‹ Qu'est-ce que la science sociale?Chapitre 8 sur 36 · RÉPARTITION SELON LES ÉCONOMISTES · texte numérisé non relu

RÉPARTITION SELON LES ÉCONOMISTES

« Noa» ne consentirons plas h donner le « nom (le richesse qu*à la somme du prodoU « national ÊQUiTABLEVEirr distiibctéb entre toôs « les prodacteurs. Telle est l'économie politiqoe « française à laquelle nous faisons profession « d*appartcnir ; et celle-là feba le toui du

tf MONDE. »

M. Blakqui, de TAcadémie des sciences morales et politiques.

Nous avons dit, et c'est incontestable pour toute personne de bonne foi : que, ce qui sépare les économistes des socialistes, c*est la base de la répartition des richesses. Les économistes veulent que cette base soit le fait; les socialistes veulent que ce soit le droit.

Le passage que nous venons de citer, place M. Blanqni parmi les socialistes ; et même parmi les socialistes trèsavancés, puisqu'il proclame : que le socialisme fera le tour du monde : ce qui n'est rien moins, vis-à-vis de la logique, que l'annonce de l'anéantissement des nationalités.

Je pourrais prendre ici tous les économistes, un à un, soit par ordre de date, soil par ordre de mérite, et prouver : que

1005, sans en cxccpler un seul, soui socialistes. Il esl vrai fupic pourrais prouver avec la même facilité : que, les prékodus socialistes, sans en excepter un seul, sont écono- BfMa. Hais, d*aprésceque j*ai établi dans Tintroduction, (riic preuve est évidemment inutile : car, dans l'état actuel d'ignorance sur la réalité du droit ; par conséquent d'impossibilité de baser la répartition des richesses sur le droit ; le lout en présence de Tincompressibilité de l'examen, rendant la n*partilion des richesses basée sur la seule force kiilale incompatible avec l'existence de Tordre; il est impassible que cette preuve soit utile.

Ce dont nous avons à nous occuper ici, est seulement de Rfhercfaer : le résultat du fait actuel, relativement à la répartition des richesses. Et, si ce résultat est nécessairement lePAUPÉmsiiE, nous en conclubons :

QB'en présence de tincompressibUité de Nxamen, le fait itftM/, ou LA SOCIÉTÉ ACTUELLE, sc trouve absolument int$mpaiMe avec Texistence de l'ordre.

Je prie instamment mes lecteurs de donner toute leur attenlioo à la présente conclusion : non pour en étudier la jus- Ifssr, elle est incontestable vis-à-vis tout homme logique et di* bonne foi; mais, pour se la rappeler, pour ainsi dire, à chaque page, à chaque ligne. La première chose, dans une iiude, est : de savoir clairement ce que l'on veut, et de s'en nppeler sans cesse, pour ne point perdre son but de vue. Il ne s'agit point ici de rechercher : en quoi peut consister la société futore. Il s'agit seulement, exclusivement, de refoonaitre : que, selon tous les économistes, sous quelque btBDière qu'ils se trouvent, le résultat nécessaire de la sociéié actuelle, est le paif/>^n>ffie. Et, par économistes, j'en- Imds également : et ceux qui répudient le nom de socialiste ; H ceux qui s'en font gloire.

Je vais exposer quelques citations à l'appui de ce que je tiens de dire. A la fln de chacune, je me bornerai à y joindre quelques mots. Je commence :

« — La misère publique est un grand fait social parlîcu- « lier aux temps modernes, et qui se manifeste de plus en « plus, à mesure que la ewilisalion se répand. •

(M. Blanqui, de Tlnstitut.)

— Telle est la vérité dans toute sa nudité. Il eût été bien : de rechercher la cause de ce mal ; et de voir si, en présence de rincomprcssibilité de l'examen, ce fait est compatible avec Texistence de Tordre.

c — L'émancipation des esclaves est la cause première « cl universelle du paupérisme et de la mendicité. *

(M. Granibr de Cassàgnàc.)

— C'est parfaitement vrai. Dans notre société, dès qu'il n'y a plus d'esclaves domestiques, il y a nécessairement mendicilé et paupérisme; c'est-à dire : esclavage social des masses; esclavage collectif. M. de Cassagnac, conclut-il t ce que l'esclavage domestique doive être rétabli? ou croitil que la mendicité et le paupérisme se développant comme la civilisation, soient, en présence de l'incompressibilité de Texamen, compatibles avec l'existence de l'ordre?

