II
Clasll disait : que, Ténfer est une anarchie de Démons. L*enfer alors est, bien certainement, ^empire des souverainetés individuelles.
« — Dieu, ajoute M. de Girardin, a donné à l'homme le « libre arbitre... y»
-^ D'abord , donner le libre arbitre, et donner un bâton n* ayant qu'un bout, sont, vis-^à-vis de la logique, des propositions de même valeur.
Ensuite, vous nous avez dit : que vous supposiez^ que vous vouliez supposer que Dieu n'existe pas. Alorâ, et pour Tamour du bon Dieu , ne nous pariez jamais du bon Dieu.
« — Qui dit constitution, s'écrie plus loin M. de Girari din,.dit implicitement révolution. »
— Bravo ! Monsieur. Et tout gouvernement relevant de la souveraineté du peuple, du nombre, etc. , est un gouvernement constitutionnel.
Alors, dit M. de Girardin :
« — Il n'y aura qu'un juge, la force. »
*-^ C'est vrai, Monsieur. Mais essayez donc de faire qu'il en soit autrement^ tant que l'ignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie I
« — tn peuple qui n'a pas de constitution à défendre c court moins de danger^ dit M* de Girardin ^ que celui qui < en a une... »
— C'est vrai, Monsieur, tant que l'examen peut être comprimé. Mais, après l'un vient l'autre. Et, dès que l'examen ne peut plus être comprimé, celui qui n'a pas de constitution, en a bientôt une.
a — Il vaut mieux supprimer les constitutions, » dit M. de Girardin.
— Pour cela. Monsieur, il n'y a qu'un seul moyen : supprimer l'ignorance sur la réalité du droit. Êtes-vous en mesure d'entreprendre cette suppression? *
tt — Sans doute, s^écrie M. de Glrardin, dans sa haine « des consiituHons, le peuple commettra, dans l*exerclce de « sa souveraineté, plus d'une faute... »
— Est-ce que M', de Girardin s'imagine : que Texercioe de la souveraineté du peuple n'est point l'expression d'une constitution ayant pour article premier : Le peuple est souverainlVne pareille chose ne peut être dite que par une constitution ; la raison rougit rien que de Tentendre prononcer.
Le chapitre m est intitulé : les assemblées législatives. C'est une continuelle diatribe contre les lois.
M. de Gîrardin veut*il ou ne veut-il pas de loi? Il n'en sait trop rien lui-même.
a — Ne saurait-on, dit-il, ramener toutes les lois à une « loi unique...
« A la rigueur, cette loi pourrait ne se composer que de a ces quatre lignes, empruntées à la Constitution de 1795, c laquelle les avait puisées dans l'Écriture sainte :
c Me faites pas a autrui ce que vous ne voudriez
tt PAS QU'ON vous fit.
« FAITKid GONSTABIMENt AU^ AUPRES LE BIEN QUE « VOUS VOUDRIEZ EN RECEVOIR. »
— Eh bien ! Monsieur, ces quatre lignes renferment deux lois ; et les plus sottes qui aient jamais été formulées : dès quelles n'ont d'autre sanction que la forge.
Ces quatre lignes, privées de sanction religieuse,, sont le dada de M. de Girardin.
C'est là ce q^e M. de Girardin appelle : l'abolition de / aw-
torité.
Nous arrivons à l'abolition de la misère par l'élévation DES SALAIRES, lettres à M. Thiers, rapporteur de la Commission de l'assistance et de la prévoyance publique.
En s'adressant à M. Thiers, M. de Girardin dit : « You^ r^ardez la société^ création de l'homme.
rie regarde l'humanité, création de Dieu. »
— Encore une fois, Monsieur, et pour TaniQur de Dieu, ne parlez point de Dieu, vous avez renoncé au droit de Tinvoquer.
Après cela vient une grande page d'an titlièses, dont nous avons déjà eu tant d'exemples.
t — Tout votre rapport, permettez-moi de vous le dire, t s*écrie M. de Girardin, est une longue et païenne déiflca- « tion de rimpuissance. »
— M. Tliiers pourrait répondre : Tout votre système est une longue et libérale déification de Tutopie.
Le libéralisme ne vaut pas mieux que le paganisme. Il vaut même infiniment moins. C'est le rapport de l'anarchie au despotisme.
