ATTEINDRE LA CINQUIÈME ANNÉE. I
Docteur Gosselet, médecin des hôpitaux de Lille, cité parM.Blanqui, de l'Institut, à l'appui de son rapport ordonné i>ar le gouvernement.
— Telle est la répartilion de la richesse constatée dans une enquête ordonnée par le gouvernement.
Après cette citation, M. Blanqui ajoute :
« Le gouvernement ne doit pas fermer les yeux à Tévic dence et nier des faits incontestables. On ne guérit de tellso « plaies qu'en en sondant la profondeur d'un œil sûr et tran* € quille^ sanB amertume et sans illusion. Le mal social n'est c pas né d'hier et ne finira pas demain. Le devoir des t ÉCONOMISTES ET DES HOMMES d'État, est de s'en occuc per sans cesse, les uns pour le signaler, les autres pour « y apporter les remèdes compatibles avec les ressources sot oiales et les imperfections de la nature humaine. »
H^^ février tS5\.)
— La Mlim bOMiiM n'a qu'une imperfection possible : TîfMrMfv, dont une des cons^uences est la vanilé: s*iniafmant qae ce qu'elle ne sait pas ne peut être su par per- «Mue. Quant aux ressources sociales^ elles sont : le travail et le^be. Loraqne la science existe socialement, elle dirige le travail; et l'onlrc social de rbumanitc a atteint la perfec- Um. Tant que Tordre social reste imparfait, la misère se ééMkppe comme la civilisation. Cest M. Blauqui lui-mcmc fB Ta proclamé.
« — En Angleterre, on a vu successivement, par la diviaioQ du travail et la puissance des machines, le nombre des ouvriers, dans certains ateliers, diminuer du tiers, de BMHliè, des trois quarts, des cinq sixièmes; puis les salaires, décroissant dans la même proportion, tomber de la moyenna de trois francs par jour, à cinquante et à trente centimes. Des expulsions de bouches inutiles ont Hé aperces par des propriétaires sur des provinces enlîcfaa. Partout la femme, puis Teafant, ont pris la place do l*bomme dans les manufaciures* La cousommatiou, dans «n peuple appauvri, ne pouvaut aller du même pas que la ffodactiou, celle-ci est obligée d'attendre : il en rt^sulte ém ci6aiages réguliers de six semaines, de trois mois, de six Boîs par année. La statistique de ces chômages, pour lea ouvriers parisieiu;, a été réoemmeut publiée par un ouvrier, Pierre Viuv ird; le détail eu est navrant. La modicité du salaia' étant en raison de la durée du chômage, on arrive à cette couclusion : que certaines ouvnères gagnant un franc par jour, par la raison qu'elles ne diùment qoe six mois, doivent vivre avec cinquante centimes. Voilà le n-gime auquel est soumis à Paris une population de trois cent vin^t mille «Imos. Et il est ptTmis d«' juger de la mtuation des classes ouvrières, sur tous les poinU de la République, d'après cet cchautiUon. »
(M. I^OUDHON.)
TMIaaailaripanMottéela riaheaaaaaiis la aociMé ai>
tuelle. Et , selon H. Blanqui, de rinstitut, cet état de paupérisme se développe comme la civilisation. En présence de rincompressibilité de Texamen, cet état croissant du paupérisme est-il, je le demande à tout bomme de bonne foi, compatible avec Texistence d*un ordre plus qu*épbémère?
« — La durée de la vie moyenne s'est accrue, il est vrai, dit a encore M. Proudhon , mais aux dépens de cette même c classe, comme le prouvent, entre autres, les tables de morc talité de la ville de Paris, où la proportion des décès pour c le douzième arrondissement est de un sur vingt-six, tan- « dis que pour le premier, elle n'est que de un sur cinquantec deux. >
« Dans l'industrie privée, dit M. Enfantin, réduction du « salaire au minimum indispensable à la vie matérielle et à « Tentretien de la force mécanique de l'ouvrier, et élévation c de la tâche au maximum qu'il peut atteindre. >
— Je ne puis que répéter : 'une telle répartition de la richesse estrclle compatible avec l'existence de l'ordre, en présence de l'incompressibilité de l'examen?
