‹ Quand j'étais étudiantChapitre 6 sur 9 · LE PARC AUX HUITRES · texte numérisé non relu

LE PARC AUX HUITRES

Un matin, le bonhomme Vauxdoré regardait son gendre qui se promenait à grands pas.

Le bonhomme Vauxdoré avait choisi une excellente position pour examiner tout à l’aise sondit gendre. Leurs appartements respectifs étaient situés en face l’un de l’autre, dans chaque aile de la maison ; seulement, celui de l’avoué Bidois était d’un étage plus bas que celui de son beaupère.

Ce qui donnait toute facilité au beau-père pour ne rien laisser échapper du moindre mouvement de son gendre.

M. Vauxdoré s’était doue embusqué derrière sa fenêtre dont il avait soulevé le rideau. Il voyait parfaitement sans être vu.

Nous le laissons continuer son monologue :

— Mais qu’a donc mon gendre ? se demandait M. Vauxdoré. Il est triste, il s’ennuie, il rêve, boude sa femme, me brusque moi-même quelquefois. Et voilà longtemps que tout cela dure ! Depuis hier qu’on lui a remis cette lettre de Paris, il est plus sauvage et ahuri que jamais. — Bon, le voilà qui la reljt encore ! — Il s’assied et met son front dans ses mains : — Pauvre garçon ! — Allons I le voilà qui marche encore !...

« Oh ! oh ! ajouta le beau-pêre en hochant la tête et toujours parlant à sa personne, aurait-il laissé à Paris quelque amourette ?... Décidément, j’ai besoin d’avoir une explication avec Bidois : au fond, c’est un bon garçon, et il faudra bien qu’il me dise tout ! Diable ! c’est que je dois veiller au bonheur de ma fille. — Tiens ! voilà Arthur qui entre chez mon gendre... celui-ci met bien vite la lettre dans sa poche... quelle poignée de mains !... — Ce petit bonhomme ne me plaît pas non plus du tout ici. — Il y a là encore quelque chose à faire. Nous verrons !...

Et M. Vauxdoré laissa retomber le rideau et quitta son observatoire.

Bien des gens n’eussent pas compris la nature des craintes du père Vauxdoré à l’égard d’Arthur. Mais si M. Vauxdoré était tranquillisé d’un côté par le caractère et l’éducation de sa fille, d’un autre, il savait qu’en tous temps, la prudence a engendré la sûreté.

Arthur a dix-sept ans au plus. Il a quitté les bancs du collège depuis trois mois. Il a une tournure distinguée et une de ces physionomies heureuses, de ces physionomies, là, qui promettent :

— un physique-modèle de premier jeune amoureux. Et notez bien aussi qu’il s’appelle Arthur :

— Arthur, le nom-pronostic, le nom anti-conjugal par excellence, ce nom qui a si bien sa portée. — Arthur, on sait ce qu’ Arthur veut dire : on connaît Arthur. — Quel mari s’est jamais appelé Arthur ?

Si la dame qui demandait ce qu’on fait des vieilles lunes nous avait demandé ce qu’on fait des vieux Arthur, des Arthur qui atteignent vingt ans, nous n’aurions trop su que lui répondre.

Et ajoutez que le jeune Arthur est petit-cousin de madame Bidois. — Petit-cousin, voilà qui est bien trouvé ! — Petit-cousin ! cela sert d’abord à expliquer naturellement la présence du jeune Arthur.

Car les vaudevillistes s’inquiètent beaucoup du naturel, — le théâtre, c’est-à-dire le vaudeville, étant l’image de la vie, assurent-ils.

Et puis, ne voyez-vous pas d’ici sept à huit pointes en herbes, déjà fauchées cent fois, mais 'qui ne ratent jamais leur effet : Un cousin ! l’agréable chose ! les piqûres, le front que Y « artiste » ne manque pas ici de se graver etc . —

Charmant !

Passons.

— Eh ! bonjour, mon cousin ! dit gaîment Arthur en entrant dans le cabinet de Bidois.

Veuillez remarquer, en passant, que, pour ne

laisser de côté rien, même secondaire, et pour parfaire notre vaudeville, nous appelons Jules Bidois, Bidois et non pas Jules. — Il est avoué et marié : — Bidois ! C’est évident.

