétaire d'une cabane dans laquelle il meurt de faim. Biais, j'ai dit et j'ai prouvé : que, tant que le sol est
aliéné à un seul ou à plusieurs individus^ le paupémme croit sur une ligne parallèle à la richesse; et que cet antagonisme, en présence de rincompressibilité de Texamen, est essentiellement anarcbique. Je suis persuadé qu'après avoir lu mes deux derniers volumes, aussi attentivement qu'il a bien voulu lire les premiers, H. OdilonBarrot pensera comme moi.
« — Mais, continue M. Barrot, ne savez-vous pas qu'il y a bien « d'autres causes qui excitent les passions des hommes, que celles qui ff peuvent sortir de la distribution plus ou moins égale, plus ou moins ft équitable du sol. »
— Je le sais parfaitement. Monsieur. Et c'est précisément parce que je le sais, que je mets au dessus de rentrée du sol à la propriété colléetivci k démonstration de la réalité du droite de la justice, de la raison, afin que chacun ait une raison réelle pour dominer ses passions, quelle qu^en soit la source.
« — D'abord, la richesse, dit M. Barrot, a bien d'autres sources que « la propriété foncière. »
-^ Ici^ je suis obligé de dire : que M. Barrot a écrit ce passage avec trop de rapidité. La richesse, n'a de sources possibles : que le sol, comme patient'^ et que le travail comme agerU. Le sol, sans le travail, ne produit pas, mais fonctionne. Le travail, sans le sol ou ce qui pro* vient du sol, opère dans le vide. Après avoir lu mes derniers volumes, M. Barrot ne renouvellera plus cette proposition; et je suis heureux de son erreur : car, dès que M. Barrot sera convaincu, son courage et son amour de Thumanité sauront lever bien des obstacles. Pour beaucoup de personnes, avoir énoncé une erreur, est une raison pour ne jamais l'abandonner. Pour M. Barrot,'avoir énoncé'une erreur, est une raison pour la désavouer le plus tôt possible, dès qu'on lui a montré la Térité.
« — Voyei en Angleterre, en France même, continue M. Barrot, « si les plus riches sont propriétaires fonciers? »
— C'est vrai. Les propriétaires fonciers ne sont les plus riches que sons la féodalité nobiliaire, où le sol domine le capital. Quand le ca- Iiital domine le sol, ce qui existe sous la féodalité financière, les plus riches sont les capitalistes. Mais, dans les deux cas, le paupérisme croît nécessairement sur une ligne parallèle à la richesse; et c'est, je le répète^ ce qui est incompatible avec l'axistence de l'ordre, en présence de l'incompressibilité de Teiamen.
« •- Les propriétés moblliaires, ccmtintie M. Barrot, tendent de plus • en plttsit s^accroître... »
— Et, le paupérisme croît sur une ligne parallèle à la richesse; et cela tant que le sol reste aliéné.
« — Tandis, continue M. Barrot» qua les propriétés immobtlièfes « sont nécessairement stationoaires. »
— AL Barrot poomit iDème dire que lee propriétés immobilières sont rétrogrades sous la domioatioa du capital* Car, alorsi l'industrie rapporte plus que l'agriculture; et il est du raisotmement d^emplojer son outil à ce qui rapporte le plus*
« — Déjà en Angleterre^ continue M. Barrot^ la fortune mobiliaire « excède dans une proportion assez forte et qui s^éteod tous les ans « davantage. »
— « Oui^ parce que le capital anglais domine le monde. IfaiSi tiM à TAngleterre cette domination bourgeoise^ et tous y fenes les fortunée mobiliaires presque instantanément anéanties : pour D*y laisser subsister que les fortunes territoriales, appartenant exclusiTement ^ Taristocratie nobiliaire.
«( --* Dès^ continue M. Barrot, que tous aunes bit entrer, comme « TOUS le dites, la propriété foncière dans la propriété coilectire, tous « n'auriez donc pas, par cela même, fait disparaître rantagonime « entre le ricbe et le pauvre.»
•--> Je vous demande pardon, Monsieur! dès que le sol est entré à la propriété collective, après la démonstration de la réalité du droit, le paupérisme moral et le paupérisme matériel sont anéantis. Et dès qu'il n'y a plus de pauvres, Tantagonisme entre le pauvre et le riche a cessé d'ezister. Prouvez que l'entrée du sol à la propriété collective, dans les conditions susdites, n'anéantit point le paupérisme; et, je ne suis qu'un sot en trois lettres*
« -^ Que dis-je, continue M. Barrot, vous auriei laissé subsister cette « richesse mobiliaire, qui n'étant pas^ comme on le dit, au soleil, peut m se déplacer, se cacher à volonté, et qui par cela même est sans res* « ponsabilité et trop souvent aussi sans moralité* »
— Et toflà pourquoi il est néeessah« que le propriétaire mobilier ait de la moralité, ce qui est impossible, vis4-vis de la rahon, quand la morale est une sottise : ce qui existe nécessairement sous le maté^ rialisme. C'est pour cela aussi que le propriétaire mobilier doit savoir t que nulle part sa propriété n'est assurée contre les risques des révolutions, si ce n'est sous la domination rationnelle.
« Vous auriez, continue M. Barrot, aggravé le paupérisme, car vous « placeriez le pauvre vis-à-vis d'un riche sur lequel il n'a aucune prise « morale. i»
— J'ai déjà dit et je répète : que l'entrée du sol à la propriété collective anéantit le paupérisme. Ne quittons pas ce terrain-là. Si« par cette entrée, le paupérisme n'est point anéanti; et s*il n'est pas néces» saire d'anéantir le paupérisme, sous peine de mobt soculb, je ne suis qu'un sot. Encore une ibis, mille fois, un million de fois, ne quittons pas ce terrain-là.
• — Aussi, continue M. Barrot, et par une eonséquettie logique de
K leurs idées ^ ceux qui attaquent la propriété foncière individuelle « sont-ils conduits par un à fortiori à détruire aussi la propriété mo- « biliaire individuelle^ et à déclarer la guerre à cet abominable capital « qui^ dit-on^ fait le malheur et aséure Tasservissement du prolétaire « et du travailleur. »
•*- J'ai prouvé^ Monsieur^ que la domination du capital constitue l'exploitation des masses; et^ que cette exploitation est devenue incompatible avecTexistence de Tordre. Prouvez que j'ai mal prouvé; et, je me rends immédiatement.
« — Vous n'adoptez pas, je le sais, continue M. Barrot, cette lo- « gique extrême et absurde ; vous voulez bien reconnaître que le ca- « pital représente le travail accumulé du passé; vous ne voulez pas en « dépouiller violemment celui qui Ta gagné par son industrie, ses « sueurs et ses privations ou par le travail de ses pères ; vous sentez « que si vous le tentiez, vous détruiriez du même coup, et la famille et « le mobile du travail, et qu'il ne vous resterait qu*à vous ranger à cette « ridicule utopie de M. Louis Blanc, qui, pour suppléer à ce mobile du « travail, proposait de mettre dans les ateliers un écriteau qui devait « suffire, selon lui, à stimuler l'homme laborieux et à faire justice du « paresseux, v
— Je prie M. Barrot de ne pas s'éloigner du but. Le paupérisme doit-U être anéanti sous peine de mort sociale? Le paupérisme peut-il être anéanti autrement que par l'entrée du sol à la propriété collective ? Prouvez que ces deux propositions ne sont point absolument vraies; tout le reste s'évanouit. Accordez qu'elles sont vraies, et toutes les objections s'évanouissent.
« — Non, continue M. Barrot, je le reconnais, vous avez reculé de- « vant de telles absurdités! Mais vous n'en essayez pas moins de dite minuer cette fortune mobiliaire privée pour enrichir la société colc( lective au moyen d'un impôt qui à chaque mutation ferait passer le « quart, 25 pour cent de ce capital dans le trésor collectif, et comme « le premier effet de cet impôt serait de faire passer toute cette for- « tune mobiliaire dans les pays étrangers pour se soustraire à un pré- « lèvement aussi exorbitant »
— Voyons, Monsieur, quittons pour un instant, le terrain : de la nécessité d*anéantir le paupérisme; et de la seule possibilité de l'anéantir autrement que par l'entrée du sol à la propriété collective.
D'abord, l'impôt de 25 pour cent n'existe que pour la transmission par testament; et si ceux qui héritent par testament payent 25 pour cent, ils ont part dans les 25 pour cent de tous ceux qui les payent. Voilà pour la question théorique.
Ensuite vous dites : qu'un propriétaire mobilier, pour éviter que son légataire paye 25 pour cent : ou émigrera; ou enverra ses fonds à l'étranger pour les faire valoir.
> Émigrer! d*un pays où les révolutions sont anéanties, pour aller se fixer dans un pays où tous les jours la tète et la bourse sont en danger 1 vous n'y pensez pas. Monsieur. Il enverra ses fonds à l'étranger, ditesvous. Tant mieux. Monsieur, pour la société. Son capital fera travailler des esclaves étrangers, et le produit des esclaves entrera en France. La France serait-elle esclave si le capital de la dette appartenait à des propriétaires étrangers? Soyez tranquille, Tépoque arrive où rien, chei une nationalité, ne [)Ourra appartenir à un étranger. La féodalité fi^ nancièi-e aime le cosmopolitisme sous la domination des écus, cosmopolitisme conservant les nationalités, bases de Texploitation des masses. Mais^ Tanarcbie est là, pour empêcher ce cosmopolitisme de la barbarie.
