‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 62 sur 120 · LA POLITIQUE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE UNIVERSELLE

Ce tilre est mauvais. La politique est exclusive aux nationalités ; et l'universalité est aussi incompatible avec les nationalités que le rond l'est avec le carré. La politique est un art, selon M. de Girardin lui-même; et, cet art est celui de transformer la force en droit; c'est l'opposé de la science réelle. Quand cette science existe, la politique devient une fonction subordonnée, et cesse d'être dominatrice. Lui-même M. de Girardin a dit : Le triomphe de la science sera Vanéantissement de la politique. {Abolition de la misère, p« J 37.)

Le titre de M. de Girardin aurait dû être Science sociale, ce qui, selon Aristote, est seul : là science universelle.

« — L'unique question, dit M. de Girardin, est donc de « savoir si la politique est susceptible de devenir une science, « non une science morale, ainsi qu'on l'appelle, ce qui ne « veut rien dire, mais une science exacte ayant des prln- « cipes certains, absolus, incontestables, incontestés, inva- « riables, qui tendent à devenir les mêmes en tout pays. Je « le crois. C'est une question d'avenir. »

(Politique universelle, préface, p. 2.)

— Si l'expression science morale est vide de sens, est-ce parce que la morale n'existe pas, ou parce que l'ignorance n'a pas encore permis d'en démontrer la réalité ? voilà ce que vous auriez dû rechercher avant tout.

Pour que des principes absolus existent, il faut qu'ils soient immatériels, individuels, éternels : tout ce qui est matériel, divisible ou temporel, élanl relatif par essence.

Pour que les déductions de ces principes puissent être m-

contestables, incontestées ci invariables; servir de règle aux actions, et tendre à devenir les mêmes en tout pays et dans tous les temps, il faut : que les actions aient une sanction nécessaire, inévitable, indépendante de la force. Et, Tensemble de ces conditions constitue précisément la science morale. M. de Girardin dira-t-il encore que Texpression science morale ne veut rien dire?

« — Comme l'homme et comme le monde, dit M. de Gi- « rardin, la politRiue a trois âges.

« L'âge où les peuples se battent : — L'âge de la force,

« L'âge où les peuples se comptent : — L'âge de la liberté.

« L'âge où peuples et hommes, réduits à l'impuissance de « contester la vérité démontrée, cessent de se battre et de se « compter-: — L'âge de la science. »

— M. de Girardin aurait dû dire :

L'âge d'ignorance et depossibiHté décomprimer l'examen, où les nationalités religieuses peuvent rester isolées, au moyen d'une foi et d'une inquisition : — C'est l'âge du despotisme.

L'âge d'ignorance et d'impossibilité de comprimer l'examen, où les nationalités se trouvent en contact nécessaire, et rendent : inquisition et foi incapables de servir de base à l'existence d'un ordre plus qu'éphémère : — C!est l'âge de l'anarchie.

L'âge où l'humanité, réduite à l'impuissance d'avoir uq ordre plus qu'éphémère, se trouve obligée de chercher, de trouver, d'accepter et de vulgariser la vérité : — C'est l'âge de la science et de l'anéantissement des nationalités.

« — Ce livre, dit M. de Girardin, est une esquisse de l'a- « venir tel que je l'entrevois, j'y ewpose les idées que je « CROIS justes; je ne les impose pas. »

{Politique universelle, p. 3.)

— C'est là votre tort. Monsieur. Il y a déjà assez d'opinions dans le monde, sans venir nous en jeter une nouvelle. Avant d'exposer une idée, il faut s'être assuré qu'elle est

vraie, incontestablement; et, alors on Vimpose au nom de l'incontestabililé. Pythagore imposa la démonstration du carré de l'hypolhénuse. Et, c'est ainsi que la science morale doit s'imposer désormais.

« — Pour moi, ajoute M. de Girardin, la liberté n'estpas « un vain mot ; c'est un principe auquel je ramène tout, au- « quel je subordonne tout. »

— La liberté. Monsieur, n'est pas un nmciPE ; elle est la conséquence de l'existence d'âmes réelles, éternelles, individuelles, immatérielles, susceptibles de liberté par leur union à des organismes et le développement du verbe. Tout subordonner à la liberté avant de savoir si la liberté existe, plus quHllusoirement, est une folie dangereuse. Car, au sein du matérialisme, il n'y a de possible : que liberté illusoire; et nécessité réelle.

Parler de liberté, avant d'avoir prouvé que la sanction du bien et du malexisle inévitablement : non^seulement pour cette vie ; mais pour la série éternelle des vies ; c'est tout subordonner : non à la liberté ; mais à la force soit brutale, soit masquée de vérité.

Après cela, M. de Girardin, à Timitation des Phalaastériens, veut que son système soit essayé. C'est encore là une erreur capitule de l'époque. Dans l'ordre physique, c'est l'expérience qui doit être le point de départ du raisonnement. Mais dans l'ordre social, c'est le raisonnement, rendu incbnteslable, qui doit être le point de départ et dominer l'expérience.

:« — Ce qu'un État, dit M. de Girardin, ne saurait entre- « prendre sans tout bouleverser, une commune peut l'es- « sayer sarfs rien troubler. »

— C'est là une erreur déplorable. Une commune souveraine, autonome, et il faut l'être pour essayer, c'est un État.

