‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 86 sur 120 · COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMERCE

Si les finances sont, à la vie collective, ce que le sang est à la vie individuelle; le commerce est, à cette même vie collective, ce que les chyllfères sont également à la vie individuelle; il porte au sang le résultat du travail de l'organisme. Mais, si les gros vaisseaux atrophient les petits, l'organisme périt, le corps social meurt.

Voilà ce qui arrive, sous la société actuelle, sous la domination du capital. Le gros commerce se gorge de finances, le petit commerce reste atrophié. C'est que, sous la dominatioa du capital, le crédit ne se fait qu'au capital et par des capitalistes. Sous la domination du travail, le crédit se fait II. 2i

aux travaillaurs, et par la société, en concurrence avec les capitalistes.

Ici, économistes et socialistes, partisans de l'aliénation du sol, vont s'écrier également : Ah ! le gouvernement prête h tout le monde. Alors, j'emprunterai, moi, pour faire tout ce qui me passera par la tête; et, l'État sera bientôt ruiné. Ils ont raison, les braves gens; ils sont à la hauteur de la science matérialiste ; ils ne craignent pas de voler le peuple, quand il n'y a rien à craindre du bourreau. C'est logique. Mais, cous la société future, quiconque n'est pas un fou, n'est pas un voleur : même en l'absence du bourreau, qui n'existe plug alors. Ils oublient, ou plutôt ils ne savent pas encore, qu'à celte époque : le gouvernement ne prête pas aux fous, mais a pitié d'eux et cherche à les guérir. Juger la société future par la société actuelle, est un moyen sûr de se tromper. Mais, prenez garde ! vous pourriez juger la société future, par ce qui est opposé à la société actuelle et vous tromper encore. Parce que deux et deux ne font point oinq, il ne faut point en conclure : que deux et deux doivent faire sept. Mille chemins conduisent à l'erreur; un seul conduit à la vérité.

Ce qui se fait, sous la domination du capital, se fait né" cessairement; et les individus^ quelque bonne volonté qu'ils puissent avoir, ne peuvent l'empêcher.

Ce qui se fait, sous la domination du travail, se fait aussi nécessairement; et les individus, quelque mauvaise volonté qu'ils puissent avoir, ne pourraient également Tempêchen

le croirais injurier mes lecteurs, en leur faisant observera que le mot nécessaire se rapporte partout où je Vài souligné, à ce qui se fait socialement; et que même, c'est seulement lorsque les choses sociales se font ainsi, que la liberté sociale des individus se trouve réelle. Nos langues actuelles sont si sujettes aux logomachies : qu'il faut souvent risquer d'être ennuyeux; pour n'être point obscur.

Je continue.

De plus, le commerce ne peut jamais se faire, que pour

ceux qui consomment. Or., sous la domination du capital, l'immense majorité de la population ne consomme pas, et ne fait c(ue fonclionner. Et, si une révolution se fait, ou se prépare, ou paraît ne point finir : la confiance, c'est-à-dire le crédit, s*évanouit; les consommations diminuent; le fonctionnement des machines prolétariennes s'arrête ; les petits commerçants tombent dans le gouffre du prolétariat : n'ayant plus de capital, ils ne sont plus que travailleurs du commerce ; ils sont esclaves.

Sous la domination du travail, au contraire, le petit commerçant, s'il travaille plus que le grand, est plus rémunéré : car, alors, la rémunération se mesure au travail et non au capital. Et quant au capital, le petit commerce n'en manque jamais : car alors, et je le répète, la société rivalise avec les capitalistes, pour donner le capital, aux travailleurs, à Tintêrét le plus bas possible.

Mais il est un autre point commercial, cause de la ruine du prolétaire, sous la société actuelle : c'est, le commeiw international dit libre. Car, il est à remarquer : que, sous la domination du capital, le mot /t(erf^ est toujours employé è masquer un esclavage queleonque.

Sous la domination du capital, le commerce, entre des nationalités différentes, ne peut se faire, avec utilité pour le commerçant, qu'en offrant des marchandises qui lui coûteront moins qu'elles ne pourraient coûter à eeui auxquels il va les offrir.

— Est-ce clair? Âuriez-vous la bonté maintenant de rester attentifs encore un petit instant?

— Sous la domination du capital, le bon marché des mar*" chandises ne peut, néanmoins, avoir lieu qu'aux dépens du salaire : qui, alors, est toujours au plus bas possible; tandis que, l'intérêt du capital est alors, toujours aussi, au plus haut possible.

