‹ Qu'est-ce que le tiers état?Chapitre 22 sur 28 · ÉCRIVAINS PATRIOTES DES DEUX PREMIERS ORDRES · texte numérisé non relu

ÉCRIVAINS PATRIOTES DES DEUX PREMIERS ORDRES

C'est une chose .r^m^rquahi^ que la cause du tiers ait été défendue avec plus d'empressement et de Jorge, par des écrivains ecclésiastiques et nobles, que par les non privilégiés eux-mêmes. Je n'ai vu dans les lenteurs du tiers état que l'habitude du ^lence et de la crainte dans l'opprimé, ce qui présente une preuve de plus de la réalité de l'oppression. Est-il possible de réfléchir sérieusement "sur les.p.rincipes et la fin de l'état de société,, sans être révolté jusqu'au fond de l'âme de la monstrueus^ partialit^^ des

(i) Ces deux dernières phrases manquent dans la 2© édition. Quant au passage de Cerutti, nous ne le retrouvons dans aucun des opuscules publiés par cet écrivain avant la réunion des États généraux. Il y a cependant, dans ses Observations rapides sur la lettre de M. de Calonne^ s. 1. n. d., in-8, p. ^o, une pensée et une tournure analogues : « Les notables ont donné, en 1787, la mesure de leur fidélité ; en 1788, la mesure de leur patriotisme. »

institutions humaines ? Je ne suis point étonné que les deux premiers ordres aient fourni les pr emie rs défendeurs de la justice et de rhumanité. Les talents tiennent à l'emploi exclusif de l'intelligence et aux longues habitudes : les membres de l'ordre du tiers doivent par mille raisons y exceller; mais les lumières (i) de la morale publique doivent paraître d'abord chez des hommes bien mieux placés pour saisir les grands j;apports sociaux, et chez qui le ressort originel est moins comiTXuném.ent brisé ; car il est des sciences qui tiennent autant à Tâme qu'à l'esprit. Si la nation parvient à la lir h§xiéy elle se tournera, je n'en doute point, avec reconnaissance vers ces auteurs patriotes des deux premiers ordres (2), qui, les premiers abjurant de vieilles erreurs, ont préféré les principes de la justice universelle aux combi naisons meurtrières de l'intérêt de corps contre l'intérêt national. En attendant les honneurs publics que la nation leur décerofira, puissent-ils (3) ne pas dédaigner l'hommage d'un citoyen dont l'âme brûle pour une patrie libre et ado re tous les efforts qui tendent à la faire sortir des décombres de la féodalité !

Certainement les deux premiers ordres sont intéressés à rétablir le tiers dans ses droits. On ne doit point se le dissimuler; le garant de la liberté publique ne peut être que là où est la force réelle. Nous ne pouvons êtres libres qu'avec le peuple et par lui.

Si une considération de cette importance est au-dessus de la frivolité et de l'étroit égoïsme de la plupart des têtes françaises, au moTns ne pourront-elles s'empêcher d'être frappées des changements survenus dans l'opinion publique.' L'empire de la raison s'étend tous les jours davantage ; il nécessite de plus en plus la restitution des droits usurpés. Plus tôt ou plus tard, il faudra que toutes les classes se renferment dans les bornes du contrat social. Sera-ce pour en recueillir les avantages innombrables ou pour les sacrifier au despotisme? Telle est la véritable question. Dans la nuit de la barbarie et de la féodalité, les vrais rapports des hommes ont pu être détruits, toutes les nations bouleversées, toute justice corrompue ; mais, au lever de la lumière, il faut que les absurdités gothiques s'enfuient,que les restes de J'antique férocité tombent et s'anéantissent. C'est une chose sûre. Ne ferons-nous que changer de maux, ou l'ordre social, dans toute sa beauté,

(i) Var. : Car si les talents... si les membres... les lumières.— 12} Var. : La nation ne parviendra pas à la liberté sans se rappeler avec reconnaissance les auteurs. — (j) Var. : Qui leur seront décernés, puissent-ils.

qu'est-ce que le tiers état? y AW^*^^ y^

prendra-t-il la place de l'ajicien désordre ? Les changements que nous allons éprouver seront-ils le fruit d'une guerre intestine . dé<;fl«;treuse à tous égards pour les trois ordres, et profitable seulement au pouvoir ministériel, ou bien seront-ils Teffet^naturel, prévu etbien^[ouverné, d'une vue simple et juste, d'un concours heureux, fevgrisé par des circonsta nces puissantes et promu avec franchise par toutes les classes intéressées ?

