ASSEMBLÉE
« -^ Une assemblée est une^ assemblée ; il ne fout pas « lui demander plus qu'il n'est en son pouvoir de donner. « Une assemblée peut détruire, elle peut contrôler; mais « elle ne saurait édifier, et elle y sera d'autant moins apte € qu'elle sera plus nombreuse. » {Les 52, n* ii, p. 24.)
—* C'est vrai, et même ce n'est point complètement vrai. De ce qu'une assemblée est inapte à formuler le droit, s'en^ suit-il qu'il appartienne à un seul bomme de le formuler arbitrairement? Et, si même la formule était scientifique, ap^ parliendrait-il à une assemblée d'ignorants de la contrôler? Faites donc contrôler la formule d'une intégrale, à une as- j^ semblée qui n'aurait jamais entendu parler d'une équation !
« •— Une assemblée souveraine, dit encore M. de Girar- « din, excelle à décréter, mais décréter ne suffit pas : il faut « organiser. Deux fois au moins, le législateur n'a-t-il pas « décrété que l'instruction publique serait gratuite? Eh « bien! qu'est devenu le vœu de frimaire an xi, renouvelé « en mars 1848? Quelle suite a-t-il reçue? quels fruits a-t- * il portés? Aussi qu'est-il arrivé? que le suffrage universel, « qui aurait dû ne venir qu'après l'instruction populaire^,, - « r^'pïécédé. » {Idem, p. 62.)
— C'est vrai; mais, en savez-vous la cause? C'est que la souveraineté du peuple, la souveraineté du nombre n'est que l'expression de l'Ignorance sociale. C'est, en outre, que, pour donner l'instruction au peuple, il faut en avoir soimême. Et quelle instruction voulez-vous que puissent donner %u peuple SUR le droit, ceux qui sont eux-mêmes ignorants sur la réalité du droit? Vous voulez, peut-être, qu'iU lui inculquent la^prétendue science actuelle, qui est la né-
galion du droit. La France, dit M. Michel Ctievalier, serait ingouvernable, si tous les individus savaient lire.
« — Une assemblée délibérante excelle encore à détruire, i continue M. deGirardin, mais détruire est une œuvre a dont on a vite trouvé là fin. »
— ' Hélas, Honaieurt noua avons plus d'un demi*^siècle de règne des assemblées, et il n'y a encore qu'une bien faible partie des préjugés de détruitSi Si les assemblées seules peu- TMt délruire^ nous en aurons encore longtemps I
« ^ Après qu'on a démoli, iftontinue M^ de Girardin, il « faut édàâer* Or| c'est là une tâche à laquelle les assemblées « ont prouvé qu'elies étaient impropres» »
^ C'est vrai, Monsieur» Mais alors qui donc édifiera?
SeraH)e vous, qui ne vouleiK èdifléir i ni sur la religion, ni
fiur le droit, ni sur la raison, dont la seule expression so-
ji dalé est te droit; ni sur k force, quoiqu'en dehors du droit,
il n'y ait de possible ^ue la forcé t
«( «^ Là) dit M. de Girsrdin, oO les bonnes capables, int struits^ expérimentés, indépendants par leur situation t autant que par leur caractère, sont è peine quelques^ i unSiéi »
— Et Comment les connail-ôn? s'ils né sont choisis par les assemblées, ils sont choisis arbitrairement. Vous av^ dit mille foi$ que IIM. Thiers et Guizot, certes des hommes" ' ' les plus capables de t'rancô, sont incapables de gouverner. On en dirait autant de vous, à une époque où le g(ïuvcrnemm est impossible par absent» d'autorité.
« — Comment I continue M. de Girardin, peut-on s'a- « buser jusqu'à croire à la possibilité de composer une c assemblée souveraine dont la majorité ait les lumières, le . « désintéressement, impartialité, Tesprit de suite nécessaire € à l'accomplissement d'une lâche aussi difficile que celle '4 d*empècher la France de se laisser dislancer par l'Angleé teire et la Russie, avec l^Svanlagc qtte tirent ces d«ux
< puissances : Tune de son aristocratie; l'autre de son au(o« c cratiô I >
— Une assemblée souveraine, Monsieur, est toujours une monstruosité ; c'est la négation du droit. Moins il y a de membres dans une pareille assemblée, plus elle est despotique; plus il y en a, plus elle est anarchique. En époque d'ignorance, la soôiété ne peut sortir du despotisflie que paur tomber dans Tanarchie ; et, réciproquement.