Pour essayer, ou plutôt pour mettre en pratique ce que la raison ordonne, il faut être : non-seulement un État; mais

encore ud État assez fort pour se mellre à l'abri eonlrc !a force de sas voisins.

« — Que chacun, dil M. de Girardin, en terminant sa pré- « face, ctiercbe quelles sont les véritables lois de l'humanité, « œuvre du Créateur infaillible, afin de les appliquer à la « société, œuvre de la Créature imparfaite. Qui aura décou- « vert ces lois, aura trouvé l'unité universelle. »

— L'expression Créateur infaillible est inconvenante après avoir dit : Je suppose, je veux supposer : que Dieu n'existe pas ; que le monde existe par lui-même et par lui seul, etc.

De plus, vous savez parfaitement : que, devant la science ou le raisonnement rendu incontestable, cette expression est incompatible avec la liberté. Ceux qui cherchent la vérité de bonne foi ne doivent aucune concession aux préjugés. Vousmême avez dit :

* — Il n'y a rien à gagner à transiger avec l'erreur ou « l'injustice; on ne réussit qu'à les rendre moins traitables « et plus altières. Il faut les dompter ou les subir. j>

{Presse du 20 février 1853.)

— Je passe le commencement de votre premier livre où vous montrez : que toutes les religions hypothétiques se contredisent entre elles; et que tous les philosophes contredisent toutes ces religions. C'est trop facile à démontrer pour que je m'y arrête ; et ne prouve qu'une chose ; la nécessité d'établir la religion réelle comme rendue incontestable.

Après l'exposé de ces contradictions, M. de Girardin ajoute :

« — Plus étroite est la tache que je nxe suis assignée. »

« Je suppose^ je veux supposer :

« Que Dieu n'existe pas, ou que, s'il existe, il est impos- « sible à l'homme d'en démontrer l'existence ;

« Que le monde existe par lui-même et par lui seul ;

« Que l'homme n'a aucune faute originelle à racheter;

<K Qu'il porte avec lui la mémoire et la raison, comme la * flamme porte avec elle la chaleur et la clarté ;

« Qu'il ne revil que dans l'enfant qu'il procrée;

« Qu'il esl un animal doué de facultés qui lui soûl propres a ou qu'il possède en germe et en développement à un plus « haut degré que les autres êtres du même règne;

< Qu'il ne doit pas s'attendre à recevoir dans une vie fu- « ture la récompense ou le châtiment de sa conduite dans la « vie présente ;

« Que le bien et le mal n'existent pas absolument par « eux-mêmes, qu'ils n'existent que nominalement, relative* « ment et arbitrairement.... » {Politique universelle, p. 5.)

— Vous avez élabli les contradictions des religions hypothétiques. Permettez-moi de vous présenter celles qui se trouvent dans le passage que je viens de citer.

« — L'homme n'a aucune faute originelle à racheter. »

— Et, cependant, il y a des hommes condamnés au malheur, aux souffrances physiques et morales pendant une longue vie innocente. Votre proposition est alors la négation complète de l'ordre moral. Cette négation est-elle compatible avec l'ordre social? Vous dites que oui. Mais, cela ne suffit pas. L'existence d'un ordre social, compatible avec la négation de tout ordre moral, est une contradiction, n'ayant rien à reprocher aux mystères des religions hypothétiques.

« — L'homme porte avec lui la mémoire et la raison^ « comme la flamme porte avec elle la chaleur et la clarté. »

— Dès lors, l'homme est purement une machine organique, simulant la raison, la liberté. Et, vouloir assimiler cette raison, celte liberté apparentes, à une raison, à une liberté réelles, esl un nouveau mystère, aussi obscur, aussi absurde que ceux reprochés aux religions hypothétiques.

« Que l'homme\ne revit que dans Venfant qu'il procrée. »

— C'est, de nouveau, nier toute individualité réelle, tout ordre moral. Et, concilier cette négation avec l'ordre social, avec ta liberté, est la continuation de la même contradiclion.

« — Que l'homme est un animal doué de facultés qui

« lui sont propres ou qu'il possède en germe et en développe- « ment à un plus haut degré que les autres êtres du même « règne. »

— Des facultés, à une machine privée d'individualité réelle! C'est Ae propriétés qu'il fallait dire. Vouloir est la seule faculté réelle. Et, prétendre qu'une machine puisse vouloir est une absurdité, qui ne le cède en rien aux religions hypothétiques.

Puis, mettre l'homme sur la ligne du bœuf et du cochon, c'est se rendre anthropophage de gaieté de cœur ; c'est inaugurer le droit de la force. Rendre ce droit compatible avec la liberté sociale, est le pendant des absurdités donféM. de Girardin se moque si spirituellement.

« — Que l'homme ne doit pas s'attendre à recevoir dans « une vie future la récompense ou le châtiment de sa con-- « duite dans la vie présente. »

— C'est, de nouveau, inaugurer le droit de la force, ce qui est contradictoire avec l'existence de la liberté. Il y a plus : le DROIT delà force est lui-même incompatible avec la négation d'ordre moral, avec l'organisme universel : car, alors, il n'y a que force, mouvement, partout et toujours; droit et liberté sont alors des expressions absurdes, qui disparaissent dans le sein des lois éternelles de la matière.