« — .... Vous êtes conduit, continue M. Barrot, à subordonner la « possibilité de la réalisation de votre idée, à cette condition qui n'est a ni prochaine, ni facile, de l'abolition de toutes les nationalités, et « de la fusion de tous les peuples en un seul. »
— Si j'avais subordonné l'entrée du sol à la propriété collective, à l'abolition des nationalités, j'aurais été un grand sot. Et ce passage encore a été écrit en trop grande hâte. J'ai seulement subordonné l'entrée du sol à la propriété collective, à la démonstration rationnelle* ment incontestable de la réalité du droit.
tt — Mais admettons, continue M. Barrot, même que cette utopie « pût passer dans le domaine des idées possibles i»
— Je vais replacer M. Barrot, sur le terrain de la nécessité. Est-il désormais nécessaire, oui ou non^ que les nationalités soient anéanties sous PEINE DE MORT socuLE? SI cctte uéccssité absoluc et prochaine n'existe pas, l'anéantissement des nationalités est une utopie. Ne qiiit* tons jamais, je le répéterai mille fois, le terrain de la nécessité. C^est le seul, sur lequel la question d'ordre social doive se placer.
« — Auriez-vous pour cela, continue M. Barrot, détruit l'obstade que la réalisation de votre idée trouverait dans les intérêts ou les pa»* « sions des hommes? »
— Ces passions. Monsieur, dès que la réalité du droit est démontrée, sont dominées par la raison au moyen de l'éducation et de l'instruction. Quant aux intérêts^ chacun sait alors qu'il est au mieux possible : et des cii*constances; et de la justice éternelle.
— Croyez-vous, continue M. Barrot, que nos gouvernements, « armés qu'ils sont de tribunaux, de gendarmes, de prisons dont vous (( ne voulez plus pour le vôtre, ne seraient pas fort tentés d'imposer « eux aussi la fortune mobiliaire ? »
— Ici encore, M. Barrot ne m'a pas lu avec assez d'attention. 11 aurait vu : que la fortune mobiliaiTe est imposée. Et, pourquoi, s'il vous
ptetti ne la semlMIe (MsY le prie M* Odilofi Aftitot de Mllre la théorie g&nMê de llmpdl^
« — Us se contentent en général, continue M. Barrot^ de droits de « mutation fort modérés sur ces valeurs insaisissables i»
m^ Fort modérés!,. Le budget tout entier pèse sur la fortune mobi<lUkire dmctemmUy puisque le sol est soumis au capital; et «idireoto* mên$ sur le trayail. Je prie M. Barrot de relire lee théories générales.
Quand le sol est aliéné^ Timpôt^ oui ou non^ pèse^t^il totif entier sur le travailt vollii ce à quoi il fiiut iépondre«
a — .... Et^ tout modérés que sont ces droits^ continue M. Barrot^ « ils ne peuvent qu'être incomplètement perçus, parce que le propre « du capital mobilier est d'échapper à toute main^mise.»
— Oui, sous la domination du capital; et cela doit être. Mais, la domination du capital est-elle, actuellement, compatible avec Teiistenoe de Tordre? Ne quittons pas le terrain de la nécessité sociale. Cest, je le répète, esudusivement sur ce terraini que Tordre peut exister et persister,
a ^ Attendes^vous, continue M. Barrot, qui, comme tous lesavocata « qui se sentent sur un terrain faible^ aime [d'autant plus à répéter « une proposition qu'elle a moins de valeur, attendeshvous, dit-il^ à « moins que vous n'ayez préalablement changé Tbumauité, & ce que, « pour échapper à votre prélèvement de 25 pour cenl| Tesprit humain « déploie tout ce qu'il a de ressources. »
•— Si la raison ne prouve point que ce qu'il y a de plus raisonnable, de plus spirituel, est le paiement des 85 pour cent et plus peut-être, è^est que cet Impôt est absolument mauvais. Alors que M. Barrot prouve qui! sera raisonnable, spirituel, de ne pas le payer; et nous atrrons absolument tort.
« — Les Juifs, continue M. Barrot, ont bien inventé la lettre de « ihângê pour échapper aui avanies périodiqtles des gouvernements t persécuteurs. »
— Oui, pour échapper au despotisme. Et aujourd'hui, les rationnidisfes feront usage des lettres de change pour transporter leurs propriétés dans un pays où ils n'auront rien à craindre : ni du despotisme ; iii de Tanarchie.
«c — Soyez assuré, continue M. Barrot, que pour recouvrer votre im- « pêt. tous seres obligé d'emprisonner plus de récalcitrants et de i fraudeurs que notre vieille société n'en renferme pour crimes ou a délits communs. »
— Quand un ancien président du conseil, un homme aussi instruit que M. Odilon Barrot n'a d'objeetion, contre une organisation de propriété tout entière, qu'une semblable ftitilité^ c'est que cette organisa-
tion a déjà jeté de profondes racines dans Tesprik de celui qui s'efforce en vain de lui résister.
a — 11 est vrai^ continue M. Barrot^ que vous les appellerex des /but tf et non des prévenus; que la prison sera un cabanon. »
-* Quand il n*y a point de sanction religieuse^ les prévenus ne sont point des fous, mais des infortunés que la chance a trompés. S'ils avaient pu cacher leurs assassinats et leurs vols, ils auraient été des gens du plus haut mérite. Quand la sanction religieuse est scientifiquement démontrée, les assassins sont des fous dont il faut avoir pitié. N'est-ce rien que cette différence?
a — Qu'importe, continue M. Barrot, la différence des mots? »
— A cet égard, je m'en rapporte à M. Barrot lui-même.
« — Vous êtes, ajoute M. Barrot, un homme trop sérieux pour vous u en contenter. »
— Je remercie M. Barrot de la bonne opinion qu'il a de moi. J'ai la même opinion de lui.
« — Il y a, Dieu merci, dit M. Barrot, une limite à la puissance des « lois lorsqu'elles veulent agir sur l'individu, sur ses facultés, sur son « capital.»
-— C'est vrai, pour les lois basées sur la force. Mais, les lois basées sur la raison n'ont de limites que la folie de ceux sur lesquels elles agissent.
« — Au delà de cette limite, continue M. Barrot, et quelque héroï- « ques, quelque exorbitants que soient les moyens qu'elles em- <c ploient, elles ne peuvent que reconnaître et constater leur impuis-
« sancc. »
— Cest vrai : surtout lorsque, comme à présent, la force ne peut plus être transformée en droit.
« — Je dis Dieu merci, ajoute M. Barrot, car c'est là la plus sérieuse (( garantie de la liberté humaine contre le despotisme des uns et « contre les extravagances des autres. »
-— Garantie contre le despotisme, soit d'un seul, soit de plusieurs, c'est vrai. Mais, du moment que le pouvoir des lois de la force n'est plus illimité, l'anarchie existe nécessairement : jusqu'à ce que le pouvoir des lois de la raison soit lui-même illimité.
« — Je n'ai pas bien compris, dans votre ouvrage, dit M. Odîlon (( Barrot, comment, laissant le capital mobilier à la propriété indivi- « duelle, vous pourriez maintenir la propriété foncière à Fétat dQ pro- « priété collective. »
-<- Dès que M. Barrot ne m'a pas compris, c'est certainement ma faute. Je vais m'excuser d'abord ; je m'accuserai ensuite; et je me corrigerai enfin.
A la page 238 du second volume^ j'ai dit, au nom de la loi :
« -— Déclaration que le sol, une fois entré à la propriété collective ,
Il est INAUÉNABLE. I>
Voilà comment^ laissant le capital mobilier à la propriété individuelle^ la propriété foncièrepeutètremainteuueàrétatde propriété collective.
Je continue à m'excuser.
A la page 302 du premier volume^ j'ai dit :
a Si les houx doivent être aussi longs que possible, pour le plus grand a bien de tous et de chacun; le fermage au contraire, pour le plus « grand bien de tous et de chacun, doit être aussi haut que possible, ut
Je croyais que Texpression^ aussi haut que possible^ signifiait suffisamment : que les exploitations rurales et autres devaient être affermées^ AU PLUS OFFRANT et dernier enchérisseur.
Et vous verrez plus loin que M. Barrot Ta parfaitement compris.
De plus Touvrage tout entier explique : que^ sous la société nouvelle^ toute dette envers FËtat est exclusivement personnelle; et que^ par conséquent, toute location, par l'État, est exclusivement personnelle, rendant Ul^ale toute sous-location.
Maintenant, je vais m'accuser.
A la page 314 du second volume, j'ai dit :
« -^ La dividon en grandes et petites cultures, en grandes et petites « exploitations rurales, selon que les localités sont plus ou moins pro- <f près aux manufactures, selon la population, selon toutes les cir- « constances possibles enfin, assure à chacun la possibilité de vivre en « famille isolée ou en familles associées, selon les goûts ; Torganisatt tion sociale protégeant également; et les exploitations par une seule (c famille; et les exploitatioas par familles associées. »
Ce passage me parait irréprochable. Si je le donne ici, c'est pour faciliter la conclusion de ce qui va suivre à la page 315.
« Les baux étant toujours à vie pour les exploitations par une seule (c famille; et de trente années pour les exploitations par familles as- (( sociées, sont néanmoins résiliables, du côté des individus, pour des a causes déterminées d'utilité particulière. Car, l'intérêt public et les a intérêts particuliers, étant alors nécessairement identiques, c'est a toujours l'intérêt raisonnable des particuliers, qui doit être consulté « et préféré. »
— Eh bien! j'aurais dû dire :
« — Les baux : étant toujours à vie, et personnels, pour, etc. »
Alors l'illégalité de sous-location aurait été suffisamment indiquée. Je pourrais ra'excuser en disant qu'à la suite de ce paragraphe, on trouve :
a — Voilà cette plus value, impossible à organiser selon M. Proua dhon, qui se trouve organisée, sans qu'on y touche. Le sol, et ce « qui s'y rapporte, est éfalué au commencement et à la fin du bail.
