Paris en i790, publié par Arthur Chuquet, P
LA JOLIE m'**' lange 15
mort et exécutés en place de Grève, le 8 février 1790 *.
Une débutante de dix-huit ans cause d'un tel drame, il y avait de quoi Teffrayer ! Peut-être eûtelle prononcé des vœux de silence et de chasteté si un ancien page de Marie-Antoinette, un brillant marquis renommé pour ses prouesses galantes et ses infidélités, ne l'eût enlevée, en lui faisant ou^ blier cet acte sombre par des scènes moins tragiques dont il sut lui donner d'excellentes répétitions privées,
 défaut du talent ou plutôt des ailes que ne pouvait avoir cette chrysalide, la jeunesse de M"' Lange, sa grâce ensorcelante, ses yeux « d'un velours capucin » lui valurent un accueil plus qu'aimable de la part du public masculin, et elle fut vite reçue pensionnaire. C'était beaucoup pour son amour-propre, c'était trop pour celui de ses camarades jalouses de ce rapide succès. Peu à peu ses rôles devinrent plus rares, des froissements se produisirent, des cabales se formèrent, l'ignoble politique elle-même vint se mettre de la partie et polluer ce léger cerveau de dix-neuf ans. Lange, qui servait alors la mode avant de la dominer, se
1. Georges Duval, Souvenirs de la Terreur^ P. 1841, t. I; Arch. nat., Y 10496 et 15102.
i6 QUAND Bardas était hoî
crut obligée de flirter avec les idées nouvelles, et bientôt elle suivit la partie démocratique de la troupe : Talma, Dugazon, Grandmesnil, M"" Vestris, Desgarcins et Julie Gandeille. Comme conséquence du décret du 13 janvier 1791 concernant la liberté des spectacles, ce groupe important se transporta au théâtre du Palais-Royal oîi, le 27 avril, eut lieu l'inauguration avec Henri VIII, pièce de M.-J. Chénier. En changeant de direction, le théâtre changea aussi de nom et s'appela Théâtre- Français de la rue Richelieu, mais M"® Lange n'y trouva guère plus son compte. Les déceptions, les rivalités Ty escortèrent, ce qui fut cause que moins d'un an après elle entrait au théâtre du faubourg Saint-Germain devenu théâtre de la Nation. Le 24 février 1792, elle y créait le rôle de Laure dans le Vieux Célibataire de Collin d'Harleville, mais par suite de dégoûts totalement étrangers à la scène, elle le quittait pour se consacrer à des joies qui n'avaient rien de familial. Les journaux gémirent. « Depuis qu'elle n'est plus aux Français, le public a abandonné ce spectacle el ne le fréquentera que lorsqu'elle y sera de retour, c'est-à-dire jamais ^ » Erreur! Elle n'allait pas tarder à y re-
1. Petit Almanach des grands spectacles ; la Lanterne magique^ P. 1793.
LA JOLIE m"** lange 17
venir. A peine son départ effectué, elle regrettait sa décision et adressait, le 23 juillet 1792, aux sociétaires une demande de réintégration où se lisaient ces phrases * :
« Mon engagement finit à Pâques, on me presse pour en contracter un fort au-dessus de mes espérences, qu'els que sôyent ces avantages et celuy plus regrettable d'être chef du premier emplôy dans la Comédie, j'ose vous en offrir le sacrifice avec confiance; toutte mon Ambition se borne à reprendre la place que j'aurais à la Comédie si de petits chagrins ne m'en avaient pas éloignée momentanément. Le double immédiat de M""*" Petit dans la comédie et celui de M'** Fleury dans la tragédie, voilà la seuUe et juste prétantion de celle qui a eu l'honneur d'être deux ans votre pensionnaire. Quant aux interrets pécuniaires, je m'en rapporte avons sur la portion qu'il vous plaira m'accorder dans votre entreprise. »
Assez heureux de reprendre cette fugitive au moment où les talents s'égrenaient, les comédiens français acceptèrent le 30 juillet sa proposition, à condition que la solliciteuse jouerait les jeunes premières après M""* Petit et concurremment avec