Et tâchons cette bonne fois de rentrer dans l’action.

— Bonjour, mon jeune cousin, répondit l’avoué. Quel air éveillé ce matin !

— Ah ! mon cousin ! dit Arthur en prenant tout à coup l’air piteux, je m’ennuie cependant bien

— Fort aimable ! fit Bidois en souriant.

— Ce n’est pas ce que je veux dire... Mais pensez donc ! je devrais être à Paris depuis trois grands mois. Qu’est-ce que je fais ? je perds mon temps ..

— Au lieu qu’à Paris ?...

Arthur soupira :

— Ah ! Paris !...

— Eh bien ?

— Eh -bien ! je vivrais au moins ! s’écria vivement le jeune homme. Puisque je dois faire mon droit, pourquoi mon père refuse- t-il de me laisser partir? Vous devriez bien lui dire cela, vous, mon cousin ; il vous écouterait. D’autant plus que vous y êtes allé, vous, à Paris. Et est-ce que vous n’en êtes pas revenu ? C’est par trop ennuyeux aussi, toutes leurs craintes ! Voyons, cousin, soyez franc : ai-je tort ?

— Vous n’avez peut-être pas tort ; mais votre père a raison.

Arthur fit une moue de mécontentement.

— Réponse d’avoué ! dit il.

— On craint, reprit Bidois, de vous exposer,

jeune comme vous l’êtes, aux dangers d’une vie que des hommes faits ne peuvent quelquefois traverser impunément.

— Mais, dit Arthur, j’ai deux amis de classe, pas plus âgés que moi, qui sont déjà à Paris.

— Qu’est-ce que cela prouve ? — Si votre père, dont vous vous plaignez, ne vous aimait pas autant, je suis convaincu que vous seriez déjà parti. Ne comprenez-vous pas que son affection redoute de vous voir seul dans une ville comme Paris, lancé tout à coup dans un monde inconnu. Ne perdrez \ous pas, dans les agitations d’une vie turbulente, cette candeur, cette pureté qu’on a pris tant de soins à conserver en vous ?...

— Mais enfin...

— . Vous êtes, comme tous les jeunes gens,

pressé de courir au danger. Vous vous faites de la vie d’étudiant à Paris un tableau bien séduisant, bien enchanteur. Vous n’en voyez, vous n’en pouvez voir que le côté aimable et attirant. Vous n’apercevez pas le revers de la médaille : les regrets, les dégoûts qu’éprouve un jeune homme bien né à se trouver dans un centre dépravé. Vous serez bientôt désabusé, à voir de près cette corruption qui vous séduit.

— Je ne veux pas aller à Paris pour la corruption ni les centres dépravés, dit Arthur avec impatience ; mais je perds ici mon temps. J’ai déjà laissé passer une inscription, voilà le fait. Si je désire, à côté de cela, vivre un peu par moi-même de cette vie de Paris dont j’ai tant entendu parler, j’ai reçu une éducation honorable, et je sais de qui je suis fils. On peut avoir un peu de confiance en moi.

— Si j’avais un fils, reprit Bidois... je veux

dire quand mon fils sera grand, je ferai tout, — tout, — pour ne pas le laisser seul, isolé, sans soutien à Paris. Ah ! si vous saviez ce que c’est que cette vie-là, vous ne la désireriez pas tant !...

— Laissez donc ! dit Arthur, et qu’avez- vous donc laissé à Paris, vous, mon cousin, qui y êtes resté, — et longtemps, — qu’avez-vous donc perdu de votre pureté et de votre fleur ?

Il sortit mécontent.

Tout ceci, pour le vaudeville, sera haché menu en petites phrases interrompues.

Arthur parti, Bidois soupira — et ne put en même temps s’empêcher de sourire. Nous expliquerons cela tout à l’heure. Puis il tira de sa poche la lettre, la précieuse lettre, la relut et s’assoupit dans ses réflexions.

Bidois n’était pas heureux ; son beau-père avait compris qu’il y avait un secret sous ses préoccupations. Que lui manquait-il donc, puisque tout malaise a pour cause un besoin ? Vous ne le saurez pas davantage peut-être lorsque vous connaîtrez toute son histoire.

