TRANSPORTATION
-^ Vous vous imaginez donc que vous aurez toujours du territoire extra continental I Et^ si vous n'en avez plus? voilà les bagnes revenus, et les bagnes à perpétuité. Tout cela^ pour frapper le faible. CaP) sous le règne de la force^ jamais fort, réellement fort, n'est condamné.
« — Dans les condamnations pour crimes ou délits^ dit la é législation Girardin, où il y aura lieu au paiement d'Une « amende, la mère, la grand' mère, l'aïeule et tout autre as- « cendant de la ligne maternelle (1), ou, à leur défaut, la « (jommune lieu de naissance de celui qui a été condamné à « l'amende, en sont pécuniairement et civilement respon*
(4) Parce que sous la législation Girardin, ainsi que ^ous allez le voir, il i^ & t^t d« patemité.
i « sables, s'ils n'en ont été expressément dispensés par Tarrét
« de condamnation, i» {Politique universdltf, p. 197.)
— Rendre la commune ou la famille responsables des fautes des individus, est une de ces idées qui appartiennent à la barbarie des âges les plus despotiques. Il suffit de les énoncer pour les flétrir.
« — Sont exceptés des dispositions de la présente ré- « forme, dit la législation Girardin, les délits et crimes com- « mis par des militaires et soumis à la juridiction militaire. »
— En voilà, du moins, qui ne seront point transportés. Et, quand la politique sera devenue universelle, ou met-
tra-t-on les transportés? Dans la lune ?
Le livre iv est intitulé le douaire universel : je ne sais pourquoi. Ce livre renferme l'abolition du mariage civil et de tout héritage individuel d'un homme ou d'une femme sans enfants. II n'y est même point parlé de la faculté de tester. C'est du communisme, en faveur de la force. Car, s ous fr le règne de la force, tout ce qui appartient à l'État, à la pro-
priété collective, appartient aux forts.
Une des épigraphes mises en tête de ce livré est celle-ci :
« — La femme, c'est la maison. »
Dijest of Hindu Lato.
— Cette épigraphe est admirable. En effet : là où est la femme, là se trouve exclusivement le foyer domestique.
Et, comme il n'y a de bonheur qu'au foyer domestique, M. de Girardin ne veut pas qu'il y ait de bonheur au monde ! Merci!
Il en est de la famille, pour M. de Girardin, comme de la propriété, pour M. Proudhon. Au lieu de vouloir réorganiser, ces messieurs veulent abolir .
En tête de ce livre, M. de Girardin place, en immenses ma* juscules :
« — Les enfants sont égaux devant la mère. »
— Très-bien ! Monsieur, très-bien ! pour la société future;
et alors il est inutile de Texprimer* Mais faut*il aceoupler cette pensée digne d'éloge^ à Tabolition du mariage civil, à rabolition du foyer, du bonheur domestique, à Tabolition de toute garantie d'indépendance pour la moitié de l'humanité I
« — Une seule ligne, celle qui suit, dit M. de Girardin, « résume toute la révolution de 1789 :
« Les Français sont égaux devant la loi.
« Cette ligne seule a suffi pour qu'une immense révolution c s'accomplit.
« Toute une révolution, non moins profonde et non moins t féconde, est également contenue en germe dans cette autre t ligne, exactement composée du même nombre de mots :
« Les enfants sont égaux deyant la mère. »
{Politique universelle, p. 208.)
— La première maxime est absurde : tant qu'il y a des nationalités. Alors, les forts seuls sont égaux devant la loi; et les faibles sont leurs esclaves. .
Quant à la seconde, elle est inutile, dès que la première devient une vérité. -
« — Tous également portent le nom de leur mère. »
— C'est l'abolition du mariage ; c'est faire de la société un immense lupanar.
« — La femme, dit M. de Girardin, dont le rôle dans la « société avait été dénaturé, recouvre celui qui lui apparue tient. »
— Il sera joli son rôle, surtout pour les prolétaires ; et, dans l'ordre social de M. de Girardin, les prolétaires y sont au maximum possible. La prolétaire, alors, serait obligée de se vendre, et cela pour un morceau de pain, tant qu'elle vaudrait la peine d'être achetée. Après, elle n'aurait qu'à mourir de misère, elle et ses enfants.
« Lorsque, dit M. de Girardin , la force est le seul droit « qui règne »
— Et, plus bas :
« «^ Lorsque le dfôitsera la seule force qui régnera, é* *
— Que diable, Monsieur, nous parlez-vous de drSit? Vou« m*ave2 dit mille fois, je lé répète : Je nie le droit Et, voiis aviez raison, eu égard à votre point de départ matérialiste, niant le bien et le mal, le devoir et le droit. Soyez done conséquent avec vo us-méme I
a — Je le demande, dit M. de Cîrardin, de quel côté se « rencontre la certitude? Est-ce du côté de la maternité ou « du côté de la paternité ? »
— Est-ce que vous croyez. Monsieur, que le but du mariage est ta certitude de la paternité? Le but du mariage. Monsieur, est le bonheur, qui ne se trouve qu*au foyer domestique, lequel foyer domestique n'existe que par le mariage. Si, maintenant le bonheur existe si rarement au sein* du mariage ; c^est, que son organisation n*est pas encore en rapport avec le droit, que vous niez. Réorganisez; mais M détruisez pas.
La maternité est certitude physique. Et la patertitté est aussi certitude physique, par l'isolement de \i femme, sous le règne de la force. Mais, la paternité est certitude morale, sous le règne de la raison : lorsque le mensonge est devenu impossible, là où la folie n'existe pas.
En parlant du règne de la paternité, M. de Girardin dit :
a — Il n'en saurait être autrement quand l^homme est a tout, et que la femme n*est rien. »
{Politique^niverselle, p. 210.)
— L'homme est tout, et la femme n'est rien, sous le règne de la force. Et, le plus atroce des règnes de la force est celui où le lien religieux est nié, règne qui est le vôtre. Mais, SOUS le règne du droit réel, rationnellement démontré, rhotnmé et la femme sont égaux : parce que !ous les deux obéissent également et volontairement à ce qu'ils savent ét¥e ordonné par l'éternelle raison.