promesse DE^SULEBaRXER ÉGALEMENT, LES IMPOSITIONS

Les notables ont exprimé le vœu form el de faire supporter les mêmes impositions par les trois ordres. Ce n'était pas sur cette objet qu'on leur demandait leur avis. Il s'agissait de la manière de convoquer les États généraux, et non des délibérations que cette assemblée aura à prendre. Ainsi on ne peut re garder ce vœu que comme celui qui est émané des^pairSi du parlement, et enfin de tant de sociétés p a rticulières et d'individus qui s'empressent j iijourd 'hui de convenir que le plus riçhe.doit£ayer autant que le plus pauvre (i). On sent très bien que si le^jnûjotrihuliûns avaient été ce qu'elles doivent être, un don volontaiiie de la part des contribuables, le tiers n'aurait pas voulu se montrer plus généreux que les autres ordres.

Nous ne pouvons le dissimuler, un concours aussi nouveau a effrayé une pârtie du public. Il est bon (2), sans doute, et louable de se montrer d'avance disposé à se soumettre d^bon cœun à une juste répartitio n d'impôt, lorsqu'elle aura été__£roiiûiicé£L par la loi. Mais d'où viennent (3), s'est-on dit, de la part du second ordre un zèle si nouveau, tant d'accord et tant d'empressement? En offrant une çessioii.. volontaire, espérerait-il dispfin^^^^ h loi d'en faire un acte de justice } Trop d'att ention à prévenir ce que doivent faire les États généraux ne pourrait-il pas tendre à s'en passer? Je n'accuse point la noblesse de dire au roi : Sire, vous n'avez besoin des États généraux que pour rétablir vos finances : eh bien ! nous offrons de payer comme le tiers ; voyez si cet excédent ne pourrait pas nous délivrer d'une assemblée qui nous

(i) Var. : Pauvre. Nous ne pouvons.

(2) Var, ; Sans doute, s'est-on dit, il est bon et louable.

(?) Var. : Viennent de la part du second ordre.

inquiète plus que vous? Non, cette vue est impossible à supposer. On pourrait plutôt soupçonner la oûble^e de vouloir faire Ulusion^au tiers, de vouloir, au prix d*une sorte d^aiiticiËalion„d'éq^é^

donner le ^chaQge à ses pétitions actuelles et le distraire de la nécessité, pour lui, d'être quelque chose aux États généraux. Elle semble dire au tiers : « Que demandez-vous ? Que nous payions comme vous ? cela est juste, nous paierons. Laissez donc l'ancien train des choses, où vous n'étiez rien, où nous étions tout, et où il nous a été si facile de ne payer que ce que nous avons voulu. » Le tiers peut répondre :U II est temps assurément que vous portiez, comme nous, le poids'd'un tribut qui vous est bien plus utile qu'à nous. Vous prévoyiez très bien que cette monstrueuse iniquité ne pouvait pas durer davantage. Si nous sommes Jit^pes dans nos dons, il est clair que nous ne pouvons ( i) en faire de plus abondants que les vôtres. Oui, vous paierez, non par générosité^ mais par justice; non parce que vous le voulez bien, mais parce que vous le devez. /Nous attendons, de votre part, un acte d'obéissance à la loi commune, plutôt que le témoignage d'u ne hisultajite pitié pour un ordre que vous avez si longtemps traité sans pitié. Mais c'est aux États généraux que cette affaire doit se discuter ; il s'agit aujourd'hui de les bien constituer. Si le tiers n'y est pas représenté, la nation y sera muette. Rien ne pourra s'y faire validement. Lors même que vous trouveriez le moyen djétablir partout le bon ordre sans notre ^çon^cours^ nous ne pouvons pas souff rir qu'on dispose de nous sans nous. Une Jongue et fune ste expérience nous empêche même de croire à la solidité d'aucune bonne loi qui ne serait que le don du plus fort. ^ r^ . . ^ ''\

.'" Les privilégiés ne se lassent pas de dire que tout est é gal entre les

' çrdres, du moment qu'ils renoncent aux exem ptlons^-pécuniai^.