« — Une ligne \a vous peindre, dit M. de Girardin. Vous « êtes Malthus déguisé en saint Vincent de Paul. »
— M. Thiers pourrait répondre :
Vous êtes un Babeuf, déguisé en abbé de SAiNX-PiEHaE.
Remarquez que les inle ntions de Malthus et de Babeuf pouvaient être également bonnes.
M. Thiers veut rétablir les tours, M. de Girardin ne le veut pas.
Pour aussi longtemps que le paupérisme n'est point anéanti, je suis de l'avis de M. Thiers; dût M. de Girardin me nommer Malthus sans audace et Vincent de Paul sans foL
M. Thiers veut conserver les crèches et les salles d'asile; M. de Girardin ne le veut pas.
Pour aussi longtemps que le paupérisme n'est point anéanti, je suis de l'avis de M. Thiers.
Cependant, du point de vue que l'anarchie est nécessaif pour faire sentir à M. de Girardin le besoin de vérité, j*8 merais mieux la suppression des tours, des crèches et (' salles d'asile.
M. de Girardin ne veut : ni bureau de nourrices, ni appr tissage, ni loi fixant les heures de travail pour les enfe ni prisons, ni colonies pénitentiaires. M. Thiers veut louL
Pour aussi longtemps que le paupérisme n'est point anéanti; je suis de l'avis de M. Thiers.
M. de Girardin reproche à M. Tliiers d'avoir dit : « Nous « ne nous appesantirons pas sur ce prétendu moyen de « venir au secours du peuple... le droit au travail est une « invention insensée. »
Pour aussi longtemps que le paupérisme n'est point anéanti, je suis complètement de l'avis de M. Thiers. Et, quand le paupérisme est anéanti; le droit au travail est une tautologie.
M. de Girardin reproche à M. Thiers d'avoir dit : Le crédit universel, c'est l'impossible.
Pour aussi longtemps que les nationalités ne sont point anéanties; je suis complètement de l'avis de M. Thiers.
M. de Girardin reproche à M. Thiers d'avoir dit : La colonisation sera impossible sans l'intervention de l'État. Je suis complètement de l'avis de M. Thiers.
M. Thiers veut conserver les dépôts de mendicité, M. de Girardin ne le veut pas.
Pour aussi longtemps que le paupérisme n'est point anéanti; je suis de l'avis de M. Thiers.
M. de Girardin reproche à M. Thiers d'avoir dit : « Comment obliger l'individu à se mieux loger qu'il ne fait? »
Je partage l'avis de M. Thiers et j'ajoute : Cela est impossible : tant que le paupérisme n'est point anéanti. H. de Girardin reproche à M. Thiers d'avoir dit :
« L'ouvrier qui veut être prévoyant a dans ses mains son
« propre bien-être. La Providence a mesuré ses forces, la
« durée de sa vie, de manière qu'avec un travail qui n'a rien
c d'excessif, il peut, quand il est laborieux et d'une intelli-
« gence ordinaire, nourrir,lui,ses vieux parents, ses enfants,
c et réserver quelque chose pour la maladie et la vieil--
« lesse. »
« M. Louis-Napoléon Bonaparte vous répond , » s'écrie M. de Girardin :
«« Pour la classe la plus nombreuse, qui n'a aucun su- « pcrflu, et par conséquent aucun moyen de faire des éco- « nomies, ce système est complètement insuffisant. Vouloir, « en effet, soulager la misère des hommes qui n'ont pas de « quoi vivre, en leur proposant de mellre tous les ans de « côté QUELQUE CHOSE qu'ils n'out pas, est une dérision ou a une absurdité. »
Ici, je suis complètement de l'avis de M. Louis-Napoléon Bonaparte.
M. de Girardin dit à M. Thiers :
« Vous êtes contre la retenue obligatoire (1), la raison « que vous en donnez sans rire est celle-ci :
« « Votre commission s'est prononcée contre, à la près- « qu'unanimité, par respect pour la liberté des indi-
« VIDUS. »
Je suis complètement de l'avis de M. Thiers, et cela pour les raisons ci-dessus énoncées par M. Louis-Napoléon Bonaparte.
M. de Girardin ne veut ni hôpitaux ni hospices. M. Thiers veut les conserver.
Pour aussi longtemps que le paupérisme n'est point anéanti, je suis de l'avis de M. Thiers.