Maintenant, puisque, ainsi que vous le dites à la page pré*^ cédente, donner la maternité comme base, c'«al renverser
Tordre social existant, pourquoi A'avez-vous point donné les droits politiques exclusivement aux femmes; et, pourquoi votre ordre politique, judiciaire, administratif et militaire n'estai point exclusivement composé de femmes? La première chose, pour un faiseur de systèmes, est d'être logique.
« — Léo enfants, dit M. de Glrardin, sont égaux « DEVANT LEUR MERE : oui OU non, cc principe a pour conc séquence la liberté dans le mariage. . ^ . . »
— le nie formellement : que, ce principe ait pour conséquence la liberté dans le mariage. Il signifie tout uniment : que, tous les enfants d'une mère hériteront également de ses biens à elle.
« — Est-il incontestablement juste? contiiiue M. de Giî rardin
— Le principe de la liberté dans le mariage, celui de Tabolition du mariage est incontestablement injuste; et, je le prouve.
Sous votre régime, le paupérisme sera au maximum possible : parce que votre réglementation des salaires, qui en est la base, amènerait la misère et la barbarie au maximum possible. Â cet égard : consultez économistes, socialistes, hommes d'État, il n'y aura qu'une voix contre vous.
Alors, les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des femmes seront pauvres; et, seront obligées de se donner pour un morceau de pain«
Après cela, quand elles auront passé par sept ou huit mains, elles ne seront pas même bonnes au lupanar; et seront réduites : à mourir de faim, ou à se suicider.
Après cela^ M. de Girardin établit les hypothèses de son', système; et, en tire les conséquences.
« — La première de ces conséquences, j'ai bâte d'en con- « venir, dit-il , est de rayer la célébration du mariage du « nombre des actes dans lesquels l'État doit intervenir. »
^ A la bonne heure ! voilà de la franchise.
« — La célébration du mariage, ajoute M. de Girardin, « n'aurait jamais dû cesser d'être un acte purement et ex-* « clusivement religieux. »
— C'est vrai, Monsieur. Mais, du moment que l'ordre religieux ne domine plus l'ordre civil, la société n'est plus : qu'un immense lupanar, établi pour la seule jouissance des forts.
« — Je cherche en vain, disait l'Empereur, à placer les « limites entre les autorités civile et religieuse, l'existence de « ces limites n'est qu'une chimère. »
{Mémorial de Sainte-Hélène.)
— C'est là une de ces vérités capitales, évidente pour quiconque a des yeux ; et encore universellement méconnue.
« — Le mariage, ajoute M. de Girardin, est un acte de Itf* « foi, non de la loi; c'est à la foi à le régir, ce n'est pas à « la loi à le régler. »
— Et, du moment que la foi n'existe plus socialement, rien ne doit le régler, n'est-il pas vrai? C'est ce que vous allez dire :
« — Dès que la loi intervient, ajoute M. de Girardin, elle « intervient sans droit, sans nécessité, sans utilité. y> .
{Politique universelle, p. 21 2.)
— Dès qu'une loi éternelle hypothétique ne peut plus régner ; et, que la loi éternelle réelle ne peut régner encore ; voici. Monsieur, l'utilité, la nécessité et le droit de la loi :
Tant qu'une espèce de loi faite peut exister, elle empêche : que, le lupanar puisse s'universaliser, aussi rapidement qu'il \b ferait sans cet obstacle. Aussi, cet obstacle fléchit tous les Jours ; et, bientôt nous arriverons où vous voulez aller. Alors, ce ne sera que pleurs et grincements de dents ; l'anarchie se trouvera à son comble ; et, fort heureusement, elle broyera les entêtés et les utopistes.
Après cela, M. de Girardin établit une foule d'hypothèses pour justifier l'abolition du mariage. Ces hypothèses sont
fausses pour la plupart, parce qu'elles supposent : l'abolition du paupérisme ; et la possibilité de débarrasser les passions du joug de la raison, du joug de la loi, qui est censée en être l'expression^ sans causer l'anarchie. Mais, fussentelles même vraies, toutes sont relatives à la société actuelle. Parce que cette société est mauvaise ; est-ce une raison pour la bouleverser et la rendre pire?
H. de Girardin veut : que, les mères apprennent à leurs filles à se vendre chèrement ; afin de pouvoir élever leurs enfants.
« — Le mot de vertu l'eût perdue, dit-il, le cri de la ma- « ternité l'a sauvée. »
— Et, si la malheureuse doit se vendre pour ne point Inourir; ou, pour sauver sa mère ; croyez-vous que son prix ne sera point un morceau de pain ?
« — C'est principalement, dit M. de Girardin, insistant « pour que les mères apprennent à leurs filles à se vendre « chèrement, c'est principalement l'inexpérience qui recrute • la prostitution. » {Politique universelle, p. 218.)
— Non, Monsieur; ce qui recrute la prostitution, c'est : le paupérisme ; et, les prédicateurs affirmant qu'il n'y a ni bien ni mal. Et, le comble du paupérisme, tant moral que matériel, est le résultat : d'une société sans droit autre que la force; et prétendant réglementer le taux des salaires.
Finissons-en avec les grands mots et les phrases creuses, dit M. de Girardin, trouvant que les mots vertu, droit, bien et mal sont des grands mots et des phrases creuses. Oui, Monsieur, finissons-en ; et le mot assurance et les phrasis creuses qui l'appuient comme base d'ordre social, disparnC^^ tront pour jamais. Pour assurer un risque, il faut avoir de quoi le payer ; et, unç sanction autre que la force pour assurer le paiement aux faibles. Or, une société basée sur l'absence de religion et la réglementation du salaire ne peut payer : qu'en monnaie d'anarchie et de misère; n'ayant que le bourreau pour caution.
Tout Tédiflce de M. de Girardin repose sur la fixation du taux des salaires. Il est triste de vivre h une ^oque oA de pareilles utopies doivent être réfutées.
« — Si, dit-il, les salaires tels qu'ils sont fixés sont insuf- « fisants, eh bien ! par la loi même du travail, lequel doit être « rétribué selon sa valeur, ils s'élèveront et devront s'élever « au taux nécessaire pour se proportionner aux risques pré- « vus et aux besoins légitimes du travailleur. Il n'y a pas « une considération sociale au nom de laquelle j'admette « que, pour ne pas diminuer le profit de tels hommes, « d'autres hommes seront éternellement condamnés à Tin- « suffisance du salaire... » {Politique universelle, p. 3S1.)