M. de Cassagnac ajoute :

« — Il est vrai que la science dite économique, n'est, « jusqu'à présent, dans sa partie positive, qu'un grand las de c faits sans /t'en, et, dans sa partie théorique, qu'un grand c fouillis d'idéologie plus ou moins creuse. N'ayant rien c étudié sérieusement, elle ne sait rien positivement^ ce qui c paraît lui avoir été un motif de s'appeler science. »

— Ce passage est admirable d'expression et de vcrilé. Mais, fiiut-il retourner à l'esclavage domestique? ou l'esclavage social est-il compatible avec l'existence de l'ordre, en présence de l'incompressibilité de l'examen ?

. « —Nous sommes toujours entre deux écueils, dont le ^ lésQltat cependant est le même, d'abréger le cours de leur c vie (des enfants), déjà si fragile : ou par les oxoèa du

« Ifivaîlt ou par les souiïninoes non moins douloureuses de t h fetaiL » (R068I.)

— Reaarqoeije vous prie, que Rossi esl i*un desécono- ■istes les plus instruils. Et, le voilà constatant : Tinévitabililé du paupérisme pour la société actuelle.

< — Comme eux (les conservateurs), nous ne croyons t pis que la misère puisse être complètement détruite dans t le monde. »

(M. E. DE GiRARDiN, 10 décembre 1849.)

— Pour la société actuelle, M. de Girardin a parfnilement raison. Mais alors, à quoi peuvent servir : Tabsencc de religioD, rabolition du mariage, la fixation du salaire par rÉtal, H TimpAt sur le capital? Ou bien la misère qui croit comme h civilisation, est-elle compatible avec Texistence de Tordre, m pnâaeoce de rincompressibilité de l'examen?

• — Dans un État comme la France, où Ton suppose « doaie millions de familles, en comptant trois individus par « luûlle, on SAIT qu'il existe : deux millions de familles t qui ont k peine le nécessaire, et qui souvent en sont « mutées: Six millions qui ont le nécessaire, etc. •

(M. TnERS.)

~ Bl voilà réUt social que M. Tbiers veut cooserver ! J*ei appelle k lui-même : un tel état est-il compatible avec raisianoe de Tordre, eu présence de Tincompressibillté de Teiamen.

SeioQ M. Tbiers, la France a deux millions de familles qui ietveol manquent du nécessaire. Comme la civilisation an- Slaiie, aous le rapport de la richesse, est plus développée que la civilisation française : voici un exemple de ce que sont eu Aoglelerre, ceux qui souvent n'ont pas le nécessaire.

« — On lit dans le Glob€j dit la Presse du 24 no- « vembre1S49:

t M. Charles Cockraue, dans un discours sur le même

— ÏU —

« sujet, prononce à une réunion tenue à Husic-Hall, a fait « entendre les faits suivants : Dans une maison de Cburchc Lane, vingt-trois personnes habitent une chambre de huit « pieds sur douze; à Carrier-Strett, une chambre de treize « pieds sur neuf contient dix-huit habitants; nous avons « trouvé, dit l'orateur, vingt et une personnes dans une « chambre sous les toits.

« Par contre, au Zoolical-Garden, regents-park,le lion habite « une loge de vingt-deux pieds sur douze, sans compter « son dortoir (sieeping place) de vingt-deux pieds , c*esl- « à-dire, quatre fois l'espace que nous avons trouvé rempli <i par vingt-six créatures humaines. La loge du tigre a viogt- « trois pieds de long sur huit de large, sans compter sa « chambre à coucher. Un chien esquimaux habite une loge « de onze pieds sur huit, b

— Nous aurions pu choisir des milliers d'exemples bien autrement dramatiques que ces comparaisons. Mais le tout ne fera jamais que prouver : que, dans la société actuelle, le paupérisme se développe sur une ligne parallèle au développement de la richesse, et nous désirerions faire observer : que cet état social, en présence de l'incompressibilité de l'examen, est absolument incompatible avec l'existence d'un ordre plus qu'éphémère. C'est là le premier point que nous voudrions gagner. Dès l'abord, il ne s'agit point de savoir : si, un autre ordre social est possible; ni comment il serait possible. Tant qu'il n'est point parfaitement démontré à ceux qui se trouvent à la tête de la société par l'intelligence et la richesse, que la société actuelle doit être radicalement changée, sous peine d'anarchie permanente, et par conséquent d'agonie sociale; il n'y aura : que des tableaux plus ou moins émouvants; que des passions développées; que de l'art enfin, et point de science.