M. Thiers veut de la charité, M. de Girardin n'en veut pas.
Tant que le paupérisme n'est point anéanti, je suis de l'avis de M. Thiers. A moins cependant que ce ne fût pour accélérer le développement de l'anarchie. Alors, je serais de l'avis de M. de Girardin,
(1) Sur le Salaire, pour les caisses de retraite.
LXIU.
M. de Girardin reproche à M. Thiers d*avoîr écrit :
« On dit : Le peuple souffre, oui, il faudrait être bien « barbare, bien cruel pour le méconnaître ; mais je m'adresse « à cette science nouvelle, si flère d'elle-même. Le peuple « souffre, qu*aveX'VOUs trouvé pour lui? »
Que peut répondre à cela M. de Girardin? L'assurance universelle et la réglementation du salaire? Les deux porteraient la misère du peuple à son maximum de développement.
« — La société, dit M. de Girardin, en est venue à ce « point, où le lien religieux est tellement et si généralement « détendu, qu'elle ne plus être sauvée de ses écaris que « par une nouvei,ï.e direction imprimée au génie hu- « main. >
-^ En dehors du lien religieux , seule base possible du , droit, il n'y a de nouvelle direction que l'absence de religion, l'absence du droit, le matérialisme. Prétendre établir l'ordre sur cette base est une entreprise plus folle encore que celle, des géants voulant escalader le ciel; c'est cetle entreprise folle. Monsieur, que je voudrais vous voir abandonner.
« — Que le génie humain, dites-vous, qui, sur les ailes de
« la concurrence, s'est élevé à de si hautes régions, se repose
« sur tant de conquêtes dont il doit être fier, qu'il descende,
« je l'en conjure, de ces hautes régions pour visiter la de-
« meure du pauvre, où l'air et le jour sont interceptés par
« l'impôt, où le pain manque dès que surviennent le chô-
« mage, la maladie ou la vieillesse. »
— Il y a dix ans, Monsieur, que je veux vous y faire descendre; je Yoq» en ai donné tous les moyens que j'expose
aujourd'hui au public, et jamais je n'ai pu vous faire aller au delà de Tutopie. Ce n'est cependant ni rintelligence, ni la bonne volonté qui vous manquent; mais ce sont les préjugés et les flatteurs qui vous égarent. En voici la preuve :
« — Ce que le travail doit à Thomme, vous écriez^vous, « je viens de le dire ; mais entre ces deux mots : devoir et « pouvoir il existe un abîme : comment le combler ? »
— C'est dans le moyen que vous allez proposer que consiste le préjugé; et les flatteurs sont ceux qui, n'ayant ni votre intelligence ni votre bonne foi, vous encouragent de la voix et du geste, sans croire un mot de ce qu'ils approuvent.
« — La France, dites-vous, ne saurait réduire le nombre « d'heures qui composent la durée de la journée de travail « sans se condamner elle-même à l'impuissance de soutenir « la concurrence étrangère sur tous les marchés extérieurs, « sans rendre à la contrebande expirante une vie nouvelle, « une force immense, sans restreindre enfin la consomma- « tion, qui est à la production ce que l'âme est au corps; « dès que l'une souffre, l'autre languit. Oui, cela est vrai, et « ce qui est vrai pour la France l'est également pour toute « la France agricole, industrielle, commerciale et maritime. »
— Bravo ! Monsieur. L'homme capable d'écrire ces lignes est digne de se mettre à la tête de la rénovation sociale. Ainsi, dès que l'Angleterre voudra faire travailler ses prolétaires pendant douze, quinze, ou dix-huit heures, vous serez obligé d'en faire autant sous peine de mort sociale. Et ce que vous dites de l'accroissement des heures du travail à l'étranger, ou de la diminution des heures du travail chez nous , doit se dire à plus forte raison d'une élévation arbitraire des salaires chez nous.