« — Le bien et le mal n'existent pas absolument par eux- « mêmes, ils n'existent que nominalement, relativement et c arbitrairement. »

— C'est dire, aussi clairement que possible : le bien est d'être fort ; le mal est d'être faible. Supposer que le raisonnement, la liberté existent; et, en même temps que l'ordre peut exister en présence d'une pareille proposition ; est une absurdité qui ne le cède, en rien, à tous les paradis et à tous les enfers hypothétiques.

Avant de reprocher \à paille, il faudrait penser à la poutre i

« — La religion, dit M. de Girardin, fut un moyen pri-

c mitivement et universellement imaginé par le faible pour « contenir le fort, par l'opprimé pour intimider l'oppresseur, .« par le pauvre pour s'abriter contre le riche. »

— Vous êtes dans l'erreur, Monsieur. Les religions furent inventées : par les législateurs, pour que l'ordre pût exister : en protégeant d'une part et en apparence le faible contre le fort, l'opprimé contre l'oppresseur; et, d'une autre part et en réalité, en protégeant les forts en minorité, contre les faibles en immense majorité. Et, du moment que les religions hypothétiques deviennent impuissantes, à cause de l'incompressibilité de l'examen^ il faut: que, la religion réelle apparaisse; 9u, que l'humanité périsse au sein de l'anarchie. C'est évident comme deux et deux font quatre. Il est vrai que l'évidence ne peut être perçue par les aveugles.

« — Il y d? dit M. de Girardin, les risques qui n'existent « que par le fait de la société telle que l'homme l'a instituée : « de ce nombre sont la guerre, la piraterie, le meurtre, le « vol, le viol, les fraudes, les voies de fait, etc.

« Tous ces risques tendent maintenant à devenir les uns « plus rares; les autres plus faibles. »

{Politique universelle, p. 7.)

— Vraiment! Monsieur. Si, affirmer suffisait, votre proposition serait incontestable. Malheureusement, vous avez oublié : le paupérisme, qui croit comme la richesse, tant qu'il existe. Et, le paupérisme engendre les guerres, les pirateries, les meurtres, les vols, les viols, etc. Concevez-vous que les crimes doivent augmenter comme la richesse? Si vous en doutez : consultez les statistiques judiciaires. Proportion gardée, il y a plus de notaires aux bagnes que de vagabonds. Et, cependant, ce n'est point le paupérisme qui les y conduit.

En parlant des risques relatifs aux crimes, M. de Girardin dit:

« — Il suffirait, pour qu'ils se dissipassent, de l'observation « universelle de cet incontestable précepte, qui devrait être « écrit sur tous les murs des cités, sur toutes les porles des

« tribunaux, au revers de toutes les monnaies, en tête de « tous les contrats et dans la mémoire de tous les enfants, « afin de devenir la règle, sans exception , de tous les hommes: « Ne pas faire a autrui ce que l'on ne voudrait pas

« QU'ON vous FIT. »

— Et, ce précepte doit être suivi sans aucune autre sanction que la force! Et pourquoi le fort le suivrait-il, ce précepte? Sans doute, pour n'être qu'un sot, aux yeux d'un fort assez sage pour s'en moquer.

« — Graver dans la mémoire et la raison de l'enfant, dit « H. de Girardin, que le meurtrier, s'il pouvait tuer impu- « nément, serait exposé à être impunément tué; que le vo- « leur, s'il pouvait impunément voler, serait exposé à être c impunément volé... »

— C'est clair, comme deux et deux font quatre. Mais, c'est complètement inutile. Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de société où le faible puisse tuer ou voler impuné* ment le fort; seulement, quand il n'y a de sanction que la force, le fort peut tuer et voler impunément le faible. Les forts, pour plus grande facilité, font même des lois à cet égard.

M. de Girardin veut encore que l'on grave dans la mémoire et la raison des enfants :

« — Que s'il y a une probabilité sur mille pour que le « voleur et le meurtrier ne soient pas découverts, il y a neuf « cent quatre-vingt-dix-neuf probabilités conlrc une pour « qu'ils soient reconnus. »

— Certes, si vous pouvez vous rendre maître de l'éducation, ce qui est absolument impossible en époque d'ignorance et d'incompressibilité de l'examen, vous pourrez graver, dans la mémoire des enfants, cette éminente folie; mais, soyez certain qu'aussitôt qu'ils raisonneront, et môme avant d'avoir consulté l'expérience, ils reconnaîtront : que, ceux qui leur inculquent de semblables balivernes, se moquent évidemment d'eux.

Et, voilà cependant sur quoi M. de Girardin fait reposer

son ordre social privé de sanction religieuse! En vérité, ce serait incroyable, chez un homme d'une aussi belle intelligence, si on ne savait : jusqu'à quel point les préjugés peuvent brouiller les meilleurs esprits.

« — Il est possible, continue M. de Girardin, de démonte irer mathématiquement que, par l'effet de la loi de ré- « cîprocité, celui qui tue, frappe, vole, trompe ou diffame, « agit contre lui-même, comme s'il se tuait , se frappait, se « volait, se trompait ou se diffamait. »

— Et cela en dehors de toute sanction autre que la force? Alors, prouvez donc, et ce sera fini. Mais, attendez-moi sous l'orme! M. de Girardin affirme et ne prouve jamais; il crie contre les papes, qui veulent se faire croire sur parole; et, jamais pape n'a voulu se faire croire, sur parole, autant que M. de Girardin.