Les passages suivants appartiennent à l'excitation des passions dont je viens de parler.

« — L'ouvrier filateur. . . . n'est véritablement que de

— Ii5 —

« la Balière an poids, de la bouille sous une autre forme, du « ooflibostibla humain k consommer dans la fabrication.

c Ainsi, pour nous résumer; la soumrancc dès

« le beroeau, l'infirmité en héritage, le scrofule pour signe « de race, ridiotisme pour intelligence, le travail avant Tégo « de la croissance, la fatigue au delà des forces humaines, « un salaire inférieur aux besoins, une pomme de terre pour « Dourriture, une botte de pallie pour Ut de repos, la famine

• à répoque du chOmage, rhôpilal à Tépoque de la maladie,

• la détresse toujours, la mort à vingt ans' en moyenne, à « quarante ans au maximum, et, au delà de cos mystères « d*épouvante. Dieu, qui compte les misères au compte de

• tous. Voilà la destinée de Touvrier des fliatures. »

(M. E. Pelletan, Presse du 6 janvier 1830.)

c Vingt-six millions trois cent neuf mille citoyens meurent « de him, logent dans des cabanes, des huttes ou des man- « sardes; et dans œ nombre deux cent quatorze mille se rc- « Itagient dans des terriers. Deux cent cinquante-sept mille « personnes vivent de la richesse du pays. Parmi ces dernières, « soixante-quatre mille seulement jouissent des bienfaits de « la Providence sans songer au lendemain. Ces soixante- € quatre mille individus occupent les fonctions de PÉtat, et « irouveni que tout est pour le mieux dans la meilleure des « sociélés possibles. •

(M. Perretmond, Bilan de la France, ou la Misère elle Travail.)

— Tout cela est plus ou moins vrai ; mais ne parait écrit que pour irriter les pauvres et pour reprocher aux riches cette situation sociale. Les riches, hèlas ! en sont aussi innoci'als que Tes pauvres. Ce ne sont point les hommes qu*il faut accuser, mais bien Tignorancfî sociale; rt voilà pnH?isoment ce que Ton ne veut point faire. Au lieu di* cela, on donne des utopies comme remède; puis viennent MM. Thiers et autres académicîciis, qui pulvèris<*nt les utopies. Et que rèsuliivt-il de ceUc force pour exposer le mal; et do cette impuissance à lu. 10

y remédier? que les pauvres n'attendent que le moment d*é(re forts pour prendre; et, que les riclies emploient toutes leurs forces pour empêcher les pauvres de devenir forts. La haine alors s'établit entre ces deux classes. Et, au lieu d'obtenir le concours de tous pour guérir le mal, on obtient le concours de tous pour Taugmenter.

Par exemple, M. de Girardin, après nous avoir dit, le

10 décembre 1849, qu'il est impossible d'anéantir le paupérisme, nous dit, le 2 janvier 1850 :

c — Nous afOrmons qu'il est possible d'éteindre rodkalec ment le paupérisme; nous prétendons que cela est facile; « nous sgoutons enfin que cela est nécessaire. »

— Et, comme moyens d'exécution, M. de Girardin donne : absence de religion; fixation du salaire par l'État; abolition du mariage; et un impôt prétendfiunent placé sur le capital, dont le résultat serait l'exploitation du travail au maximum possible. Que voulez-vous que fassent les hommes d'ordre, en présence de pareilles propositions présentées de trèsbonne foi, je le sais ? faire ce qu'ils fonU.

Malheureusement, il y a longtemps que nous marchons dans cette voie, çt cela, sur la trace des plus grands hommes.

