‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 57 sur 120 · TION DE L'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

TION DE L'AUTORITÉ

A la page 7 de cet ouvrage vous trouvez : « — JE reconnais l'autorité divine. »

— Alors ne dites point : l'abolition de l'autorité, mais bien l'abolition de telle autorité : par exemple celle de la force. Mais comment distinguer celle-ci de l'autorité de la raison, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie? Par la force. Alors vous qui êtes partisan de l'autorité divine, ce qui, je le suppose, signifie partisan de l'autorité de la raison, vous voilà, malgré vous, partisan de l'autorité de la force.

Toute votre abolition de l'autorité est basée sur une perpétuelle logomachie.

Le premier chapitre est intitulé : autorité et liberté. Ces deux mots, tant que l'ignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie, signifient exclusivement : despotisme et ANARCHIE. Dès quc cette ignorance est anéantie, autorité et liberté signifient : autorité, raison ; et liberté, obéissance volontaire à ce qui est ordonné par l'autorité.

« — Deux principes, dit M. de Girardin, se disputent Tem- « pire du monde : l'autorité, la liberté. »

— Il fallait dire : le despotisme et^l'anarchie.

Après cela viennent une foule d'antithèses sur l'autorité et la liberté, toutes relatives au despotisme et à l'anarchie.

« — Ces deux principes, dit M. de Girardin, sont incom- « patibles. »

•~ C'est vrai pour raùtoritë despotique et la liberté anar«

chique. Mais c'est facile pour la liberté et l'autorité réelles : les deux ne peuvent exister que simultanément.

Vient ensuite l'énuméralion des faits nécessaires à l'existence de l'autorité. Tous se rapportent au despotisme; puis rexposition de ce qu'est la liberté; et, ce qui est donné comme tel, est généralement une absurdité en présence de rignorance sociale.

« — La liberté, dit M. de Girardin,

« C'est »

— Devinez quoi?

« — C'est, dit-il, le peuple qui s'instruit. »

— En apprenant qu'il n'y a ni bien ni mal, ni droit ni devoir, etc. Elle est jolie l'instruction!

« — C'est la foi religieuse qui s'éclaire. »

— En apprenant que la religion est une niaiserie. Quelle lumière !

« — C'est, continue l'auteur, la souveraineté individuelle qui règne. »

— Avec la souveraineté du nombre pour sanction, n'est-il pas vrai? Merci de celle liberté! J'aime mieux l'esclavage sous la justice.

« — C'est le droit qui s'exerce. »

— Quand il n'y a de droit possible que la force. C'est peu rassurant pour le faible.

a — C'est la force qui abdique. »

— Là force abdiquer! Allons donc : ce serait le diable se faisant ennile !

c — C'est... c'est... c'est... la vérité qui triomphe...»

— A une époque où il n'y a que des opinions! C'est le triomphe du diable ou de la force brutale.

S'il vous plaît, daignez m'épargner le reste, A la page 7, vous trouverez encore :

f — Je place 9U même rang la souveraineté royale et la' c souveraineté nationale; la souveraineté monarchique et la « souveraineté numérique; la souveraineté d'un seul et la < souveraineté inexactement qualifiée : souveraineté de tous;

« la S0UYERÀ1NETÉ DU ROî et la SOUVERAINETÉ DU « PEUPLE.»

— La souveraineté du peuple a cependant été acclamée par M. de Girardin ; et cette souveraineté n'est autre : que la sou veraineté nationale et la souveraineté numérique.

Que veut donc M. de Girardin?

« — Que veut dire souveraineté? » s'écrie-t-il.

— Bravo ! C'est commencer par le commencement. Terminons !

a — Si j'ouvre le dictionnaire de l'Académie française, « dit M. de Girardin, je lis : — souveraineté, autorité « suprême, pouvoir de faire des lois et d'en assurer l'exécutt tion »

— J'aime à croire que le dictionnaire est infaillible. Cela doit-il l'empêcher d'être clair? On assure l'exécution des lois: 1* par la force brutale; 2* parla force transformée en droit au moyen de l'éducation dont on s'est rendu maître; 3* par la sanction religieuse rendue scientifiquement incontestable. Le premier moyen est despotique et éphémère; le second n'est plus possible, et le troisième ne l'est pas encore. La définition du dictionnaire n'est donc actuellement et pratiquement qu'une calembredaine. Cela suffirait-il à M. de Girardin? Voyons!

« -^ Proclamer, dit-il, la justice et l'avènement de la « souveraineté individuelle, c'est proclamer la condamnation « et la déchéance de toute souveraineté arbitraire. »

{Abolition de l'autorité, p. 8.)

— J'en suis bien fâché. Mais il me parait, à moi, que c'est le contraire qui est la vérité. Si chacun est souverain, chacun se fait ses lois arbitrairement; et celles-ci, nécessairement, n'ont de sanction que la force brutale.

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