€ — Il est juste de dire, s'écrie un célèbre économiste, que « si, aux Étals-Unis, les esclaves sont dégradés intellecc tuellement et moralement, ils sont traités avec humanité « sous le rapport matériel. Les esclaves ici sont moins sur- « ( hargés de travail, mieux nourris et mieux soignés que la « plupart des paysans d'Europe. »
(H. Michel Chevalier.)
c Ici même (les États du Sud), où l'ouvrier des villes et « lecultivateur deschamps, au lieu d'être, comme au Nord, les c souverains du pays, ne sont que des esclaves, il y a plus d'àc bondance, plus de confort matériel, pour les classes laboc rieuses, qu'il n'y en a chez nous, Aussi, la population c noire pullule-tdle plus, ici , que ne le fait chez nous la po- « pulation des campagnes. Notre paysan fait autant d'enfants « que le noir de la Caroline ou de la Virginie; mais, chez « nous, la mort, que la misère amène par la main, est active
« i repousser les bras qui viendraient faire concurrence à « eeai de leurs pères, et à Termer, pour toujours, ces bouches € qui demandent du pain que leurs parents ne peuvent leur « doooer. » (M. Michel Chevalier.)
— Une pareille répartition des richesses, en présence de riDooaipressibilité de Texamen, est-elle compatible avec Texis- Imœ de Tordre? Cest, je ne cesserai de le répéter, la questioQ i laquelle il fout répondre ; répondre : non point individu par individu , mais socialement , avant de donner la MNodreatleoUon a aucune autre. Ce qui constitue la tour de Babel de notre époque, c*est : de ne pas savoir ce qui est Béofssaire; de n'avoir, par conséquent, aucun but commun; el, ce qui est le pire, de n*avoir pas une seule expression relative i Tordre, qui ait une même valeur pour deux iiidivi- 4bs. El, comme il n'y a plus de dispersion possible, vous ! que l'excès du mal social peut seul forcer à établir
\ langue commune :
Voici un autre passage de H. Michel Chevalier, exposant rdèvation de Tiatérét du profit, et, par conséquent, Tabais- Bt du salaire, son antagoniste.
— On dit qu'en France, continue l'illustre économiste, € riDiérét de Tardent est de quatre ou même de trois; oui, « sans doute, pour le trésor, lorsqu'il n'a pas besoin d'em- « pmnter, ou pour quelques négociants privilégiés, dans les
• moments prospères. Les propriétaires fonciers paient près-
• que partout six pour cent au moins en donnant première
« hypothèque. Les petits propriétaires et les petits indus-
m triels paient huit, neuf, et douze pour cent. A roosure que
« Ton descend l'échelle sociale, le taux de Tintén**! s'accroît.
« Pour l'ouvrier des villes, dans ses achats au détail pour les
« besoins de son ménage, il est de cinquante et même de
■ céÉt pour cent par an. Pour le paysan, dans ses relations
« avec le man'xbal, le cabaretier, le man*hand du villa^v, il
« est quelquefois de cent pour cent par mois.