11 y a déjà longtemps que Franklin nous disait :

« — Je pense que le meilleur moyen de fiiire du bien aux « pauvres n'est pas de les mettre à l'aise dans leur pauvreté, « mais de les tirer hors de cet état. »

— C'est très-joli, comme déclamation, disent, et jusqu'à présent avec raison, les conservateurs de la société actuelle; mais, c'est comme si vous vouliez prendre la lune avec les dents. Et il en sera éternellement ainsi : tant que vous n'aurez point prouvé aux riches : qu'anéantir le paupérisme est nécessaire, absolument nécessaire à la conservation de leur bien-être, de leurs richesses, de leur existence. Tant que vous n'en serez point arrivé là, ils se moqueront de vos jérémiades, et feront bien : tant qu'ils pourront s'appuyer sur

la pnpositioD : œU a toujours été, et cela ne peut être aiitrettêot. Vous aurez beau leur citer le passage de TÉcriture, Asaot qae le paupérisme doit être aboli par Teatrée du pMple de Dieu dans la terre promise , ils vous répondront par cet autre passage, aussi de rÉcriture :

« — n y aura toujours des pauvres parmi vous. C'est

• pourquoi je vous ordonne de les secourir et de les re-

• cueillir comme vos firères. »

{Deutéroname, ch. XV, p. 7 et 1 1.)

— Ricardo, dans le passage suivant, n*a fait que copier Franklin.

« ** Aucun plan pour secourir la pauvreté ne mérite at-

• leotion, s'il ne tient à mettre les pauvres en état de se pas* « ser de secours. »

** A cela, les riches répondent, quand ils font l'honneur 4e répondre : Vouloir mettre les pauvres en état de se passer 4e secours, c'est vouloir prendre la lune avec les dents. El les hdies ont raison : tant qu'il y a des pauvres, ils ont besoin 4e secours. Tout cela, c'est parler pour ne rien dire; ou, disait Voltaire : c'est mâcher à vide.

• — La misère des peuples, dit M. La Rochefoucauld, est « un tort des gouvernements, b

— Cest comme si vous disiez : ne pas avoir la taille d*un UBbour-major est la faute des enfants de six ans. Ne dirait- OQ pasque les gouvernements aiment les révolutions; et, que K bire renverser, doit être leur plus grande jouissance! En Ti-rité, la cause des pauvres, jusqu'à pK*sent, a été bien singubêrement défendue!

• — La charité, dit M. Wolowski, qui si» traduit simple- « Ment par l'aumône, est, s'il est permis de s'exprimiT ainsi, « une sorte de n^gime protecteur de la misén^ »

— Eiprioiei-Yous ainsi, Monsieur, ne vous gênez pas!

Ce que vous diles esl très-vrai, mais très-pea utile. La misère doit-elle être anéantie, anéantie sous peine de moit WCULE? Telle est la question qu'il faut résoudre préalablemen t, sous peine de voir renvoyer toutes les autres aa panier.

« La clami onmâKt ne possède im, U

• fani U rendre psoniiTAiii. »

Loiis-Napoléoh.

• Elu n'a de licbette que tes bras, il fkot

• doooer à ees bras oa emploi utile pour tous. •

Locis-Napolsoii.

• yp » est comme uo peuple d'ilotes ao

• milieu d'uo peuple de sybarites. U faut loi « doooer uoe place dAOS U société, et attim cher ses intérêts à ceoi du sol. »

IXHtS-NAPOLtOIl.

• Eofio, ELLE est saos orgaoïs^itioo et sans

• lieo, saos droits et saos avenir ; il faot loi

• doooer des droits et uo aveuir, U relever à « ses propres yeui |iar l'associatioo, l'édœa-

• Uoo et U dlsciplioe. • Louis- Napolioh.

• Arjoumo'ici, U rétribatioo du travail est

• abaodoooée au basant ou à la violeoee.

« C'est le HAlTac qii orrai» ou L'ocrain

« Oa M aiTOLTI. » LoCIS-NArOLEOR.

Non n*«T0D8 point ici, nous le répétons, à nous occuper éa reaéde ou de la société future. Ici, nous n*avons qu*à eottsiâler le faii de l« société actuelle. De ce point de vue, raaieor que je viens de citer est d*une juslesse d'appréciéqui. Jusqu'à présent, n'a point été, non-seulement dée, nais atteinte. Je me suis acquis le droit de le dire, MM craindre d'être accusé de flatterie. Eh bien ! mal^'ri» cotte jBSlesae de vue, malgré toute sa puissance sociale actuelle, si raateur, même ayant dans la main le remède constituant la société ftiture, voulait l'appliquer, avant d'avoir rendu sa oécessiié évidente sous peine de mort sociale; je suis persuadé : que justesse de vue, bonne volonté et puissance, Tiendraient à échouer.

• — Un temps viendra où l'on ne concevra plus qu'il Ait

« un ordre social dans lequel un homme complaît uu mil- « lion de revenu, tandis qu'un autre homme n'avait pas de « quoi payer son dîner. Un noble marquis ei un grosproc priétaire paraîtront des personnages fabuleux, des êtres « de raison. » (Chateaubriand.)

