Mollet du Pan, Correspondance inédite, P. 1884, t. II
et François I*'^ Ainsi fier de ses aïeux et de son rôle dans la Révolution, aristocrate de sang et de goûts, démagogue de carrière, talon rouge et bonnet rouge, Barras qui raconte que les Gastellane, les Blacas, les Pontevès prétendaient à la parenté avec sa propre race. Barras devait admettre plein d'empressement Lauraguais dans son intimité.
Les deux bons apôtres se découvrirent même un cousinage qui flattait pareillement chacun d'eux, de sorte que le vicomte fut aussi aise de recevoir le duc que le citoyen fut satisfait de fréquenter le directeur.
Quels yeux enflammèrent de nouveau le cœur racorni du philosophe de Manicamp ? Quelles beautés du monde ou des coulisses lui versèrent une griserie juvénile? Qui le dira? Toujours est-il que Lauraguais oublia sa femme disparue tragiquement^ ; il gardait cependant une façon particulière d'honorer le culte du souvenir. Certains
1. Combat bien singulier, observe M. Georges Duniy (préface des Mémoires de Barras), combat qui étonne Thistorien habitué àpenser,sur la loi de bourgeoises chronologies, que Tempereur Louis de Bavière et le roi François I", ayant vécu à deux siècles d'intervalle, ont eu quelque difficulté à se rencontrer !
2. Lauraguais eut deux filles légitimes, la première devenue princesse d'Arenberg, la seconde morte jeune. De Sophie Arnould il eut plusieurs enfants, dont le brave colonel baron de Brancas mort glorieusement à Essling en chargeant à la tête du 11* cuirassiers.
assuraient qu'une jeune compagne provisoire dont il se jurait fort épris étant morte de la poitrine, il avait trouvé le moyen de conserver son corps, de le réduire par des procédés chimiques, d'en composer une sorte de pierre et de la faire monter en bague, bague qui ne le quittait jamais. On juge de l'intérêt qu'excitait semblable bijou sur les jolies curieuses que rencontrait journellement Lauraguais soit à la cour, au Luxembourg veux-je dire, soit dans les Empyrées fol&tres, car le duc revenant à son aurore adorait ce qu'il avait récemment brûlé et se montrait un des plus inspirés thuriféraires de la mode. Sa toilette était du dernier bon ton^^ :
Le nœud qu'il fait à sa cravate Forme un rabat de procureur, Son feutre est à calotte plate, Ses cheveux en saule pleureur, Le gourdin à pomme de plomb, Lf gilet à cbal, le fin pantalon.
Large lévite à Tancienne coutume, Petits boutons, collet, parement verts, Les bas rayés comme Ton le présume, Les escarpins pointus et découverts.
Et voilà le costume.
Du héros de mes vers.
Avec sa vieille face ridée émergeant d'une cravate large comme un drap de lit, avec ses jambes de coq