Si, d'ailleuri) il ne s'agit que de surpasser l'Angleterre et la Russie, ce n'est pas une assemblée qu'il vous faut, mais * un capitaine. A Sainte-Hélène, l'Empereur a dit : qu'on ne gouvernait bien qu'en éperons et en bottes. El, en effet, c'est le seul gouvernement durable en époque d'ignorance et d'incompressibilité d'examen : pourvu qu'on soit toujours le plus fort,
« — Les majorités, dit M. de Girardin, sont des meules ; c qu'importe que les meules soient d'un grain plus ou moinsf « fln, plus ou moins poli, si on ne leur donne rien à moudre,
< si où les .condamne à tourner dans le vide ! »
{les 52, n* Vl, p. 6.) ^
— Et, que voulez-vous leur donnera moudre, si vous n'avez aucun critérium pour distinguer l'ivraie du bon grain? Et, si même par hasard, vous donniez du bon grain, l'igno* *rance dirait encore : que c'est de la farine d'ivraie.
Ce que je viens de dire, M. de Girai^in va le confirmer :
c -«- Quand^ ditHl, vous aurez une assemblée nooveHe, c que lui donoeraz-vous à Aoudre, quelles récoltes lui doA*. ^ i nerez^vous à convertir en farine^ pour que cette tmM90^*^ c à soa tour convertie en pain? Le savez* vous? Si vous na c le savez pas aiyourd'bui, le saurez-vous mèm» après les « électtons? Quelles raisons avez-vous de l'espérer, de te c eroire, de l'affirmer? »
— Très-bien ! Monsieur. Si vous le savez vous , pourquoi na le dites-vous pas? Et, si vous le dites, souvenez-
vous qu'il ne s'agit pas de vouloir imposer son dire, sans preuves rationnellement incontestables vis-à-vis de tous et de chacun : sous peine de n'avancer qu'une opinion et de ne présenter que de l'ivraie.
. c — L'impuissance, ajoutez-vous, n'est ingénieuse et « fécondé que dans l'art de concevoir et d'enfanter des pré-* c t^tes d'ajournements qui l'aident à s'abuser sur elle- « mémo. »
^— Hélas! Monsieur; ce n'est point la seule impuissance *' qui s'abuse, c'est l'impuissance vaniteuse.
< — Les^ choses vont mal, ajoute M. de Girardin, cela est « vrai, mais'^lles n'iront pas beaucoup mieux quand on aura
< changé de meules, si d'ici là le champ n'est pas ense- « mencé et si l'on n'a pas de grain à apporter au moulin;
< xar, il est temps qu'on se l'avoue, on se passerait plus fac cilement de meules que de grain, et de discours que d'i* « dées. »
— Des idées ! mais tant que vous n'aurez point de critérium pour distinguer les idées bonnes des idées mauvaises, les idées ne sont que de l'ivraie, pour quiconque veut leyr donner ce nom.
COMBIIS.
« Notre édifice politique, dit M. de Girardin, ressemble à
« un immense bâtiment composé de plusieurs étages, où
^^5,1? Tarchitecte n'aurait oublié quline seule chose : l'escalier.
"^^ )ât| Les commis ne sont pas des instruments mis en mou-
é itmeni par les ministres, ce sont les ministres qui sont
«les instruments mis en mouvement par les commis.
c La France est gouvernée par des commis, et elle s'é-. « tonne de n'être pas mieux gouvernée. Ce dont il faudrait « s'étonner, c'est qu'elle le fût bien.
« Celte paralysie dpq( elle soulfre e^t le produit de la cen-
€ tralisation bureaucratique aggravée par le régime repré* « sentalif. ' (Lesbi^ n^ i, p. 400.)
— Soit! Monsieur. Mais, en époque d'ignorance sociale * et d'incompressibilité d'examen, il n'y a de possible : que l'absolutisme; ou le représentatif. Lequel des deux préférez- ^ vous? Moi, je les aime tous les deux : car tous les deux sont providentiels. ;
COSIPRESSION*
« — L'esprit révolutionnaire, dit M. de Girardin, est un a gaz qui éclate avec d'autant plus de force qu^on l'a pluâ c fortement comprimé. Arrêtez en sortant le iBours d'une < source, elle n'en jaillira qu'avec plus d'impétuosité. »
(Idem^ n* vi, p. 62.)
— C'est vrai, trés-vrai. Mais, laissez brûler le gaz au séfh des matières combustibles, et tout se trouve incendié. Laissez couler une source dans un local sans issue, ef bientôt tout sera submergé. En époque d'ignorance sociale et d'incom* pressibiiité de l'examen : la compression c'est le despotisme; la4Pon compression c'est l'anarchie.