‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 17 sur 120 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

« — La France s'abuse ! la France s'égare 1 II faut avoir a le courage de le lui dire, au risque de lui déplaire. Ce cou- « rage ne nous a pas manqué dans le passé; il ne nous mana quera pas dans l'avenir. »

— C'est très-bien , Monsieur. Mais êles-vous capable de mettre la France sur la bonne voie : non pas comme pape, interprète infaillible d'une révélation sur-rationnelle: mais

comme savant, interprèle inconlcslable de la révélalion rationnelle?

Vous ne Têtes pas, Monsieur; et vous-même allez en donner la preuve.

« — La France, dites-vous, veut-elle la guerre que la

« France le déclare ! Ce sera un système ; nous y conforme- « rons notre langage; et notre voix, nous le croyons, saura « trouver des accents où l'énergie ne manquera pas.

« La France veut-elle la paix? que la France le dé-

« clare! ce sera un système; nous n'épargnerons aucun « effort pour qu'il porte des fruits, etc. »

{Les 52, n^' vu, viii, p. 255.)

— M. de Girardin paraît ignofer que la vérité seule a une langue unique, et que les opinions en ont autant que la tour de Babel. Supposons qu'il y ait en France une opinion ayant le verbe plus haut que les autres, et proclamant une sottise. Voilà M. de Girardin défenseur de cette sottise, n'ayant de juge que le fer, le feu ou le poison.

« — 0 pauvre France! dit encore M. de Girardin. Pen- « dant cambien de temps permettras-tu donc que l'on com- « promette ton nom, que l'on gaspille tes finances, que l'on « aggrave tes charges, que l'on complique tes difficultés par « les faux errements d'une [politique sans bon sens et sans « bonne foi! » {Idem^ p. 318.)

— Je vais vous le dire. Monsieur : Pendant tout le temps qu'elle ne comprendra point : qu'en époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, et en présence de. l'incompressibilité de l'examen, il n'y a de possible : que despotisme ou anarchie.

« — A force de discuter, dit M. de Girardin, il faut espé- « rer qu'une étincelle jaillira du choc des opinions, et qu'on « saura clairement enfin ce que veut la France. »

{idem^ n*'' x, xï, p. i 65.)

— La vérité. Monsieur, ne jaillit point de la discuasion, les $ols seuls discutent. La vérité j^rt de la démonstration. Et en

fait d^opinions, c'est toujours la plus sotte qui brilledavantage«

« — Aujourd'hui, continue M. de Girardin, qui pourrait « le dire?

« Elle veut l'ordre ! »

— Non, Monsieur. L'ordre c'est la tranquillité : soit par le despotisme imposant une hypothèse comme vérité sociale; soit par la vérité connue de tous et protégée par tous. La France ne veut plus de despotisme, et ne veut pas encore de vérité : puisqu'elle n'en éprouve pas encore le besoin absolu, vous le premier. Vous voyez que la France ne sait pas encore ce qu'elle veut.

ft — La France, dit plus loin M. de Girardin, a le choix ff entre deux systèmes :

« L'agitation sans liberté ;

« Ou la liberté sans agitation.

< Le premier de ces deux systèmes est celui contre lequel « M. Odilon Barrot n'a cessé de protester.

« Le second est celui que nous nous efforçons de foire pré « valoir,

« De ces deux systèmes lequel est le meilleur? »

(le* 52, p. 178.)

•«^ Tous les deux sont également mauvais. Pour marcher vers la liberté, le premier pas est de savoir : qu'en époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, et en présence de l'incompressibilité de l'examen, il n'y a de possible : que despotisme ; ou anarchie.

« *-« La France, hélas ! ne sait aller, dit M. de Girardin^ « que de la terreur à la peur et de la peur à la terreur. Dès « qu'elle échappée un excès, c'est pour tomber dansun autre.»

— Dussé-je vous ennuyer, Monsieur, je vous répéterai de nouveau : c'est, qu'en présence de l'ignorance sociale sur la réalité du droit et de l'incompressibilité de l'examen, il est absolument Impossible qu'il en soit autrement. Et, ce qui aujourd'hui se trouve vrai pour la France; le sera demain pour louies les nationalités.

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