Certes voilà qui peint le fait de la répartition actuelle des richesses. Hais de pareils passages, chez un écrivain de l'autorité de Chateaubriand, sont éminemment anarchiques, si on n'a lé soin de dire en même temps : pourquoi ce même fait de répartition, qui a été base d'ordre depuis l'origine sociale, est maintenant devenu source de désordres; et pourquoi la société doit désormais prendre une base d'ordre radicalement opposée, sous peine d'anarchie permanente ou de mort sociale.

Il y a même plus ; il faut à cepowrquoi y joindre un com^ ment incontestable : sous peine de donner lieu aux utopies les plus extravagantes. Car, ayant démontré la nécessité d'un changement radical, les étourneaux, qui ne voient d'opposé à la société actuelle que le communisme, marchent,en idée, vers cet(e folie anarchique, tout en faisant des restrictions égoïstes pour le présent. J'ai connu un propriétaire, fort honnête et fort républicain, canonrlcr et mitrailler les prolétaires, dans les malheureuses affaires de juin ; et déclarer en petit comité : que le monde futur appartenait au communisme; mais qu'il fallait donner au suffrage universel le temps d'y arriver,

« — Je pose en fait qu'il y a une moitié du peuple fran* « çais dont Talimentation n'est pas suffisante au gré de « l'hygiène. » (M. Michel Cheyauer, T"^ fév. 1848.)

*— Certes, personne n'accusera M. Michel Chevalier de ne pas connaître parfaitement la répartition des richesses relative à la société actuelle. Hais de pareilles déclarations sont essentiellement anarchiques, quand elles ne sont point accompagnée^: de l'exposé de ce qui a rendu l'ordre actuel nécessaire ; de l'exposé de ce qui rend ce même ordre actuellement onarediqiie, ël de l'exposé de ce qui peut, par des moyens com-

piéieflMit opposés, rendre désormais Tordre aussi imperturbable que rexistence du globe.

De quelque c6lé que vous portiez vos regards, vous ne trouvez ptrlout que dcclamatious théoriques vagues, conduisaol toutes à Tanurchie.

« — La société, dit Bossuct. est tenue de rendre la vie « COMMODE à tous. »

— Et comment, s*il vous plait ? Du moment que vous ne le dites pas, vous rendez anarchistes tous ceux pour lesquels la vie est incommode.

« — Le soulagement des hommes souffhints, dit Turgot, « est le devoir de tous et l'afraire de tous. »

— Et quelle est la sanction de ce devoir et de cette affaire? L*aDarchje, sans doute. Et quand, par celle causo, Tanarchie existe, comment est-il possible de la calmer? Est-ce en augmentant le mal et en se moquant de la sanction?

• — Il faut reconnaître, dit M. de Rémusat, en sa qualité € de ministre de Tintérieur (1 840), que le manque d'ouvrage « et rinsofljsance des salaires sont les causes les plus gêné* € raies de Tindigence parmi les individus valides. »

— Trôs-bien I Mais cela cause-t-il nécessairement Tanarcbîe? Dans ce cas, il faut donner de l'ouvrage et faire monter le salaire. Lo pouvez-vous? Faites-le. Cela se trouve-t-il impossible sous Torganisation actuelle de la propriété ? Alors ajrz le courage de le dire. Tout le reste est inutile. Je me trompe, le reste est nuisible.

• — D*où vient, dit Necker, encore un minisire, d'où « vient la misère du peuple, dans tous les temps el dans tous « les pays, et quelle en est la source? — C'est Uî pouvoir

• qu*ont les propriétaires de ne donner en échange d'un

• travail qui leur est agréable, que le plus petit salaire pus- « sible. > Il

— Voilà qi^ail atarcbique auiaiil que possibks et d*où

vient le pouvoir, s*il voos plaît? YoHà œ qo^l bllait cooimeDcer par dire et prodamer d'une manière incontestable. Puis , il fallait prouver également : comment il est possible d'anéantir ce pouvoir sans augmenter le maL On se plaint du charlalanisme des médecins du corps. Croyez-vous que le charlatanisme des médecins de la société ne soit pas aussi commun et aussi nuisible?