C'est DONC la nationalité où le travail est le plus exploité^ qui offre le plus d'avantage au commerce. Et, la nationalité^ qui alors veut ne pas se ruiner, veut ne point laisser ses pro-

létâires sans travail : doit aggraver l'exploitation des masses, pour qu'elles puissent ne point mourir.

•r- Encore une fois, est-ce clair?

— Oui, mais seulement pour les voyants. Pour ceux que le préjugé aveugle : « leurs yeux ont, pour ainsi dire, la face culte de s'ouvrir ou de se fermer selon leurs désirs. Ce « qui est clak leur parait réellement obscur. Ce qui est prouvé « demeure incertain ou même faux. Us vivent plongés dans « leurs propres ténèbres, et quand la lumière essaie de pé- « nétrér, elle leur est à la fois insupportable et douteuse. »

*— Sous la domination du travail, au contraire, le bon marché des marchandises ne peut exister que par rabaissement de l'intérêt du capital : car, le salaire, alors, est toujours au maximum possible. Mais, il y a plus, il y a infiniment plus : c'est, qu'alors, il n'existe qu'un seul droit, celui de la vérité qui est unique. Et lès nationalités n'existent : que parla multiplicité de droits, relatifs aux différentes forces, qui sont multiples par essence.

Faites dominer le travail ; anéantissez la domination du capital, par l'entrée du sol à la propriété collective; et l'humanité devient ce qu'elle doit être : la société. C'est exclusivement alors que le commerce peut être libre; c'est exclusivement alors que vous pourrez inscrire, et avec raison, sur vos monuments : liberté, égalité, fraternité.

Je m'arrête et je me résume.

Laissez le sol aliéné : le monde est esclave; le monde meurt.

Faites entrer le soi S la propriété collective, par l'anéantissement de l'ignorance sociale : le monde est libre; et reste libre : jusqu'à l'anéantissement du sol.

Comprenez-vous, maintenant :

« Que les prétendus conservateurs, n'importe à quel dra- « peau ils appartiennent, sont tous des destructeurs de « l'ordre, des conservateurs d'anarchie; tandis que moi, je « suis destructeur d'anarchie et conservateur, pour l'avenir, • de l'ordre rétabli. »

Le monde sera libre; le monde ne périra pas. ÎTous, riches et pauvre^, nous travaillerons à rétablissemjeni de la liberté : car, c'est dans rintérét de tous; dans Tintérêl de rbumanité : sans qu'il soit possible d'en excepter un seul individu.

Un seul mot de plus; un seul, et bien essentiel.

L'organisation de la société nouvelle, établie ftans nuire à personne et en étant utile à tous, peut seulement commencer PRATIQUEMENT : lorsqu'elle aura le concours de ceux qui se trouvent maintenant à la tête de la société : par l'iNT&Lligence; et par la richesse.

Aussi longtemps que les riches et les prétendus savants s'opposeront à ce que la société nouvelle s'établisse de la seule manière qu'elle peut être établie , ils seront exposés : à Joules les violences qui sont nécessairement les suites de l'anarchie; c'est-à-dire : aux suites du règne de la force brutale des individus, prédominant la force sociale. Euxmêmes, alors, seront la cause de tous les malheurs qui pou^ront leur arriver.

Qu'ils y réfléchissent !

Hélas! ils n'y réfléchiront point.

,« Leurs yeux ont, pour ainsi dire, la faculté de s'ouvrir c ou de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est clair, leur « parait réellement obscur. Ce qui est prouvé demeure inc certain ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres c ténèbres, et quand la lumière essaie de pénétrer, elle leur c est à la fois insupportable et douteuse. »

Que les destins s'accomplissent?

Qu'il me soit permis maintenant d'âyouter quelques lignes à ce qui précède.

Peut-être beaucoup de personnes, malgré l'autorité de la raison, refuseront de reconnaître la nécessité de faire entrer le sol à la propriété collective : par cela seul que moi^ homme obscur, j'en suis seul l'inventeur. Je tiendrais à grand honneur d'avoir découvert le moyen d'anéantir le paupérisme. Mais : cuiquesuum; à chacun ce qui lui appartient. L'hoa-

n£m de la découverte remonte plus haut, en voici la preuve :

« Nous avons supposé que Tassociation ouvrière ne ferait « d'abord qu*attermer la terre, puisqu'ejle paierait aux prête priétaires actuels le faible revenu qu'ils tirent des terres « incultes et des communaux ; mais, au fur et à mesure elle a les rachèterait afin d*itre seule raoPHiÉtÀiRE. y>

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