« — Quelle conséquence, continue M. de Girardin, faut-il « tirer de cet aveu ?
tt En faut-il tirer la conséquence que comme aucun État « isolément ne peut rien faire, aucun netloiY rien essayer? » '
—Essayer, Monsieur, est en fait d'ordre social, la plus dangereuse des utopies. Dites donc à un nègre bossale d'essayer de trouver une intégrale. Il mourra un million de fois avant de l'avoir trouvée, si sa vie dépend de la solution. En fait d'ordre social, on n'essaie pas, on raisonne; et, ce qui n'est point démontré incontestablement bon, on l'envoie dans la lune ou ailleurs, et c'est justice : car l'ordre c'est la vie sociale.
« — Ou bien, continue H. de Girardin, faut-il en tirer la « conséquence que le cas et que le temps sont venus de saisir « un CONGRÈS EUROPÉEN do l'examen de toutes les ques- « lions qui se rattachent à la nécessité de pourvoir de travail « tous les travailleurs valides, et de les faire jouir de ce mi- « nimum de bien-être et d'instruction sans lequel je ne sauc rais voir, dans la civilisation dont on s'enorgueillit qu'un « antagonisme de jour en jour plus dangereux, entre le luxe « et la misère, qu'un défi de la vanité radieuse à l'envie im- « placable, qu'une cause permanente de révolutions pério- € diques. » {Abolition de l'autorité, p. 73.)
— Voyons! Monsieur. Examinez vous-même et avec calme. Un congrès européen, privé delà sanction de la force, est une utopie. Avec cette sanction, c'est une assemblée formulant une constitution; c'est un gouvernement représentatif. Rappelezvous ce que vous avez dit avec tant de raison, des constitutions, des assemblées, des majorités, etc., etc. Soyez donc onséquent avec vous-même ! Je vous en conjure au nom de l'intérêt qu'inspirent votre bonne foi et vos bonnes intentions. Écrasez l'amour-propre I c'est le démon tentateur, personnification de l'ignorance.
« — Lorsque, continue M. .de Girardin, Galilée s'écriait : « Epur si muove! il n'était pas plus profondément pénétré « delà vérité qu'on lui déniait, que je ne suis fermement con- « vaincu de la vérité que j'affirme. »
— Et c'est là prciaément la cause de l'intérêt qu'on vous porte. Mais Galilée s'appuyait sur des preuves incontestables;
et vou$9 vous ne voulez pas seulement examiner le$ preuves incontestables que vous êtes dans Terreur. Si la convictiou d'une erreur suffisait pour transformer Terreur en vérité^ Saint-Simon, Fourier, et MM. P. Leroux, Cabét, Proudhon, n'auraient exprimé que des vérités. Mais, Monsieur, si vous n'étiez point fermement persuadé de la vérité que vous affir<mez, vous seriez un méchant.
« — Après une lutte très-vive, dit M. de Girardin, et trois « fois renouvelée à l'occasion delà discussion générale sur « le préambule de la Constitution et sur le paragraphe yiii « de ce préambule, lutte à laquelle prirent part, avec vous, « MM. de Lamartine, de Tocquoville, Ledru-Rollin, Duver- « gier de Hauranne, Crémieux, Marcel, Berthe, Considé- « rant, Martin-Bernard, Billaut et Dufaure, le droit au tra- « mil a été effacé de la Constitution pour faire place au droit a à l'assistance. » {Abolition de l'autorité, p. 85.)
— Le droit au travail et le droit à l'assistance sont deux sottises de même force : pour vous d'abord qui niez le| droit; pour tous ceux ensuite ayant assez de bon sens pour savoir : que le premier droit, comme le premier devoir social est Tordre, vie sociale; et, que tout ce qui est contre Tordre est contre le droit. Quand le paupérisme est nécessaire à l'existence de Tordre, le paupérisme est de droit ; quand l'anéantissement du paupérisme est nécessaire à l'existence de Tordre, Tanéantissement du paupérisme est de droit.
En présence de Tignorance sociale et de l'incompressibilité de l'examen : donner l'aumône pour avoir de Tordre, est une sottise; donner du travail pour avoir de Tordre, en est une autre et de même valeur.
« —Je marche à l'écart des partis, dit M* de Girardin, et a les grands mots dont ils se font de petites armes pour se « combattre, sont des obstacles qui ne m'out jamais arrêté et « fait perdre de vue le but que j'ai toujours poursuivi : — « Écarter les révolutions par les reforme?, »
— Écarter les révolutions par les réformesi équivaut à écarter la foudre par une pointe.