Après des études passables, Jules Bidois avait été faire son droit à Paris. Il ne s’était pas pressé, il avait pris tout son bon temps. Sa famille, indulgente, avait encore été fort satisfaite de le recevoir à bras ouverts, lorsqu’il lui avait plu de revenir avec un diplôme au bout de huit années ; huit ans que Bidois avait bien employés, soyezen sûr.

Il avait fait son stage, sans trop rien donner

encore à la vie raisonnable, à la vie ennuyeuse ; car Bidois avait le caractère gai. Alors on l’avait marié, et son étoile avait été plus brillante que jamais ce jour-là. Il avait épousé, l’heureux garçon, une jeune fille bien élevée, douce, jolie, soumise, aimante, — et nécessairement blonde, pour compléter le type classique des femmes mariées des vaudevilles.

Le beau-père était le meilleur homme qui fût au monde, un beau-père comme on n’en voit pas, un beau-père sans défaut, entre-deux adorable de citadin et de campagnard ; bon jusqu’à la faiblesse, mais toujours avec dignité, — ni père dindon ni père noble ; — sans aucune des infirmités tracassières des vieillards ; ne racontant pas la pièce qu’il venait de voir et ne boudant pas si on lui passait le journal une heure après son heure, ne prisant pas et laissant fumer ; bon sans attendrissement et ne paraissant pas seulement surpris de tant de qualités concentrées en sa personne de beaupère. Il avait même eu le bon sens et la générosité d’abandonner la flûte, dont il jouait en amateur, en arrivant à l’âge où l’on devient beau-père.

Et il n’y avait pas de belle-mère !

Depuis son mariage, — il y avait deux ans de cela, Bidois en avait trente-neuf, — les affaires de son étude avaient été de mieux en mieux. Comme s’il en eût eu besoin, il lui était tombé encore un petit très rond héritage sur lequel on ne comptait pas. Le caractère aimant et l’humeur facile de Louise, sa femme, ne s’étaient pas un instant démentis. Elle lui avait donné un enfant, tout justement deux jours après l’héritage en question, et cet enfant s’était trouvé être un fils, lequel fils était charmant et adoré de son père.

Et Bidois n’était pas heureux. — Que lui manquait-il donc ?

Si nous faisions, absolument parlant, un vaudeville, nous laisserions ce point-là dans le doute, pour laisser tout son effet à une seconde lettre qui doit servir de dénoûment au présent premier feuilleton ; mais nous préférons vous dire tout de suite ce qu’il en était.

Jules Bidois s’ennuyait. Il mourait de l’ennui, ce spleen des avoués ; ce calme plat dans une mer de bonheur le tuait. Nous ne voudrions pas le rendre ridicule en disant qu’il avait besoin d’émotions. Non : Bidois regrettait tout bonnement la vie de jeune homme, la vie si bien fournie de petits grands événements, la vie d’étudiant, la vie qu’il avait si longtemps menée à Paris. Bidois avait menti tout du long à Arthur, comme il mentait toujours, sa vie durant, à chaque heure, à chaque minute. Il soupirait encore, l’ex-étudiant émérite, après sa célébrité passée ; il mordait son frein d’abdication ; il se rappelait jalousement eette existence au galop, cette vie de rires, de chansons, d’entraînement, de folles joies et de miraculeux insoucis : il ne l’avait pas assez longtemps traîné par les cheveux, — par les buissons, par les pavés de la rue St-Jacques, par les taboubourets de la mère Mansour, par les vingt-cinq pas du tir Pottet, par les portiques du père Lahire. Lorsqu’il recevait un client, avoué qu’il était, dans son cabinet, au milieu des consultations et des mémoires à consulter, lorsqu’il donnait la réplique au tribunal, lorsqu’il assistait gravement au conseil de l’ordre, lorsqu'il parlait à son beau-père, lorsqu’il embrassait sa femme ou

son fils qu’il aimait bien pourtant, lorsqu’il dînait en ville ou chez lui, en mangeant, en buvant, en dormant, — il mentait. Les pieds ici, la tête ailleurs. Sa pensée trinquait, cependant, et, habit bas, sonnait du cornet à piston ; il galopait à trente sous l’heure dans les poussières du bois de Boulogne, ou humait les senteurs de Romainville, car il était resté étudiant, étudiant de son temps, le vieil étudiant de Paul de Kock et de Romainville ; ses souvenirs sautaient en avant deux avec Paméla sur ses cartons et ses dossiers. Il lui passait des frissons de folichonneries et de tapes sur le dos. Sa vie était un perpétuel mensonge : Bidois n’était pas heureux.

