‹ Quand Barras était roiChapitre 14 sur 74 · Le Siècle, 23 mai · texte numérisé non relu

Le Siècle, 23 mai

LA JOLIE M^^' LaNGË 35

le gracieux modèle justifie l'Ile déserte^ il n*y a guère que là où une jeune femme puisse se décolleter si généreusement*.

Au cas où, comme on peut l'admettre, ce tableau reproduit les formes sinon les traits de M"* Lange, il dut figurer en bonne place dans la maison qu'elle était en train d'installer. Alors ainsi qu'aujourd'hui, une belle qui se lançait devait jouir d un petit hôtel, quitte à s'acheter plus tard une chemise. M"* Lange ne faillit pas à la règle. Après avoir habité rue de Condé, n* 7, puis rue 'du Théâtre-Français, elle avait profité de son séjour à la ruineuse pension Belhomme pour réaliser des économies à sa façon, et, comme les placements étaient peu sûrs, elle songea qu'un immeuble lui procurerait une reposante satisfaction. Justement un aristocrate, M. Aimé-François-Emmanuel d'Orceau de Fontette, avait la singulière idée de construire à ce moment sur un terrain de 59 toises qu'il possédait au numéro 5 de la rue Neuve-Saint- Georges. Quartier élégant, logement pouvant être modifié selon les goûts de l'acquéreur, prix modéré, ces trois choses plurent à M"* Lange. Le 8 mai 1793.

1 . M"* de Basily-Callimaki reproduit dans son livre J.-J5. Isabey (P. 1909) une miniature appartenant au prince d'Essling et écrit qu*elle passe pour être le portrait de M"* Lange. Il y a là certainement une erreur. Cette miniature représente la femme du peintre.

elle achetait le tout moyennant 60.000 livres payables en assignats sur les deniers nationaux avec cette condition que Fontette ferait achever avant un mois, sans augmentation, tous les 'ouvrages de maçonnerie, ferrurerie, menuiserie et peinture extérieure ^ 11 fallait que la citoyenne Lange s'inquiétât bien peu du sort que lui réservait Fouquier-Tinville ! Le contrat fut passé devant M* Martin le 24 janvier, enregistré le 3 février 1794 et, huit mois plus tard, le montant de l'acquisition était réglé. L'ordre et la bonne conduite mènent à tout! Lange entrait en possession de son hôtel, deux étages, trois hautes fenêtres de façade surmontées chacune d'un bas-relief antique, "une terrasse, etc. 2, le mobilier devait venir petit à petit. Pour y aider la nouvelle propriétaire se remit au travail, je veux dire qu'elle reprit sa place dans la troupe des comédiens français installés à Feydeau. Malheureusement les traitements et les gratifications étaient instables comme la direction, le théâtre se voyait pris lui aussi dans l'engrenage de la spéculation. Pourquoi Tart eût-il échappé à la contagion? Les ambitions déréglées, les cupidités

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