• Le taux moyen de Targent, dans Tenaemble des transac* tu. W
€ tioDS de toute nature et de tout or4re qui s'opèrent en
< France, est au moins de qqinze ou vingt pour ceat, de € vingt-cinq peut-être. »
—7 Pour quiconque a das yeux pour voir et des oreilles pour entendre, toute la répartition actuelle des richesses se trouve exposée dans ce passage. M. Michpl Clievalier croitil qu'une pareille exposition soit sans danger pour Tordre? H. Michel Chevalier va répondre lui-mémpà cette qqestiou. Après cela, il s'en présentera une nouvelle à laquelle il ne répondra pas. Voyons sa réponse à la première :
« — Tous les plans d'éducation populaire te^té^ depuU a 17^0 jusqu'à cas dernières années étaient motivais, dit-il^
< puisqu'ils supposaient qu'éducation était puremeqt ^no- « nyme d'instruction pu 4p ciiltur^ inteH^çtu^lle. F^iNçpis- 9: MENT, il ï a pliilôt ^ ^ f^^Upitpr de ]p\\v iR^fH^s qu'p le f déplorer ; car ils eussent semé non )^ goût du tpavftil , piais « les germes de dissolution sociale ; ils PDSSfiftt foipenlé par « centaines de mil)e des ambitions at^xqMelles la société p'é- « tait pas en piesure de donner satisfaction \ ils eussent
< ajouté aux douleurs du peuple, qu'Us ^'aviai^^l pçis pu^- « sance de guérir, des peines intellectuelles et morales. Il € VAUT MIEUX qu'aujourd'hui la majorité de nos paysans « soit encore assoupie au sein de l'ignorance^ que s'ils c avaient l'esprit faussé et le cœur aigri ou rongé dépassions c mauvaises. L'ignorance est un moindre mal que la fousse « science et que la démoralisation. Notre France serait in- « gouvernable si les paysans avaient été soumis aux mêmes t influences qu'une certaine portion des ouvriers. »
— Étudions ce passage, admirable de vérité e\ d'expression.
Ainsi, l'instruction actuelle :
Sème les germes de dissolution sociale ;
Fomente, par centaines de mille, des ambitions auxquelles la société n'est pas en mesure de donner satisfaction ;
Elle ajoute aux douleurs physiques du peuple, qu'elle n'a plus puissance de guérir, des peines iptellectupHes et morales
Elle tm$fi l'esprit, nigrit le copur et le roDge de passions
Elle est une fausse science et conduit à la démoralisalion.
Eafln , la France serait ingouvernable : si la majorité de iMpaysaBS n'étaient point encore assoupis, au sein de Tignormnœ relative à cette instruction.
Voilà M. Micbd Chevalier qui, tout en vulgarisant TinstroctioD actuelle, en reconnaît tous les dangers.
M. Michel Chevalier croit-il qu*en présence de Tincompressibilité de Texamen, il soit possible d*empécber Tinstrucque lui-même répand relativement à la répartition des s, de parvenir et de s'enraciner jusqu'aux dernières Eailps de nos campagnes? Telle est la seconde question que f adresse à la bonne foi de H. Michel Chevalier.
El le passage suivant, toujours conséquence de la répartiliM actuelle des richesses, croit-il qu'il soit hiérarchique de teftlgariser?
« — n y a, dit-il, un abîme entre le bourgeois d'une i part, le paysan et l'ouvrier de l'autre. Le bourgeois ne i sem rien de commun entre lui et le prolétaire. Il est coni veou de regarder ce dernier comme une machine qu'on i looe, dont on se sert et que l'on paie tout juste pendant « le temps qu'on en a besoin ; de même aux yeux d'un grand < lombre de prolétaires, le bourgeois est un ennemi dont « 00 n'accepte la supériorité que parce qu'il est le plus Tort.»
•- Et quand même M. Michel Chevalier n'aurait pas écrit ee passage, croitnl qu'en présence de l'incompressibilité de Teumen, il ne serait point écrit par mille autres, et qu'il ne ^ propagerait point en raison même des efforts qui pourraient être faits pour en empêcher la vulgarisation? En époque dlocompressibilité de l'examen, la première chose est de reconnaître : la nécesiiié d'une répartition de richesse, harmonique avec celle même incompressibilité.
c — Notre intelligence, dit encore M. Michel Chevalier, • doit courber son orgueil devant les nécessités socules.
« Lorsqu'elle s'enlélc à nier les faits, parce qQ'dle ne les « comprend point, les faits s'imposent bnitalement à die. *
— M. Michel Chevalier a-t-il raison? J'ose le loi de— mander & lui-même. Et s'il affirme avoir raison, quelles sont, les inévitables conséquences de son propre raisonnement?
« Nous ne prodnUons |»ai trop, nuis Dout I trop peu. »
LoUlt-NATOLÉOlC.