« S'il y a plus value^rÉtat paie. S*il y a moins value ^ Théritage paie. t( Et^ si rhéritage n'a rien, l'État perd. Car, alors^ le crédit n^est que « PERSONNEL, k cfédU héréditaire se trouvant anéanti. »
— Mais, au lieu de m*excuser, je préfère me corriger. A la même page, vous trouvez :
« ^ Les exploitations rurales et autres, étant toujours louées avec tt tout le' mobilier qui leur est nécessaire, chaque individu sortant « majeur des mains de la société collective, trouve toujours à s'éta* K blir immédiatement, etc. »
— Taurais dû dire :
« -> Les exploitations rurales et autres, étant toujours louées au
« PLUS OFFRANT ET DERNIER ENCHÉRISSEUR, CtC. ff
— Alors, j'aurais évité les reproches de M. Odilon Barrot.
Je ne puis dire, du reste, combien je suis reconnaissant envers M. Barrot des observations qu'il veut bien m'adresser sur Feiploitation agricole de la propriété collective du sol. Beaucoup de personnes, tièsbienveillantes pour moi eWpour le socialisme rationnel, m^ont dit : Nous attendons votre volume suivant pour savoir oommefa se trouvera organisée l'exploitation du sd.
Je leur ai toujours répondu :
Que voulez-vous que je vous dise de plus? Le nombre et la grandeur des exploitations agricoles sont déterminés selon les localités. Les exploitations sont louées au plus offrant. Puis, je leur répétais ce qui se trouve aussi à la page 315 :
« — Est-ce clair? C'est peut-être trop simple pour être compris. « Que voulez-vous que j'y fasse? »
La preuve que c'est clair comme de l'eau de roche, c'est que M. Barrot n'a trouvé d'observation que sur un défaut de lucidité qui, je l'espère^ est maintenant suffisamment réparé.
Maintenant je vais recommencer la phrase de M. Odilon Barrot :
(c — Je n'ai pas bien compris, dans votre ouvrage^ comment, laissant tt le capital mobilier à la propriété individuelle, vous pouviez mainci tenir la propriété foncière à l'état de propriété collective. J'ai déjà a indiqué que vous n'y aviez pas intérêt, puisque c'est précisément la « richesse foncière et territoriale qui est la plus morale, parce qu'elle tt est la seule responsable moralement. »
— J'avoue aussi que, je ne comprends pas : comment la richesse, la matière, peut être responsable moralement. Avant de parler de morale, pour la richesse, il faudrait savoir si la morale, même pour les possesseurs de la richesse, n'est pas une expression vide de sens. Tant que la force peut être transformée en droit, les possesseurs de j ichesse sont responsables vis-à-vis de celte force, qui déclare moraie la conformité à ce droit. Quand Texamen a détruit cette transfor-
nation, et que la réalité du droit eftt ignorée : ce qui est tort, eet moral; ce qui eit faible, est iMMoaiL«
tt — Mais, continue M. Barrot, indépendamment de cette consîdéraa tion, est-ce que les propriétés que vous affermeriez ne le seront pas « nécessairement et de préférence aux possesseurs de capitaux qui au- « ront plus de moyens de les exploiter utilement? »
— Non, Monsieur. Parce que : !• les terres ne sont affermées qu'à ceux qui les cultivent;
2° Et, dès que les salaires sont au plus haut possible^ û même les capitalistes étaient autorisés à en louer pour les faire cultiver^ ils se seraient bientôt ruinés au profit des salariés. Tout ceci a déjà été indiqué dans les théories générales; et se trouve développé au troisième volume.
« — Ceux-ci, continue M. Barrot, les loueront à des petits cultiva- « tcurs qui n'auront que leurs bras. »
— M. Odiion Barrot part toujours de l'hypothèse que le paupérisme n'est point anéanti. Dès que le capital cesse de dominer, dès que le travail domine, chacun est riche : de sa part dans la totalité de Tinstruotion; de sa part dans la totalité du sol et dans la presque totalité des capitaux formés parles générations passées; de sa dot sociale; du crédit social; et de la protection sociale. Alors, ce ne sont plus les travailleurs qui vont offrir leurs bras aux capitalistes ; mais bien les capitalistes qui vont offrir leurs capitaux aux travailleurs, en les priant de les faire valoir. Voyez ce qui se passe aux États-Unis !
u — Ainsi , continue M. Barrot, le capitaliste retirera toujours les « profits du travailleur. Les intermédiaires se seront multipliés, voilà « tout. Et la condition du travailleur, comme eu Irlande, n'en sera « que plus misérable; car il n'aura pas affaire au propriétaire auquel « mille liens sympathiques le relieront, mais à un spéculateur qui « tirera de ses sueurs, tant qu'il sera valide, tout ce qu'il en pourra tt tirer, et l'abandonnera ensuite, lorsqu'il sera vieux et infirme, à la « misère de votre charité légale. »
— Je prie M. Odiion Barrot d'aller faire un voyage d'observation aux États-Unis d'Amérique, oii le travail domine parce que le sol n'y est point encore complètement aliéné. Il verra si les capitalistes y spéculent pour faire cultiver les terres; et si le capital y exploite le travail. Et encore, quelle différence entre le régime des États-Unis et celui où le travail domine complètement le capital ! Ici la famille est débarrassée du soin des enfants ; tous, je le répète, reçoivent l'éducation, l'instruction, etc., etc., jusqu'à leur entrée dans la vie sociale; en y entrant tous sont dotés, d'une dot qui augmente comme la richesse ; les salaires y sont au maximum des circonstances, et l'intérêt des capitaux au minimum ; la consommation s'y trouve au maximum ainsi que la production; plus de révolutions, plus de guerres, et, faut-il dire, plus de procès; as8u<-
nnioâ dfutuelto ooDtre le malheur; et horreur unWerseUA de la eharité légale. M. Barrot est encore imbu de la maxime de M. Thien : U 0st mlpoaiék d'anèanUrkpaupériame.Qumd M. Barrot aura lu ma réfu* tation de M. Thiers^ et ce que j*ai écrit sur la répartition des richesses, la bonne foi et le talent de M. Barrot me sont garants, qu'il abandonnera une école qui conduit inévitablement h Tanarchie, en présence de rincompressibilité de Texamen.
« ^ Ge résultat, continue M. Barrot, est si forten opposition avec a yoB vues, qu'en irérité je crains de m'ôtre trompé et d'avoir mal lu, « et cependant il est bien certain que vous ne faites pas entrer la pro* « priété foncière dans la propriété collective, pour Ty laisser en friche, « ou pour la faire cultiver en régie par TËtat lui-même. »
«** Ce passage est Texpression de la bonne foi de M. Barrot. Effectivement, M. Barrot a mal lu^ et moi Je ne me suis point expliqué avec assez de clarté. Du reste, si j'ai tort, c'est ma faute; et, si M. Barrot a mal lu, ce n'est point sa faute : les préjugés d'enfance aveuglent; et, si quelqu'un est capable de s'en débarrasser, j'aime à croire que ce sera M. Barrot. Je prie en grâce M. Barrot de relire mes deux premiers volumes avant de lire les deux derniers; et il sera étonné du jugement qu'il aura porté prématurément.
a — Vous admettez, continue M. Barrot, que la propriété sera afïer- « mée même pour la vie du fermier, et alors vous faites tomber iné- « vitablement l'exploitation de cette propriété dans les mains des ca- « pitalistes • , , • »
J'espère que, maintenant que je me suis corrigé, M. Barrot me comprendra mieux. En outre, je le prie d'observer: que, sous la domination du travail, Tintérèt du capital est au minimum possible des circonstances, et le prix du salaire au maximum possible des mêmes circonstances; contrairement à ce qui existe sous la domination du capital, où le prix du salaire est toujours au minimum possible, et l'intérêt du capital au maximum possible. Sous la domination du travail, la consommation, et par suite la production, sont au maximum possible des circonstances; tandis que sous la domination du capital, la consommation, et par suite la production, sont au minimum possible des mêmes circonstances. Je me répète, parce que M. Odilon Barrot répète son unique objection. Et je dois me répéter: car, si M. Odilon Barrot, homme de talent et de bonne foi, ne m'a point compris à une première lecture, je dois en conclure: que, beaucoup d'autres lecteurs sont dans le cas de M. Barrot.
« — ... Soit, continue M. Barrot, que vous l'adjugiez au plus of- « FRÀNT, soit même que vous choisissiez selon les capacités présumées ; « ce qui, dans ce dernier cas, vous fait tomber dans le système du « père Enfantin dont vous êtes le premier à combattre l'absurdité. »
— M. Barret sait parfaitementque je n'ai* nulle tendance vera la pa-
fiauté saint-Bimonienne, ni vers aucune papauté quelconque. Mais ^ je le prie d'observer : que MM. Enfantin et Ck)mte sont des hommes d'un immense talent; et que, si tous les deux ont proposé des systèmes absurdes, c/est uniquement pour sortir d'un système devenu absurde^ en présence de Tincompressibilité de Texamen : parce quUl conduisait inévilablement à la mort sociale.