Le chapitre viii est intitulé le Droit du travail et porte cette épigraphe :
« — Quand deux ouvriers courent après un maître, les « salaires baissent; ils haussent.: quand deux maîtres courent « après un ouvrier. Cobden. »
— C'est là une vérité empruntée à M. de La Palisse. En VQici une autre que je soumets à M. Cobden , et dont j'ai établi les preuves incontestables aux Théories générales contenues dans ce volume.
Quand le sol est complètement aliéné, deux ouvriers courent nécessairement après un maître.
Quand le sol est entré à la propriété collective, deux maîtres courent nécessairement après un ouvrier.
La panacée de M. de Girardin, vous le savez, c'est la fixation du salaire.
« — Je sais, dit-il, l'objection : la société, l'État n'a pas « le droit de s'immiscer dans la fixation des salaires , afin « d'empêcher qu'ils ne s'abaissent au-dessous d'une limite « prévue. » {Abolition de rautorilé, p. 53.)
— Quiconque, Monsieur, vous fera celte objeclion est un niais. La société a le droit de faire tout ce qui est nécessaire à l'existence de l'ordre, vie sociale. Ce n'est pas le droit qui manquerait à la fixation du salaire; c'est que cotte fixation est aussi impossible, aussi absurde que le communisme absolu; et que toute tentative à cet égard porterait le désordre à son maximum d'intensité.
M. de Girardin nous parle de la société typographique de Paris. Celle-ci existe sous la sanction nationale; et au moment où cette société deviendrait un obstacle à l'ordre, la société nationale l'anéantirait. Voyez les Théories générales.
« -^ Le triomphe de la science, s'écrie plus loin M. de € Girardin, sera l'anéantissement de la politique. »
(/rfm, p.137.)
— C'est vrai Monsieur, et admirable de vérité. Alors, pourquoi a vez-vous, postérieurement à ce même travail, écrit la Politique universelle ?
« — Comme Terreur, dit M. de Gira rdin, la politique varie « à Tinfini. Mais la science est une comme la vérité. »
'—C'est vrai. Monsieur. Mais la science, socialement parlant, c'est la démonstration de la réalité du droit, et vous niez le droit.
« — Dieu, dit encore M. de Girardin, c'est la vérité. »
— J'accepte la définition. Monsieur. Alors pourquoi ditesvous : Je suppose, je veux supposer, que Dieu n'existe pas.
Est-ce parce que vous voulez supposer que Dieu, la vérité, la science n'existent pas, que vous voulez conserver la politique, la multiplicité de droits, les nationalités enfin, que vous êtes membre du Congrès de la paix, de la paix entre les nationalités?
Après cela^ M. de Girardin énumère une foule d'unités résultant de la science, parmi lesquelles figure l'unité de salaire, ce qu'il y a au monde de moins scientifique; puis il ajoute :
« — A cette énumération que j'interromps, je vous vois « sourire d'incrédulité.
« Pourquoi donc pas l'unité de lois? Est-ce que la justice, « comme la vérité, ne doit pas être essentiellement une?
— C'est vrai. Monsieur; mais, ainsi que vous le dites, la vérité seule est une; et vous voulez supposer : que Dieu, selon vous, la vérité, n'existe pas.
M. de Girardin parle beaucoup du progrès des sciences physiques et mathématiques. Il a raison ; mais il ignore : que le progrès de ces sciences, en augmentant la richesse, augmente aussi le paupérisme, tant que la science du droit, la science de l'autorité, la science de Dieu, n'est point universellement intronisée.
< — La science! continue M. de Girardin, voilà le vrai c nom du socialisme, comme la charité fut le vrai nom du « christianisme. »
— C'est vrai, Monsieur. Mais la science du droit, et non celle des machines. Et la science est aussi actuellement la seule base possible du christianisme; dès que le vrai nom du christianisme est charité, c'est-à-dire fraternité. Car, la démonstration de la réalité du droit est actuellement la seule base qu'il soit possible de donner à la fraternité.