« — Le développement de l'assistance publique, dit M. de « Melun, tout favorable qu'il paraisse au soulagement des « souffrances humaines, est plein de dangers. Il y a des « écueils et des abtmes cachés sous les promesses de la bien- « faisance ofQcielle. »

— C'est vrai. Mais la société actuelle peut-elle exister : ni avec, ni sans la bienfaisance officielle? Et, si elle ne le peut, comment est-il possible que la bienfaisance ofQcielle soit anéantie par le devoir social satisfaisant aux droits de tous? A cet égard il faut être clair, net, explicite, incontestable; ou sinon : la répartition des richesses continuera à rester anarchique; et tout ce qui sera dit, à cet égard, ne fera qu'augmenter l'anarchie.

« — Il faut s'effrayer de la hausse du profit et de la baisse < du salaire; il faut s'applaudir de la baisse du profit et de « la hausse du salaire. »

(M. J. Gàrnier, JÉlémentsde l* économie politique.)

— Comme presque toutes les propositions générales, celles-ci sont vraies ou fausses selon le point de vue d'où elles sont considérées. Quand le paupérisme est nécesaire ft l'existence de l'ordre, et cela existe tant que l'examen peut iMro comprimé , ces propositions sont fausses. Elles sont vraies du moment que l'examen devient incompressible : et encore conditionnellement. Mais : qu'est-ce qui fait baisser le salaire nécessairement et hausser le profit nécessairement? Qu'est-ce qui fait baisser le profil nécessairement et hausser le salaire nécessairement? Voilà ce qu'il aurait fallu dire;

H eosoite, oommeot il est possible de détruire la cause? Jusque-là 9 toutes les déclanialions possibles, ne font que eQDSlaler : riocompatibilité de Tordre avec la répartition aclyelle des richesses.

« — Quaod deux ouvriers, dit Cobden, courent après un « naître, les salaires baissent; ils haussent quand deux « maîtres courent après un ouvrier. »

— * Cest comme si Ton disait qu*il fait jour quand le soleil est sur Tborizon; et qu'il fait nuit quand il n'y est pas. L'essentiel eût été de dire : quand et pourquoi les travailleurs coufeot après les capitalistes; quand et pourquoi les capitalistes courent après les ouvriers. Puis, quels sont les rapports de ces deux manières d'être avec Texistence de l'ordre, vîe sociale.

« — 0ue le salaire, dit M. Emile de Girardin, soit ee « fu'fl doit iire, ce que l'intérêt de l'industrie, d'accord « avec ce que le respect de l'homanité exige qu'il soit, et € tout se simplifiera, le monde ira de lui-même, sans « trouble et sans choc , comme la terre tourne sur son axe « idéal, sans qu'elle ait besoin de l'intervention d'une main • qui lui imprime le mouvement et qui la dirige. »

— Et comme preuve d*absence d'intervention, M. de Gîrardio fkil inlenenir l'État pour fixer le salaire de l'ouvrier de Banière k ce que celui-ci, au moyen de ce salaire, puisse subvenir largement à ses besoins et à ceux de sa femme et de ses enfants.

Un minimum de salaire exige un maximum des produits. Commenl une aussi belle intelligence peut-elle se fourvoyer jusqu'à émettre de semblables propositions? Cela ne prouve qu'une chose : l'incompatibilité de l'ordre avec la répartition actuelle des richesses. 11 faudrait peut-être ajouter : le besoin Séoéral, en époque d'ignorance, d'énoncer vaguement ce que Pou ue conçoit qu'obscurément.

c ~ Le rapport des profits avec les salaires est ua rappon

< d'hosUlité. >

(Dupont-Whit£ , Jf «mit mr l$t rehUioM in (ravaii avec le capital.)

— C'est vrai, Irès-vrai. Mais encore aurait-il fallu le démontrer autrement que par l'exposition du fait; et surtout à une époque où : les économistes et les socialistes veulent établir la paix entre le (ravaii et le capital ; comme les utopistes du congrès que vous savez, veulent établir la paix entre les nationalités,

c — Cette hostilité , continue M. Dupont-Wbite, résuite c de ce que le taux des profits est en raison inverse de celui c des salaires , les profils baissant quand les salaires mon- « tent, et s'élevant quand les salaires baissent. »

— C'est toujours vrai. Mais quand les profits soot-ils né*cessairement au maximum et le salaire au minimum des circonstances? Et quand la réciproque a-t-elle lieu, e^ pourquoi? Puis, quand ces deux situations des salaires et des profils, les deux seules possibles, 80Qt*elles compatibles ou incompatibles avec Texistence de Tordre? Voilà ce qu'il aurait fallu dire.