« — Vous voyez, continue M. Barrot, que votre grande et fondamen- « taie idée, l'entrée de la propriété foncière dans la propriété collecte tive, pourrait bien vous conduire à des résultats tout opposés à ceux « que vous promettiez au travailleur ou au prolétaire ; et que vous « pourriez bien par là empirer sa condition au lieu de Taméliorer. »
— Je vois si peu cela, que je vois précisément le contraire; et, à cet égard, j'en appelle : de M. Barrot voyant par les yeux du préjugé, à M. Barrot voyant par lui-même.
« — Mais, ajoute M. Barrot, ce n'est pas tout; je veux vous concéder « qu'en généralisant ainsi la propriété, ou plutôt en la supprimant...»
— En la supprimant! Ah! Monsieur! je vous prie en grâce de vouloir bien me relire.
a — Vous aurez, continue M. Barrot, vous aurez supprimé une (( partie des causes de conflit et de procès entre les hommes. »
— Merci, Monsieur! je prends acte.
« — Mais, continue M. Barrot, combien elle est faible dans lagéné- (( ralité des causes qui provoquent les crimes ou délits, et qui exci- « tent les passions humaines.
a N'est-ce pas la propriété mobiiiairequi excite le plus la convoitise u et qui alimente le vol? Or, vous ne la supprimez pas. »
— Je prends acte encore une fois. Monsieur! Tout à l'heure, vous disiez que je supprimais la propriété. J'aime à croire que c'est une ellipse, et que vous avez voulu dire que je supprimais la propriété foncière individuelle. Mais supprimer la propriété foncière individuelle, n'est point supprimer la propriété foncière. La propriété foncière collective est propriété, comme la propriété foncière individuelle. Seulement cette dernière est l'expression du monopole, du privilège; et la seconde est l'expression : non point du despotisme ; non point de l'anarchie; mais bien de la liberté sociale réelle.
<K — Et, en outre, continue M. Barrot, les femmes, les passions « qu^elles excitent, les supprimez-vous aussi dans votre système? »
— Les passions. Monsieur, sont l'expression de l'organisme et l'une des essences de toute humanité possible. Un homme sans passion ne serait pas même un chien, ce serait une bûche. Je ne veux ni extirper les passions, ni les rendre dominatrices de la raison. Je veux, au contraire, que la raison domine les passions. Et pour cela, il faut, premièrement, prouver que la raison existe, que tout^ chez Thomme, n'est
point i>assioii ; et^ secondement ^ prouver qu'il y a une raison et une bonne raison^ basée sur la science et non plus sur une foi, pour dominer ses passions. Or^ pour cela^ il faut qu'an tropomorphisme et panthéisme soient anéantis. Malheureusement^ vous subissez encore Tun et l'autre joug. Allons ! Monsieur , du courage ! Vous êtes digne de les briser.
m — Non^ continue M. Barrot^ car vous avez du moins le bon sens « de maintenir le mariage avec toute sa sainteté : vous conservez donc « tout ce que cette lutte perpétuelle entre la passion et le devoir, dans « ce qu'il a de plus strict^ de plus conventionnel^ de plus forcée si je ic puis m'exprimer ainsi, emporte avec elle de désordre et de perturba- « tion. y»
— La lutte, entre la passion et le devoir, n'emporte avec elle de désordre et de perturbation: que, lorsque le devoir reste indéterminé; et, qu'il n'est basé que sur une sanction religieuse hypothétique, toujours faible en présence de Texamen individuel. Mais, quand la sanction religieuse est scientifiquement établie, et socialement vulgarisée, le devoir se trouve immédiatement vainqueur socialement; et vainqueur, domestiquement, partout où la folie n'existe pas.
« — Enfin, ajoute M. Barrot, il est une autre cause où les passions « de l'homme trouveront une source inépuisable d'aliments et de vio- « lentes excitations, c'est le pouvoir et la domination. »
»- Le pouvoir. Monsieur, est une source inépuisable d'aliments des passions et de violentes excitations, tant qu'il est relatif à la force^ et doit se trouver ainsi personnifié. Mais, du moment que le pouvoir réel est démontré être impersonnel, être l'étemelle justice; dès que tous s'en reconnaissent les sujets, au lieu de vouloir être des souverains; le pouvoir, loin d'être une source de despotisme et d'anarchie, devient une source d'ordre et de bonheur.
« — Il sera grand, continue M. Barrot, et bien digne d'exciter les « passions de l'orgueil et de l'ambition, ce pouvoir que vous créez danè « votre nouvelle société; car vous l'enrichissez, vous le grossis.sez de « tout ce que vous enlevez au droit individuel. »
— D'abord, Monsieur, je ne crée pas de pouvoir. Je veux démontrer que le pouvoir réel, l'autorité réelle existe; et que cette existence est injpersonnelle. Quant à la puissance relative à la personne chargée de faire exécuter les lois du pouvoir réel, cette puissance est si loin d'être exorbitante, que le comte deSurvilliers, alors prétendant, et dont j'étais le représentant intellectuel, refusait d'accepter les conditions du pouvoir, comme je les avais formulées. Et, personne mieux que vous. Monsieur, ne le sait : car à cette époque, j'avais l'honneur de fréquenter vos salons; et, je me souviens avec reconnaissance, de la bienveillance que vous aviez pour moi.
Quant au droit individuel^ il ne peut dériver : quoj de la force; ou
que de la raison. Quand il dérive de la force^ il est à eiécrer; quand il dérive de la raison^ chacun jouit de ce droite au maximum posêiUey quand la raison est intronisée.
« — Vous en faites, continue M. Barrot, le distributeur de la richesse, « des avantages de la propriété, d
— Je suis heureux de cette observation que me fait M. Barrot. Elle me prouve : que, probablement^ je ne me suis pas expliqué avec assez de clarté. Si M. Barrot me faitThonneur de lire ce que, dans mon troisième volume, j'écris sur la distribution des richesses, il verra, clairement, que rien n'est plus opposé au règne rationnel, qu'un distributeur personnel des richesses.
<x -— Celui qui en sera investi, continue M. Barrot, sera tout à la fois « pape et roi... »
— > Je suppose que par les expressions pape et roh M. Barrot comprend : souverain au spirituel; et souverain au temporel. Gomment M. Barrot veut-il qu'il y ait des souverains au spirituel et au temporel, toujours personnels par essence, quand le souverain, impersonnel par essence, est l'étemelle justice, l'éternelle raison? C'est au contraire M. Barrot qui veut rendre chaque individu pape et roi, en prétendant les émanciper du droit commun, du droit social. Ici, M. Barrot, bien certainement sans le savoir, est de l'école de M. P. T^eroux, et aussi de l'école de M. de Girardin.
«— Il commandera, dit M. Barrot, aux intérêts et auï consciences. »
— Comment M. Barrot veut-il qu'un individu puisse commander aux intérêts et aux consciences, quand la conscience de chacun sait qu'il est.de son intérêt d'obéir àrétemelle justice, à Téteraelle raison, dont les lois éternelles sont scientifiquement formulées et socialement éta* blies?
« — Unitaire ou collectif, collectif surtout, il n'en sera que plus M avidement recherché. »
-*- .M. Odilon Barrot, comme son époque, ne oonçoit de souveraineté que celle de droit divin et celle des nugorités, toujours nécessairement personnifiées, chez un ou chex plusieurs. La première a pour résultat le despotisme; et, la seconde l'anarchie. N^est-il pas temps de sortir de ce cercle vicieux, qui, en présence de l'incompresélbiliié de Texamen, conduit à la mort sociale?
« — Quel moyen avez-vous, continue M. Barrot, de supprimer les « luttes d'orgueil et d'ambition dans une telle société? »
— M. Odilon Barrot a dû remarquer, dans mon travail, ladéclara'tion : que l'entrée du sot à la propriété collective^ en dehors de la connaissance sociale de la réalité du droit, serait éminemment anarchique, même en supprimant le paupérisme. Ëh bien! le moyen de supprimer ks lottes d'orgueil et d'ambition, chet ceux qui m sont pas foos, e^est
de les rendre sujets volontaires^ de TéterneUe justice, de Téternelle raison. Alors, chacun sait: que, le plus heureux est celui qui obéit le mieux; que commander est du dévouement; et, qu*obéir est du bonheur.
« — Toute propriété, dit M. Barrot, est abandonnée parle moine qui « entre dans un couvent | y abdique-t*il pour cela la passion du pou- « voir et de la domination? »
— C'est que dans un couvent, Monsieur, il n'y à qu'un propriétaire 5 et que chacun cherche à devenir le propriétaire unique. Sous le règne rationnel^ au contraire> tous sont propriétaires, et propriétaires inviolables: des fruits du travail des générations passées; et, des fruits de leur prppre travail. Concevez-vous comment cette inviolabilité assure )a paix entre tous?
« •— fit cette société^ continue Mé Barrot^ que vous tous, messieurs « les socialistes, vous organisez plus ou moins à Tinstar des couvents, « croyant réaliser en cela le dernier perfectionnement humain, alors a que vous ne faites que retourner à Venf^ce des sociétés, à la barci barie, vous la laisserez en proie à toutes les agitations, à toutes le « passions humaines, v
— M. Barrot vient de voir : qu'au sein de la société rationnelle, tous sont propriétaires inviolables, et, qu'au sein des couvents, il n'y a qu'un seul propriétaire ; que la société rationnelle est le dernier perfecUODDemeiit possible de l'humanité, puisque la société est alors basée sur la vérité, et que vouloir sortir de la vérité serait entrer dans l'erreor ; que toute autre société que la société rationnelle, ne peut être que barbarie; et, qu'au sein de la société rationnelle, ces agitations et ces passions y sont esclaves»
« — Vous ne lui aurei enlevé, continue M. Barrot, que ce qui seul ce peut contrebalancer ou ennoblir les passions, la liberté et l'indivi- II dualité de l'hoomie. »
-— La liberté! sous la souveraineté du droit divin ou sous la souveraineté des ma^orité«? Out> la liberté d'écraser le faible, et l'obligation de se soumettre à la force. L'individualité de Thomme, sous l'antropomorphisme ou sous le panthéisme? Oui» l'individualité phénoménale, apparente vis-à-vis de la sottise; mais réelle vifr-à-vis de la raison? jamais !