*-^ Que vous admettiez. Monsieur, ou que vous n'admettiez pas, peu importe. Ce qui est essentiel, c'est que la raison admette. Eh bien ! Allez aux Théories générales, et vous y verrez clair tomme deux et deux font quatre : que, le salaire est nécessairement au plus bas possible, tant que le sol reste aliéné ; et qu'il est au plus haut possible, aussi nécessairement, quand le sol peut appartenir à la propriété collective. Mais, et je le répète : vous aimez à rester dans votre utopie; et, vous ne voulez pas en sortir.
«c — La justice, dit M« de Girardin, est l'aplomb de^ sqc ciétés, »
— Et, pour vous, cet aplomb est le néant : puisque la justice n'est que l'expression du droit, et que vous niei le droit.
Puis, quand même vous admettriez le droit. Dire que la justice absolue est l'aplomb des sociétés, serait encore une ftilie au soixante*dix-septième degré.
Tant que l'ignorance sociale existe; et, que le droit Aoii être arbitrairement établi, par conséquent non examiné; l'aplomb de la société est précisément l'opposé de la justice absolue. Técbon^ donc d'en finir avec les grands mots et les plirases creuses, tdles que ceUe*ci : la justice est l*apkm^ DES sociétés.
— A la même page, M. de Girardin dit :
« — La femme pauvre ne sera plus exposée... »
— C'est clair. Ainsi, dans la société de M. de Girardin, le paupérisme continuera d'y exister! M. de Girardin ne peut ignorer : que, le paupérisme croit comme la richesse sociale. Et, l'assurance détruira un paupérisme devant continuer d'exister selon l'auteur même de l'assurance. 0 les grands mots ! 0 les phrases creuses ! Puissent-elles s'abfmer avec l'ignorance dont elles sont issues!
A la page 223, M. de Girardin se fait demander :
« -— Sous le régime de la maternité, que deviendront les
« enfants d'Adèle? »
r— Et il répond :
« — Je vous demande ce que deviennent aujourd'hui, « sous le règne qui interdit la recherche de la paternité» les « enfants de la débauche éhontée ou de l'adultère clandestin? »
— Est-oe là répondre? Si la société actuelle est mauvaise, ftiut^il la rendre pire ?
LXXÏ.
« — Durand est catholique, dit M. de Girardin; Sidney est protestant; BoU'Jaghla est musulman
« BoU'Jagbla pourra avoir le nombre de femmes que sa « religion lui permet, sans qu'il soit fait de distinction entre « sa résidence en France et sa résidence en Algérie. »
{Politique universelle, p. 224.).
— Bon ! vous voilà dans la polygamie. Avez-vous suffisamment étudié cette question, pour y sauter ainsi à pieds joints?
La polygamie n'est compatible qu'avec le despotisme le plus complet; et, ce despotisme est devenu impossible en France. Hors le despotisme, la polygamie n'existe plus; elle devient un lupanar.
« — Je viens, dit M. de Girardin, de parcourir le cercle « des principales hypothèses ; je me résume et j'affirme. »
— Ici M. de Girardin établit deux pages d'affirmations. Je m'offre à prouver qu'elles sont toutes fausses.
M. de Girardin ne veut pas de nourrices. Il s'imagine que la lactation empêche le rapprochement des sexes et la conception ; où a-t-il trouvé cela ?
« — Sous aucun prétexte, dit M. de Girardin,. et pour « aucun motif, plus de nourrice.
a Dût-on laisser expirer de faim l'enfant que sa mère au- « rait déclaré ne pouvoir nourrir... »
— Et la malheureuse qui n'a pas de quoi vivre et qui ne peut nourrir ne pourra ni travailler ni nourrir! Car, toutes vos caisses ne valent pas un centime. La société, sans un
salaire forcé, serait absolument incapable de nourrir la centième partie de ses pauvres.
« — Toute femme qui se livre à un homme, dit M. de « Girardin , court le risque de concevoir un enfant : que a doit-elle faire? Assurer d'avance à cet enfant des moyens « certains d'existence. » {Politique universelle, p. 233.)
— Assurer est très-joli! Sous le régime du salaire réglementé, le paupérisme est à son maximum; et, toute femme pauvre qui ne se vendra point pour un morceau de pain, mourra d'inanition. En voilà des grands mots et des phrases creuses !
Après cela, M. de Girardin se fait faire des objections, et toutes ses réponses sont relatives : soit aux vices de la société actuelle; soitàla société qu'il veut établir; et reposant, au moral : sur l'absence de religion, de bien, de mal; et, au matériel, sur la réglementation des taux des salaires. Si la société actuelle est vicieuse, ce qui est incontestable, ce ne sera point par les moyens de M. de Girardin qu'elle sera régénérée.
 la page 235, M. de Girardin dit :
« — La mère ayant la libre disposition et la propriété <3c exclusive de ses enfants jusqu'à Tépoque de leur majorité « légale »
— Et la mère qui aura douze enfants, qui ne peut travailler ni aux ateliers, ni en boutique, ni en magasin, etc., et qui n'aura personne pour s'intéresser à elle dès qu'elle sera fanée, se nourrira et élèvera ses enfants du résultat de la réglementation d'un salaire qu'elle ne peut gagner ! En vérité ! cela dépasse la plaisanterie.
« — L'indissolubilité légale dans le mariage, c'est, dit « encore M. de Girardin, l'amour habituel hors du ménage. »
— Il parait : qu'enfre l'indissolubilité du mariage et la promiscuité, M. de Girardin s'imagine qu'il ne peut rien exister.
A l'objection :
« — Que deviendront les fils qui n'hériteront plus de a leur père? »
— M. de Girardin, fidèle à sa méthode de tout rapporter à la société actuelle ou à la sienne, répond :
c — Que deviennent les fils auxquels la loi ne reconnaît « pas le droit de succéder dans la ligne paternelle ? N'y a-t- « il donc pas assez longtemps que les lois sont exclusive- « ment faites dans Tintérét d'un petit nombre Ae privilégiés, « comme s'ils constituaient effectivement toute la société, a alors qu'ils n'y sont qu'à l'état d'exception. »
{Politique universelle, p. 238.)
