‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 18 sur 120 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

GOtJTERNEfi.

c -^ Vouloir gouverner sans idées est la plus chimérique I des entreprises et la plus dangereuse des expériences. »

{Les 52, n* i, p. 47.)

— Vouloir juger du bien et du mal) quand on nie le bien el le mal, est la plus chimérique des entreprises et la plus dangereuse des expériences.

On ne gouverne point sans idées : parce que gouverner, c'est obéira une idée. Mais : on a une idée fixe, certaine ou tenue pour telle, se rapportant au bien et au mal, et surtout à la sanction inévitable du bien et du mal; ou bien : Ton nie le bien et le mal ; on rapporte tout à la force brutale; on a autant d*idées, sur le moyen d'être le plus fort, que Ton ren* contre d'obstacles ; et Ton tombe du gouvernement , bienheureux si, avant de tomber, on n'a point commis tous les crimes.

i •— > On se dit, continue M. de Girardin, quand je serai au « pouvoir, je gouvernerai ; on ne se dit pas : comment m'y « prendrai-je pour gouverner? » {Idem, p. 97.)

-^ Il ne s^agit pas de se dire : comment m'y prendrai-je pour gouverner? Il s'agit, avant de prendre le timon du pouvoir, de savoir : si, la manière dont on a fait choix est la bonne. Rien n'est plus dangereux au pouvoir qu'un ignorant entêté qui se croit savant; mieux vaudrait un sot ignorant, il tomberait plus vile.

t -^ Après tout, dit M. de Girardin, en fi^rance aujourd'hui t qu*est*ce qtie c'est que le gouvernement? Point d'illusions, • point de grands mots. C'est l'art de faire voter annuelle*

« ment par la niajorilc quinze ccnls raillions d'impôts. Co a devrait tHre l'arl de les bien employer. » {Les 52, p. 98.)

— Non, Monsieur : l'art et les majorités ne peuvent rien avoir do commun avec la science. Et, en présence de l'examen, la science seule, dans l'intérêt démontré de tous et de chacun, sous la protection par conséquent de tous et de chacun, doit faire prélever, non pa^ quinze cents raillions, mais trais raille, quatre mille, plus s'il est possible; et savoir les employer, comme ils ont été prélevés, dans l'intérêt de tous et de chacun. Le tout est infiniment plus facile, que de vouloir s'en rapparier : à l'art, qui relève des opinions; et aux majorités, qui relèvent delà sottise.

a — Gouverner, c'est prévoir, dil M. de Girardin. »

{Idem^ p. 143.)

— Non, Monsieur. Gouverner : c'est obéir à une règle; c'est exécuter ce qu'ordonne le souverain. Le cocher gauverne, et le maître règne. Et, quand il n'y a plus de souverain, ce qui arrive quand soi, et la science prétendue, nient le bien et le mal ; alors, arrive ce que vous allez citer,

€ « — J'ai toujours été gouverné par les circonstances. » » « Dans cet aveu de Napoléon est l'explication de sa chute. »

(/rfem, p. 143.)

— El, par qui voulez -vous que le grand homme eût été gouverné : à une époque où il n'y avait plus de règle par la foi ; et pas encore de règle par la science? Alors, et nécessairement, les circonstances gouvernent celui qui est le plus fort.

« — Un bon gouvernement, c'est le gouvernement qui « remplit les conditions les plus propres à alteindre le but tf qui lui est assigné ; c'est celui qui offre le moins de prise »( au danger d'un naufrage, ou le moins de chance à l'éclat « d'une explosion; c'est celui qui existant en vertu de c^ra laines lois, les observe strictement; c'est celui qui ne prend « pas le sommet pour la base, et la base pour le sommet; a c'est celui qui ne fausse aucun ressort j c'est celui qui puise

« sa força dans son liomogénéité; c'est celui qui fonctionne « sans frottements nuisibles ou dangereux ; c'est celui qui « met en mouvement toutes les énergies de la nation ; c'est « celui qui imprime à la circulation, sous toutes les formes, c l'essor le plus rapide ; c'est celui qui augmente la valeur c de l'actif national ; c'est celui qui diminue le paupérisme ; c c'est celui qui ne laisse en retard aucun progrès réel, en.

