Etude de M* F. Delapalme, notaire à Paris
2. C'est aujourd'hui le numéro 14 de la rue Saint-Georges. Depuis un siècle, Thôtel n'a presque pas changé d'aspect.
LA JOLIE m"* lange 37
en rut étreignaient également les entrepreneurs de plaisirs habitués à Téternelle illusion de la scène, aux perpétuelles illusions si loin pourtant des réalités. Autant que d'autres ils furent ballottés de la hausse à la baisse. Leurs pensionnaires, jadis enfants gâtés du public et de la fortune, subissaient les mêmes vicissitudes financières ; Vestris gagnait péniblement sa vie à FOpéra, le père de M"' Raucourt, n'étant pas secouru par sa fille, se jetait d'un quatrième dans la rue et Préville demandait une place aux Incurables. Seules quelques actrices jeunes et fraîches, grisées par cette passion des affaires où se détend la nervosité féminine, utilisèrent les beautés et les talents dont les avait gratifiées la nature pour « embellir l'égalité sociale et la rendre plus aimable ». Dans la mêlée générale où tout le monde vendait, tout pouvait être vendu.
Pendant trois années, de 1795 à 1797, Elisabeth Lange fit les délices du théâtre Feydeau dans l'emploi des jeunes amoureuses. La douceur de son organe, sa tête angélique, les grâces de son maintien, le ton sentimental de sa diction, cet ensemble, jusqu'à son petit air d'hypocrisie, convenait parfaitement à ses rôles. Elle doubla parfois M^^*" Contât, elle eut peut-être le tort de l'imiter et de
s'éloigner ainsi du naturel, faute vite réparée grâce à son intelligence de la scène et surtout à sa volonté*. Ce serait une témérité de croire que son physique agissait en conquérant absolu ; tous les auteurs ne s'enthousiasmaient pas universellement de voir leur prose ou leurs vers interprétés par une jolie fille, surtout lorsque sa vie privée occasionnait des situations peu compatibles avec les personnages qu'elle représentait. Le bon Collin d'Harle ville, auteur du Vieux Célibataire^ homme excellent et délicat, était atteint de la déplorable manie de fourrer partout du scrupule et de Taffectation, trouvant presque le secret à force d'exagération de se faire contester ses nombreuses qualités. Un soir qu'il dînait chez M"' de Corancez en sortant de la répétition d'une de ses pièces, il arriva l'air soucieux et contrarié : « Eh ! qu'avez-vous donc, Collin? lui dit la maîtresse de maison» N'êtesvous pas satisfait de votre comédie? — .Oh! ce n'est pas cela, Madame, mais je viens de voir répéter M"* Lange, vous savez. M"' Lange, avec sa figure de vierge ; eh bien ! elle est prête d'accoucher^! »
1. Félicien Pillet, la Nouvelle Lorgnette des spectacleSyP. an IX; Etienne et Martainville, Histoire du théâtre français^ P. 1802, 1. 111 ; de Manne, op. cit.