-^ M. de Girardin ne veut point de privilégiés par la naiGK sance, et il a raison. Mais, je le préviens qu'aussi longtemps : qu'il n'est pas indifférent de naître dans un palais ou de naître dans une chaumière; que l'éducation et l'instructioa ne iont point données à tous avec un égal soin ; que le travail n'est point libre par l'anéaatissement de l'ignorance sociale et l'entrée du sol à la propriété collective; il y a privilège de naissance. Et, ce privilège, en présence de l'incompressibilité de l'examen, est de tous, le plus anarchique.
€ — Est-ce que l'héritage, dit M. de Girardin, est la rè- € gle, la probabiUté, la loi commune? »
— Non, Monsieur, dans la société actuelle, comme dans Ifi société que vous organisez, l'héritage n'est point la loi commune. Mais, dans la société que la nécessité sociale nous imposera, au nom de la raison rendue incontestable, l'héritage, dans la propriété collective, sera la loi commune.
€ *— Protéger, continue M. de Girardin, ceux qui peuvent se « passer de protection et délaisser ceux qui en auraient im- « périeuaement besoin, est-ce donc là le but que doit se pro* « poser laJoi? Uue loi qui se propose un tel but est-elloune
« loi et mérite-t-elle ce nom? »
— Eh bien ! Monsieur, telle est votre loi ; elle délaisse
CMix qui ont le plus impérieuiemeat besoin de protection : les pauvres ; les femmes ; et les enfants.
ATobjection : « Que deviendra la propriété patrimoniale? » M. de Girardin répond :
« — Qu'importe, dit-il, à la société, que le sol soit aux « mains de tels possesseurs ou de tels autres ? »
t^ Il importe beaucoup, Monsieur, que le sol soit la propriété de tous, et non la propriété de quelques-uns. Je le prouve, d'une manière rationnellement incontestable, aux Théories générales. Si je le prouve mal, ayez la bonté de citer les phrases où j'ai tort, comme je le fais pour vous. Vous m*avez dit : que, je ne suis qu'un annotateur. Vous avez raison. Monsieur, je note ce qu'il y a de bien et ce qu'il y a de mal dans un livre. Pour cela, il faut avoir une balance, un critérium. Votre balance est l'absence de religion, de bien, de mal, de droit, de devoir, de mariage et de liberté de salaire. La mienne est précisément le contraire. Au public à juger.
c — Ce qui importe à la société, continuez- vous, c'est f que tous ses membres acquièrent la plénitude de leur dé- « veloppement physique et intellectuel. »
' — Et, pour cela, vous livrez l'immense mcûorité de ses membres à l'ilotisme de la misère, et la totalité à l'ignonnce, sous la souveraineté de Topinion, règne de l'ignorance.
« — A cette condition , ajoute H. de Girardin , la société c sera certaine que la terre, à son tour, atteindra à son plus c haut degré de culture et de fécondité. »
— C'est vrai, Monsieur; et c'est pour cela que sous votre société la terre arrivera : à son plus infime degré de culture ; et à son plus haut degré de stérilité.
c — La terre, continue lA. de Girardin, n'est <{u'ttn în- « strument de travail. »
^CeA la source paatife 4e tousias iostnuMQts el de
tous les produits exclusivement. Est-ce pmir cela que vous voulez en priver l'immense majorité des travailleurs ? '
c — L'instrument de travail, continue M. de Girardin, c doit-il passer avant ou après Téducation du travailleur? »
— Très-bien ! Monsieur. Et c'est précisément pour cela, que le sol, dès que le despotisme n'est plus possible, doit entrer à la propriété collective : sous peine d'anarchie permanente.
A l'objection : « Pourquoi une réforme si radicale, si abc solue? » M. de Girardin répond :
« — Il y a longtemps que j'ai appris à quoi m'en tenir c sur les réformes partielles; elles sont pour le moins aussi « difficiles à obtenir que les réformes intégrales, et, le plus c souvent, les demander ne sert qu'à les faire taxer d'incon- « séquence et battre à plates coutures. Qu'on ne me parle c donc plus de réformes partielles et de palliatifs. L'erreur c est relative, et la vérité est absolue. Quiconque cherche et « poursuit la vérité, doit donc être absolu. »
{Politique universelle, p. 240.)
— Absolu signifie : indépendant. Il y a indépendant de la raison, et cet absolu est celui de la folie; il y a indépendant des préjugés, et cet absolu est celui dé la sagesse.
Avant même de parler d'absolu, ne serait-il pas bon de s'informer : si, l'absolu n'est pas une sottise? D'abord tout ce qui appartient à la matière y est relatif. M. de Girardin ne reconnaît que de la matière. Pour M. de Girardin, l'absolu, logiquement, doit donc être une folie.
Pour que des absolus existent, il faut, qu'il y ait des immatérialités : individuelles , éternelles , incréées , indépendantes, absolues enfin. Et, M. de Girardin ne reconnaît que des organismes : après la mort desquels toute responsabilité cesse d'exister.
M. de Girardin, à la recherche de l'absolu, s'est mis sur la voie de M. de Balzac.
M. de Girardin s'imagine-t-il faire des réformes intégrales,
du radicalisme : en niant la religion, le bien, le mal, le devoir et le droit; en conservant l'ignorance sociale sur la réalité du droit; en conservant le paupérisme; en conservant, aux forts, le monopole du sol, de l'éducation, de l'instruction et de la richesse ; en abolissant le mariage ; en fixant la taxe des denrées ; en nécessitant un maximum, l'anarchie et la barbarie? Si, telle est sa pensée, il est dans le relatif à l'ignorance; il est dans l'erreur.
Le communisme absolu est un radicalisme intégral, mais, c'est un remède absurde. Est-ce une raison pour l'accepter?
« — Toute règle qui n'est pas absolue, dit M. de Girardin, « n'est pas une règle. »
— Soit ! mais, une règle absolue n'est pas nécessairement une bonne règle. Il n'y a pas de religion, pas de droite etc. , etc., sont des règles absolues. Sont-elles bonnes et compatibles avec l'ordre ?
Les enfants sont égaux devant la mère est aussi une règle sans exception. Elle peut être excellente ; quoique : les enfants sont égaux devant la raison, pourrait valoir mieux. Dans tous les cas, la règle : les enfants sont égaux devant la mère, ne doit point avoir, pour conséquence, le lupanar et le paupérisme universels : sous peine d'être une règle absolue non relative à la sagesse.