Ici, et sans le vouloir^ bien certainement^ M. Barrot forme faisceau avec MM. Proudhon et de Girardin.
« — Dieu, dit M. Barrot.». m
— Et entre parenthèses, il ajoute :
« — Personnel ou impersonnel, comme vou^ voudrez^ la distinction « mimporte peu» et je né la comprends pas bien. »
— J'eaétais certain. Après avoir lu mon introductioo^lL Bàn^mm-
prendra parfaitement cette distinction. Il verra : qu^avec le Dieu personnel, la liberté^ Tindividualité de rtiomme^ sont des impossibilités, des absurdités ; et qu'avec le Dieu impersonnel, la liberté, l'individualité de l'homme, existent nécessairement. C'est quelque peu important, me paraît-il.
« — Dieu, continue M. Barrot, a créé l'homme... »
— M. Barrot, dans mon introduction, verra : que la raison et la création sont en opposition comme Tètre et le néant.
« — Gréé l'homme, continue M. Barrot, avec des éléments qui
« sont de son essence et le constituent : la sociabilité et l'individua- « lité... »
— Une individualité plus que phénoménale, dérivant d'une création, est une utopie. Quant à la sociabilité, là où il n'y a point individualité réelle, c'est une affaire d'instinct, comme pour les castors et les fourmis.
« — 11 l'a fait, continue M. Barrot, tout à la fois sociable et libre, »
— Faire libre est très-joli ! Allons, Monsieur! brisez donc ces langes d'antropomorphisme qui retiennent esclave une belle intelligence !
« — C'est, continue M. Barrot, avec cette double faculté qu'il l'a a mis dans ce monde... et c'est à l'aide de cette double condition, que « l'humanité doit accomplir sa mission ici-bas. n
— Pour aller où. Monsieur? Pour aller brûler éternellement^ ou jouer de la harpe éternellement, selon l'antropomorphisme révélé; ou pour aller pourrir éternellement, selon l'antropomorphisme philosophique?
« — Ces deux conditions, continue M. Barrot, semblent contraires, et « souvent se choquent ensemble, et cependant, elles tendent au même ic but. p
— Ah! Monsieur, vous avez pris cela aux antinomies de M. Proudhott. Cest une mauvaise école, je vous en préviens!
« — Souvent, dit M. Barrot, la liberté dispute ses sacrifices à la soft ciabilité, et compromet celle-ci, en lui refusant les concessions né] « cessaires; d'autres fois c'est la sociabilité qui tend à absorber, à con- « fisquer, en quelque sorte, l'individualité et la liberté. »
— Tenez, Monsieur ! je vais expliquer votre pensée.
L'ordre, c'est l'harmonie entre l'individualisme et le socialisme, que vous appelez sociabilité.
— Comment peut exister cette harmonie?
— Je vais vous le dire :
En époque d'ignorance sociale, sur la réalité du droit, et pour aussi longtemps que l'examen peut être comprimé, cette harmonie existe : lorsque le plus grand nombre possible est exploité par le plus petit nombre possible.
En époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit etdUncompressibilité de rexamen, cette harmonie est impossible.
En époque de connaissance sur la réalité du droit, cette harmonie existe : quand personne n'est exploité. Et, alors, personne n'est exploité : quand le sol est entré à la propriété collective.
« — L'histoire des sociétés humaines... »
— Je vous préviens. Monsieur, que cette expression est panthéiste. Seriez-vous aussi de l'école de M. A. Comte?
« — L'histoire des sociétés humaines, dit M. Barrot, de leurs révolu- « tions violentes, comme de leurs progrès pacifiques, n'est que l'hisa toire de cette lutte qui a ses vicissitudes, et qui durera autant que « rhumanité même. »
— i Alors, et en présence de l'incompressibilité de l'examen, l'humanité a peu de temps à vivre.
« — Toute la science sociale, continue M. Barrot, consiste à trouver « la meilleure conciliation entre ces deux éléments de Thomme, et non « comme nos docteurs modernes le font, en supprimant l'un ou l'autre, « croyant par cela seul, supprimer la lutte et fonder la paix absolue ; ce ce qui n'est autre chose que tenter de refaire l'œuvre de Dieu et en- « trer en lutte contre la Providence. »
— Ici je préviens M. Barrot que lé voilà auteur d'un système sur la science sociale; et, par conséquent, aus^ socialiste : que Saint-Simon, Fourier, P. Leroux, Proudhon, dé Girardin, etc., etc. Ceci étant dit par parenthèse, je continue :
D'abord, ceux qui veulent supprimer l'individualisme, ce sont les antroporaorphistes et les panthéistes, vis-à-vis desquels, quand ils consentent à raisonner, toute individualité réelle est absurde. Et M. Odilon Barrot, jusqu'à présent (et j'ai la conscience que cela ne durera pas) appartient à ces deux sectes. Ensuite, comment dislingue-t-on la bonne conciliation de la mauvaise ? A coups de baïonnettes sans doute. Est-ce là un moyen de conciliation bien pacifique ? Ou bien, M. Barrot veut-il, comme M. de Girardin, que l'on cesse de se battre et que l'on tâche de s'arranger dans un club ? Ce n'est pas le tout de dire : Déposez vos armes, bavardez, puis embrassez-vous et que cela unisse] il faut aussi dire : comment cela est possible.
«—S'il était permis, dit M. Odilon Barrot, de caractériser le pro- « grès, très-lent, je le reconnais, des sociétés, je dirais que le progrès a se remarque dans une plus grande extension donnée au droit indivi- « duel et dans une réduction progressive des sacrifices que ce droit « fait à la puissance sociale. »
— Bien, Monsieur l Vous voilà Girardinvste et je ne vous en fais pas mon compliment. L'extension de droit individuel en époque d'ignorance sur la réalité du droit, ou l'émancipatiofli progressite des individus,
du joug de la raison sociale: soit basée sur une foi commune; soit basée sur la science commune } c'est TEnfëb.
« — C'est assez vous dire^ continue M. Barro^i que la distinction ou a même la modification à peu près absolue de la propriété indiïir^ « duelle^ qui est le but où tendent vos efforts^ et ceux de presque tou& « vos confrères en socialisme, est bien loin d'être à mes yeux un pro- « grès »
— Je reviendrai cent fois à mott point de départ :
Le paupérisme croît-il sur une ligne parallèle à la richesse? C*est admis par tous les économistes?
Ces deux progrès 8ont-41s compatibles atec Inexistence de Potdre, en préseuce de Tincompressibilité de Texamen ?
SMls sont incompatibles : le paupérisme doit êtfe anéanti.
L'entrée du sol à la propriété collective, après Fanéantissemant de ^ignorance sociale sur la réalité du droite anéaotit-elle le paupérisme?
Voilà les termes dans lesquels il faudrait réduire la que^tipn. Sinon, nous pourrons parler des années, et nous n^aurons pas fpdt faire un pas à la question.
« — C'est au contraires ooniinue M. Barrot> un de ces retoors en <s arrière, qui rejetterait ootce société presqu'à son point de <âépart^ (c si jamais vos doctrines pouvaient se réaliser, i»
— - Ainsi : baser la société sur la acieiice; anéantir le paupérisme tant intellectuel que matériel] donner à chacun l'assurance qu'il est au mieux possible socialement; et que^ qMandi il est xnal individuellement^ o'esi un résultat de justice ; ce serait retourner en arrière 1 je le répète: j'eu appelle de M. Barrot, sous l'influeno^i du préjugé, à M. Barrot sous l'influence de sa seute raison*
«^ Il ftiut done bien, edntlntie H. Barrot, tottte iHetlaede qu'elle ëst K parles eonvoitises irréfiéchies qui fermentent dans une société qui est « libre jusqo'ati Suicidé. .... 0
— Vous trouver» ItoosieMrj qu'une loeiété où^ selon le prinoe des iéonomislçs;
t T<ms Issansnaê partie de la pôpulatitrtk ttetttt dé bédôin, tnème àtt • asin de la nation la plus prosp^i
« Où, les épargnes des riches se font aux dépens des pauvres; » Est libre ]osq«*tt» suieide! Alors, Honsieuf, te crairnt bien qu'elle ifoseda cette libefté!
« — ... Oue, continue U. Barrot, la propriété individuelle avec et « malgré tous les dangers quelle nous créej soit énergique^ment dé- « fendue par tout ce qui a intelligence et moralité, par tout ce qui « tient à la dignité humaine et m téritable progrès godiat. »
^ ^dX traii^ufil?* Uousiçur i il n^ a besoin ni i'émm^ ui d'uk-
teUigeace, n\ de mordlité> ni de di^ité bumaioe pour dc:jndre la propriété individuelle; elle est aussi inviolable que rhumanité elleinéme. Mais^ ce qui n'est point inviolable^ c'est Torganisation actuelle de cette propriété. Celle-ci disparaîtra devant la nécessité sociale comme les brouillards devant le soleil. En 1789 ^ les nobles disaient aussi ; qu'en attaquant Torganisation de la propriété relative à la primogéniture, on attaquai tjla propriété individuelle. Pensez-y, Monsieur ! Vous êtes digne de reconnaîlre la vérité.
