‹ Quand et comment doit-on prescrire la digitaleChapitre 9 sur 18 · IX.— ‘Digitale dans les anévrysmes de l'aorte · texte numérisé non relu

IX.— ‘Digitale dans les anévrysmes de l'aorte

La plupart des auteurs se bornent à dire que la digitale produit souvent de très bons effets dans cette affection, qu’elle calme les palpitations, qu’elle diminue la dyspnée, et qu’elle est indiquée à titre d’agent sédatif de la circulation. C’est ainsi qu’autrefois, Hope en faisait un fréquent usage. Luton (de Reims) a même ajouté qu’elle agit « en modérant l’impulsion du sang dans les artères. » Mais c’est le contraire qu’il faut dire ! Car la digitale augmente le volume de l’ondée sanguine à travers l’aorte, et elle élève la tension artérielle déjà augmentée à la première période de l’anévrysme aortique.

Bouillaud a rendu un grand service à la science en indiquant le premier les bons effets obtenus dans les anévrysmes aortiques par l’emploi des iodures. Or, ceux-ci agissent, non seulement à titre de modificateurs

des parois artérielles, mais encore et surtout comme dépresseurs de la tension vasculaire. Cette médication iodurée devant être suivie pendant de longs mois, et même pendant des années, je substitue à l’iodure de potassium, l’iodure de sodium, aussi actif que le pre mier, mieux supporté par l’estomac, plus assimilable, et incapable de déterminer à la longue, comme tous les sels de potassium, une action toxique sur le cœur et l’économie tout entière, par suite de l’état d’insuffisance rénale à laquelle sont exposés tous les malades atteints d’affections artérielles. Voici la formule que j’emploie d’ordinaire :

Eau distillée 3oo gr.

lodure de sodium 20 gr.

Extrait thébaïque o o5 centigr.

Prendre deux à quatre et même cinq cuillerées à soupe par jour avant le repas, chaque fois dans un peu de bière pour mas quer le goût amer et désagréable de l'iodure. Continuer cettemédication pendant vingt à vingt-cinq jours chaque mois.

C’est encore en m’appuyant sur la même action vasodilatatrice que je recommande aussi l’emploi de la trinitrine d’après cette formule :

Eau distillée 3oo grammes.

Solution alcoolique de trinitrine au centième, xxx gouttes.

Prendre trois à six cuillerées à soupe par jour. — On peut encore prescrire plus simplement la solution alcoolique au centième de trinitrine dont on prendra de 6 à i5 et même 20 gouttes par jour, deux gouttes chaque fois. Il faut diminuer la dose ou suspendre le médicament dès qu’il produit et s’il produit chez certains sujets quelques douleurs de tête.

En résumé, l’indication principale dans les anévrysmes aortiques, est de réduire la masse du sang.

C’est pour cette raison qu’Albertini et Valsalva avaient institué leur régime débilitant, consûx.\ié-çax un repos complet de 40 jours, par des saignées copieuses et répétées, par des purgations, par la soustraction considérable d’aliments solides et liquides, les malades ne devant prendre que 125 gr. d’aliments solides et 25o grammes d’eau par jour. On pouvait ainsi guérir une maladie, mais on faisait des malades par ce régime de débilitation à outrance! Aussi doit-on préférer le système de la diète sèche, institué dès 1819 par Kirby, puis par Beatty et Stokes, consistant dans l’emploi d’une alimentation tonique associée à la diète sèche, (suppression des potages, des herbages, des fruits ; diminution des boissons dont on ne doit prendre que 25o grammes à chaque repas).

Ces principes de traitement démontrent qu’il faut prescrire la digitale avec la plus grande prudence, qu’on doit l’ordonner, quand même, à faibles doses, si l’on veut seulement obtenir un effet sédatif. Il faut donner la préférence aux doses de dix à vingt gouttes de teinture de digitale, ou encore à celles de 5 à 10 centigr., d’infusion de feuilles, et je recommande ici d’employer le médicament à doses légèrement croissantes, pour ne pas augmenter trop rapidement le volume de l’ondée sanguine et la force de la systole ventriculaire. Car autrement, il pourrait, en déterminant brusquement l’accroissement de la pression artérielle, favoriser la rupture de la poche anévrysmale.

Mais plus tard, la lésion artérielle s’est propagée aux vaisseaux coronaires, le muscle cardiaque plus ou moins altéré fléchit, et comme pour la maladie de Corrigan, le malade n’est plus seulement un aortique, mais

il est devenu un mitral. Alors, la digitale à doses élevées et décroissantes est indiquée, pour relever l’action défaillante du muscle cardiaque, et combattre l’imminence asystolique.

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