A l'objection : ^
< — La raison, l'honnêteté, la pudeur parlent en faveur « du mariage; la France n'a jamais été sourde à leur voix. « Elle l'a bien montré dans ces derniers temps, lorsque cerc taines sectes novatrices, qui font entrer l'abolition, ou, ai € Ton veut, la libre formation du mariage dans leurs plans
« de régénération, ont osé toucher à ce point délicat Le
« bon sens public s'est tenu en garde; les bonnes moeurs « se sont révoltées ; le ridicule et le mépris ont fait le reste. »
(Troplong.)
M. de Girardin répond :
« — Il existe en France, on ne saurait le répéter trop
c àottvent, deux millions huit cent mille enfeûts nés hors ma^
« rîage, etc Que pèsent des paroles vides et légères
« dans la balance où sont jetés des chifflfes si précis et si
tt accablants?»
-^ Mais, Monsieur, si la société actuelle est malade, pourquoi prétendre la guérir : par une universalisation de lupanar et de paupérisme?
t -^ Bander une plaie, continue M. de Girardin, est moins « pénible que la sonder ; contester le mal est plus facile que « lé guérir. Je le sais. »
— C'est vrai. Mais, s'il y a une justice éternelle, il y a une responsabilité pour ceux qui, avec les meilleures intentions, donnent du poison au lieu de donner un remède : avant de s'être assurés, par des études suffisantes, qu'ils sont en état de guérir.
Nous arrivons à une question de finances. Ce devrait être le triomphe de M. de Girardin.
« — Le décime universel, dit M. de Girardin, c'est la ques- « tion de l'extinction du paupérisme réduite à sa plus « simple expression.
« Éteindre partout et à jamais ]di misère, ce n'est qu'une c question de deux sous. »
{Politique universelle, p. 276.)
^ -^ C'est se trouver quitte de l'anarchie à bien bon marché. Mais, cette question de deux sous repose sur la réglementation du salaire, dont la conséquence nécessaire est le nec plan fêltrà du paupérisme et de la barbarie. J'ai bien peur que cette base ne vaille pas un centime.
« — En effet, continue le financier, pour éteindre partout « et à jamais la misère, que faut-il? Prélever un centime sur « chaque heure de travail, dix centimes par jour, deux francs c cinquante centimes par mois, trente francs par an, et pen- < dant tr^te années, neuf cents francs. »
*— Ou Baréma est faux, ou ce^ chilfres août parfaitaioeat groupés.
Voici, maintenant, un autre groupement de chiffres, fait par un bemma très-^expert dans cet exercice*
« «^ Si, dit M. Tbiers, on suppose un versement de trante « francs par an pour les personnes des deux sexes de vingt « à cinquante-six ans, an aura un versement annuel de c quatre cent cinquante millions, oe qui revient à Tobligation « pour l'État d'un emprunt de quatre cent cinquante millions « par an. »
— Un emprunt de quatre cent cinquante millions par an! Je présume fort que le malin rapporteur de la Commission d'assistance, en se récriant sur cet emprunt, avait an vue le passage suivant de M. Girardin :
« — L'inscription universelle, c'est :
« . . . . L'État PRÊTANT et n'empruntant plus. »
{Politique universelle, p, 28.)
*^ Dans ce passage, en effet, M. de Girardin condamna tout emprunt, toute dette publique. Et, M. de Girardin, en récrivant, avait parfaitement raison. Il avait senti : qu'aussi longtemps que l'État emprunte et paie un intérêt, le paupé" risme existe. Toute dette publique est rexpression de l'exploitation des masses. Si, à cet égard, M. de Girardin voulait accepter l'autorité de tous les économistes, je les lui citeraiSf D'ailleurs, c'est clair comme deux et deux font Quatre* En effet : tant qu'il y a une dette, elle est payée par le revenu de rÉlat, que celui-ci ait nom impôt ou assurance; et, tant que le sol est aliéné, le revenu de l'État est prélevé sur le travail. Je vous en ai donné les preuves, il y a longtemps; et, aujourd'hui, Je les imprime. "Voyez les Théories générales.
Maintenant, complétons le passage de M. Thiers mis en épigraphe par M. de Girardin ; ce qui, certainement, est une preuve de bonne foi et de conviction, si ce n'est plus.
« — À ce versement apnuel, dit M. Tbiers, il fautajouter « les intérêts accumulés des versements antérieurs, lesqiiela
« prodaisent une somme énorme. Mais, Topération pleine- « ment réalisée, voici le capital accumulé dont TÉtat sera « devenu dépositaire par les versements successifs, tant des « personnes de vingt à cinquante-six ans, qui versent sans « toucher, que de celles d& cinquante-six ans et au delà qui, « ayant versé leur capital entier, n'auront plus qu'à jouir. « Il ne sera pas moins de quinze. milliards pour les unes, « de QUINZE MILLIARDS pour les autres; c'fest-à-dire de « TRENTE MILLIARDS, somme énorme, effrayante, et dont « nous voudrions bien savoir comment l'État pourrait se « charger. » {Bapport de la Commission d'assistance.)
— M. Thiers a eu bien de la bonté de grouper ces chiffres, il lui suffisait de dire : que la base du décime universel étant la réglementation du salaire , il ne fallait parler de cette question de deux sous, qu'après celles de la quadrature ducercleet du mouvement perpétuel.
Ici , M. de Girardin traite le décime universel comme un prédicateur traite le saint de sa paroisse. Je demande la permission de ne point critiquer ces éloges.
Par exemple, voici un excellent passage, et je m'empresse de le louer.
« — L'expérience de soixante années, dit M. de Girartin, « atteste qu'il faut se défier autant des révolutions faites au « nom du progrès, que des guerres faites au nom de la « liberté. »
— C'est admirable ! En effet : en époque d'ignorance sur la réalité du droit, tout progrès, tout développement d'intelligence, conduit à la négation du droit, à l'anarchie, à l'abîme ; et, dans la même époque, toute guerre faite au nom de la liberté, n'est qu'une expression et un développement d'anarchie.
Le passage qui suit le précédent et que nous allons citer, n'est pas aussi méritoire.
« — La liberté , dit M. de Girardin , s'établit par la a liberté. »
— C'est précisément le contraire qui est la vérité. La liberté, qui est l'obéissance volontaire à ce qui est ordonné par la raison, ne peut exister, socialement, que par la nécessité de savoir, socialement, ce qui dislingue la raison réelle de la raison illusoire. Et, cette nécessité peut seulement se faire sentir : par des oscillations entre le despotisme et Tanarchie, seuls possibles en époque d'ignorance sociale et d'incompressibilité d'examen .
