CHAPITRE III
LA MAISON ORGZI
La grande ville plate de Pest qui, sur l'autre bord du Danube, fait face à la colline de Bude, n'a pas le passé romanesque et guerrier de la vieille citadelle, mais elle aussi, elle a subi le formidable assaut de l'Orient, un assaut d'une espèce étrange, invisible, multiple, plus pareil, en vérité, à une inondation qui monte d'une façon insensible, qu'à ces beaux cbocs d'années dont on peut composer de brillants tableaux d'bistoire. L'Orient chassé, il y a deux siècles, de la forteresse de Bude, s'est introduit sournoisement dans la ville ouverte de Pest, et un beau jour on s'aperçut qu'il était maître de la place. Voici comment la chose arriva.
Au commencement du dernier siècle, Pest était un faubourg de Bude, presque uniquement habité par des commerçants allemands. Ce»
Allemands, originaires de Thuiinge, de Franconie ou de Souabe, étaient les fils des serfs que rimpératrice Marie-Thérèse avait envoyés en Hongrie, comme un bétail humain, pour coloniser ce pays dépeuplé par deux cents ans d'occupation ottomane. Ils avaient leurs boutiques dans ces maisons de brique sans étage, aux longs toits inclinés, dont on trouve encore, cà et là, des échantillons pittoresques et qui disparaissent tous les jours. Artisans ou commerçants, ils formaient une population honnête, modeste et appliquée, qui, tout en conservant sa langue, s'était vite adaptée aux moeurs de la société hongroise. A part quelques Levantins, Grecs et Arméniens, et aussi quelques Autrichiens de Vienne qui tenaient le haut trafic et la banque, ces Allemands ne renconti'aieut aucun concurrent sérieux (car de tout temps le Magyar s'est désintéressé du négoce) et leurs affaires prospéraient, lorsqu'apparut tout à coup dans la ville un personnage qui, certes, n'était pas un inconnu pour eux, mais que la vie avait jusqu'ici retenu dans les village».
11 y a toujours eu des Juifs dans la campagne hongroise. Les uns venaient de la Russie et de