(t — Telle est, continue M. Barrot, ma profession de fol bien pro- « fonde et bien entière. Elle m'a guidé dans toute ma vie publique, et « continuera à régler mes efforts. »
— Ten suis persuadé, Monsieur. Mais, de ce qu'on a été dans TerfèuT, ce n'est pas une raison pour y persister. (Ten est une au contraire pour le reconnaître.
« — En vous répondant, Monsieur, avec cette sincérité, continue
« M. Barrot, et en entrant dans ces développements, j'ai entendu vous
« prouver au moins. Monsieur, que si je suis aux antipodes de vos idées,
a je n'en rends pas moins justice à vos sentiments et à vos intentions.
a Recevez l'assurance de ma considération distinguée.
« Odoon Barrot.
a Paris, février 4SS4. ii
— Je renouvelle ici à M. Odilon Barrot l'expression de ma profonde reconnaissance pour cette lettre qu'il a bien voulu m'adresser. Je le supplie en grâce de vouloir bien relire mes deux premiers yolumes, et les deux que j'ai l'honneur de lui adresser. Cest au noiii de l'ordre^ atl nom de l'humanité que je l'en prie. Je sais que si je partiens h le eoH» vaincre, ce ne sera point un vain amoiir-propre qui Yefapèchefa. d'etk convenir. Encore une fois, je fais appel à sa conscience^ et Je suis pef» suadé que je serai entendu.
Voici un P. S. à œlte lettre.
« -» P. S. Dans le cours de yôtre ouvrage^ tous atex en m;ea»on de « me citer à propos de la fameuse querelle qui s'est élevée, dans kê a premiers temps de la restauration, entre M. de Lamennais et moi à « l'occasion do caractère neutre de notre législatkm en matière de te^ « ligion^ neutralité qu'il lui plaisait de qualifier d^athéisme légal. Voui « avez bien compris que la Cour de Cassation^ ni les autres oours qui se m sont conformées à la doctrine^ ni moi, n'avions jamais entendu pro« « clamer que la loi arborait et favorisait l'athéisme, mais seolemeni « qu'elle respectait la liberté humaine dans tout ce qui touche aot « croyanees religieuses, et qu'elle séparait ainsi son domaine du doit maine purement spirituel. Mais vous êtes bien complètement danê « l'erreur, lorsque vous supposez que lorsque j'ai concouru à notW « expédition de Rome, j*al changé d'opinion et de camp avec M. de « Lamennais, et suis devenu partisan de la confusion des detfx pott^
« voirs. Si vous aviez assisté aux débats qu'a provoqués cette expédition « ou que vous eussiez pris la peine de les lire avec quelque attention, « vous y auriez vu que le principal argument que nous avons produit « pour maintenir au pape son indépendance a été principalement puisé « dans le grand intérêt qu'a toute la catholicité »
— Est-ce qu'il y a une catholicité, Monsieur, où il y a liberté de religion ?
« — Qu*a toute la catholicité, continue M. Barrot, à ce que les deux « pouvoirs restent séparés dans chaque État. Il est vrai que la condia tion de cette séparation dans le monde catholique, est qu'ils soient ic réunis à Rome »
— Je répète. Monsieur, que sous la liberté religieuse, il n'y a pas de monde catholique. Ensuite pour réunir les deux pouvoirs, n'importe où, contre les convictions de ceux qui n'en veulent pas, vous ne faites qu'employer la force. Si la force est un argument, vous avez raison. Puis, je ne vois nullement : pourquoi la séparation des pouvoirs dans chaque État exige que ces pouvoirs soient réunis à Rome.
« — Mais^ continue M. Barrot, c'est là une nécessité qui a ses com- « pensations pour Rome, et qui a d'ailleurs été la condition de la fon- « dation et du maintien de l'État romain. Vous voyez donc que, bien a loin de renoncer au principe de la séparation des deux pouvoirs^ dans « cette circonstance, je l'ai maintenue plus que jamais. »
— J'avoue que je ne le vois pas du tout. Ce dont je suis persuadé, c'est que M. Barrot a été de bonne foi. Mais, qu'est-ce que cela prouve ? Qu'en époque d'ignorance sociale ou d'opinions, ce qui est tout un, il est possible d'aller tantôt à droite et tantôt à gauche^ tout en s'imaginant de marcher toujours droit devant soi.
« — J'ajouterai même, continue M. Barrot, que là est pour moi, l'un « des grands intérêts sociaux de l'existence de la papauté. »
— J'ai la faiblesse de m'imaginer : qu'après m'avoir lu attentivement, M. Barrot ne croira plus autant à l'utilité sociale de la papauté romaine.
Avant de passer aux autres lettres que l'on a bien voulu m'adresser, je vais répondre ici à quelques observations que des personnes bienveillantes ont bien voulu me faire verf)alement. Je les ai d'abord priées de me les mettre par écrit, pour être insérées ici. C'est sans doute leur modestie qui les a empêchées d'accéder à ma demande. Je vais les résumer et y répondre dans le moindre espace possible.
!•. Votre budget de recette ne sera point assez considérable pour subvenir à tant de dépenses, et le gouvernement succombera sous le faix.
2^. Votre budget de recette sera trop considérable, et le gouvernement en abusera.
3*. Comment sera organisé votre gouyemement? disent les uns et les autres.
4» Et la dette?
Avant de dire un mot sur chacune de ces observations^ je réponds d'abord :
Que j'écris des prolégomènes pour constater l'existence de deux nécessilés sociales :
La nécessité de démontrer la réalité du droit;
La nécessité de faire entrer le sol à la propriété collective^ après démonstration de la réalité du droit.
Ce» deux nécessités sociales sont-elles réelles, oui ou non?
Si l'on répond non : il est inutile de me faire des observations sur une organisation que je déclare absolument mauvaise, dès qu'elle n'est point absolument nécessaire.
Si Ton me répond oui : alors, quand même je ne pourrais répondre aux observations, cela n'influerait en rien sur Texistence de ces nécessités; et, ce qu'il y aurait de mieux à faire dans ce cas, serait de chercher soi-même à résoudre ses propres objections.
L'exposition sommaire de la science sociale, que je placerai à la fin de cette discussion contradictoire, prouvera : que, j'ai prévu toutes les objections; et, qu'elles seront résolues en leur lieu et place. Malheureusement, les enfants voudraient tout savoir : non-seulement sans rien apprendre; mais, encore sans oublier les erreurs qui leur aveuglent l'intelligence. A cet égard, j'avoue mon incapacité pour les instruire ; et je les engage à s'adresser à un professeur de mysticisme, ou à un professeur de tables tournantes et parlantes. Alors, et en trèspeu de leçons, ils pourront recevoir le baptême de la foi : ils sauront tout sans rien apprendre.
Maintenant, et pour ceux qui ne sont plus tout-à-fait enfants, et pour ceux qui sont déjà entrés en époque de puérilité sociale, je vais écrire quelques mots, sur chaque observation. Je ferai remarquer néanmoins : que, vouloir parler de calcul différentiel et intégral à ceux qui ne connaissent pas encore l'algorithme et s'imaginent que le nec plus ultra des mathématiques est une règle de fausse position ; ce serait perdre un temps qui peut être mieux employé. Les enfants qui n'ont pas encore de dents, doivent se contenter de manger de la bouillie.
Votre budget de recettes ne sera point assez considérable pour subvenir à tant de dépenses, et le gouvernement succombera sous le faix.
Le revenu actuel de la propriété foncière est d'environ : i ,700,000,000.
Lorsque la domination de l'intelligence est établie, la consommation décuple^ au moins : puisque selon MM. Chevalier, et selon une autorité plus illustre encore, il y a actuellement 25 millions de prolétaires agricoles, sans compter les prolétaires de l'industrie.
Or, le reTenu des terres augmente comme la consommation se subordonnant la production.
Je pourrais vous dire, voilà, pour cette seule source^ un budget de 17 milliards. Otcz-en ce qu'il vous plaira.
Le revenu actuel de la propriété mobiliaire est au moins égal au revenu de la propreté foncière, M. Odilon Barrot me le fait observer avec beaucoup de raison.
Lorsque la domination de rintelligence est établie, la valeur de la propriété mobiliaire diminue de quelque peu, quant au capital, mais elle augmente proportionnellement à l'élévation du prix des salaires, à rélévation de la valeur des terres : quand le travail, la production et la consommation tendent continuellement vers leur maximum.
Mettez l'impôt sur cette propriété, à ce que voua voudrez, et le montant de cet impôt à ce qu'il vous plaira.
Ne décuplons point d'abord le revenu de la propriété mobiliaire, doublons-le seulement après dix années de domination intellectuelle. C'est un revenu de 3,400 millions, et un capital de 113,333 millions à trois pour cent.
Au moyen de l'impôt sur les testaments, et presque tous les pères testeront, ce capital passe dans le trésor public en quatre générations, en cent vingt années. C'est par aii onze cent onze millions.
Et les héritages ab intestat !
Et les dons par testament!
Et les prélèvements, après décès, pour dot sociale et pour fivauce dç crédit?
Maintenant, voyons les dépenses!
Plus d'armée à payer; plus de dette à payer.
Car, l'armée, nécessaire pour l'époque de transfîton, gagne facilement ses dépenses. Quant à la dette, nous en parlerons.