Je le répète : c'est sur le passage que je viens de citer que se trouve basée la société inventée par M. de Girardin. Étonnez-vous, maintenant, si jamais gouvernement, quelque mauvais qu'il puisse être, veuille jamais consentir à s'en faire éditeur responsable!

Du reste, n'accusez point la bonne foi de l'auteur; et soyez persuadé : que, pas un inventeur de planète, après avoir fait vérifier ses observations par l'astronomie universelle, n'est plus certain de la réalité de sa découverte que M. de Girardin ne l'est de la sienne.

0 époque de choléra moral !

Malgré sa démonstration mathématique, et sa bonne foi, M. de Girardin n'est cependant point à l'abri de tout remords. Voici maintenant l'expression de ses angoisses :

« — On remarquera, dit-il, que, respectant toutes les tt croyances, quoiqu'elles se contredisent, je n'attaque au- « cune des religions qui se pratiquent.

« Chacune d'elles affirmant que les autres sont des im- « postures, ou pour le moins des erreurs, dans l'impuis- « sance de les meltre d'accord, j'ai entrepris de me passer

* d'elles. J*ai étnié ainsi la difliculté que je ne savais côni* c ment vaincre, n

— i- Une difflcullé qui peut s'éluder n'en est pas une. Est-ce une diffleuité, oui ou non? Si c'en* est une, il faut la résoudre; et la résoudre en réalité : sans parler de démonstrations mathématiques que l'on est incapable d'exposer.

« — Je ne dis pas, continue M. de Girardin, que ce soient « elles qui aient tort. »

— Comment! vous ne le prétendez pas? et vous les exposez comme absurdes.

« — Je ne prétends pas, continue-t-il, que ce soit moi qui

« aie raison. »

— Comment! vous ne le prétendez pas? et, vous dites vous appuyer sur une démonstration mathématique! Si, vous le

prétendez; et, alors, ne point avoir raison est ce qui vous rend coupable.

« — S'il y a un Créateur, ajoute M. de Girardin;

« Si, ce divin Créateur est le souverain juge;

« Si, l'immatérialité de l'âme peut se démontrer;

« Si, le bien et le mal ne sont pas relatifs d'individu à in- « dividu, de nation à nation, de siècle à siècle;

« Si, le bien et le mal sont absolus, c'est-à-dire indcpen- « dants de l'éducation, dû temps et de l'espace;

« S'ils ont une sanction éternelle;

« Si cette sanction est le lien d'une vie se rattachant à

• une autre vie, comme les anneaux d'une chaîne sans fin; < Mon souhait le plus ardent et ma prière de chaque jour

« sont que la religion qui est la vérité anéantisse, par l'éclat

« de l'évidence, toutes les religions qui sont dans l'erreur;

« que c^tte religion soit la loi éternelle et universelle, ren-

< dant inutile toute autre loi ; que la science succède à l'i-

« gnorance en la dissipant comme la clarté du jour dissipe

f robscarité de la nuit; qu'enfin le règne de la justice^ sur

9 la tarre arrive et soit le règne de la paix entre les hommes

« et entre les peuples, aucun n'essayant de faire à l'autre ce « qu'il ne voudrait pas qu'un autre lui fit. »

{Politique universelle, p. \0.)

— Je ne relève pas ici les contradictions efttre le Créateur et la liberté, entre l'existence des peuples et I9 paix ; je dirai seulement : que, si telle est votre prière, il ne faut point faire des théories fausses sur la possibilité de se passer de religion; car, c'est, en flattant les passions des faux savants, éloigner l'époque où la religion réelle sera reconnue nécessaire. Ici, vous êtes criminel au premier chef, au chef anarchique, auprès duquel le crime de despotisme est presqu'une vertu.

Lxvra.

« -» La guerre e8t un risque, dit M. de Girardin ... :

« Qu'y a*t-il à faire pour l'écarter et Tanéantir 7 « Ce qu'il y a de plus simple^ s'assurer contre lui. « Comment?»

— Le comment est délicieux !

« — En proposant, se répond sérieusement M. de Girarc din, en proposant à toutes les nations qui fléchissent sous « le poids de la paix armée de contracter entre elles une as- « surance spéciale contre le risque de guerre, territoriale et « maritime. » {Politique universelle, p. 4 4.)

— C'est, le pendant de ne pas faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas qu'il vous fit. Et cela : en absence de droit commun ; et de sanction commune autre que la force. On plaidante les Saint-Simouiens, les Fouriéristes, les Communistes, etc. En vérité! M. de Girardin ne le leur cède en rien.

Sur cet échafaudage de paix perpétuelle entre les nations, M. de Girardin dit de fort belles choses; puis il ajoute :

« *— Les hommes sont l'oeuTre de la création , nuii» les « petiplu sont l'œuvre de la conquête.

c Si la guerre n'avait jamais existé, il n'existerait pa» de • Baticma. Les nations sont fiUes de la guerre. »

— Non, Monsieur. Les guerres intematlmales sont filles des nationalités. Eat-ee pour oela qne vous voulez conserver : et peiflas, et nationalités?