« — En tout genre de travail, dit Turgot, t7 doit arriver, « et il arrive en effet, que le salaire de Touvrier se borne à <c ce qui lui est nécessaire pour lui procurer sa subsis- « tance, »

— Si cela était ainsi nécessairement, la société, en présence de rincompressibililé de Texamen, n'aurait qu'à s'envelopper de son suaire et mourir. Du reste, la proposition est vraie pour la répartition actuelle des richesses. Il n'en est pas moins vrai, que,si elle était vraie absolument, tout auteur de semblable proposition mériterait la mort, pour avoir cherché à vulgariser une proposition, qui, si elle était vulgarisée, causerait nécessairement la mort de la société.

« — S'il était possible, dit l'ancien ministre Necker, car « il parait que pendant notre époque, ce sont principalement

« Icsécrib minislériels qui se trouvent destinés à prop«iger « l'«o«rchiei s*il était possiblV qu'on vint à découvrir une c nourriture moins agréable que le pain, mais qui pût en- « treieoir le corps de Tbomme pendant quarante^huit beures, « le peuple serait bientôt Knluit à ne manger que de deux « jours Tun, lors même qu'il préférerait son ancienne ha* « bitude : les propriétaires de subsistance, usant de leur

• pouvoir et désirant multiplier le nombre de leurs servi-

• Irars, fbreeront toujours les hommes, qui n'ont ni pro-

• priélé, ni talent, à se contenter du simple nécessaire. Tel

• ml Tasprit humain, esprit que les lois sociales ont si bien fl leoondè. >

— Ou*«l*ce que cela prouve? L'incompatibilité de la répartition actuelle des richesses avec l'existence de Tordre. Alors, de deux choses Tune ; ou Necker connaissait la bonne répartition des richesses, et il méritait la mort pour ne l'avoir pgiet révélée; ou il ne connaissait que cellb existante, et il ■érilait hi mort pour avoir vulgarisé une proposition conduis iul à hi mort sociale.

Je sais qu'en parlant ainsi, je vais donner beau jeu aux aaii de la liberté de tout dire, conduisante la liberté de tout lam. Mais ce qui est vrai est vrai; et ce qui est écrit est écfîi»

€ — Un des objets quej'ai eu en vue dans cet ouvrage, « dit Ricardo, a été de montrer que, par suite de toute c baisse dans la valeur def choses de première nécessité, les € salaires du travail devaient baisser, »

— Tout cela est vrai, sous la répartition actuelle des rirlit-sses. Mais ce que je viens de dire pourNecker s'applique rgalement 6 Ricardo. Et quiconque ne sera pas de cet a\is, prouvera seulement: qu'il metla mort de l'humanité audessous de la mort d'un fou.

• — L'aitreprisodu capital sur le salaire, dit M. Dupout-

• WhiU^cst un fuit M^:ci-:âSAiiB et fatal, le fait qui pé- « Détre, domine et dégrade toute libre production. •

— Voyez comme c*est amusant ! La libre production devient ainsi une utopie. Puis, voyez comme c'est révolutionnaire, en présence de l'incompressibilité de Teiamen. Alors les pauvres, en immense majorité, disent : Puisque nous ne pouvons vivre hors du bagne social, sous la protection de la Justice, tâchons d'en sortir sous la protection de la force. M. Dupont'White a-t-il réfléchi à cette alternative?

« — De quelque nom, dit M. Dupont-Wbite, qu'on ap- « pelle le rapport des profits aux salaires, ces deux termes « offrent ceci de constant, que le profit triomphe de tout ce « qui abaisse le salaire, et souffre de tout ce qui l'élève, c L'état naturel du capital et du travail, à l'égard l'un de « l'autre, c'est donc la lutte, l'hostilité, l'antagonisme. >

— 11 y a ici une erreur capitale. En époque d'ignorance sociale et de possibilité de comprimer l'examen, il n'y a ni lutte, ni hostilité, ni antagonisme, entre le capital et le travail. Celui-ci alors est l'esclave abruti de celui-là. Quand l'ignorance sociale sur la réalité du droit se trouve anéantie, le capital, matière, est l'esclave du travail, intelligence. La lutte, l'hostilité, l'antagonisme existent seulement en époque d'ignorance et d'incompressibilité de l'examen; et c'est précisément l'anarchie progressivement croissante, et résultant de cet antagonisme, qui force la société à rechercher l'anéantissement de l'ignorance.