La répartition des richesses, relative à la société actuelle, le troofe tout entière dans ce peu de mots. La société aclieOe consomme au minimum possible des circonstances, ^■dqiie grande que soit sa consommation. La société future ctBsomme au maximum possible des circonstances, quelque pelile que puisse être sa consommation. Toute l'économie politiqne subordonne la consommation à la production. C'est li ne erreur géoënle; et, en présence de l'incompressibilité ie Peumen , l'erreur économique la plus dangereuse.
Le problème de la société future, quant au matériel, conà subordonner la production à la plus grande con* itioD possible.
Mous iTODS vu M. Blicbel Chevalier proclamer que leprolélaife, esclave social, esclave collectif, est plus malheureux fie le nègre de la Virginie ou de la Caroline, esclave dômesli^ ; ce qui prouve que la répartition des richesses, qui tee depuis l'origine sociale, a pour résultat nécessaire, le progrès, pour les masses, vers un esclavage de plus en plus pèoibte. Cest encore le contraire de ce que dit l'économie roUtîqoe.
Prouvons d'abord que la répartition actuelle des richesses, qai divise le monde en maîtres et en esclaves , a toujours existé.
« — En prenant Thistoire è ses sources , dit M. Grenier « de Cassagnac, avant qu'elles aient été remuées et brouil- • lèes par les systèmes, nous avons trouvé les traces nom-
« breuses, profondes, flagrantes, irrécusables, de deux c classes d'hommes, nous ne disons pas de deux races, qui « ont rempli universellement, en tout pays, les premières a époques de toute société. L'une de ces classes d'hommes a est celle des maîtres, l'autre est celle des esclaves. La « première POSSÈDE; I& seconde est possédée. »
— S'élever contre Tcîrreur générale qui fait coexister la naissance de la liberté et la naissance de la société, est aussi du génie. La liberté ne peut naître que sur les ruines de l'ancien monde.
L'impossibilité dé conserver l'ancien monde, caractérisé p^r la répartition actuelle des richesses, est admirablement tracée dans le passage suivant de Chateaubriand.
c «^ La société i telle qu'elle est aujourd'hui ^ n'exisleft < pad : à mesure que l'instruction descend dans les cla&MS « inférieures) celles-ci découvrent la plaie BecriltÊ qui rotigd a Tordre social depuis 1$ cominênement du monde; filéiè qtft a est la cause de tous les malaises et de toutes les agitations « populaires^ La trop grande Inégalité des conditions et éê» « fortunes a pu se supporter , tant qu'elle a été cachée^ d'tttt • c côté par l'ignot*ance, de l'autre par rdtgàtaisëtioù fdetice « de la cité; mais aussitôt que t^éttë inégalité ëdl gènéraUfa « ment aperçue, le coup mortel est porté.
« Recomposez^ si vous le potlveï ^ les fictions aristocrfH- <t tiques; essayez de persuader eu pauvre^ quand il iùHrA « lire, au pauvre auquel la parole est portée chaque jour pal* « la presse, de ville en ville j de village eti village; essaye* « de persuader à ce pauvre, possédant les mêmes lutniéreS « et la même intelligence que vous, qu'il doit se soumettre c à toutes les privations, tandis que tel homme, son voisin^ « a, sans travail, mille fois le superflu de la vie, vos effoftâ c seront inutiles. »
« Tout pouvoir renversé, non par le hasard, mais par le « temps, par un changement graduellement opéré dans les
c cnditMHis ou dans les idées ne se rétablil plus. En vain « Toos essaieriez de le rétablir sous un autre nom, de le ra- « jeonir sous une Tonne nouvelle, il ne peut rajuster ses « nembfes disloqués dans la poussière où il gil, objet d'in- € salle el de risée. De la divinité qu'on sV tait forgcn?, devant € laquelle on avait fléchi le genou . il ne reste que d'iro- < niques misères. Lorsque les chrétiens brisèrent les dieux € de rÉgyple, ils virent s'échapper des rats de la tête des « idoles. Torr s*ën ta. Il ne sort pas un enfant des en- « traiUes desa mère, qui ne soit tN £nxemi de là yieille