< souffrance aucune prétention légitime, en suspens aucune « question importante, à l'écart aucune capacité reconnue,

< aucun concours utile; c'est celui qui embrasse et soutient c le plus grand nombre d'intérêts généraux ; c'est celui qui « s'élève le plus haut au-dessus des considérations purement « individuelles; c'est enfin, celui qu'il est facile de réformer « et difficile de renverser. »^ {Les 52, n* ii, p. 27.)

— Je vous demande pardon ! Monsieur. Mais c'est là par* 1er pour ne rien dire. C'est comme si vous aviez dit : un bon gouvernement est un bon gouvernement. Mais comment obtient-on ce que vous dites être l'essence d'un bon gouvernement?

Un bon gouvernement, dites-vous, c'est celui qui existant en vertu de certaines lois, les observe strictement. Et si les lois sont mauvaises? Et si elles sont faites par la sottise? Et si elles conduisent la société à l'abîme? Celui alors qui se trouve le plus fort, jette la législature par les croisées et fait bien ; quitte à lui de faire mieux, si cela lui est possible.

Uni bon gouvernement, iiies-wous^ diminue le paupérisme. Si vous aviez étudié davantage l'économie politique, vous sauriez : que, diminuer le paupéri^^me est une utopie. Le paupérisme doit être anéanti, ou croître comme la richesse.

Un bon gouvernement, dites-vous, est celui qu'il est facile de réformer et difficile de renverser.

Eh bien I Monsieur; en présence de l'incompressibilité de

l'examen et de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, un

gouvernement qui peut être réformé et un gouvernement qui

peut être renversé, sont, par essence, de très-mauvais gou-

vem^ments* ,

« ^ Le plus mauvais de tous les got(ve^nemôIU8, dit M. de « Glrardln, sera en tout tetnps, et en tout pays, celui où le « pouvoir exécutif, sera exercé par une assemblée légtsla- « Uvc. » {Les^i^ p. B1.)

— Très-bien ! Monsieur. Et, c'est pour cela que vous voulez : qu^Une assemblée souveraine nomme tît révoque un pou-

' voir exécutif, auquel on fera semblant d'accorder un pouvoir législatif détiué de toute sanclion ? Quel dommage qu*une aussi belle intelligence perde son temps à formuler de pareilles utopies!

ff — Il faut, dit M. de Girardin, que la république soit le « gouvernement de la liberté par la raison et de la force par « l'unité. Cela est facile. » {Idem^ p. 120.)

— Cela est facile, dites-vous I Et, en votre qualité de matérialiste, vous niez la raison, la liberté et l'unité. Puis, de votre aveu, la force brutale est incapable de servir de base à un gouvernement stable. Âh ! cela est facile pour vous. Avezvous bien consulté vos forces ?

« — Par le vide, dit M. de Girardin, dans lequel la France c s'agite s'explique la périodicité de ses révolutions»

< Donnez à la France un gouvernement qui utilise ses « forces et ne tourne pas comme la poulie folle, qui ne fait « rien mouvoir, alors s'accompliront les réformes si difficiles « à diriger, alors disparaîtront les révolutions, si faciles à « prévenir. » {Idem^ n^ m, p. 94.)

— • Le vide social I c'est l'absence de religion, l'absence de droit, l'absence de bien et de mal. Et, ce vide , Monsieur ^ c'est vous qui contribuez à le produire.

« — Mais que faire, dit M. de Girardin?

« Voilà six mois que déjà on aurait dû, faute d'un melt- « leur appareil ministériel, instituer, parallèleraonl au gou- « vernement du présent^ le gouvernement de f'avenir; ô côté * du cabinet responsable qui expédie le courant des affaires, « un conseil qui, n'ayant pas à s'occuper des détails, pût « s'occuper des questions, ouvrir une enquête permenente,

t fétttiir lé^afériâtlx nécessaires, rechet*chef lés sdlildons « désirables, Mûrir les idées justes, trier la vérité de rerreiir, « admettre ce qui est applicable et écarter ce qui eêi chimé- « rique.

« La rdsistanœ ft elle seule, ne saurait plus suffire pour c porter le poids de la société; il ftaut lui donner un autre « pilier : la prévoyance. » {Les 32, n"* iV, p. 77*)

•^Mais, Monsieur^ il y a prévoyance sotte et prévoyance sage, comment les distinguerez-vous ? comment trierez^Vous la vérité de l'erreur, admettrez-vous ce qui est applicablD^ écarlerez-vous ce qui est chimérique, s'il n'y a ni bien ni mal, ni juste ni injuste? Puis, un conseil délibère à la majorité, et vous-même avez dit, avec raison : que, du sein d'une majorité, composée même de ce qu'il y a de plus sage, ib ne pouvait en sortir que des sottises.