La liberté s'établit par la connaissance de la vérité. Vousmême avez mis cette pensée en épigraphe. Et cette connaissance doit être incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, sous peine de ne pas exister socialement. Eh bien ! où se trouve cette connaissance de la vérité? Est-ce dans l'inutilité de la religion, du bien, du mal, du droit, du devoir; dans l'abolition du mariage, et dans la réglementation du salaire?
< — Si la démocratie fait bien, dit M. de Girardin, si elle
« a foi beaucoup en elle, et un peu en moi, elle »
{Politique universelle, p. 278.)
— Vous voudriez, n'est-ce pas, que la démocratie subît le joug de vos sophismes, joug cent mille fois plus écrasant que topt ce qu'elle a porté jusqu'à présent? Il n'en sera rien. Les ouvriers sont las de se battre pour des utopistes.
Les ouvriers ont abandonné les montagnards et les prétendus socialistes : ils ont bien fait. Quand ils se battirent maintenant ce sera par désespoir. Le désespoir pille, tue, incendie et dit : Vous n'avez pas voulu anéantir le paupérisme; nous anéantirons la richesse. Puisse la science empêcher ce jour néfaste de se produire jamais !
« — L'art de faire produire, dit plus loin M. de Girardin, « réside dans le secret de faire consommer. »
(Idem, p. 283.)
— Ce passage devrait se trouver gravé sur le fronton de toutes les sociétés savantes, comme le problème dont la solution intéresse le plus l'humanité, après celui de la réalité du
droit. Mais, M, de Girardin s*imagine-t*il que réglementer le salaire soit un moyen de faire consommer?
« ~ Être équitable, dit M. de Girardin, voilà tout le « secret! » {Politique universelle, p. 383.)
— Être équitable, c'est : être raisonnable ; ou être fou. Si c'est être fou, je désire ne jamais me trouver sous le joug de l'équité. Si c'est, être raisonnable; c'est, lorsqu'il n'y a d'autre sanction que la force, et que je suis le plus fort : de satisfaire toutes mes passions per fas et nefas. Est-ce sur cette équité que voire société doit se trouver basée?
Dans les Décrets de l'avenir, M. de Girardin dit :
« — L'administration des hospices est supprimée. « Les biens des hospices seront successivement vendus à « l'enchère par voie d'adjudication publique. »
{Idem, p. 287.)
— Ce dernier coup manquait à l'excès de misère publique.
Lxxn.
Le livre yiii estintilulé : là propriété universelle.
Vous ne savez pas ce que c'est que la propriété universelle?
Je n'en savais pas pins que vous avant d'avoir lu le huitième livre de M. de Girardin. Aussi, me suis-je empressé de le lire^ pour m'en informer, et c'est seulement à la fin que j'ai trouvé :
« — La propriété universelle, c'est le salaire à son taux le « plus élevé, et Talimentation à son taux le plus bas; c'est « la consommation et la production s'aidant réciproque^ « ment;... c'est le travail occupant toutes les têtes et faisant « mouvoir tous les bras; c'est le travail sans chômage; c'est, « plus que tout cela encore, c'est le bien-être universel. »
« — Et, comme l'assurance universelle de M. de Girardin^A cause de la réglementation du salaire, qui en est la base, produit : le salaire le plus bas possible , la consommation au nAnimum possible, et, par conséquent, la production aussi au minimum possible ; comme cette assurance abrutit, ent outre, l'impense majorité des têtes, en laissant les bras inactifs; comme elle cause un chômage presque perpétuel et le mal-être universel ; j'en suis encore à me demander : ce que c'est que la propriété universelle.
Maintenant revenons au coinmencement de ce livre.
c -N.^ Dfûs la langue économique, dit M. de Girardin, le « nom de capital est donné a tout fonds inconsommable et « productif, etc. »
— Je dirai 4 M. de Girardin : que, dans la langue ééonomique, le mot eapHal n'a pas de valeur, parce qu'il en a dix Qûlle. C'est Rossi jiui ralârmâi ^ il est compétent.
« —Dans la langue usuelle, au contraire, continueM.de < Girardin, le nom de propriété n'est guère usité que pour « désigner la possession d'immeubles. »
— Ne donner le nom Ae propriété qu'aux immeubles est une des excentricités de M. Proudhon. Daunou disait cependant , et avec raison , que c'est la plus dangereuse des folies.
Après cela, vient l'énumération des différentes propriétés, parmi lesquelles se trouve la propriété immatérielle. Ce doit être une bien jolie espèce de propriété !
€ — S'il y avait, dit M. de Girardin, une propriété (une « espèce) à laquelle j'hésitasse à donner ce nom commun, « ce serait précisément celle qu'il est d'usage de considérer « comme étant la propriété par excellence, ce serait précisé- € ment la terre. »
— Ceci commence singulièrement. En effet, toute matière •ociale est propriété collective ou individuelle. Et, comme ici, c'est à la propriété individuelle du sol que M. de Girardin reAise le nom de propriété, il s'ensuivrait : que, M. deGirar- . din considère le sol, comme devant nécessairement appartenir à la propriété collective. Je le répète, c'est fort singulier, sous la plume de M. de Girardin. Attendons avant de pro* noncer.
« — Je m'explique, continue M. de Girardin, mon expli- « cation va être une hypothèse. »
— Bon ! voyons l'hypothèse de M. de Girardin, et espérons qu'elle sera claire et concluante.
« — Je suppose, continue M. de Girardin, que, par suite c de la liberté du commerce et de la réciprocité des échan- « ges, la terre cultivable et cultivée ne rapporte plus que c strictement les frais de culture et la somme prélevée par le « fisc sous le nom d'impôt ou d'assurance... »
— C'est précisément ce qui existe : lorsque le sol est entré
à la propriété collective, où, tout, ce qui n'est point frais de culture : est prélevé, par l'État, par la collectivité. Cette hypothèse est claire comme cristal de roche.
« — Que deviendrait, dans ce cas, continue M. de Girar- « din, la rente foncière ou fermage? »
— C'est évidemment de la rente foncière, ou fermage, relatif à la propriété individuelle, qu'il est question ici.
