I. V Agitateur^ i vol. Ploû et Nourrit, édit
AVERTISSEMENT
cessaient une seconde d’aimer ou de souffrir : c’est la raison unique de leur existence, « une raison que la raison ne connaît pas ».
c( Pleins du seul sentiment qui les occupe, ils sont dans le délire et pensent philosopher : çou^ lez-çous qu’ils sachent observer, juger, réfléchir? Ils ne savent rien de tout cela. Ils savent aimer \ ils rapportent tout à leur passion. L’importance qu’ils donnent à leurs folles idées est-elle moins amusante que tout l’esprit quils pourraient étq-> 1er? Ils parlent de tout; ils se trompent sur tout; ils ne font rien connaître qu’eux; mais en se f ai* sant connaître, ils se font aimer : leurs erreurs valent mieux que le savoir des sages : leurs cœurs honnêtes portent partout, jusque dans leurs fautes, les préjugés de la vertu, toujours confiante et toujours trahie. Rien ne les entend, rien ne leur répond, tout les détrompe. Ils se refusent aux vérités décourageantes : ne trouvant nulle part ce qu’ils sentent, ils se replient sur eux-mêmes ; ils se détachent du reste de V univers et, créant entre eux un petit monde différent du nôtre, ils jy forment un spectacle véritablement nouveau, »
Je m’excuse, pour un si modeste essai de psychologie sentimentale, d’avoir emprunté à la seconde préface de la Nouvelle-Héloïse.
AVERTISSEMENT
Peut-on composer un roman avec trois personnages uniques, possédés d’un sentiment unique ? Le lecteui* seul en jugera, car Fauteur estime que ce qui sufAt parfois à remplir toute une vie, peut suffire à remplir tout un livre.
Au surplus, après avoir cité la Nouçelle-Hé’loïse^ il convient de rappeler que Rousseau avait composé un Air charmant et célèbre avec trois notes..*
Benjamin Gônstant n’a-t-il pas, de son propre aveu, écrit Adolphe « dans l’unique pensée de convaincre deuX ou trois amis, réunis à la campagne, de la possibilité de donner une sorte d’intérêt à un romafi dont les personnages se i’éduisaienl à deux, ét dont la situation serait toujours la même? »
Si les noms du citoyen de Genève et du citoyen de Lausanne se sont rencontrés sous ma plume, ce n’est point que je prétende m’eiï réclamet* à propos de ce petit livre.
En littérature il est imprudent, puéril et superflu d’invoquer un parrainage : il vâut mieux attendre avec une curiosité amusée ceux que la critique ne manque pas de nous imposer.
, Néanmoins, grâce à Julie, Jean- Jacques s’est introduit dans l’admirable série des romans de pur sentiment à qui nous devons la Princesse de
AVERTISSEMENT
ClèveSy les Lettres de la religieuse portugaise, Manon Lescaut, Adolphe^ Paul et Virginie, Werther y René ou Dominique.
Ce genre n’a pas vieilli, parce qu’il a sa source au cœur même du monde ; il est de tous les temps et de tous les pays.
Notre prétention n’est donc, ni de le rajeunir, ni même de l’enrichir, mais de lui apporter seulement un tribut d’admiration et de respect.
Cependant, nous avons l’outrecuidance de croire que, du thème antique de l’Amour, nous avohs tiré quelque chose de nouveau : un cas sentimental assez rare, mais qui, par cela même, méritait d’être noté et décrit.
On a montré la Femme sous bien des aspects et principalement dans ses rapports de jalousie avec ses semblables. Créer un conflit où elle se dresserait en rivale d’elle-même, opposer une image idéale à la réalité vivante mais toujours vulgaire, assurer le triomphe de celle-là sur celle-ci, nous a paru intéressant et moral. Il ne nous reste qu’à exprimer le souhait de voir le lecteur partager cette opinion.