« — Avec l'assanmoe, dSt M. de''€frardîn :

« Disparaîtra Mtièremaat le jôâque^ et, par suite, la dé-

a La paciflcalÂon de l'ancien ttonâe serait aQ(

ri'»''»'

« Accomplie sans guerre, sans bataille, sans victoire qui < enivre, sans défaite qui humilie.

. « Le nœud des nationalités se dénouerait de lui-même.

« Qu'importerait à la Pologne, par exemple, de revivre « ou de ne pas revivre sous son nom, si tous ceux qui naic traient sur son territoire y naissaient avec les mêmes « droits, les mêmes avantages, les mêmes libertés, les mêmes « garanties que s'ils étaient nés sur la partie de l'ancien « continent appelée Angleterre ou France, s'il n'y avait pas « sous ce rapport de différences et d'inégalités entre le Po- « louais et le Russe, l'Italien et l'Autrichien, l'Anglais et le « Français, s'il n'y avait plus partout que des hommes libres M OU affranchis par la paix?»

— Il ne manque à ce beau tableau : que de n'avoir plus ai Polonais ni Russes, ni Autrichiens ni Italiens, ni Français ni Anglais, et d'avoir en outre un droit commun et une.sanclion commune, autres que la force. Bagatelle!

Il est vrai que M. de Girardin veut se passer da droit et de sanction. Alors son assurance doit marcher comme sur des roulettes.

M. de Girardin termine son second livre en disant :

« — La pacification universelle est au suffrage universel, « ce que la base d'un édifice est à son faite. »

— La pacification universelle. Monsieur, est au suffrage universel, ce que l'ordre est à l'anarchie. Croyez-vous que l'anarcbie soit le faite de l'ordre?

A la page 28, et en parlant de l'inscription universdle, synonyn^ de son assurance, il dit :

c — C'est le crime châtié par lui-même; c'est le vice exa tirpé par la publicité ; c'est, etc. , etc. Et aussi, c'est Vtnua

« PRÊTANT ET N 'EMPBjUNTANT PUIS. »

— Ceci est la condamnation de toute dette inscrite et portant intérêt, sous quelque prétexte que ce soit. No0S nsif N0N8 ACTE. Que le lecteur ne l'oublie pas.

Les caisses de pensions, etc., etc., de M. de Girardin, ne sont autres que des caisses i*emprunts. Et, qui plus est, d'emprunts dont il serait impossible de servir les intérêts : car ils sont hypothéqués sur un minimum de salaire sociale^ ment fixé. Ce qui est réalisable : comme la paix perpétuelle au sein des nationalités.

Après cela» H. de Girardin en revient à ses communes autonomes.

c — Où, dit-il , la commune n'existe pas librement, le « communisme existe forcément Aussi la répu-

• blique communale est-elle à la république communiste, ce i qu'un pôle est à l'autre pôle, ce que la liberté est à l'auto-

• rite, etc. »

— La république communale. Monsieur, est digne de la i^blique communiste. Les deux font la paire et ne se trouvent qu'en utopie.

Le quatrième livre de la Politique universelle est intitulé le Suffrage universel.

Ici, H. de Girardin pose le problème social de la manière suivante :

« — Chercher et trouver : le mode de suffrage universel «( qui soit la méthode la plus certaine pour découvrir les meii- « leurs et les plus capables. »

— Eh bien! Monsieur, quand même vous les trouveriez par ce moyen, ce qui est une utopie, qu'en feriez-vous? Vous- U^e avez approuvé ce qui a été dit : que, plus il y a de sages dans une assemblée, et plus les têtes se rétrécissent. Soyez donc d'accord avec vous-même I

c .. I^ suffrage universel, dit H. de Girardin, doit être « à la souveraineté nationale, communale, individuelle.. •»

•^ Trois souverainetés en contact! Seigneur! quel tohubohu!

c — • Ce que la parole, continue M. de Girardin, est à la « pensée : le moyen de s'exprimer. »

— Hélas f Monsieur; la parole exprime bien des sottises; et, tant qu'il n'y a que la force pour distinguer les sottises des vérités, la parole du plus fort est toujours la meilleure» C'est là rimmense avantage du sufiflrage universel.

« — • • . . Mais, continue M. de Girardin, il n'en sera « ainsi qu'après qu'il aura cessé d'être un instrument de « guerre, pour devenir un instrument de liberté et qu'il aura « substitué ta liberté des opinions à ta guerre des partis. »

{Politique universelle, p. 43.)

"^ \jk liberté des opinions a pour conséquence nécessaire la guerre des partis : par cela même que multitude sans unité est confusion, épigraphe posée à ce même livre par M. do Gi- Cardin lui-même.

Partout où il y a liberté des opinions, il y a ignorance; et partout où il y a ignorance, et impossibilité de faire accepter une calembredaine comme vérité, il y a ANARCjaiE.

Allons! bon courage! Soufflez l'anarchie; elle est nécessaire pour faire reconnaître : que, selon l'avis de Cicéron, de saint Augustin et du bqn sens, tout homme, ayant l'impertinence d'avoir une opinion, est un sot.

« «^ En fait de régime électoral, dit M. de Girardin, on en est encore au régime féodal, à ce temps où la justice n'a* vaitpas désarmé la force. / • . . »

-^ Comment! la Justice, actuellement, a désarmé la torotl En vérité, c'est trop fort ! et, que voulez<-vous que Je dise i celât

Après cette sortie, M. de Girardin échafaude son système, où tout se trouve aligné sur le papier. Eh bien! Monsieur, quand un fort crachera sur le système, et fera, sous sa botte, disparaître et le système et le crachat, que direz-vous?