Bidois repassait tout cela dans sa tête bien souvent, et la lettre qu’il venait de recevoir de Paris lui avait rappelé tous ses regrets. Elle était d’un anai qu’il avait laissé à Paris, d’un ami qui, plus âgé que Bidois de deux ans, — quarante et un ansl — était resté étudiant. — Et Bidois soupirait en pensant à son ami...

On se tromperait pourtant à croire que Bidois, cette maladie-là hors mise, fut un homme tout à fait déraisonnable. Il s’imaginait seulement avoir été marié un peu trop tôt, et se disait que pour lui, la vie de garçon n’avait pas duré assez longtemps. «Un an de plus à Paris, pensait-il quelquefois, six mois seulement peut-être ! et je serais heureux aujourd’hui !...

Disons aussi qu’en regardant sa femme et son enfant, il avait parfois un remords, un vrai remord, et qu’il les embrassait comme on embrasse dans ce cas-là.

Mais, le jour où nous l’avons pris, la lettre de Paris venait de tout bouleverser en lui, et n’avait laissé de place que pour une pensée.

Il descendit déjeûner.

Tout le monde était déjà réuni : on l’attendait. Sa femme regarda avec intérêt son front plissé ; le beau-père examinait aussi Bidois.

Le jeune Arthur, lui, regardait madame Bidois.

On s’assit.

Le digne beau-père sentait la nécessité d’animer un peu la conversation. Il tâcha : Bidois resta sombre et muet.

Arthur mangeait, toujours en regardant madame Bidois.

— Ah ça ! dit M. Yauxdoré, où est donc la nourrice ?

La nourrice assistait d’ordinaire aux repas.

— Le petit est un peu malade ; il tousse, répondit madame Bidois. On l'a laissé couché.

— Ça ne sera rien, dit M. Yauxdoré.

Bidois ne mangeait pas, absorbé.

— Est-il sûr qu’elle en ait bien soin, au moins? dit- il tout à coup. Ces nourrices...

— Oh ! celle-là fait exception, dit le beau-pêre ; et d’ailleurs Louise est là...

— Je ne la quittejamais, mon ami, ajouta avec douceur madame Bidois. Yous pouvez être tranquille.

— Les soins d’une nourrice ne sont jamais les soins d’une mère, dit sentencieusement l’avoué.

— Je suis de ton avis, répliqua M. Vauxdoré. Il faut qu’une femme nourrisse son enfant, et si la santé de Louise l’eût permis...

— Je l’ai toujours regretté, reprit assez sèchement Bidois ; bien qu’encore pour nombre de gens cette raison ne soit jamais suffisante.

— Mais, mon gendre,.... dit le beau-père...

— Beaucoup de femmes prennent cette excuse-

là pour se débarrasser tout d’un coup de soins fatigants, pour s’éviter un devoir dont Paccomplissement coûterait quelque chose à leur beauté. . .

— Mais, mon gendre !....

Bidois, débita, sans désemparer, sur ce sujet, deux pages de J.-J. Rousseau ; pages d’une haute raison d’ailleurs, à notre sens, mais qui n’avaient là que le très grand malheur de ne pas se trouver en situation.

M. Yauxdoré voulait en vain l’interrompre. Louise, ne sachant à qui son mari en avait, était toute rouge et cachait une larme sous ses cils baissés. Le jeune Arthur la regardait avec componction.

— ... Oui, dit Bidois, c'est un devoir sacré et général. Les animaux eux-mêmes sont heureux de se soumettre à ces nobles commissions que leur donne la Providence. Il n’y a qu’une civilisation comme la nôtre qui ait pu confier les fonctions si nobles de la mère à l’indifférence d’une mercenaire. — Pour moi, toute femme qui ne nourrit pas elle-même ses enfants est une mauvaise mère.

. — Ah, ça! mais! mon gendre!!!!.... s’écria très sérieusement le beau-père...

Bidois avait déjà quitté la table et était sorti de la salle à manger.

