‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 6 sur 120 · AUTORITÉ · texte numérisé non relu

AUTORITÉ

« Nous définissons l'ordre, — l'équilibre parfait entre la « liberté etraulorité.

« L'ordre qui n'est pas cet équilibre parfait n'existe qu'en « apparence. Il porte un nom qu'il usurpe, c'est de l'oppres- « sion déguisée. »* (Les 52, n*^ i, p. 10.)

Si M. de Girardin avait eu une idée claire de l'autorité, il aurait dit :

« L'autorité est réelle ou illusoire. L'autorité réelle, c'est « l'éternelle raison. L'autorité illusoire est celle qui en « prend le masque.

« L'ordre réel, c'est la soumission volontaire de tous, à « l'autorité réelle incontestablement démontrée. C'est l'ordre « par la liberté.

« L'ordre apparent, c'est la soumission volontaire de tous, « à Tautorilé illusoire, s'appuyant sur une inquisition. C'est « l'ordre* par le despotisme.

« Le reste est anarchie. »

• AlorSj il se fût compris lui-même; et, ce qu'il aurait dit, eût été l'expression d'une pensée claire.

M. deGirardin ne croit qu'à l'autorité illusoire. Pour lui, l'autorité, c'est l'art, le talent de donner au mensonge le masque de la vérité. M. de Girardin est despote par essence, despote sans le savoir, tout en se croyant ami de la liberté, d'une liberté qui ne peut exister au sein du matérialisme.

a — Nous croyons à l'autorité, dit M. de Girardin, aussi « fermement que nous croyons au talent.

a L'autorité sans supériorité, c'est tout uniment la force; « or, la force matérielle, ainsi réduite à ses seuls élément*, « ne nous a jamais inspiré qu'une confiance très-étroitement « bornée.

ît t^autorité, c'est le talent dans le maniement du pou- <c voir. » {Les 52, n* x, p. 88.)

— Est-ce clair?

M. de Girardin oublie : que, socialement, l'autorité et le pouvoir c'est une seule et même chose. L'autorité, sans le pouvoir, n'est pas autorité^ mais utopie; et le pouvoir, sans autorité, n'est pas pouvioir, mais uniquement force brutale.

a — Comme le talent, l'autorité est d'essence divine; c'est « un don, dit M. de Girardin. » {Idem.)

— Un don de qui? de Dieu? C'est de l'anthropomorphisme. De la nature? c'est du panthéisme. Puis, à la ligne suivante, M. de Girardin va dire tout le contraire.

a — L'homme, dit-il, fait Taulorilé, l'autorilé ne fait pas « l'homme. »

— Si l'hommeïait l'autorilé, celle-ci n'est donc pas un don.

Ici encore, M. de Girardin se trompe. L'homme fait l'autorité illusoire L'ai^^orité réelle ne se fait pas, elle est éternelle. De plus : l'autorité illusoire fait l'homme pour le despotisme; et l'autorité réelle le fait pour la liberté.

« — C'esl là ce qui explique, continue M. de Oirardin, « comment il peut exister une si grande distance entre deux . « souverains se succédant sur le même trône, et régnant sur « le même peuple, etc. »

— M. de Girardin oublie : qu'au propre, il ne peut exister de souverain personnel. La force brutale peut seule se per- " sonnifîer dans un homme. La souveraineté, soit réelle, soit illusoire, est impersonnelle par essence. C'est ce qui faisait dire au héros de Sainte-Hélène : qu'en dehors de Tautorite religieuse, tout gouvernement est impossible. Aussi, depuis que le temporel est séparé du spirituel , n'y a-t-il de possible que l'anarchie.

« — Nul, continue M. de Girardin, ne porte plus haut que « nous le respect de l'autorité. »

— Le respect de l'autorité du talent? le respect de l'autorite despotique? Eh bien! Monsieur, ce respect, en présence, de l'incompressibilité de l'examen, n'est que le respect du néant : car, alors, cette autorité devient absolument impossible.

« — C'est, continue M. de Girardin, afin d'acquérir pré- « cisément le droit de défendre avec plus de vigueur encore « l'autorité en péril, que nous défendons avec tant d'insis- « tance la liberté en question. >

— Défendre Taiitorité! Vous concevez. Monsieur, que l'autorité réelle n'a pas besoin de défenseur. L'autorité illusoire, le despotisme peuveftt seuls être défendus. Et, je le répète, en présence de l'incompressibilité de l'examen, c^tte

défense est inutile ; le despotisme, alors, est devenu incapable de servir de base à un ordre plus qu'éphémère.

« — Que Ton nous garantisse, continue M. de Girardin, « une autorité sans abus, nous garantirons une liberté sans « excès. » •

— L'autorité, sans abus possible, c'est l'éternelle raison rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chacun : comme démontrant la réalité de la sanction religieuse.

Vous voyez : que M. de Girardin n'a pas l'ombre d'une idée claire de l'autorilé réelle; que, pour lui, Tautorité, c'est le despotisme ayant assez de talent pour se faire accepter comme autorité réelle. Eh bien! Monsieur, celle autorité est morte, et bien morte, devant l'incompressibilité de l'examen.

Nous aurions dû placer l'examen du mot autorité à la fin de la lettre A. Nous avons cru devoir faire une exception en faveur de celte expression.

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