M. de Girardin approuve la proposition suivante, de M. Littré, membre de l'Institut :

« — Là loi est essentiellement un acte btf tOXj'

« YOIR EXÉCUTIF. »

-^ Cest cdinmft si roos disiez : qu'un fils e^t essentiellement son {tfôpre père. Dans quel siècle vivons «-nous, pdur que de pareilles pfôpOSiliOAS ne dolent point universellement siffléiB? C'est que personne n'y fait attention«

< ^ Dès, ajoute M. de Girardin, que le vote universel,

t direct, secret , sera ce qûMl est appelé à devenir

• tout se réglera et ira de soi-même »

^ Oui ! pour aller au diable et s'y brûler Jusqu'à expiation complète.

« «-^ Lofsque, ajoute M. de Girardin, chaque État ne sera I plus qu'une société nationale d'assurance mutuelle contre t des risques prévus, qu'y aura-t-ll à usurper? — ^ l'autô- € ritét — Hais on en aura oublié le nom »

— Oublier le nom de l'autorité, qui n'est autre que la souveraineté! Et vous, vous en voulez trois au lieu d'une! Quand donc une aussi belle intelligence que la vôtre se débarrassera-t-elle de ses liens logomachiques, afin de pouvoir parler clairement, intelligiblement?

« — On s'effraie de la liberté, dit M. de Girardin. »

{Politique universelle, p. 60.)

— Eh non ! Monsieur. On s'effraie de la liberté de l'ignorance, comme on s'effraie de la liberté d'un fou ; et. Ton a raison. Vous voulez que l'on laisse à trois prétendues souverainetés, la liberté de s'égorger. C'est une folie à nulle autre pareille.

Faites donc attention que, dans l'hypothèse de : rien après la mort; il n'y a, chez I homme, aucune individualité réelle; et qu'alors, le mot liberté , appliqué à l'homme, est aussi stupidement absurde que s'il était appliqué à une hor*loge. Mais, vous n'aimez point les propositions fondamentales et rationnelles. Vous préférez : supposer l'absurde comme vérité ^ puis, en déduire des propositions que vous voulez faire accepter comme vérités.

« — Du jour, dit encore M. de Girardin, 06 la liberté re-

« ligieuse a triomphé, tous les bûchers, tous les instruments « de torture de la foi intolérante ont aussitôt disparu. »

{Politique universelle, p. 6i.)

— Oui, pour substituer l'anarchie au despotisme : jusqu'à ce que la démonstration rationnellement incontestable de la réalité du lien religieux, ait renvoyé aut enfers, la liberté religieuse dont elle est sortie.

« — La liberté, dit M. de Girardin, rend la force inutile, % l'autorité rend la force nécessaire. »

-«- La liberté, Monsieur, qui est l'obéissance volontaire à la raison, rend la force inutile : parce que la force est inu^ tile, là où l'obéissance est volontaire. L'autorité, qui est la raison , rend la force nécessaire : parce que là où la li* berté réelle, n'existe pas, il y a folie; et que la force est nécessaire pour contenir les fous, qui ne peuvent être contenus par la raison. Voilà, pourquoi la force, en époque d'ignorance, est nécessairement la seule base possible d'ordre social.

« — Ou l'autorité est la vérité, dit M. de Girardin, ou elle « est Terreur. »

— - Erreur, Monsieur. L'autorité c'est la raison, illusoire ou réelle. Et, tant que l'ignorance ne permet point de dislin- *!^ ' guer la raison réelle de la raison illusoire, l'autorité peut être . Terreur et servir de base d'ordre, tant que la foi peut exister socialement; et l'autorité, qui serait même la vérité, ne peut être base d'ordre : dès que la foi n'est plus possible et que Tignorance n'est point évanouie.

« — Si l'autorité est la vérité, continue M. de Girardin, c il lui suffira de Téclat de sa propre évidence pour triom* « phef sans le secours de la force. »

— Erreur, Monsieur ; l'évidence de la vérité ne peut triompher que par l'anéantissement de Tignorance ; et encore : après que le besoin de vérité s'est fait sentir, par Texccs d'^Rarç))ie rési|ltapt d'absence de vérité.

c -^ Détruire celte imposture historique, continue M. de « Girardio, qui^ trop longtemps, s'est appelée l'autorité, « c'est anéantir du même coup cette usurpation politique qui « s'est appelée : puissance législative. »

— Alors, pourquoi vous-même vous érigez-vous en pape législateur : en voulant faire accepter, et cela sans aucune espèce de sanction, la loi : Ne faites pas à autrui ce

QUE VOUS NE VOUpRIEZ PAS QU'IL VOUS FIT?

« — Assez longtemps, dit M. de Girardin, l'autorité a « égaré le monde avec sa prétention de le gouverner; je de* « mande que l'autorité abdique »

— Demander que l'autorité, la souveraineté, la puissance sociale, la raison enfln, abdique; c'est demander au soleil d'abdiquer : c'est le comble de la folie.

Vous-même, voulez l'autorité; car vous voulez des règles et une pénalité. Or, ce qui formule la règle et la sanction n'est autre que l'autorité.