Au commencement du chapitre xii, intitulé : Conclusion: LE BIEN-ÊTRE UNIVERSEL. M. de Girardin dit :
« — Le paupérisme n'a pas Dieu pour auteur; il a pour « cause : l'ignorance de l'homme et l'imperfection des sot ciétés. »
— Et c'est pour anéantir Tignorance, cause du paupérisme, que M. de Girardin nie Dieu, qui, selon lui, est la vérité ; nie le bien et le mal, le juste et l'injuste, le devoir et le droit ; veut abolir le mariage ; réglementer le salaire, etc., etc. Alors, que Dieu nous préserve de la science.
« — Il faut, dit M. de Girardin :
« Ou détruire les chemins de fer, les canaux et les routes, c abattre les écoles primaires, supprimer les journaux, abolir « l'imprimerie, ressusciter la foi, rétablir l'inquisition, ral« a lumer les bûchers et revenir à tous les anciens instruments « de torture;
« Ou bien résoudre ce problème : Que personne ne mendie « et qu'il y ait du travail et du pain pour tout ce qui pense, t comme il y a de l'air pour tout ce qui respire. »
— M. de Girardin aurait dû ajouter : de l'éducation et- de l'instruction.
Mais, l'anéantissement du paupérisme, tant intellectuel que matériel, est incompatible avec la prétendue science de M. de Girardin, négation même de la science.
c — Consommation et civilisation, dit encore M. deGirar- < diR, sont presque synonymes dans la langue économique.»
— C'est vrai, parfaitement vrai. Alors, le système de M. de Girardin nous conduirait au necplus ultra de la barbarie.
« — Aussi, faul-il, continue M. de Girardin, traduire ces « mots :
« Misère du peuple,.
« Par ceux-ci :
« Ignorance du pouvoir.
« La misère du peuple est à l'ignorance du pouvoir ce que « Teffel est à la cause.
« Que la cause disparaisse, l'effet disparaîtra. »
{Abolition de Vautorité, p. 1 47.)
— C'est éminemment vrai. Seulement, au lieu d'ignorance du pouvoir, il fallait dire ignorance sociale. Car, dès que l'ignorance sociale est évanouie, la science est nécessairement au pouvoir. Il est bien à regretter, qu'avec les meilleures intentions, M. de Girardin fasse tous ses efforts pour épaissir le voile d'Ignorance qui recouvre la société.
Hélas! les erreurs de M. de Girardin, proviennent d*une fausse science , nommée ÉCONOMIE politique , source de tùutes le$ utopies pritenduei socialistes, dont la dernière, celle de M. de Girardin, est nécessairement la plus irrationnelle.
J'arrive à Touvrage intitulé l'Impôt. Si je ne parlais que de ce qui ne se trouve : ni dans les 52, ni dans la Politique universelle, je n'en citerais rien. Je ferai donc ici quelque répétition, pour prouver l'importance que M. de Girardin attache à certaines propositions, en les répétant.
« — Tout impôt sur la consommation, dit M. de Girar- « din, est un impôt eon/re la consommation.
< Tout impôt contre la consommation est un impôt sur le « iravaii.
a Tout impôt ^urle travail est un impôt contre la richesse.»
{L'Impôt, p. 179.)
— Ce que vous venez de citer est la conclusion de la prémisse suivante :
« Plus d'impôt de consommation. »
Ce qui signifie : plus d'impôt sur le travail. Eh bien ! à la page 1 82, M. de Girardin dit :
« — - Qu'il soit direct ou indirect, perçu à sa source ou « à son embouchure, sur la production ou sur la consom-^ « mation^ tout impôt GRÈVE LE TRAVAIL. »
Ainsi, d'après M^ de Girardin lui-même^ son impôt grève le travail, et, par conséquent la consommation.
C'est une vérité à laquelle l'intelligence de M. de Girardin n'a pu se refuser* C'est qu'en effet : tant que le sol ne pmt mUrer à la propriété collective^ l'impôt pèse nécessàiri^^ MENT êur le travail, sur la consommation, contre la riùhêife éproiiiire*
« .^ La France ne consomme pas, dit It. de Gifftfdifl.
• Faites qu'elle consomme, voilà le problème qu'il foui t^ « soudre »
— Très-bien! Monsieur. Tel, en effet, est le problème.
« — Et que résout en effet, continue M. de Girardin, T « bolition de toutes taxes directes sur la consommation, « travail ou le salaire. » {L'Impôl, p. 183.)
— Et M. de Girardin vient de dire :
« — Qu'il soit direct ou indirect. . . tout impôt g