« — EUe s'annulerait, dit M. de Girardin. » Et son hypothèse est aussi concluante qu'elle est claire.
« — Plus de rente foncière, conséquemment, plus Aepro- « priété terrienne proprement dite, » continue M. de Girardin.
— Évidemment, cela signifie : plus de rente foncière relative à la propriété individuelle; conséquemment, plus de propriété terrienne proprement dite ou appartenant à la propriété individuelle.
5 — La terre, continue M. de Girardin, ne serait plus, t dans les mains de l'homme, qu'un instrument de travail, « qu'un moyen d'appliquer ses forces, ses facultés personc nelles, pour en tirer un salaire qu'il se paierait à lui- « même. Ce que je viens de supposer, peut se réaliser, et se * réalisera peut-être plus tôt que je ne l'entrevois. »
— Prêtres de la science, une hécatombe à Minerve! Voilà H. de Girardin partisan déclaré de l'entrée du sol à la propriété collective.
M. de Girardin est tellement partisan de la propriété collective du sol, qu'il reconnaît la possibilité de dire à la propriété individuelle du sol :
« — Vous n'êtes pas le fruit du travail de l'homme, nous c ne vous reconnaissons pas le titre de, propriété. »
— C'est évidemment propriété individuelle, que H. de Girardin a voulu dire : car le sol social est nécessairement propriété collective ou propriété individuelle. Puis M. de Girardin ajoute :
« -^ Ce titre n'appartient légitimement et ne s'appliQue ce maintenant qu'aux fruits du travail* »
— Continuez, monsieur de Girardin, et vous n'aurez plus besoin de réglementer le salaire; il se trouvera, ]^ar la seule organisation de propriété que vous prévoyez , au maximum possible des circonstances; et aussi la production, la consommation et le bien-être universel.
« — A mes yeux, dit M. de Girardin, propriété person- « nelle, propriété industrielle et propriété terrienne tirent « leur existence de la même origine : l'utilité indivi-
« DUELLE LÉGITIMÉE PAR L'UTILlTÉ PUBLIQUE. »
— Très-bien ! Monsieur. La raison éternelle sanctionne ce que vous dites. Alors, ayez la bonté d'étudier les Théories générales que j'ai l'honneur de soumettre au public et à vous; vous y trouverez : que , l'aliénation du sol est devenue incompatible avec l'utilité publique, c'est-à-dire avec l'ordre.
« — De là,ajouteM. de Girardin, le droit de préemption unice verselle, ce qui est à la propriété universelle ce qu'une extîé- « mité du levier est à l'autre. » {Politique universelle, p. 298. )
— L'expression propriété universelle ne signifie rien, ainsi que nous l'avons vu. Quant à la préemption universelle, c'est la tyrannie de la richesse sur le travail. Qu'importe au riche, pour satisfaire un caprice ou une vengeance, de payer deux, quatre, six bu huit ce que le pauvre peut à peine estî^ mer un? La préemption universelle est digne de la réglementation du salaire et de l'absence de bien et de mal*
Après avoir énuméré les miracles de la préemption univer* selle, c'est-à-dire delà domination du capital sur le travail,M. de Girardin, oublieux du drapeau de la propriété collective du sol, «ous lequel il vient de combattre comme un héros, s'écrie :
« — Qu'importerait alors la question de âavoir si le sol Uoit « appartenir à la propriété collective ou à la propriété indî^ « viduelle? Ce ne serait plus qu'une question oiseuse* >
— Voyons, Monsieur !
Est-ce uûe question oiseuse de savoir : si, le travail de l'homme sera l^esclave ou le dominateur du capital, de la matière?
Non, répondez-vous.
Eh bien ! j'ai prouvé, incontestablement, aux Théories générales: que, tant que le sol n'appartient point à la propriété collective, le travail, l'homme, est esclave du capital, de la matière.
Prouvez que j'ai mal prouvé; et, faites agréer vos preuves par le public. J'accepte pour juge, TAcadémie des sciences, non point morales et politiques, laquelle est morale et politique comme la politique universelle; mais, rAcadémie des sciences, purement et simplement.
A propos delà préemption universelle et d'une charrue à vapeur, M. de Girardin dit :
a — De RICHES compagnies se formeraient; elles préemjh- « leraient toutes les terres dont elles auraient besoin, puis « elles diviseraient leur fonds social en actions qu'elles émet- « traient. On serait alors actionnaire du sol comme on est « actionnaire d'Un chemin de fer. » *
— C'est cela. Et, vous auriez : la mobilisation du sol, le triomphe du Saint-Simonisme, qui vous a bouleversé l'intelligence; le triomphe du bourgeoisisme, le triomphe du produit net enfin, ce nec plus ultra de l'exploitation des masses. Que cela se fasse 4onc, et que je puisse le voir! La (in du vieux monde serait bientôt le résultat de cet apogée de l'égoïsme.
La préemption, c'est-à-dire l'expropriation pour cause d'utilité publique, se justifie par tout ce qui se trouve en dehors dû foyer domestique. Mais, vouloir appliquer l'expropriation à ce qui se trouve' sous la protection des dieux lares^ est l'une des barbaries les plus atroces qui aient existé.
Puis, et toujours à propos de machines, M. de Girardin dit :
« — L'homme est supérieur aux machines par rintelli- < gence; les machines sont supérieures à l'homme par la pré-
« cision. La précision est Tâme des machines, c*est leur « génie. » {Politique universelle , p. 301.)
— Merci de la comparaison entre Thomme et les machines! Est-ce que vous vous imaginez que les machines fassent quoi que ce soil? Ce que les machines font au figuré, c'est Thomme qui le fait au propre. Mais, pardon ! j'oubliais que la supériorité des machines sur l'homme est logique, comme déduction bourgeoise, dont la base est le panthéisme, l'absence de droit, le matérialisme ou le nihilisme.
Le livre ix est intitulé VAutonomie universelle.
L'expression autonomie, qui se règle par sa propre volonté, équivaut à l'expression liberté. Vous croyez peutêtre : que cette expression sera uniquement appliquée au règne de l'homme; et, qu'elle sera incompatible avec l'expression nécessité, le contraire de la liberté. Allons donc ! Ce que vous croyez serait logique.