Sachez donc vous débarrasser des logomachies. Leur emploi n'est que ruse ou ignorance ; et, vous avez assez de valeur : pour n'être ni ignorant, ni hypocrite.

A la page suivante, M. de Girardin dit :

« — Je n'aime pas les mots vagues. »

— Très-bien ! Monsieur. Alors pourquoi employez-vous continuellement des mots vagues? C'est ce que vous faites, en vous servant de mots génériques qui ont plusieurs espèces sans distinguer l'espèce?

Le mot autorité est générique : parce que, sans compter la force brutale de la souveraineté du peuple, il y a l'autorité de la force transformée en droit par une foi quelconque ; et l'autorité du droit réel, s'il existe.

Le mot liberté est encore un mot générique : parce qu'il y a liberté réelle qui est l'obéissance volontaire à ce qui est ordonné par la raison réelle; et liberté illusoire, qui est l'obéissance à ce que l'on croit ordonné par cette raison, et qui peut n'être ordonné que parles passions. De plus : tant qu'il

re^te impossible de distinguer ce qui est réellement ordonné par la raison, de ce qui n'est ordonné par la raison qu'illu*" soifement, la liberté, soùialment parlant, est absolument impossible.

Je vous mets au défi d'écrire quatre lignes, en fait d'ordre sodal, sans qu'il y ait quatre mots vagues, quatre mots qui ne diront rien de déterminé.

Vous voyeK que, tout ce que vous aliez dire sur la liberté et l'autorité, sera nécessairement sans valeur raisonnable.

Après cela M. de Girardin énonce une foule de libertés et dit :

c — Âcoordez-moi ces libertés, l'autorité disparaît* »

«^ C'est précisément le contraire qui est la vérité ; car, la garantie de ces libertés, garantie nécessaire à leur exercice, est utie sanction ; et, toute sanction n'est que l'expression de l'autorité. II y a plus : en époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit et d'incompressibilité d'examen, la force brutale est la seule sanction possible. Voilà cette force qui devient Votre autorité.

« — Depuis trois ans, dit M. de Girardin, je me suis appli- « xiué sans relâche et presque sans repos, à chercher com- « ment il se pourrait* que le peuple, afin de rester libre, ne « fût ni sujet, vàmonarqwBéi^ {Politique Univerrellè, p.Ti.)

— Hélas f Monsieur. C'est un temps précieux bien mal employé. Vous lie Voulez donc pas que l'hùmanlfé devienne sujette de la raison et dominatrice de la folie? Si elle VOUâ écoute, elle restera sujette de l'Ignorance et dominatrice de rien du tout.

« — Le peuple, dit M. de Girardin, doit juger tout et do « se mêler de rien. » {Idem, p» 74.)

— Ah le peuple doit juger tout ! Et avec quel crilérium^ s'il vous plaît? Celui du nombre sans doute que vous avez en horreur. Allez donc, disait Socrate, faire juger par des cuisiniers celui qui veut empêcher la gourmandise!

Vous voulez que le peuple ne se mêle de rien. Et, qui donc se mêlera de quelque chose ? Voulez-vous que Tordre social soit Tordre automatique?

« r— Je propose, dit M. de Girardin, que le peuple souve- « rain se conduise en souverain.

« Je propose qu'il règne et n'administre pas. »

'*- Régner, c'est donner la règle et la sanctionner. Vous voulez donc que le peuple fasse des lois et les sanctionne? C'est le règne du bourreau. II était inutile de faire un livre pour arriver là.

« — Dès, dit M. de Glrardin, qu'il n'y aura plus ni ar- « mées, ni flottes (les rois le savent bien ! ) le lendemain il « n'y aura plus de royautés,^ le surlendemain plus de natio- < nalités, car les nationalités n'ont elles-mêmes de raison « d'être que par la rivalité des intérêts. »

— C'est là une erreur déplorable que j'ai déjà relevée. Les nationalités ont leur raison d'être dans Tigaorance sociale sur la réalité du droit, et l'impossibilité de tout soumettre à un même droit hypothétique. Les rivalités d'intérêts nationaux ont leur source dans les nationalités; et les armées ainsi que les flottes, sont les conséquences nécessaires des nationalités.

« — Si les hommes naissent tous frères, ainsi qu'on nous « Tenseigne, dit M. de Girardin, à quoi les nationalités « servent-elles? »

— LeS hommes ne sont frères que devant un même droit réel ou hypothétique, mais» socialement accepté comme réel. Vous niez le droit. Vous acceptez la série continue. Alors frère est un mot vide de sens; et vous êtes autant le frère d'une Jiuître, d'une carotte ou d'une cruche , que le frère de l'empereur de la Chine.

« — Il faudrait, ajoute M. de Girardin, ne pas voir clair « pour ne pas voir que les nationalités sont appelées à sur- « vivre peu de temps aux inimitiés interpopulaires. »

— Toujours le même cercle vicieux : car les iDimitiés interpopulaires vivent nécessairement autant que les nationa-* lités.

Les nationalités ne peuvent disparaître que devant la nécessité, socialement sentie, d'avoir un droit commun; et devant la possibilité de l'avoir : par l'anéantissement de l'ignorance sociale sur la réalité du droit.