Il serait plus facile qiiô quelque chose se fit de rien, .qu'une découverte par une assemblée, ne fût-elle même que de trois individus. En époque d'ignorance, toute trlnité est un miracle.

« -* On croitj dit M. de Girardîn, qu'on peut gouverner. « sandflutre règle que sa volonté ou le hasard, en se trompe.»

{Idemj p. 90.)

— C'est tral. Monsieur. Mais, â quoi sert une règle quand elle n'est point socialement acceptée î soif par une foi commune; 9oii par ta soienee nécessairement commune, quand elle est vulgarisée? Et surtout, quand cette règle n'a point une sanctioQ inévitable, au-dessus delà force? A quoi? à tomber plus vite encore que, quand on n'a de règle que sa volonté, et qu'on est assez adroit pour être quelque tempd le plus fort. Et, si le plus fort profitait du temps donné pour chercher la science; c'est^ alors, qu'il faudrait bénir la force!

« — T<)ut gouvernement qui ne sait pas durer, dit M. de « Glrafdin, est un gouvernement condamné par lui-même.»

(Jdm, n*» V, p. 84.)

— Quelle malice t Mais, comment un gouvernement dure-

t-il : là où il n*y a ni religion, par conséquAt ni droil ni devoir, ni juste ni injuste, ni bien ni mal, etc., etc.

« — Une nalion n'est pas un patrimoine, dit M. de Gi- € rardin,elle a le droit d'être bien gouvernée. »

{Les 53, n*" v, p. 84.)

— Elle a le droit? Et, selon vous , il n'y a pas de droit. Allons donc !

c — Nous n'avons jamais rien pu comprendre, dit M. de c Girardin, à la subtile distinction des gouvernements de droit € et des gouvernements de fait. » {Id., ibid.)

— Parbleu! Pour vous il n'y a pas de droit; alors il n'y a évidemment : que le gouvernement du fait ; le gouvernement de la force.

c — L'appareil appelé gouvernement, dit M. de Girardin, « est aussi arriéré que le serait aujourd'hui une chaudière < construite du temps de Papin.» {Idem, n® yi, p. 116.)

— Soit. Mais, selon vous-même, le gouvernement n'est rien et la règle est tout. Alors, donnez la règle, surtout démontrez qu'elle est bonne, et démontrez d'une manière ra-

' tionneliement incontestable, sans vouloir faire accepter une opinion, sans vouloir être pape : ce que vous reprochez toujours aux autres de vouloir être; probablement, pour que Ton ne vous le reproche pas.

« — Aussi longtemps, dit M. de Girardin, que ce sera à c la peur que le gouvernement demandera ses inspirations c législatives , au lieu de les demander à la prévoyance, il ne « faudra pas compter sur le retour de la confiance. »

— La prévoyance, non basée sur la science, n'est qu'une sotte.

Des inspirations, prises pour des vérités, sont des sottises; et, à plus forte raison, des inspirations législatives. . La peur, socialement parlant, est le résultat du raisonnement; et le raisonnement gouverne le monde. Le tout est de distinguer: le bon raisonnement du mauvais; et la bonne

peur de la mauvaise. Il y a peur relative à la sanction de la force; et peur relative à la sanction delà raison. Celle-ci, selon vous, n'existe pas. Alors, la peur relative à la force, serait la seule bonne.

c — Assez longtemps, dit M. de Girardin, la force a régi « le monde; c'est à la liberté maintenant à le gouverner. »

(Zi^^52, n^ix, p. 139.)

— De la liberté! li.ors la religion, le droit, le devoir, le bien et le mal, le juste et Tinjuste! Allons! Monsieur; pour vous, la force n'a pas encore régi le monde a^sez longtemps.

Hors la communauté d'idées sur la régie, et sur son inévitable sanction, il n'y a de possible : que la force brutale.

c — Rien de plus droit que la ligne que nous suivons, dit c H. de Girardin. Nous sommes pour tous les gouvernec ments, contre tous leurs excès. »

— En absence de religion, de droit, etc., etc., c'est comme fA M. de Girardin disait : Nous sotnmespour le gouvernement ^ plus fort. Nous savons que telle n'est pas son intention. Hais, l'enfer est pavé de bonnes intentions.

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