Restent :
Les dépenses relatives à l'éducation et à l'instruction;
Les dépenses relatives à la dotation des individus]
Les dépenses relatives au crédit accordé aux individus;
Les dépenses relatives aux vieillards, aux malades, aux incapables de travailler, etc.
Les dépenses d'administration.
Éducation et instruction.
Si les enfants venaient sous des choux, comme le disaient nos pudiques grand'mères ; si tous les individus parvenus à l'âge de vingt-et-un ans, se trouvaient enlevés, comme Élie dans une nuée de feu, pour aller dans un meilleur monde; croyez-vous qu'avec l'état actuel des connaissances et des richesses, sans guerres, sans dettes, sous la domination rationnelle, la richesse et les connaissances viendraient a diminuer et le monde à périr? Il n'est aucun de vous qui n'affirma ; quç U richesse, les connaissances et le monde ne périraient point.
Yoilà réducation et l'iostruction qui ne coûtent i^ m Mniimit h PQMirais trè$-ûicilement leur doum^ le budget d'un milliard.
Dotations des individus,
lia dot relative h chaque individu 3e prend sur Texcédant des ro» cçtte$. La dot de chacun augmente comme h richesse sociale»
Voilà cette dépense éliminée au besoin. Il est évident que chaque dot sociale 3era peu de chose ou rien pour la première génération; mais chaque dot devient quelque chose trèskrapidemeoti et s'aocroH trésor»» pidement,
DépenêêB Têkdibes cMù) crédits abordés auad individus,
Sou9 ladominatiof) rationnellei là société connaît les fous et ne leur accorde point de emiit. Elle est leur tutrice^ elle est plus, elle est leur mère et les soigne comme ses enfants.
Sous la domination rationnelle^ Tintérèt du capital étant au plus bas^ et les capitalistes portant leurs oapitatix aux travailleurs pour les faire valoir^ comme les prolétaires vont actuellement porter leurs bras aux capitalistes^ pour les prier de les faire valoir, le gouvernement n'aura qu'à offrir des capitaux à un prix modéré; et les capitalistes concourront avec le gouvernement pour donner leurs capitaux aux travailleurs à un prix plus bas que le gouvernement.
Sous la domination rationnelle^ les salaires étant au maximum po8-« aible des circonstanceSj il est très-peu d'individus qui auront besoin de crédit; et le gouvernement ne fera qu'intervenir pour maintenir l'intérêt au minimum possible.
Sous la domination rationnelle, ce qui a été prêté par l'État, et ce qui a été donné en dot^ est prélevé à la mort sur Théritage du défunt.
Sous la domination rationnelle, personne n'émigre pendant l'époque de transition, et personne ne veut aller dans la lune quand les nationalités ont cessé d'exister : parce qu'alors chacun sait qu'il est au mieux possible des circonstances.
Les dépenses de l'État commd crédits avancés aux individus sont très-faibles.
Dépenses relatives mico vieillards^ aux malades, auco incapables de travailler, etc.
Sous lâ domination rationnelle, n'oubliez pas qu'il n'y a point de mineurs de vingt-un ans dans la société des individus; ces mineurs appartiennent à la société collective dont nous avons parlé.
Sous la domination rationnelle, le salaire étanttoujours au maximum possible, il n'est presque pas d'individu qui ne se mette en état de vivre sans travailler péniblement, sans travailler plus que pour s'assurer le repos dans sa vieillesse. Car, alors les épargnes des riches ne se font plus aux dépens des pauvres^ ainsi que le dit l.-D. S«iy l p^iëqu'll n'y a plus de pauvres; et alors, il y a de quoi économiser. Chacun tiendra
à honneur (alors encore honneur et devoir sont synonymes) d'être le moins possible à la charge de ses frères. Puis, quand il s'y trouve, il sait que c'est un droit qui lui appartient^ et il en jouit sans déshonneur.
De plus, les affections de famille ne sont point alors de simples setitiments toujours dominés par des passions victorieuses; mais des raisonnements dominant les passions : parce qu'alors il y a une raison pour les dominer.
£n outre, quand les établissements matériels relatifs à cette branche de dépense sont achevés en quantité suffisante, et ils le sont promptement par le très-petit nombre d'années que chaque individu consacre à la société, en retour de l'éducation et de Tinstruction qu^il lui doit, le fonds courant nécessaire pour leur donner ce que demande leur plein exercice est peu considérable; et TÉtat, au besoin, pourrait y consacrer un milliard.
Dépenses d'administration.
Les employés seront infiniment moins nombreux; mais aussi ils seront infiniment mieux rétribués. Quand le salaire des individus travaillant pour eux-mêmes, est au maximum possible des circonstances; le salaire de ceux qui travaillent pour les autres, doit, à plus forte raison, se trouver aussi au maximum des circonstances.
Que vous faut-il à cet égard? Avez-vous assez de deux, trois, quatre, cinq cents millions? Prenez !
Vous paraît-il, maintenant, que le gouvernement succombera sous le faix?
Votre budget de recette sera trop considérable, et le gouvernement en
abusera.
Ah! le gouvernement en abusera...
Et pourquoi, s'il vous plaît?
Qu'un gouvernement abuse de la richesse :
Quand le droit est incertain ou nié;
Quand l'anarchie est aux portes ;
Quand le despotisme et la corruption sont absolument nécessaires pour ne point périr ;
C'est inévitable : et le gouvernement qui n'en userait point, ce qui n'est point en abuser alors, serait un sot.
Mais :
Quand le droit existe et que chacun le connaît ;
Quand la sanction religieuse est socialement démontrée et que chacun sait que sa situation sociale est la meilleure possible;
Quand la corruption ne peut plus agir que sur les sots; et que c'est surtout au corrupteur qu'elle est nuisible;
Quand le despotisme et l'anarchie sont devenus socialement impossibles^ et que les despotes ainsi que les anarchistes, sont universellement considérés, comme des fous, dont il faut avoir pitié; comment voulez-vous que le gouvernement abuse de la richesse? Est-ce que, Sous la domination rationnelle, les fous sont au pouvoir?
Comment sera organisé votre gouvernement?
Si je voulais organiser un gouvernement, je serais un sot. Sous la domination rationnelle, la raison organise le gouvernement. Et, je m'en rapporte à vous-mêmes, voici ce que dit la raison :
En époque d'ignorance sur la réalité du droit, le gouvernement est nécessairement législateur, direct ou indirect. Alors , le droit est l'expression de la loi.
En époque de connaissance sur la réalité du droit, le gouvernement cesse d'être législateur. Alors, la loi est l'expression du droit.
En époque d'ignorance sur la réalité du droit, le gouvernement est nécessairement l'expression d'une force : soit transformée en droit , tant que l'examen peut être comprimé; soit brutale, lorsque cette compression est devenue impossible.
En époque de connaissance sur la réalité du droit, le gouvernement est nécessairement Texpression de la raison, rendue incontestable visà-vis de tous et de chacun.
En époque d'ignorance sur la réalité du droit, le gouvernement, nécessaii-ement le résultat d'un arbitraire quelconque, plus ou moins bien adapté aux circonstances, doit être basé sur une foi;, imposée par une éducation dominant l'instruction.
En époque de connaissance sur la réalité du droit, le gouvernement, nécessairement le résultat de la science, doit être basé sur l'instruction dominant l'éducation.
En époque d'ignorance sur la réalité du droit, le gouvernement est le pilote.
En époque de connaissance sur la réalité du droit, le gouvernement est le gouvernail dont le timonier est l'éternelle raison.
En époque d'ignorance sur la réalité du droit, rien de plus facile que de fœrmuler un gouvernement, plus ou moins bon; toute la difficulté, alors, consiste à le faire accepter : soit en s'emparant de l'éducation , quand celle-ci peut encore dominer l'instruction ; soit en soumettant les actions sous le joug d'une force brutale, quand Tinstruction ne peut plus être soumise à l'éducation.
En époque de connaissance sur la réalité du droit, le gouvernement seul possible se trouve formulé par la science, une par essence ; toute la difficulté, alors, consiste dans son acceptation : et celle-ci ne peut avoir lieu que par la nécessité sociale, imposant ce gouvernement, 8008 peine de mort humanitaire.
En époque d'ignorance sur la réalité du droite rien n'est plus faeile que de faire comprendre, ou de faire paraître comprendre, la bonté du gouyernement établi. Quand il est basé sur une foi accepté^, cbacun croit comprendre cette bonté ; quand il est basé sur lii force brutale , chacun fait semblant de le comprendre comme le meilleur possible.
En époque de connaissance sur la réalité du droit, mais avant que cette connaissance soit vulgarisée socialement, présenter aux opinions la formule du gouvernement rationnel, avant que la nécessité sociale ait anéanti les opinions dans le sein de la vérité, est une œuvre à peu près inutile et qui ne peut être comprise que par une très»faible minorité.
Ce n'est point la formule du gouvernement rationnel que nous vour Ions présenter ici, mais une simple esquisse. L'exposition sommaire de la science sociale, que nous donnons à la fin de ce volume, prouvera : que, vouloir donner cette conclusion-formule, avant que la science en ait imposé les prémisses, serait une éminente folie.
En époque de connaissance sur la réalité du droit 2 lorsque la loi est l'expression du droit éternel, qui rend la loi immuable | lorsque cette loi (se trouvant vulgarisée par l'éducation commune et confirmée par rinstruction commune, sous la protection de la dictature de transition des fractions sociales à l'unité humanitaire)^ cette loi, dis^je, devient la conscience et le guide de chacun; le gouvernement n'est plus que Texé* cuteur et le soutien de la loi; il n'est plus législations il est administration.
