MIÈRES ET LES SIÈCLES ME RÉTROGRADERONT « PAS
L'Empereur. Mémorial de Sainte-Hélène.
13 avril 1816.
Un mot sur les manufactures.
Et, comme ragriculture esl aussi une manufacture, ce que nous alioQS dire des manuractures, se rapportera également à ragriculture.
Nous avons vu :
Que, pour aussi longtemps que le sol reste aliéné, le salaire est nécessairement au plus bas possible,. et l'intérêt du capital au plus haut possible ;
Et que, du moment que le sol se trouve entré à la propriété collective, le salaire se trouve toujours, et nécessairement, au plus haut possible, et l'intérêt du capital au plus bas possible, aussi nécessairement.
Ces deux états de la société, les deux seuls possibles, ont besoin de dénominations appropriées à leurs causes et à leurs effets :
Le premier, où le salaire est, nécessairement, au plus bas possible des circonstances, prendra le nom de domination du capital sur le travail.
Le second, où le salaire est, nécessairement, au plus haut possible des circonstances, prendra le nom de domination du travail sur le capital.
Ou, plus simplement :
Le premier, domination du capital ;
Le second, domination du travail.
Il est évident : qu'aussi longtemps que le sol reste aliéné; qu'aussi longtemps que le capital domine ; les ouvriers, les travailleurs quels qu'ils soient, et abstraction faite de leur capital, sont toujours exploités par les possesseurs du capital ; et cela : nécessairement, par le seul effet de l'organi-
SATIQN »E LA. PROPRIÉTÉ; et quelle que soit la bonne voiQiRté des possesseurs du capital.
Ces derniers se trouvent alors dans l'absolue nécessité : ou d'exploiter les travailleurs; ou de se ruiner. Sous la doipiaation du capital, c'est-à-dire sous la société actuelle, les épargnes des riches, dit le prince des économistes, J. B. Say, se font am dépens des pauvres. Et J. B. Say a raison ; et cala se fait nécessairement alors. Sous la domination du capital, dit encore J. B. Say : tous les ans une partie de la population doit mourir de besoin, même au sein de la nation la plus prospère. Et J. B. Say a encore raison ; et cela encore se fait alors nécessairement.
Avant de continuer, permetlez-moi de faire une observation :
^« — Si Voltaire, disait l'Empereur, avait régné sur ses « contemporains, s'il avait été le héros du temps, c'est que • tous alors n'étaient que des nains. »
— Ce que l'Empereur disait de Voltaire, peut se dire de J. B. Say, Il faut être nain , pour ne point comprendre : qu'en présence de deux pareilles propositions, qui sont incontestables ; et, de l'incompressibilité de l'examen; une pareille société doit être radicalement changée, ou que l'anarchie doit la détruire.
Continuons !
Hais, du moment que la société a reconnu ; que la domi* nation du capital conduisait, nécessairement aussi, la société à Tanarchle, à la mort; et cela, aussi nécessairement depuis que l'examen du droit social ne peut plus être comprimé ; du moment, dis-je, que, pour anéantir cette domination, elle ordonne que le sol vienne à faire partie de la propriété collective; dès ce moment : la domination du capital cesse; et la domination du travail commence. Le salaire, du plus bas possible où il se trouvait, s'élève progressivement au plus haut possible; et, l'intérêt du capital, du pl^sbaut possible
OÙ il se trouvait, s'abaisse progressivement au plus bas pos« sible : le tout nécessairement; et, par le seul effet de la nou* velle organisation de la propriété.
Tout cela est aussi clair que deux et deux font quatre, visà-vis de vous, lecteurs ! qui vous trouvez sans préjugés. Il n'en est pas de même vis-^-vis des autres. « Leurs yeux^ dit < M. Guizot, ont, pour ainsi dire, la faculté de s'ouvrir ou « de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est clair, leur pa- « raît réellement obscur. Ce qui est prouvé, demeure in- « certain ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs pro* « près ténèbres, et quand la lumière essaie de pénétrer, elle « leur est à la fois insupportable et douteuse. ^
Ce passage est admirable^ et il n'y a pas de démonstration d'erreur qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie seule peut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du dévoir de celui qui les possède de les présenter au public. Je remplis un devoir : le reste, ne me regarde pas.
Ainsi, du côté de l'établissement de la domination du tra<* vail sur le capital, anéantissant les anathèmes économiques :
Que, les économes des riches se font aux dépens des pauvres ;
Et, que, tous les ans une partie de la population doit né' eessairemènt mourir de besoin, même au sein de la nation la plus prospère ;
Anéantissement, nécessaire maintenant à l'existence de Tordre, de la paix, du bien-être universel ; pas l'ombre d'une objection raisonnable.
Voyons maintenant les résultats !
Sous la domination du capital, les ouvriers prolétaii^i réduits, selon les démonstrations de tous les économistes, à vivre du phè strict nécessaire, et encore pour autant que l^ur nombre ne dépasse point ce qui est nécessaire pour satisfaire les besoins dc5 possesseurs du capital ; les ouvrieM;
alors, ne consomment point en réalité : ils sont des machines qui fonctionnent et que l'on alimente d'une nourriture comparable : au cambouis dont on graisse les rouages; ou eneore au charbon dont on nourrit les locomotives.
La production, je le répète, ne se fait donc, alors, que pour satisfaire les besoins des capitalistes; et, cette production, nécessairement mise en équilibre avec la consommation d'une minorité de la société, est au minimum possible : comparée avec la production d'une population, au sein de laquelle tous consomment autant que possible : parce que tous produisent, et pour eux-mêmes, autant que possible.
Qu'est-il nécessaire d'ajouter à cette démonslration?
Rien, pour ceux qui voient; rien, pour les aveugles.
Ainsi :
Anéantissement du paupérisme; Anéantissement de tout esclavage;
Anéantissement de toute source d'anarchie ;
Établissement du bonheur universel ;
Tel est le résultat nécessaire, et quant aux manufactures, de cette opération sociale, si simjple et si nécessaire : Ventrée du sol à la propriété collective.