« — Que le prix des denrées vienne à baisser, dit encore c H. Dupont-White, et le salaire baissera du même coup : « il n'y a pas de loi plus constante en économie politique. >

— Rien n'est plus vrai, sous la répartition actuelle de la richesse. Hais sous la répartition relative à la société ftiturc, le prix des denrées peut descendre au minimum possible des circonstances, etj le prix du salaire se trouvera toujours au vaximum possible des mêmes circonstances. C'est ce que BOUS avons démontré en exposant les théories générales de nmpAt et de l'organisation de la propriété.

ni.

« Drpiiifl>iogi-eiiiq aot, la France t'époiie « en dforts pour établir m ordre de choeet « daraJMe. Les causes de trouble renaîfsent « sans cesse, et la société ne fait que passer « tonr à tour d*aoe agitation fébrile à une m apatbie létbargiqne. » Lon»-NAroLioii.

« Du moment que Hgnorance sociale se « trouve en pr és enc e de l'incompressibilité de « l'examen, il n'y a pins de possible, an sein « de chaque nationalité, que des oscillations : « du despotisme à l'anarchie ; et de l'anarchie m an despotisme. Os oscillations sont d'autant « plus rapides que l'eiafflcn est plus di-ve- « loppé ; et ne peuvent ceiver d'eiister : que « par ranéantissement de l'Iffnorance sociale « psr la réalité du droit, anéantissant les nam tionalités. » Cou», Jfsc.

« La société française n*obéit pas à une im-

■ pulsion rrguliére, mais elle cherche une « trace k suivre, elle ne marche pas, elle erre « à l'aventure. • Lot is-Napolkox.

« Du momi-nt i|ue rinrompresnibililé de

■ l'eiamen a renversé le droit basé sur la roi ; « et que, par l'ignorance sociale non encore

■ aoéjntie, le droit ne peut encore se baser « sur la scmci ; les nationalités ne marchenl « plus, elles errent à l'avenlure. »

Cou», Jffsr.

« Corruption d*unc6té,menson((e de l'autte, « et haine partout, voilà notre état. »

Lorm-NAfOLBoii.

« Du owment que, par rincompressibUité « de l'eiamen, la sanction rvliipevse, basée « sur nne foi quelconque, n*a plus de force m sociale; et que la sanction religieuse l^asée « sur la science ne peut encore en avoir :

« corruption d'un c^té, mensonge de Tautre, « et luine partout, di vient le s«rnl éUt social « possible. • Couïis, Jffst.

« Si l'on jette un coup d*<ril sur les destl- « nées des diirr«cs nation*, on recule d*épo«m vante, et V*m rlevr alor« la voix pour dé- « fendre le« droits de la raison (*t de l'humanité. « En fflet, que voit-on |urtoutT 1^ iNro-étre <le « tous sarriflé non au be«oin, mais aux ca|»nres « d'un |icUt nombre. • Loci»-!<Aroiao«.

« Tant que rifBorance sur la nahté dn

V droit n'est point fsQCialemeDt anéantie^ ie « bien-être de tous est nécessairement sacri- « fié, non au besoin, mais aux caprices d'un <f petit nombre. » Colins, Mmc.

(c La misère fait tous les jours plus de pro- « grès en France. » Louis-Napoléoh.

'( En présence de l'ignorance sur la réalité

V du droit et de Tincompressibilité sociale de « Texamen , la misère se développe néces- « sairemeot comme la richesse. La misère ne « peut être anéantie que par ranéautissement tt de rigborance sociale. » Cours, Msc.

<c II meurt, avant la cinquième année, un « enfant sur trois naissances dans la rue m Royale (le beau quartier), sept sur dix dans « les rues réunies, et dans la rue des Etaques « considérée seule, c'est, sur quarante-hcit

« MAWtAMCES^ QUARANTE-SIX DÉCÈS QUE NOUS

« TROUVONS ! A ce fléau, il faut une barrière ;

« il faut qu*en France on ne puisse pas dire

« un jour comme à Manchester, que sur vingt

fit et un mille enfants, il en est mort vingt mille

« sept cents avant TAge de cinq ans! En at-

« tendant, nous ne cesserons de répéter; là à

€ deux pas de vons, dans la demeure de Tou-

<( vrier, fui tingt-cikq ekfakts, un seul peut

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