Confidences de Af"* Mars, P
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en avait déjà goûté une fois ^, et se sentait tout prêt à recommencer la même bêtise. Sa fiancée était légère, futile, dépensière, infidèle, que lui importait! Au fond, si les hommes n'épousaient pas les femmes pour leurs défauts, personne ne pourrait plus se marier.
Le 24 décembre 1797, Michel-Jean Simons s'unissait légalement èi Anne-Marie-Elisabeth Lange. L'acte officiel, qui eût nécessité un in-folio de cinq cents pages si les intimes de la mariée rayaient signé dans Tordre alphabétique, le fut simplement par Dejoly, ancien ministre de la Justice, François de NeufchâteauetTalleyrand, ministre des Relations extérieures. A fiançailles volages, lune de miel troublée. Le destin exigeait que Simons payât cher sa tranquillité conjugale. Ai'-je dit que son père vivait encore à Bruxelles? Tant que les folies sentimentales de son fils intéressèrent seulement sa fortune, il adressa des remontrances assez vives, mais affectueuses; du jour où Tafi^airese terminait par un mariage accompli, sa colère ne connut plus de bornes. Il annonça au coupable son arrivée à Paris.
Bien que prêt à cette éventualité, le jeune ménage
1. Il avait épousé Catherine Thierry et divorcé le 6 mai 1797.
fut ému. Que faire? La nouvelle M"* Simons apercevait surtout dans ce beau-père un banquier naturel et cherchait le moyen de calmer son irritation. Devait-elle présenter sa gorge nue aux coups du Belge furieux ? De cette solution affriolante et tragique, elle connaissait par expérience tous les gestes, toutes les poses, mais la morale exigeante refuse avec les parents proches certaines attitudes permises avec les étrangers. Ne pouvant se sacrifier elle-même, la jeune épouse en appela au dévouement d'une ancienne camarade.
Un peu plus âgée que Lange, Julie Candeille avait eu d'honorables succès au théâtre comme musicienne, comme actrice et comme auteur. Belle et imposante, blanche et languissante à Tinstar d'une créole, elle convenait parfaitement à la tragédie, quoique ses traits délicats se prêtassent difficilement à exprimer les passions fortes. Son père, un compositeur, lui avait donné l'idée d'entrer à l'Opéra; elle y tomba et ne se releva qu'à la Comédie-Française, grâce à l'encyclopédie d'aptitudes inculquée par ses professeurs. Des deux maîtres qu'elle avait eus, le baron de Breteuil lui avait appris beaucoup plus de choses que Mole*» Quels romans cons-
1. A. Houssaye, Princesses de comédieet Déesses d'opéra^P, 1860
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truîts à son sujet ! On prétendait qu'en 1790, elle s'était montrée amie des principes de liberté. i< L'actrice Candeille, disait Mercier, la chanteuse Maillard et la femme Momoro, voilà les déesses de la Raison portées en triomphe et qui se laissaient faire *. » On assurait que sa passion de la Révolution s'était étendue aux révolutionnaires. Michelet l'a traduite ainsi : « L'amour de M"' Candeille ne fut nullement étranger à la perte de Vergniaud. Cette préoccupation de cœur augmenta son indécision, son indolence naturelle. On disait que son âme semblait souvent errer ailleurs. Ce n'était pas sans cause, elle habitait dans une autre âme. Un cœur de femme faible et charmant tenait comme enfermé ce cœur de lion de Vergniaud. La voix et la harpe de M^^** Candeille la belle, la bonne, l'adorable, l'avaient fasciné 2. » Inventions! Chimères! l'intéressée affirmait n'avoir jamais figurédans les fêtes jacobines et n'avoir jamais parlé à Vergniaud dont elle se rappelait à peine les traits 3. Qui lui avait reproché ces erreurs? Des amateurs de théâtre agacés par son affectation sur la scène où, toujours occupée d'elle, sesgestes,
1. s. Mercier, Paris pendant la Révolution^ t, IL 2 Michelet, les Femmes de la Révolufion,?. 1898. 3. Réponse de Af"* Simons-Candeille à un article de biographie^ P. 1817.
iOO QUAND BARRAS ÉTAIT ROI
ses paroles, ses regards paraissaient dire au public: « Regardez-moi, ne me trouvez- vous pas exquise* ?» Qui encore ? Les spectateurs du théâtre de la République devant lesquels elle interprétait sa pièce Catherine ou la Belle Fermière^ comédie pastorale, édulcorée, idyllique et flasque. Qui encore? Les siffleurs et les rieurs dont la tempête emportait, Tannée suivante, sa Bayadère^ décédée à la première représentation 2. Qui encore ? Le médecin Laroche, son premier mari, duquel elle était séparée pour mésalliance d^idées. Lasse de blâmes, de désapprobations ou de tristesses, elle avait quitté Paris en 1796 pour donner des représentations en Belgique et en Hollande, exemple séculaire qui sera sans doute bien doux aux sociétaires de nos jours, commis voyageurs en Comédie-Française. Durant son séjour à Bruxelles, M"** Candeille fit-elle la connaissance de Jean Simons, comme l'avance la Biographie des contemporains ? Hypothèse fort vraisemblable. Il est même probable que cette raison fut celle qui décida Lange à réclamer son appui. On a plus d'influence sur un tigre quand on a pénétré quelquefois dans sa cage. L'aimable Candeille accepta de bon cœur la partie que