Lorsque l'éducation et Tinstruotion ont été communes; lorsque la richesse est nécessairement répartie selon le mérite; lorsqu'enfin tout paupérisme, tant intellectuel que matériel, se trouve anéanti par l'intronisation de réternelle justice; tout citoyen, qui n'est ni sot ni fou, ni ignorant ni méchant, doit contribuer à rexécution, au soutien de la loi, à l'administration de la société, dans la mesure de ses capaçkés reconnues par ses pairs. Voilà pour la théorie.
11 existe, en outre, une condition pratique nécessaire à l'exercice rationnel des droits politiques.
La société rationnelle est Pensemble des familles collectives, hiérarchiquement organisées, dont la commune, cité première, est l'élément social, ayant elle*même pour éléments les familles domestiquée.
Or, pour contribuer rationnellement à l'administration de la con>» mune, de la cité, famille collective élémentaire, il faut connaître la fa» mille domestique; et, pour la connaître, il faut, soi-même, être, ou avoir été, chef de famille.
Pour jouir de l'exercice rationnel des droits politiques, il fàudfft donc être, ou avoir été marié. La famille collective ne doit être admi<« nistrée : ni par des eunuques; ni par des sultans.
Lorsque les communes, cités premimiss, familles collectives M ^f§« mier ordre, se trouvent circonscrites dans des limites qui peuvent con-
tenir tout ce que la société générale doit contenir elle-même ; lorsque les cités de second, de troisième, de quatrième et de cinquième ordre, dont la dernière renferme Thumanilé toute entière se trouvent établies; on maire, clief du pouvoir exécutif, et un conseil, sous sa présidence, suffisent â l'administration.
Le maire et le conseil sont nommés à la majorité des voix. Le vote universel, appliqué à la nomination des individus appelés à administrer, est ALORS aussi hiérarchique, qu'il est anarchique lorsqu'il est appliqué à la formation des lois.
Le maire et le conseil font les règlements de localité, dans la latitude laissée par la loi et les règlements d'administration générale.
Les maires et les conseillers des communes , formant la cité de second ordre, nomment, dans leur sein, ou parmi ceux qui ont déjà exercé ces mêmes fonctions, le maire et les conseillers de la cité de second ordre. Pour contribuer à l'administration d'une cité de second ordre, il faut avoir été jugé digne de contribuer à l'administration d'une cité de premier ordre.
Il en est de même pour les cités d'ordre supérieur, jusqu'à la cité humanitaire.
Voilà pour la décentralisation, pour la diversité, pour les localités.
Voici pour la centralisation, pour l'unité, pour la généralité.
Le maire de la cité générale, nomme, pour chaque cité immédiatement inférieure, un commissaire de gouvernement, chargé, seulement, de surveiller l'exécution de la loi et des règlements d'administration générale.
Le commissaire de chaque cité immédiatement inférieure, nomme, sous sa responsabilité, des commissaires pour chaque cité immédiatement inférieure à celle où il se trouve établi.
Et ainsi de suite jusqu'à la commune.
Chaque commissaire, sous peine de responsabilité, doit avertir les cités qui s'écarteraient de la loi ou des règlements ; et en prévenir son supérieur immédiat.
C'est l'harmonie : entre les élections par en bas, sans responsabilité; et les nominations par en haut avec responsabilité ; qui constitue la bonne administration.
Ce que je dirais de plus, actuelleinent, serait complètement inutile^ et peut-être nuisible. Néanmoins, je crois pouvoir placer ici, et sans inconvénient, deux passages de Leibnitz. Voici le premier :
tt La vérité, dit-il,- est agréable aux esprits; et il n'y a rien de si « difforme et de si incompatible avec l'entendement que le mensonge. « Cependant, il ne faut pas espérer qu'on s'applique beaucoup à des ft découvertes, tandis que le désir et l'estime des richesses ou de la « puissance portera les hommes à épouser les opinions autorisées par « la mode, et à chercher ensuite des arguments, ou pour les faire « passer pour bonnes, ou pour les farder et couvrir leurs diiformités. a Et pendant que les différents partis font recevoir leurs opinions à
« ceux qu'ils peuvent avoir en leur puissance, sans examiner si elles « sont fausses ou véritables, quelles nouvelles lumières peut-on espérer « dans les sciences qui appartiennent à la morale? Cette partie du « genre humain qui est sous le joug, devrait attendre au lieu de cela, m dans la plupart des lieux du monde, des ténèbres aussi épaisses que
« celles de TÉgypte
a Je ne désespère point que, dans un temps ou dans un pays plus « tranquille, les hommes ne se mettent plus à la raison qu'ils n'ont
« fait. Car, en effet, il ne faut désespérer de rien Supposons qu'on
« voie un jour quelque grand prince qui, comme les anciens rois d'As- « Syrie ou comme un autre Salomon, règne longtemps dans une paix « profonde, et que ce prince aimant la vertu et la vérité, et doué d'un a esprit grand et solide, se mette en tète de rendre les hommes plus « heureux et plus accommodants entre eux, et plus puissants sur la na- « ture : quelles merveilles ne ferait-il pas en peu d'années ! Car il est « sûr qu'en ce cas, on ferait plus en dix ans qu'on ne ferait en cent et « peut être en mille, en laissant aller les choses leur train ordinaire.» (Nouveaux essais sur l'entendement humain^ liv* iv.)
Voici le second :
« La marque de l'honnête homme et de l'homme d'honneur chez (( eux (les matérialistes) est seulement de ne faire aucune bassesse, « comme ils les prennent. Et si pour la grandeur ou par caprice, « quelqu'un versait un déluge de sang, s'il renversait tout sens dessus a dessous, on compterait cela pour rien, et un Erostrate des anciens, « ou bien un Don Juan dans le Festin de Pierre, passerait pour un « héros. On se moque hautement de l'amour de la patrie, et on tourne a en ridicule ceux qui ont soin du public ; et quand quelque homme a bien intentionné parle de ce que deviendra la postérité, on répond : « Alors comme alors. Mais, il pourra arriver à ces personnes d'é- « prouver elles-mêmes les maux qu'elles croient réservés à d'autres. Si a Ton se corrige encore de cette maladie d'esprit épidémique, dont les <( mauvais effets commencent à être visibles, ces maux peut-être se- « ront prévenus ; mais si elle va croissant, la Providence corrigera les « hommes par la révolution même qui en doit naître; car, quoi qu'il 0 puisse arriver, tout tournera toujours pour le mieux général au bout « du compte, quoique cela ne doive et ne puisse arriver sans le châ- « timent de ceux qui ont contribué même au bien par leurs actions « mauvaises. » (irf.,/rf.)
Si ces deux passages vous ont donné la migraine, je vous demande pardon pour Leibnitz.
Maintenant, ce que je vais ajouter, ne sera ni nuisible, ni inutile.
Si vous avez un Charenton à guérir, pour guérir ce Charenton, il faut commencer par être le plus fort. Sinon, le gouvernement passe aux fous. Et c'est peu amusant.
Pour guérir un Charenton, il faut donc avoir : des garde-fous; des
camisoles de force; des douches; des triques; des knouts; ou des baïonnettes ; et suffisamment : selon que le Gharenton est plus ou moins grand ; et, que les fous sont plus ou moins enragés.
Fûtron même aussi sot que le dictionnaire, il serait permis de donner au directeur d'un pareil établissement, le nom de dictateur.
Mais, pour dire qu'il y a deux espèces de dictateurs, et les spécifier, il faut être moins sot que le dictionnaire.
Soyons moins sot que le dictionnaire!
La première espèce de dictature est celle de la force dominant la raison.
La seconde espèce est celle de la raison dominant la force.
En époque d'ignorance sociale sur la réalité de la raison, tous concevez que la société ne peut être dictateur; et qu'un individu seul peut rêlre.
En époque d'ignorance sociale et d'incompressibilité de l'examen, la dictature de première espèce, change aussi souvent de dictateur que la girouette change d'aire de vent pendant la tempête.
Et, avant que l'ignorance soit socialement évanouie, le dictateur, même de seconde espèce doit encore être un homme : jusqu'à ce que l'ignorance soit socialement anéantie. C'est seulement alors : que, le dictateur peut abaisser^ socialement^ ses faisceaux devant la raison; et^ devenir son premier sujet.
Vous voyez qu'avant la domination sociale de la raison, le gouvernement doit encore résider exclusivement dans un homme; et que, Tessentiel est que cet homme soit dictateur de la seconde espèce; c'est-à-dire : qu'il soit fort; et qu'il connaisse la réalité de la raison.
Alors, qu'il soit : le Grand-Turc, le Grand-Lama, le Grand-Mogol, ou l'empereur de la Chine, peut importe absolument.
Quand la domination de la raison existe socialement, quand tous connaissent la vérité; alors, et je le répète :
La commune a un maire et un conseil administratif;
L'arrondissement, idem;
Le département, idem;
Les ensembles de département, idem;
L'humanité, idem.
Voilà pour aller de bas en haut.
El le maire de l'humanité a des commissaires de pouvoir exécutif responsables, auprès de chaque ensemble de département;
Et ces commissaires nomment des commissaires de pouvoir exécutif responsables pour chaque département;
Et ces commissaires, idem, pour chaque arrondissement;
Et ces commissaires, idem, pour chaque commune.
Puis, c'est fini par là.
Mais, faut-il que je sois sot, pour vous parler de ces choses-là !
Si je.vous ai convaincus, j'en suis bien aise. Sinon : allez vous promener; ou bien, envoyez moi au dictionnaire. J'aime mieux le premier.