■^.Sitout est égal, que craignent-ils des demandes du tiers.>JLma=.

' -gin^-t-on qu'il voulût se blesser lui-même en attaquant un iotéxôt commun ? Si tout est égal, pourquoi tous ces efforts^pour l'empêcher > -■ de sortir de sa nullité politique ?

. Mais je demande où est la puissance mij^t^culeuse qui ga rantira

à la France l'impossibilité d'aucun abus dans aucun genre, par cela seul que la noblesse paiera sa quote-part de. l'impôt.^ Que s'il subsiste encore desjibus ou des désordres (2), .indépendamment

(i) Far.: Ni ne devons ni ne voulons. —- (2) Var, : Désordres, qu'on m'explique.

de ceux qui Couchent à Timpôt, qu'on m'explique comment tout peut être égal entre celui qui en jouit et celui qui en souffre.

Tout est égal 1 C'est donc par esprit d'égalité qu'on a prônohc? au tiers rexclusion la plus déshonorante de tous les postes, de toutes les .places un peu distinguées? C'est par esprit d'égalité qu'on lui a arraché un surcroît de tribut £Our créer cette quantité prodigieuse de re§$p urces en tout genre, destinées exclusivement à ce qu'on appelle lajfauvre nobk jse)

Dans toutes les affaires qui surviennent entre nos grijolégiés et u n hûmine du peuple, celui-ci n'est-il pas assuré d'être irapunémeoL^pprimé, précisément parce qu'il lui faut recourir, s'il ose demander justice, à des privijégiés? Eux seuls di sposen t de tous les pouvoirs, et leur premier mouvemen t n'est-il pas de regarder la plainte du roturier comme un manque de subordination? Pour qui sont tous ces privilèges en matière judiciaire, les attributions, les ..évocatiûiis, les lettres^de surséance, etc., avec lesquels on décourage ou l'on ruine sa partie adverse ? Est-ce pour le tiers non privilé gié ?

Qui sont les citoyens les plus e xposé s aux vexation s personn^jles des agents du fisc et des subalternes dans toutes les parties .f^Ç-TadminisirSlion? Les membres du tiers, j'entends toujours du véritable tiers, de celui qui ne jouit d'aucune exemption.

Les lois, qui devraient au moins être exemptes de partialité, se montrent elles-mêmes compjipes des privilèges. Pour qui paraissent-elles être faites ? Pour les privilégiés. Contre qui ? Contre le peuple, etc., etc.

Et l'on veut que le peuple soit c onten t et ne songe plus à rien, parce que la noblesse consent à payer comme lui 1 On veut que des générations nouvelles ferment les yeux aux lumières contemporaines et s'accoutument tranquillement à unj prdre d'oppression que les générations qui passent ne pouvaient plus endurer ! Laissons un sujet i népu isable et qui ne réveille que des sentiments d'indignation.

Tous les impôts particuliers au tiers seront abolis ; il n'en faut pas douter. C'était un étrange pays, que celui où les citoyens qui profitaient le plus de la chose publique y contribuaient le moins ; où il existait des impôts qu'il était honteux de supporter et que le législateur lui-même taxait d'être avilissants. Quel pays, que celui où le travail fait dér^z^r. où il est honorable de consommer et humiliant de produire, où les professions pénibles, sont dites uiles,

comme s'il pouvait y avoir autre chose de vil que l e vic e, et comme si c'était dans les classes. Jaborieuies qu'il y a le plus de cette vilité, la seule réelle ?

Enfin^ tous ces mots de taille (i), de franc-fief, d'ustensiles, etc., seront proscrits à jamais de la languepoliti5[u.e, et le législateur ne prendra plus un -stupide glaisir à repousser cette foule d'étrangers que ces ^ïstijctions flétrissantes empêchaient d'apporter au milieu de nous leurs capitaux et leur industrie.

Mais en prévoyant cet avantage, et mille autres, qu'une assemblée bien constituée doit procuref aux peuples, je ne vois rien encore qui promette au tiers une bonne constitution. Il n'en est pas plus avancé dans ses demandes. Les privilégiés gersistentjl vouloir deux chambres^et deux voix sur trois, et ils soutiennent toujours que la négative appartient à chacune d'elles.

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