L'Argus, 23 juin
théâtre salîs prétentioû, au théâtre Cité des Va^ riétés, fitux Délassemetits-Cooïïqaes , au Théâtre d'Emnlâtioti. Agacé de cet engouement, Grimod de la Heynîèré gémissait dans son Censeur drttma^ tique : « Leâ bureaux sont chaqtre soir assiégés par une affluence qui honore le goût délicat des têtes noines rfé la grande nation. C*est là qiï^on Voit dais toute sa splendeur Tillttslre M'*'' Angôf qui depKîs vîngt'Sepf mois se prostitue aui amateurs satf* arôir encore pu les rassasier de se^ hafefigêres/arettrs... Si, pour quarante-quatre soifi* que coétettt les meilleures places, on peut êtreattditettr et témoin de ses hoqttets, il n'y a plus de r*rson pour donne* six francs et six décimes à ces scfandaleux baladhis qui nousécorchent les oreiFFe^aveô Médée ou Tilémaque^ et nous les déchirent fout à fait atec Tartuffe ou le Vieux Célibataire et autres sottises pareilles émanées du siècle de Louis XlV et du nôtre. » Grimod prêchait dans le désert. Non seulement M"** Angot régn'âit en se divisant, mais un auteur allait lui infiltrer du nouveau sang dans letvertfes.
Le chevalier Aude, né k Apt en i755, était un méridional intempérairf, spirituel, maigre et ressemblant à un musicien de barrière mal mis. Se sachant pî^^resseux comme un le>ir, il cbereba dans
sa jeunesse une place de secrétaire et eut la chance d'en trouver chez le ministre Caraccioli, à Naples, puis chez Buffon. Cette dépendance lui pesait. Il s'enquit d'une profession qui lui permitde travailler sans quitter le cabaret ou le théâtre, de bien dîner, de beaucoup écrire et de mener les deux choses à la fois. Souvent il lui arrivait, en se mettant à table, de soutenir la gageure d'y parler en vers le repas durant — et avec lui les repas duraient toujours — de gagner son pari et de produire des strophes tournées gracieusement. Réunissant sa misère avec celle de Dorvigny, il loua rue du Champ-Fleuri une mansarde où les bohèmes eurent toute facilité... de ne rien faire. On leur commandait une pièce comme on commande une paire de bottes, chacun allait s'enfermer dans un estaminet, réclamait du vin et des victuailles, écrivait sans ratures et le soir même le travail était livré moyennant deux louis ^ Si le trop-plein d'une imagination inépuisable ne l'eût entraîné h se dépenser en orgies d'improvisations, Aude se fût illustré davantage dans cette pléiade de libres rimeurset de libres buveurs, qui nés avec les dernières années du xviii* siècle, entraient en conquérants dans les mauvaises lettres