ANARCHIE
« Ce que nous appelons, nous, l'anarchie, c'est l'absence « (Tautorité par suite de la mauvaise constitution du gou- « vernement. » (Emile de Girardin, Les 52, n® vi, p. 72.)
* Erreur capitale. Il n'y a jamais anarchie par suite^de la mauvaise constitution du gouvernement; mais il y a mauvaise constitution du gouvernement, et cela nécessairement, dès qu'il y a absence d'autorité. Partout où il y a autorité, soit réelle, soit illusoire, mais acceptée comme réelle, le gouvernement, quel qu'il soit, est nécessairement bon.
L'autorité illusoire a été foudroyée sous rincompressibilité de l'examen. Désormais, il n'y a donc de bonne constitution de gouvernement que sous l'autorité réelle.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que M. de Girardin définit l'anarchie : Z'ai^ence d'autorité ; et que, dans une brochure spéciale, intitulée V Abolition de l'autorité, il donne l'absence d'autorité comme condition essentielle de l'ordre.
C'e|t là ee qui arrive nécessairemenl : quand on donne à la même expression deux sens direclement opposés.
« — L'anarchiOi continue M. de Girardin, ne monte pas, « elle descend. ».
— Voilà deux lignes qui devraient être gravées en lettres ^'or : partout où l*on se permet d'élever un temple aux lois,
au lieu de l'élever au droit. Dès que l'autorité illusoire meurt, * l'anarchie descend. Voyez jusqu'où elle est allée depuis le traité de Westphalie ?
« — L'expérience de 1830, continue M. de Girardin, n'a « servi de rien à l'épreuve de- 1848. La leçon de 1848 ne « demeurera pas moins infructueuse. Pourquoi? Parce qu'au « lieu de rechercher, sans passions, les causes vraies du « triomphe des révolutions, on préfère, oirtrouve plus facile « de débiter des phrases creuses contre Tanarchié. »
— Hélas ! Monsieur ; des formules de mauvais remèdes sont aussi des phrases creuses.
Les causes vraies efc toniques du triomphe des révolutions, p'esl l'absence d'autorité.
« — S'unir contre l'anarchie. Voilà bien, dit M. de Girar- « (Un,, de ces mots qui prouvent que ceux qui les ont tracés « écrivent sans réflexion et sans idées. On conjure l'anartt .^îhie, on ne s'unit pas contre elle. On fait cesser le désordre, « on ne s'unit pas contre lui, pas plus qu'on ne s'unit contre a la foudre tombant de la nue, ou contre la chaudière d'une « machine à feu brisant ses parois. C'est là une question de « SAVOIR, ce n'est pas une question de nombre. »
— Bravo ! Monsieur ; ces lignes sont la condamnation de la souveraineté du peuple, votre idole, source exclusive de toutes les révolutions, comme étant la négation de toute autorité, hors celle du nombre, celle de la force brutale.
« •— L'insurrection, si vous le préférez, l'anarchie, conti- « nue M. de Girardin, est un effet, elle n'est pas une cause. »
— C'est vrai. Monsieur.
« — La véritable cause, continuez-vous, c'est la présomp- « tion de votre ignorance, qui ne sait qu'accuser toujours, « observer jamais. »
— Hélas! Monsieur; vous veniez de prononcer la condamnation de la souveraineté du peuple. Et, maintenant, c'est votre propre condamnation que vous venez de prononcer!
« — Pauvre France ! dit M. deGirardin, toujours ballottée « par l'impuissance entre l'intrigue et l'insurrection, l'insuro rection et l'intrigue. » (Z6*52,n**vi, p. 85.)
L'impuissance, Monsieur, n'est autre que l'absence d'autorité. Hors l'autorité, il n'y a de possible : que l'intrigue et l'insurrection.
o — L'impuissance, dit lui-même M. de Girardin, n'est « ingénieuse et féconde que dans l'art de concevoir et d'en- « fanter des prétextes d'ajournement qui l'aident à s'abuser « sur elle-même. » {Idem, p. 8.)
— L'impuissance sociale n'est autre que l'absence d'autorité. *
L'absence d'autorité, c'est le règne des' opinions.
Le règne des opinions, c'est la souveraineté du peuple, la souveraineté du nombre, la souveraineté de la force brutale.
La souveraineté de la force brutale a nécessairement pour résultat : I'anarchie.