Allez donc prêcher, au Congrès de la paix, Tabolition des nationalités; et vous verrez comme vous serez reçu !

« — Le suffrage universel, dit M. deGinirdin, n*esl en* « core que français; il est appelé à devenir européen. »

{Politique universelle, p. 105.)

— C'est possible. Il faut que l'anarchie s*univemlise : |)our que fe besoin d'ordre stable puisse se faire socialement sentir.

S'il fallait relever toutes les erreurs contenues dans ce chapitre, un volume ne suffirait pas. Voici une des propositions qui s'y trouvent :

« — Les corporations 9ont appelées à remplacer les na- « lions. »

— Voyez-vous les nationalités faisant place aux corporations de bottiers, de cordonniers, de savetiers, de claquiers, de sabotiers, de journalistes en telles ou telles matières, de faiseurs de philosophies, de religions, d'almanachs!!! . . .

Et sous quelle sanction, s'il vous plaît, existeront ces corporations? Toujours sous celle du diable, c'est-à-dire de la force. Quel charivari !

Après cela, M. de Girardin veut que l'homme d'État s'applique à Itablir :

< — L'universalité du droit. »

•^ M. de Girardin m'a dit mille fois : Je nie le droit. . C'est logique : dès qu'on nie toute sanction autre que la force, on nie le droit.

Du reste, runiversalité du droit serait très-curieuse : en présence de la liberté des opinions !

« — Universalité de la seience.

c Universalité de l'enseignement. »

— ÎM —

— Elles seraient également curieuses : en présence de la liberté des opinions.

« — Universalité de la paix, ajoute M. de Girardin. »

— De plus en plus curieux : en présence : de Tabsence de droit ; ou, de la liberté des opinions sur le droit.

« — Universalité du vote, continue M. de Girardin. »

— Celle-là, je Tadore. C'est Tenfer de l'anarchie; et il faut passer par cet enfer, pour arriver socialement au paradis de la vérité.

Je vçus tiens quitte du reste des universalités.

c — S'il y a en ce monde deux justices, dit M. de Girar- « din, il y en a une qui a usurpé le nom de l'autre. »

— C'est vrai. Mais, avant de parler de deux justices, il faudrait savoir s'il y en a une, autre que la force. C'est par là qu'il faudrait commencer. Et, en effet, vous avez commencé par là, en niant le bien et le maU le juste et l'injuste. Alors, pourquoi nous parlez-vous de deux justices?

« — L'injustice et l'erreur, dit M. de Girardin, ont fait • leur temps. »

— Pas encore, MonsieuTf

^ « — L'homme libre et ipatruit, ojoutci M. de Girardin, « ne peut plus marcher garrotté par ^lea, »

— Où est-il, s'il vous plaît, l'homme libre et inatruit^oe qui est la même cho^? SooialejtteDt Thomma libre et instruit est à naître. Jusqu'à présent, il n'y a eu socialemcAt de po»<sible que des esclaves : les. e^laves de l'ignorance aur la réalité du droit.

ce — La moralité, l'ordre et la liberté dans ta commuQa^ A dit M. de Girardin, c'est la liberté, l'ordre^ et hmoraliH « dan§ l'État. »

— Avec autant de droits qu'il y a de communes, ii*est^ pas vrai? Pour qu'elles s'égorgent eommQ lea aationa le (ont actuellement ?

Et que nous parlez-vous de moralité, après nous avoir dit : que, l'expression science morale ne dil rien ?

Quant à la liberté, au sein du matérialisme; c'est comme si vous nous disiez : qu'il y a de la volonté dans une cruche»

Et que nous parlez-vous d'ordre, au sein de la liberté des opinions? Est-ce que la liberté des opinions sur le droit n'est point l'essence dé Tanarchie ?

Est-ce qu'au sein de la science, il y a liberté des opinions? Est-ce que vous êtes libre de nous dire : que deux et deux font cinq?

Utopie et anarchie. Voilà votre livre d'un bout à l'autre.

La liberté dès cultes et la liberté de l'enseignement sont formellement consacrées dans les Décrets de f avenir, à la page 120.

La liberté dès cultes et la liberté d'enseignement sont l'expression de l'ignorance anarchique ; comme l'imposition par la force d'un culte et d'un enseignement, sont l'expression de l'ignorance despotique. Laquelle des deux ignorances préférez-vous? Tant que l'examen peut être comprimé, j'aime mieux l'ignorance despotique. Quand cela n'est plus possible^ je préféra Tignorance anarchique, c'est plus réjouissant.

« — Si la commune a sa raison d'être, dit M. de Girar- « din, à plus forte raison la corporation a4-elle sa raison « d*eiister. »

— Les deux, comme autonomes, sont aussi déraisonnables Tune que l'autre. Voyez la Théorie générale des associations. Après avoir parlé de la commune^ M. de Girardin dit :

« — Plus importante à tous le^ titre» eit plus compliquée € ^t To^UTre de la corporation, car à l'intériçur de chaque « pays, elle n'a pas seulement à régler et à maintenir le « taux des salaires, il est nécessaire encore, à l'extérieur, « qu'elle fasse contrepoids, et conséquemment équilibre au « prix de revient. » {Politique universelle, p. 424.)

Ifiienneat ensuite une foule ù'utt^ndu qua : auivia de deux articles de loi dont voici la formule 9

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