« — D'où vient, dit M. de Girardin, que les astres se a meuvent en pleine liberté sans se rencontrer ni se heurter « jamais? »
— Comment trouvez-vous la liberté qu'aurait la lune, d'aller faire des niches au soleil ; ou, Jupiter, d'aller cajoler Vénus? C'est digne des fruits rouges, nés de la copulation de telles ou telles planètes.
« — C'est, répond sérieusement M. de Girardin, que cha- cun se meut dans* une orbite sans en pouvoir sortir. »
— Efie est jolie la liberté de M. de Girardin!
a — Cet ordre astronomique, continue M. de Girardin ^ « est ce qui constitue l'équilibre universel. »
— M. de Girardin aurait pu ajouter : cet équilibra est le résultat de la nécessité, ce qu'il y a de plus opposé à la liberté.
« — C'est, continue M. de Girardin, un équilibre />are(/ « que j'ai cherché à créer dans l'ordre politique. »
— Créer est modeste. Vous voulez faire de nous un monde
atitomatique. C'est, en effet, le seul moyen de nous faire accepter : un monde sans droit; et, la réglementation du salaire ; plus, Tabolition du mariage.
€ — L'autonomie universelle, dit encore M. de Girardin : « voilà quel a été mon but. L'ai-je atteint? Ai-je découvert « toutes ses lois? N'en ai-je transgressé aucune? C'est ce f qu'à défaut de l'application, que je souhaite, sans l'es- « pérer, m'apprendra la discussion que je sollicite. »
— Je prends acte. Monsieur, et je relève votre gant. Vous sollicitez la discussion. Je me présente. Si vous ne répondez pas, vous acceptez mes prémisses et mes conclusions : qui ne dit mot, consent.
Vous savez que M. de Girardin est partisan d'une nouvelle souveraineté du peuple, trinité de souveraineté individuelle, de souveraineté communale et de souveraineté nationale; trinité, dont le résultat pratique est toujours l'expression de la force brutale. Maintenant écoutez !
« — Si ces lois, dit M. de Girardin, sont les véritables « lois de l'autonomie universelle, sera-t-il nécessaire de les t soumettre préalablement à la sanction populaire? A cette « question, que je me suis posée à moi-même, j'ai répondu : « non? »
— Vous avez raison. Monsieur, de ne rien soumettre à la sanction de l'ignorance. Cependant, si vos lois, supposées réelles, doivent être soutenues par le peuplç, par tous, il ïaut que tous les connaissent et les comprennent comme rationnellement incontestables. Sinon ^ acceptées aujourd'hui comme bonnes, par une influence quelconque, elles seront, nécessairement, dites mauvaises le lendemain, par la Voix du progrès continu, le grand souffleur des révolutions. En dehors de l'instruction réelle vulgarisée, la vérité mise à nu, serait bientôt couverte des crachats de l'ignorance.
« —• Ou ces lois sont fausses, continue M. jie Girardin, « 01) elles sont vraies ; si elles sont fausssi, pourquoi exposer II. 17
« à la cpmplicilé d'une erreur le peuple qui les a4opt^rait; c si ces lois sont vraies, pourquoi exposer au risque d'une « méprise le peuple qui les rejetterait? »
— De là, Monsieur, la nécessité, parfaitement indiquée, d*instruire réellement le peuple, afin qu'il puisse distinguer : la bonne raison de la mauvaise, et le bien du mal. Il est vrai que, pour vous, qui ne voulez ni bonne raison ni mauvaise, ni bien ni mal, vous aimez que le peuple ne soit point instruit, afin qu'il ne vous repousse pas. Réfléchissez, cependant, qu'en dehors de l'instruction réelle, c'est-à-dire incontestable ou scientifique, vulgarisée dans toute la valeur de l'expression, il n'y a de possible : que le despotisme ou l'anarchie. Cela vous va-t-il ?
« — Est-ce que si le peuple, continue M. de Girardin, « était consulté sur la loi de gravitation universelle, le vote € du peuple pourrait infirmer ou confirmer la découverte de « Newton? »
— Hélas! Monsieur, beaucoup de savants auraient besoin de se dire : que la gravitation prétendue universelle ne peut exister qu'au moyen de la répulsion universelle; ce qui rend le tout égal à une moitié, ou place deux universels dans un tout. Mais n'importe. Si, la découverte de Nev^ton était la base d'ordre social, il faudrait que tous pussent la comprendra comme incontestable, et compi'endre, en outre, qu'à la pratique de ce que cet ordre exige, est attachée une sanotien inévitable : lé tout, sous peins de désordre ou d'^nair-* thie.
« — Est-Kîe que si le peuple, continue M* de Girardin, était
« consulté sur la question de savoir si la terre tourne, le
« vote du peuple pourrait trancher la question indécise entre
« Galilée et le pape Urbain VIII ? Est-ce que si le peuple était
« consulté sur la question que Napoléon posa, le 21 juillet
« <804, à l'Académie des sciences, à l'occasion de Fulton,
c il serait plus inMliible que l'Académie des sciences^ qui
« traita Fuiton de visionnaire, et son idée, « d'idée folle, € d'erreur grossière, d'absurdité? »
— Diable ! Monsieur, vous commencez à me faire peur de l'Académie des sciences. Mais il y a de cela un demi-siècle, et, il faut espérer que cette leçon lui aura servi. Dans tans les cas, si la machine de FuUon devait être base d'ordfe, encore faudrait- il que tous en fussent certains ;* et, qu'il est incontestablement dans l'intérêt de chacun de la protéger par tous ses moyens.
« — Ce qui appartient au domaine de rexpéricnco, (lil- « M. de Girardin, doit se résoudre par l'épreuve de Veivpé- « rience. Le juge de ce qui est le progrès, c'est Vessai. »
— Dites-mji, je vous prie, quelle est la différence entre l'expérience et l'essai ?
Pour ce qui concerne l'ordre physique, le raisonnement a ^ nécessairement, pour point de départ ; Vexpérience.
Pour ce qui concerne l'ordre moral, le raisonnement a nécessairement, pour point de départ : la distinction rationnellement incontestable entre f ordre physique et l'ordre moral.
Pouvez-vous établir, d'une manière rationnellement incontestable, la distinction entre l'ordre physique et l'ordrp • moral ?
Non, répondez-vous.
Alors, Monsieur, tout ce que vous dites sur Tordre moral, et, par conséquent, sur Tordre social, considéré comme n'étant point automatique, doit être regardé: comme non