Il y eut un moment de silence. Deux larmes coulaient sur les joues de Louise. Arthur voulut lui prendre doucement la main.

— Viens dans ta chambre , dit M. Vauxdoré.

« Laissez-votre cousine seule un moment, Arthur, dit-il tout bas au jeune homme.

Et ils sortirent.

Arthur avait été attristé par cette scène.

— Pauvre petite femme ! dit-il. Qu’est-ce qu’il a donc, cet animal de Bidois ?

Puis, tout à coup, sa pensée prenant une autre direction, il se mit à sourire et se frotta gaîment les mains.

M. Vauxdoré, très mécontent de son gendre, s’assit à côté de sa fille.

— Voyons, lui dit-il, ne pleure pas et compte sur ton père. Ton mari a quelque chose qui le préoccupe, je m’en suis déjà aperçu ; quelque affaire sans doute. Je me réserve d’en causer avec lui. Tout cela n’est rien. On a quelquefois ses moments d’humeur... Il n’a pas assez regardé sur qui il faisait tomber la sienne. Mais c’est un bon garçon qui t’aime, et...

« Qu’est-ce que vous voulez ? dit-il tout à coup à une domestique qui entrait.

— Une lettre de Monsieur.

Le beau-père décacheta la lettre, dont la cire était à peine sèche, et il lut :

« Ma bonne amie,

« Je suis forcé de m’absenter pour quelques « jours. Ne sois pas inquiète. L’affaire qui m’o- « blige à m’éloigner subitement ne me prendra « pas beaucoup de temps et je pourrai bientôt reve- « nir t’embrasser.

« Dis à toh père qu’il ait la complaisance, pen- « dant que je n’y serai pas, de donner de temps « en temps un coup d’œil à l’étude. Je l’en remer- « cie à l’avance. Bien que je puisse compter sur

« mon premier clerc, cela ne peut que faire bien.

« A bientôt, ma bonne amie. Embrasse bien « notre petit Paul.

« Ton mari,

« J. Bidois. »

c Tu as oublié, n’est-ce pas, mon petit mouve- € ment d’humeur de ce matin ?... >

M. Yauidoré avait reconnu sur l’enveloppe, l’écriture de son gendre, et, assez surpris, il avait lu seul.

Louise le regardait avec curiosité. Son père ne prit qu’une seconde pour se consulter.

— C’est un mot... pour affaires, dit-il en répondant au regard de sa fille. Je reviens à l’instant.

Il courut au cabinet de son gendre : celui-ci était déjà parti, après avoir donné des instructions au maître-clerc. On l’avait vu monter dans la diligence qui passait, au moment même, devant la maison.

— Quelle diligence ? demanda M. Yauxdoré.

— La diligence de Paris.

— Que diable va-t-il faire à Paris ? se demanda le beau-père.

Et il retournait, préoccupé, vers sa fille, lorsqu’un papier, plié et froissé à terre, frappa ses regards. — Yous ne voyez que pareilles choses dans tous les vaudevilles. Il ouvrit le papier et le lut.

— Je vois ce qu’il en est maintenant, se dit-il après un moment de réflexion : c’était la lettre

de l’étudiant de Paris... Pauvre Louise ! j’ai bien fait de retarder le moment de l’avertir.

— Mon cousin est donc parti ? lui demanda Arthur qui accourait.

— Oui, répondit M. Yauxdoré.

— Parti pour Paris, est-il heureux !

— Autre tou ! se dit M. Yauxdoré. Celui-là, au moins, c’est de son âge. Laissez-moi prévenir Louise, ajouta-t-il.

— Ah ! ah ! mon gendre, dit le père Yauxdoré en entrant chez lui pour se concerter un moment, vous faites des vôtres ! Mais je suis là, moi.

« A nous deux !...

Dans le vaudeville, on réunira adroitement , pour cette dernière scène, — le beau-père, Louise et Arthur.

Ceci fait, le beau-père, lit, à haute voix, la lettre. Au dernier mot, on entend dans le fond quelque chose qui est censé imiter le roulement d’une voiture.

Le beau-père court à la fenêtre :

— Parti !... s’écrie-t-il.

Louise s’évanouit.

Arthur la soutient en adressant, du côté de la salle, un sourire à expression.

La toile tombe.

Deuxième acte.

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